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DES 



ÉTUDES JUIVES 

PUBLICATION TRIMESTRIELLE 
DE LA SOCIÉTÉ DES ÉTUDES JUIVES 



TOME SOIXANTE-NEUVIÈME 



PARIS 
A LA LIBRAIRIE DURLACHER ^\ 

li2, RUE DU FAUBOURG-SAINT-DENIS ^V^L-^ *** *■ 

1919 



IOI 
-RU5 
t. 4,9 



LA CITE DE DAVID 

Compte rendu des fouilles exécutées, à Jérusalem, 
sur le site de la ville primitive 

CAMPAGNE DE 1913-1914 



PREMIÈRE PARTIE 
Introduction archéologique et documentaire. 

Les travaux donl; la relation l'ait l'objet du présent mémoire ont 
été exécutés pendant l'hiver de 1913-1914, à Jérusalem, sur le site 
de l'acropole de la ville primitive, où les initiateurs de l'entreprise 
s'étaient proposé de retrouver les tombeaux des rois de Juda, la 
nécropole où lurent ensevelis, aux côtés de David et de Salomon, 
tous leurs successeurs judéens jusqu'à une date avancée de la 
période royale. Aux termes de l'hypothèse initiale qui gouvernail 
la recherche, l'aire à explorer était circonscrite de manière très 
nette, et notre fouille l'ut organisée et poursuivie en conséquence. 
Comme il était à prévoir toutefois,, et de la manière la plus heu- 
reuse, les déblaiements firent sortir au jour des objets de nature et 
d'époque extrêmement diverses, en première ligne, sans doute, les 
restes dévastés de grands tombeaux judéens qui semblent bien 
avoir fait partie de la nécropole royale, mais, à coté de cela, nom- 
bre de monuments et de vestiges importants pour l'archéologie de 
l'acropole ou pour l'histoire de la ville des temps ultérieurs. Abu 
de bien comprendre, par la suite, comment les opérations du tra- 
vail se sont développées et enchaînées, il convient que d'abord 
nous remontions au stade des considérations initiales qui ont situé 
et orienté-nos premières attaques de fouille. 

Dans le périmètre où nous allions la chercher, la nécropole davi- 
dique était localisée par une théorie déjà ancienne, due à M. Cler- 
mont-Ganueau et soutenue par lui, depuis plus de trente ans, avec 

T. LXtX, v- 137-138. . I 



2 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

un»» inlassable persévérance '. Les faits qu'il prenait en considé- 
rai ion et les inductions qu'il formait sont, en somme, très simples, 
et peuvent être présentées ainsi qu'il suit : 

1° La nécropole royale est dans la Cité de David. 

2° La Cité dp David, acropole, citadelle de la ville cananéenne 
dont les soldats de David s'emparèrent, est située avec précision 
sur le terrain ; elle couvre la r plate-forme de l'éperon bas qui s'al- 
longe, du nord au sud, couronnant l'escarpement occidental du 
ouadi Sitti Mariam, le Gédron antique, et qu'on nomme Ed- 
Dahoura. 

3° Sous la pointe méridionale de cet éperon qui porte l'acropole 
primitive, passe, d'est en ouest, le grand tunnel-aqueduc de l'épo- 
que royale, ouvert par le roi Ezéchias, qui déverse, sur le flanc 
ouest de la colline et tout près de sa pointe, les eaux prises à la 
source de Sitti Mariam à la base du flanc opposé et à 300 mètres de 
distance au nord, au fond du ravin de Cédron; et ce tunnel pré- 
sente dans son plan, aux alentours de la traversée de la colline, la 
singularité d'une boucle très ample, qu'on ne saurait expliquer, 
semble -t-il, par le fait du hasard ou de la simple maladresse des 
opérateurs. Cette étrange sinuosité n'est-elle point voulue, et n'a- 
t-elle point été dirigée par la volonté d'éviter, de contourner, en 
plan, les tombes royales situées sur la plate-forme? 

Dans cette explication réside l'hypothèse de Clermont-Ganneau, 
et il en ressort immédiatement la définition de la méthode à suivre 
pour vérifier l'idée et chercher la nécropole : explorer l'aire évitée 
par la grande boucle de l'aqueduc et faire cette exploration à fond, 
en dénudant méthodiquement et intégralement les surfaces, jus- 
qu'au rocher, de manière à ne point laisser passer inaperçue une 
porte, une bouche de puits, une quelconque ouverture dans la 
paroi naturelle, même la plus modeste d'apparence. Telle était la 
conception de l'investigation à poursuivre; tel fut le plan du travail 
dont on décida l'exécution en 1913, et suivant lequel nous avons 
organisé la mise en chantier dès la fin de cette même année. 

Avant de venir à la relation des travaux, nous reprendrons, 
d'ensemble, l'analyse des conditions d'arcbéologie et d'bistoire 

1. Voir notamment Clermont-Ganneau dans Revue Critique, 1 N s 7 , II, p. 335, .'!.'>7- 
340. a propos du compte rendu de Perrot et Chipiez, Hist. de l'Ail etc., IV 
{Judée, etc.), paru en 1887; de même dans Revue Historique, 1890, p. 40.3-406, dans 
Rec. d'Archéologie Orientale, II (1896-1898), p. 263 suiv., 269 suiv.. 275 suiv. 
(noter aussi l'étude de Clermont-Ganneau sur l'inscription judéenne de l'aqueduc dans 
Rec. d'Arch. Or., I, 1888, p. 293), ^t surtout Les tombeaux des rois de Juda el le 
tunnel-aqueduc de Siloé, dans C. R. de VAcdd. des Inscriptions, 1S97, p. 383-427. 



LA CtîÉ DE DAVID 3 

énoncées ci-dessus, et sur lesquelles la théorie de M. Clermont- 
Ganneau est basée. Nous serons conduits, ainsi, à mettre en place 
les éléments d'un tableau de la Cité de David et de ses abords, 
ainsi que des installations hydrauliques dont l'histoire est insépa- 
rable de celle de la vieille acropole, tel que l'ensemble en pouvait 
être établi dans l'état des découvertes antérieurement acquises ' ; 
et par celte esquisse de topographie, d'archéologie et d'histoire 
nous aui'ons défini et précisé, dans le cadre de ses limites natu- 
relles, le théâtre des nouveaux travaux dont il sera rendu coiupte 
ensuite. 



CHAPITRE I 

LA V1LLK PRIMITIVE ET SES ABORDS 

I. L'acropole cananéenne, qui est la « Cité de David »; ta source 
et sa communication couverte avec l'intérieur de la place. 

« Et David s'empara de la citadelle de Sion (mesoudath Sion), — 
c'est la Cité de David (ir David) 2 . » 

« David s'installa dans la forteresse et l'appela Cité de David* ». 

En ces termes, la vieille relation historique nous instruit sur la 
place à laquelle le nom de Cité de David était attaché aux siècles 
qui suivirent la conquête. C'est la « citadelle » des Jébuséens, non 
pas, sans doute, la ville tout simplement, puisque eette citadelle 
s'appelait d'un nom particulier, Sion, mais une certaine partie de 
la ville, la mieux défendue, celle où l'effort des défenseurs s'était 
concentré, c'est-à-dire la vieille acropole qui avait été toute la ville 
aux jours de sa première histoire. Le problème topographique de 
la Cité de David revient, comme on voit, à déterminer l'emplace- 
ment de l'acropole cananéenne primitive. 

Or, la question ainsi posée peut être résolue, grâce à certaines 
conditions très impératives et très simples, d'ailleurs reconnues 

1. Signalons immédiatement que, pour fixer les traits do ce tableau . l'un est gran- 
dement aidé par l'ouvrage du P. H. Vincent, Jérusalem, dont le tome premier, 
Jérusuletn. antique, avait commencé de paraître dès 1912. Il nous arrivera, comme 
on verra, de ne pouvoir suivre Vincent en certains points importants de ses interpré- 
tations et restitutions archéologiques ; nous n'en sentons que plus vivement le devoir 
d'accuser tout ce dont notre exposé, dans l'ensemble, est redevable au long travail de 
l'archéologue et de l'historien jérusalémite. 

ï. Il Sam., v, 7, repris dans 1 Chron.. \i •">. 

3. [V&am., v. !>. 



4 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

depuis longtemps. La carte, à elle seule, ne nous éclairerait pas. 
La ville moderne ' apparaît retranchée sur cette plate-forme acci- 
dentée, si remarquablement circonscrite de ravins à l'ouest, au sud 
et à l'est, de plain pied avec les plateaux seulement du côté du 
nord, et que dessinent les branches hautes d'une vallée descendant 
à la mer Morte, toutes proches encore de leur départ de la ligne de 
faîte : à L'est, courant droit vers le sud. le ouadi Sitti Mariam, qui 
est le Cédron de la Bible et de Josèphe, à l'ouest et au sud, la 
grande boucle du ouadi Er Rababi, qui tombe dans le Sitti Mariant 
au confluent du Bir Eyoub. Au sud du périmètre urbain actuel, 
entre la muraille turque qui court du Rababi au Cédron et le con- 
fluent des vallées, de grands espaces restent libres, et il faut les 
innombrables vestiges que le terrain livre partout, ainsi que les 
fouilles méthodiques qui en ont exploré de vastes lignes, pour 
qu'on ne puisse douter qu'à l'époque romaine encore, la ville cou- 
vrait toutes ces pentes aujourd'hui abandonnées, s'avançant sur 
les crêtes des deux vallées convergentes jusqu'à dominer le Bir 
Eyoub même. 

Le bloc de montagne occupé et encadré de la sorte est de confi- 
guration complexe. Il s'y dislingue plusieurs collines dont les 
groupements et les coupures sont commandés par les lignes d'une 
vallée médiane descendue du nord, qui s'entaille par tout le milieu 
de la ville actuelle et de la ville antique et tombe dans le Sitti 
Mariam à peu de distance au-dessus de Bir Eyoub : ce sillon 
caractéristique s'appelle aujourd'hui El Ouadi, la « Vallée », sans 
épithète, et c'est le Tyropœon de Josèphe 2 . Les deux groupes de 
collines qu'il sépare sont divers de forme et d'importance; les hau- 
teurs de l'ouest sont plus vastes et plus élevées; le chaînon oriental, 
entre Ouadi et Sitti Mariant, étroit, allongé, plus bas dans l'en- 
semble, est affecté en outre par plusieurs étranglements, plus ou 

L. Les principaux documents topographiques sont la grande carte de VOrdnance 
Survey de 1864-65, au — — , et la carte de Kuemmel, Materialen zur Topographie 
des allen Jérusalem (1906^, à la même échelle que la précédente et très inspirée 
d'elle, enrichie de la figuration des monuments et vestiges antiques. On consultera, 
d'autre part, la très expressive carte au .-r- rw — r qui constitue la pi. I de Vincent, 
Jérusalem antique, et aussi, pour le premier coup d'oeil topographique, le figuré de 
terrain (pion trouve au même ouvrage, p. 4i. Quant à notre croquis au - — — qu'on 
voit ci-contre, c'est surtout un graphique pour représenter, d'ensemble, les exten- 
sions et déplacements de la ville à travers les âges. 

■2. Xmis supposons acquise l'identité du Tyropœon de Josèphe avec El Ouadi. de 
même que nous avons fait, plus haut, pour le Cédron identifié avec la vallée de Situ 
Mariam ; ces deux déterminations sont depuis longtemps acceptées et tout à t'ait sûres. 



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6 tfEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

moins nettement ensellés, qui courent de vallée à vallée, dans le 
sens de la largeur de l'épine, y délimitant des mamelons de con- 
tours distincts, disposés en gradins dont la cote va s'abaissant 
depuis l'origine hante, an départ du grand plateau du nord, jusqu'à 
la pointe méridionale extrême. 

De toutes les collines dont le plan se découpe ainsi dans le vaste 
ensemble, on voit que la plus modeste, quant à l'altitude et quant 
aux: proportions, est celle qui forme cette pointe terminale de 
l'éperon entre le Tyropœon et le grand ravin oriental. Et c'est, là, 
cependant, sur ce mamelon d'Ecl Dahoura, que s'est formé et 
qu'on a fortifié le noyau de la ville primitive. Pourquoi le chercher 
à cette place? La petite épine, large de 100 mètres à la plate-forme 
supérieure, très abrupte sur le flanc du Cédron et autour de la 
pointe, sud. suffisamment escarpée du côté du Ouadi, en outre, à 
l'époque où son lit n'était pas encore envahi par les énormes 
apports de décombres de toute la période historique, ce rocher 
dominé de toutes parts était dans des conditions topographiques 
extrêmement semblables à celles des diverses acropoles cana- 
néennes aujourd'hui connues, Jéricho, Gezer, Megiddo, Ta'annek et 
d'autres, qui, toutes, ont cherché un mamelon voisin du fond des 
vallées, peu étendu, élevé de 30 ou 40 mètres au-dessus du fossé 
périphérique, de moins encore, pourvu que l'escarpement naturel, 
assez accentué, permît l'aménagement d'une clôture efficace. Mais 
ces analogies de configuration extérieure n'indiqueraient rien, ne 
seraient même pas prises en note, si Ton ne rencontrait en même 
temps un indice connexe, extrêmement caractéristique et décisif 
en la circonstance. Si l'acropole palestinienne des temps archaïques 
évite les sommets, si elle se contente d'être une butte peu élevée 
au-dessus de la cuvette toute proche, c'est que son emplacement 
est impérieusement commandé par le voisinage de l'eau, ]& néces- 
sité de posséder une source au pied même de la muraille. Or, le 
mamelon d'Ed Dahoura était le seul point, dans toute la zone de 
Jérusalem et aux abords, où cette condition de la présence de 
Veau au bas d'un escarpement fût réalisée de telle manière que 
l'organisation d'une ville forte, aux temps archaïques, y fût pos- 
sible. 

La nature du sol est telle, en effet, que la source est une forma- 
tion très rare dans toute cette montagne. Tout autour de Jérusalem, 
l'eau n'arrive à sortir à la surface qu'au fond de l'une des ligues 
du grand sillon périphérique, celle du Cédron, où jaillit, à la base 
de l'escarpement occidental, à 300 mètres au nord du débouché 



LA CITE DE DAVID 7 

d'El Ouadi, la source extrêmement connue iïAïn Oùmm Ed- 
Daradj, appelée aussi Aïn Sitti Mariant, cette « Fontaine de la 
Vierge» dont le nom s'est imposé à la vallée dans la toponymie 
arabe moderne. A 700 mètres plus bas dans la vallée, l'eau reparaît 
au Bir Eijoub (le «puits de Job»), plus abondante et meilleure, 
drainée .par les grands écoulements qui convergent à cette place. 
Mais près duBir Eyoub, point de mamelon, point d'îlot rocheux com- 
mandant le puits à sa base; rien qu'une large vallée, encadrée de 
grandes pentes, dont la cuvette ne fournissait aucune possibilité 
d'établissement fortifié. Aux fondateurs de la place primitive il ne 
restait donc rien à faire que de se reporter au nord, sur le coteau 
escarpé qui domine la petite source supérieure, dont l'eau moins 
belle alimenterait les occupants d'une forteresse ainsi placée, facile 
à organiser solidement et à bien défendre. 

Telles sont les circonstances qui* déterminaient inévitablement 
la position de la ville des premiers jours. Qu'il soit exact, mainte- 
nant, qu'il soit bien réel que la vieille acropole a été établie sur le 
site et dans les conditions qu'on vient de dire, cela ressort d'une 
indication monumentale positive et très importante, fournie par le 
grand travail qu'on rencontre à cette place, exécuté au cours même 
de la période cananéenne pour obtenir une communication cou- 
verte entre la plate forme et la source qui coulait hors les murs, 
au bas des escarpements de la côte. 

La signification historique d'un ouvrage semblable résulte de ce 
que le même problème s'était posé, à la même époque, aux cons- 
tructeurs de toutes les acropoles cananéennes, que partout il avait 
été résolu suivant le même principe, et que l'exploration archéo- 
logique nous en a fait connaître un assez grand nombre d'exemples 
pour que des rapprochements et des conclusions soient possibles. 
Le dispositif de Jérusalem, d'ailleurs, est complexe d'apparence, il 
s'imbrique singulièrement avec d'autres travaux de date très pos- 
térieure, de sorte que, pour le comprendre, il vaut mieux s'arrêter 
d'abord aux systèmes apparentés dont le dessin d'ensemble est 
plus simple. 

D'une manière générale, il est clair que la communication cou- 
verte entre la ville et la source extérieure est un travail de deuxième 
stade. L'acropole a simplement établi ses murs, au début, de ma- 
nière a dominer la source du plus près possible, mais si bien qu'on 
eût fait, il n'en restait pas moins nécessaire, pour aller à l'eau, de 
sortir et de descendre à découvert jusqu'au pied des pentes. En cas 
d'attaque, en régime de siège, la corvée d'eau devenait une opé- 



8 REVUE MHS ÉTUDES JUIVES 

ration difficile et dangereuse, parfois impossible, sans compter 
que la source s'offrait aux entreprises des assaillants et pouvait 
être utilisée par eux. Dès que la forteresse était importante et bien 
tenue, on arrivait à celte idée qu'il fallait que l'eau fût accessible 
au défenseur sans qu'il sortît à découvert, et en outre, qu'on eût 
pris des mesures pour dérober la source aux survenants de l'exté- 
rieur. Murer la source du côté de la plaine était cbose relativement 
facile; pour réaliser l'autre condition, par contre, il était besoin 
d'un travail considérable, consistant dans l'aménagement d'une 
descente en souterrain, depuis la plate-forme intérieure jusqu'à la 
nappe liquide. D'après les exemples caractéristiques de Gezer, de 
Gabaon et de Bel'ameh (Samarie) ', la descente comprenait, sur la 
plus grande partie de son développement, une galerie excavée dans 
le roc, en plan incliné ou en escalier, d'un tracé plus ou moins 
sinueux dont les accidents élaient sans importance, et qui débou- 
chait, à sa base, au niveau d'une chambre (Veau alimentée par la 
source ; à son extrémité supérieure, le tunnel s'amorçait 2 au fond 
d'une excavation, d'une sorte de large puits 1res probablement 
couvert d'une voûte, dans lequel était ménagé un escalier partant 
du niveau même de la plate-forme 3 . 

A Jérusalem, l'ouvrage congénère de ceux-là a été découvert 
longtemps avant eux, au cours des célèbres Lravaux accomplis par 
Warren ! de 1M7 à 1870. Il a été réexploré, de 1909 à 1911 , par 
l'expédition de Parker, dont les découvertes furent publiées par 
le P. Vincent ; les comptes rendus de Vincent, aussi complets qu'il 
est possible, permettent de décrire ainsi qu'il suit la configuration 
du passage qui nous intéresse 5 . 

1. Des croquis sont réunis chez Vincent, Jérusalem antique, p. 158-159. Le tunnel 

de Gezer a été découvert en 1907, au cours des grandes touilles de Macalister, dont on 
consultera utilement les comptes rendus dans les Quarterly Statements du P. E. F., 
ou la publication intégrale des Excavations al Gezer. La communication de Bel'ameh 
est counue par la fouille de Schumacher. Celle de Gabaon a été relevée par le 
P. Abel en 1911. 

2. A Gezer, tout au moins. L'amorce supérieure <lcs tunnels de Gabaon et «le Bel'ameh 
n'est pas dégagée. 

3.' A Rabbatb-Ammon et, hors «le la Palestine, à Troie et dans certaines localités 
cappadociennes, des travaux sont relevés qui décèlent des préoccupations «lu même 
ordre, avant dicté «les solutions similaires. Voir Vincent. lo<\ cit.. p. 147-14!». 

4. Une bibliographie sommaire des publications «le Warren sera donnée plus loin, 
à propos de l'histoire des travaux et recherches dans la zone qui nous intéresse. 

5. H. [Vincent], Jérusalem sous terre (Les récentes fouilles iVQpkel), 1911, 
p. 11-18, pi. Il, III, VI; Vincent, Les récentes fouilles d'Ophel, dans lier, biblique, 
1912, p. 86-105 et pi. V; Jérusalem antique (1912), p. 149-156 et pi. XVI. Le tracé de 
l'ouvrage est porté sur le plan archéologique d'ensemble de la codai e d'EI Dahoura 
qu'on trouvera plus loin, pi. 1. 



U CITE DE DAVID 9 

Son débouché supérieur n'est pas connu. Nous ne saisissons la 
galerie qu'à quelque distance au-dessous de la plate-forme, à flanc 
de côte \ en P 1 de notre plan général au j-J^, dans une chambre 
excavée profondément dans le roc, puis voûtée, où aboutissent les 
degrés inférieurs d'un escalier. Dans le sol de cette chambre, les 
mineurs avaient d'abord descendu un puits vertical, espérant arri- 
ver à la nappe d'eau par cette voie directe; rebutés par la dureté 
d'une couche rocheuse, à 20 mètres sous le niveau de départ, ils 
avaient abandonné ce puils, et amorcé, dans la chambre voûtée, 
un long tunnel de tracé coudé, en escalier, puis en galerie descen- 
dante, finalement en palier horizontal, qui traversait au passage 
une grotte naturelle et, plus loin, débouchait à l'air libre, à mi- 
hauteur de la colline. Cette issue, P 2 de notre plan, de toute évi- 
dence, était une porte « de service », destinée à être obturée en fin 
de travail, ouverte seulement pour faciliter la poursuite d'excava- 
tions et d'évacuations de déblais devenues trop pénibles par la 
voie du tunnel lui-même. Caries mineurs continuent de descendre 
vers la source. Mais ils abandonnent le système de l'approche en 
plan incliné ; estimant qu'ils sont maintenant à bonne dislance du 
plan de base, ils reviennent au procédé d'un puits descendu verti- 
calement, qu'ils ouvrent dans la caverne naturelle traversée par le 
tunnel après y avoir abaissé le sol, en tranchée, de quelques 
mètres. Favorisé par le cours d'une faille dans la roche, le creuse- 
ment du puils arrive, cette fois, à son terme : à 15 mètres au- 
dessous de la margelle, au niveau du plan d'eau, il est recoupé par 
la galerie horizontale qu'une autre équipe de travailleurs, partie 
de la source et se tenant au niveau même de la source, poussait 
dans la montagne à sa rencontre et à sa recherche 2 . 

1. Parker, comme jadis Warren lui-même* a pénétré jusqu'au roc par puits verti- 
caux, puis exploré la surface du rocher par le moyen de galeries de mine. Ayant 
débouché dans le tunnel incliné à remplacement même de la chambre voûtée dont 

nous parlons ci-dessus (P 1 de notre plan général au V il l'a exploré jusqu'au 

bas, mais n'a point eu la possibilité de déblayer le tronçon supérieur que nous ignorons 
encore; cela s'explique par le grand développement du travail dans d'autres directions 
et l'extrême difficulté de fouilles poursuivies dans des conditions aussi paradoxales. 

2. Pour reconnaître cette galerie du premier stade dans le réseau quelque peu 
complexe des souterrains qui avoisinent la source, suivre simplement la galerie VI de 
la nomenclature de Vincent, que conserve notre croquis ci-après inséré au chap. ni. 
Le tracé de ce tunnel dessine une équerre, la galerie poussant d'abord droit dans l'es- 
carpement, puis, arrivée à une certaine profondeur, tournant brusquement à droite 
pour marcher au travail des puisatiers, vers lequel l'équipe de la galerie basse, de 
toute évidence, s'orientait au son. Sur cette dernière section de la galerie d'eau, non 
loin de l'aplomb du puits, devait être amorcé, par la suite, le grand tunnel-aqueduc 
d'K/.écbias. 



10 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Voici la communication ouverte. Elle est constituée, en somme, 
par un tunnel en escalier, puis en pente descendante, aboutissant, 
dans une sorte de chambre, à l'orifice d'un puits qui tombe dans 
une galerie d'eau remplie par la source : le puisage se fait de la 
chambre souterraine haute, parle moyen de récipients descendus 
librement comme on l'ait dans un puits ordinaire. Le rapproche- 
ment de ce dispositif avec celui dont nous avons noté les éléments 
à Gezer, à Gabaon et à Samarie, fait ressortir qu'à Jérusalem le 
système comprend un organe non rencontré par ailleurs, à savoir 
le puits vertical. Mais cela n'est. qu'un détail de réalisation tech- 
nique. Dans l'ensemble, la question résolue est tellement la même, 
tous les ouvrages sont tellement analogues entre eux, que leur 
parenté ne fait point de doute; et par ailleurs, des constatations 
archéologiques faites par Vincent, en ce qui concerne notamment 
la coupe des parois et les outils dont la trace y subsiste, ainsi que 
les débris céramiques rencontrés, il résulte que l'ouvrage de 
Jérusalem est bien d'ancienne époque cananéenne. 

La date du travail est inconnue, flottant dans les ténèbres des 
siècles qui précèdent la période israélite. Mais il n'importe guère 
ici. Que cette vaste entreprise remonte aux jours mêmes de la pri- 
mitive acropole, ou qu'elle soit seulement du temps de la ville 
cananéenne développée, son objectif a forcément été de desservir 
le point le plus important de la ville, le centre de sa défense, 
c'est-à-dire l'acropole elle-même. Et ainsi se trouve indubitable- 
ment située, sur la petite plate-forme d'Ed Dahoura qui domine la 
source, cette acropole ancienne, cette « forteresse » appelée Sion 
qui était devenue la Cité de David dans la toponymie de l'époque 
royale '. 

1. Il y a lieu de rappeler que cette localisation de la ville primitive, sur l'arête qui 
forme le bord sud-est du grand polygone occupé par la ville antique, est proposée 
depuis très longtemps. Warren l'admettait déjà, considérant simplement la source et 
les conditions générales de la situation des acropoles palestiniennes (voir Vincent, 
Jérusalem antique, p. 164) ; et toujours l'a admise Glerrrioht-Ganneau, dont la 
théorie de la recherche des tombes royales supposait que la vieille acropole est placée 
de cette manière (voir ci-avant, premières pages). La môme opinion avait été exprimée 
d'autre part; voir notamment Z.D.P.V., 1879, p. 18 suiv.; 1880, p. 116 suiv.; 1881, 
p. 18 suiv., et cf. enfin Perrot et Chipiez, Hist. de l'Art, IV (1887), p. 163-166 
(carte p. 161), 360-363. Il est vrai que certains modernes tiennent à mettre Sion et la 
« Ville de David » à l'ouest du Tyropœon, sur la haute colline que couronne le Nebi 
Daoud des dénominations actuelles : tels K. Rûckert, Die Lage des Berges Sion 
{Bibl. Studien, III, i), 1898, p 10 suiv., et R. Meistermann, La Ville de David, 1905, 
p. 17 suiv., 111, 129-138 ; mais leurs considérations, fondées sur un singulier enchaî- 
nement de malentendus ■— le sens géographique de Sion étendu et déformé aux 
époques antiques mêmes, le besoin des modernes «le retrouver la Cité de David sur 



LA GITE DE DAVID 11 

Note additionnelle : l'énigme du sinnor. 

Dans l'état des conclusions qui précèdent, et au point de vue des 
précisions topographiques et archéologiques qui seules importent 
ici, il est très secondaire de savoir si le tunnel-puits, qui fait com- 
munication entre la source et la plate-forme archaïque, est, ou 
bien n'est pas, le sifinôr que mentionne un passage très mutilé 
de la relation historique. Il s'agit de l'attaque par surprise de la 
forteresse jébuséenne : « Or David avait dit : Quiconque frappera 
le Jébuséen et atteindra par le sinnor. . . » (II Sani., v, 8); la suile 
est perdue, mais la version dérivée qu'on trouve à I Chron., xi, 6, 
et d'où le sinnor a disparu, permet de restituer qu'à celui-là qui 
frapperait le Jébuséen par la voie indiquée David promettait une 
haute récompense. Et Joab étant « monté le premier », la ville fut 
prise. Qu'est-ce que ce sinnor, par où l'on peut « monter » pour 
surprendre la place? Vincent 1 , relevant l'apparition du mot dans 
Ps., xlii, 8, avec le sens de « grandes eaux, cataractes célestes », 
et conférant les traductions antiques des deux passages, pense 
qu'on peut admettre, pour le terme, le sens général de « conduite 
d'eau, passage en relation avec l'eau », et conclut que le .sinnor 
visé par David était le tunnel ascendant lui-même 2 . Par cette voie 
très dissimulée et très difficile, accessible toutefois à une petite 
troupe d'hommes résolus, la forteresse aurait été enlevée. 

Nous nous bornerons à ce résumé d'une thèse extrêmement ingé- 
nieuse et séduisante, en quelque sorte extérieure à notre sujet, 
mais directement intéressante pour la compréhension du texte et 
le détail des faits historiques. 

une montagne éminente, et une toponymie artificielle et toute illusoire surgie en 
conséquence — n'ont pas proprement le caractère scientifique. Quelques exposés 
archéologiques, enfin, restent sur la réserve (cf. Kuemmel, Materialen etc., 1906, 
p. 96). Il semble qu'aujourd'hui les faits soient assez complets et assez clairs pour que 
nous avions à enregistrer une véritable certitude. 

1. Jérusalem antique, p. 146-160. 

2. La théorie avait été produite dès 1878, d'après les résultats des explorations de 
Warren ; voir Vincent, toc. cit., p. 156. — Y aurait-il trace du mot sinnor, ainsi 
compris, dans certaines légendes palestiniennes encore vivantes? Macalister, citant 
Clermont-Ganneau et Vincent (Q. S., 1908, p. 104-106), rapporte plusieurs formes d'une 
légende du déluge spéciale à la région d'Abou-Cliouclieb (Gezer), notamment une 
histoire de la grande citerne de Rarnleh (non loin de Gezer) dans laquelle interviennent 
Noé, des passages souterrains, une source à Gezer même, enfin le tannoûr de Gezer, 
aujourd'hui obturé, et où le déluge avait pris sou origine. Gî tannoùr di d'An ' ~ 
pourrait-il être le sinnor même? 



12 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

II. Configuration de la ville cananéenne : les limites de l'acropole 
et l agglomération extérieure du nord, on de VOpheL 

Sur le coteau où elle s'était installée ainsi, la forteresse archaïque 
avait sa pointe extrême à 300 mètres au sud de la source. L'allure 
de ses contours est évidente sur presque tout leur développement, 
qui comporte un flanc oriental sur le Cédron et un flanc occidental 
sur le Tyropœon, raccordés par nue sorte de proue dominant le 
débouché du Tyropœon, au-dessus des réservoirs qu'on devait 
établir ultérieurement à cette place. Le flanc du Cédron est assez 
escarpé pour que la ligne de crête, qui portait la muraille, puisse 
être fixée partout à un écart près de quelques mètres, nonobstant 
les masses énormes de décombres qui revêtent la pente rocheuse; 
par endroits même, nous le verrons, les décombres ne sont pas 
arrivés à noyer le mur, et les puissantes assises de blocs, à décou- 
vert, s'offrent aux constatations les plus intéressantes et les plus 
faciles. L'éperon du sud est abrupt, très propre à être organisé en 
escarpe. Quant au ravin du Tyropœon, à son débouché, il esl 
creusé profondément et son flanc portait la muraille avec aisance; 
du côté de cette vallée, cependant, l'importance de la dénivellation 
et la largeur de la dépression sont bien moindres que du côté de la 
grande vallée orientale, et le déversement des décombres a fini par 
y produire les effets d'un véritable comblement. Cela n'est guère 
sensible dans la section inférieure, où l'observateur attentif voit 
encore émerger, à la crête, des sections du mur archaïque en blocs 
de pierre; mais en remontant vers le nord, ces vestiges dispa- 
raissent vite sous des lits d'apports de plus en plus importants, qui 
atténuent les formes de la vallée jusqu'à la réduire, à hauteur de 
la source sur le flanc opposé de la colline, à n'être plus qu'une 
dépression adoucie ' que recoupent, sans gène, les pistes trans- 
versales. 

Le passage du mur de crête, dans cette section, est assurément 
plus difficile à jalonner que sur le flanc de la vallée orientale, mais 
la configuration générale du tracé ne souffre point de doute. Lin* 
certitude commence seulement lorsqu'on veut déterminer la situa- 
tion de la face nord de l'acropole, de cette courte ligne de gorge 

1 . Un peu plus haut, sous la terrasse fortifiée qui barre le lit du Tyropœon et fait 
sai'lie en avant de l'enceinte du Haram, la hauteur des décombres qui oblitèrent la 
cuvette primitive est supérieure à 20 mètres. En nval.au point où nous venons de nous 
arrêter, c'est-à-dire droit à l'ouest de la source de Sitti JVlariam, la même couche est 
encore épaisse de 15 mètres au moins. 



LA CITÉ DE DAVID 13 

tendue de vallée à vallée et qui fermait nécessairement la place, de 
ce côté, face an glacis dominant qui descendait de la colline 
septentrionale. La citadelle archaïque s'étendait-elle de beaucoup, 
vers le nord, au delà des abords de la source? 

La configuration du terrain et les résultats des explorations sou- 
terraines permettent de répondre. On relève d'abord, sur la carte, 
que la plate-forme de la colline est rétrécie et comme étranglée, 
immédiatement au nord de la source, dans la section où court un 
sentier moderne, d'est en ouest, en transversale entre le chemin de 
crête du Cédron et le sentier parallèle qui descend dans l'Ouadi. 
Quand on explore cette ligne, on constate que la surface du terrain, 
qui d'une manière générale monte doucement du sud au nord, 
dessine un replat, une station horizontale d'une certaine étendue, 
et l'œil du topographe croit sentir que sous les remblais qui ont 
nivelé cette esplanade, il subsiste à la surface du rocher la forme 
d'un ensellemeat véritable, d'un petit col, d'une échancrure inci- 
sant la crête et limitant comme un fossé la plate-forme méridionale. 
Par chance, et pour venir à l'appui de ce que les formes extérieures 
du terrain font pressentir, on a plusieurs séries de travaux sou- 
terrains, et tout d'abord, les sondages exécutés en 1881, parGuthe, 
qui cherchait ' le mur d'enceinte général de la ville, sur la crête 
du Cédron, entre le grand saillant du carrefour des vallées, au sud, 
et la section jadis mise au jour par Warren, au-dessous de la plaie- 
forme du Haram. Les sondages les plus nombreux de Guthe por- 
tèrent sur une section d'une centaine de mètres de développement, 
qui est précisément la section de crête au droit de la source. Or, 
ses tranchées et ses puits ont fait voir que du sud au nord, dans 
cette petite étendue, la surface du roc plonge de manière très 
accentuée au-dessous de l'aire des remblais. A tîO mètres au sud du 
chemin transversal est-ouest où nous nous arrêtions tout à l'heure, 
une maçonnerie antique — G 4 de notre plan général au 1U(J - — 
repose sur le roc, à 3 mètres seulement au-dessous de la surface 
moderne ; un peu plus loin vers le nord, il y a bien des vestiges de 
muraille, G 5 et 6, à 12 m. 40 de profondeur, mais le roc est invisi- 
ble, plus profond encore, et la maçonnerie prend appui sur un 
amoncellement de gros matériaux rapportés ; au sondage extrême 
du nord, enfin, immédiatement avant de toucher le chemin trans- 
versal, le roc se retrouve, à 12 m. 90 sous la surface, portant un 
mur qui se replieà angle droit vers V ouest, G 7, comme pour courir 
au Tyropœon en ligne droite. Guthe a induit de là que, clans les 

1 . Guthe, Ausgrabungen bei Jérusalem, dans Z.D.P.V., V (1882), p. 7-204, 271-378'. 



14 HEVCK DES ÉTUDES JUIVES 

conditions du sol primitif, une sorte de gorge, incisée dans le pla- 
teau, mettait en liaison le haut des pentes des deux vallées ». 

L'existence d'une telle dépression a été confirmée et quelque peu 
précisée dans le détail, fort longtemps après, par les explorations 
souterraines de la mission Parker, de 1909 à 1911. Comme nous 
l'exposerons plus loin, les galeries de mine de Parker, gravissant 
la colline, de l'est à l'ouest, sous les remblais, ont rencontré la 
fortification de la crête, sous la forme de la double muraille P3 de 
notre plan général, et au-delà, vers l'ouest, le cheminement est 
arrivé dans une vasje caverne à flanc de roche, sorte de longue 
excavation horizontale entre les tables rocheuses, protégée par le 
débord des tables supérieures, et qui avait été aménagée en nécro- 
pole à la haute époque cananéenne. C'est Po de notre plan général, 
et il résulte de la superposition des relevés, comme on le voit par 
la compilation de notre plan même, que certaines maçonneries 
rencontrées à grande profondeur par Guthe sont situées, G 6 tout 
au moins, dans les limites de cette cuvette PS circonscrite par 
l'hémicycle de la falaise en débord. On s'explique alors fort hien 
certaines particularités des trouvailles de Guthe, notamment que 
le mur Go-6 ne soit point fondé sur le rocher : cette maçonnerie, 
évidemment, a été élevée sur les matériaux de comblement amon- 
celés dans la caverne primitive. A quelle époque? L'utilisation de 
la caverne, et les tombeaux qu'elle abrite, sont très antérieurs à 
l'enceinte de la crête de la coltine, dont le chemin de crête actuel, 
les murs P3 en sont le témoignage, marque à peu près le tracé 
dans cette zone ; et il est bien probable qu'au moment où cette en- 
ceinte fut élevée, on combla en même temps l'espace Po en arrière, 
qui devenait une sorte de cuvette sans issue, bloquée entre sa 
falaise d'arrière-plan et la muraille neuve. 

On voit, dès lors, que pour remettre le terrain dans sa condition 
primitive, il nous faut faire abstraction, non seulement des murs de 
crête P3 et du mur G 7 du nord, mais encore des maçonneries inté- 
rieures G 5-6, et imaginer l'hémicycle Po, à flanc de côte et profondé- 
ment incisé, le sol de la cuvette se trouvant, à plus de 13 mètres en 
contre-bas des remblais aujourd'hui susjacents. On touche du doigt, 
ici, le fait d'une profonde attaque de la roche au voisinage de la 

1. Rien autre chose que ce sillon de crètc, et nullement, à coup sur, une « vallée » 
transversale reliant Tyropœon et Cédron au travers de la colline, comme on Ta souvent 
compris dans l'exposé de Guthe lavoir Ruemmel, Materialen, p. 81-82, et Vincent, 
loc. cit., p. 190, n. 6). Mais Guthe a-t-il bien dit cela lui-même (se reporter a 
Z.D.P.]'., V, 1882, j). 317) ? Il semble qu'en lui reprochant sa « vallée » de liaison, on 
outrepasse injustement sa pensée propre. 



LA CITÉ DE DAVID 15 

coupure est-ouest dont Gutlie avait indiqué l'existence. La caverne 
P5, qui mord si largement dans la table supérieure, est l'indice de 
la chute de cote probable tout le long de la ligne qui court d'une 
vallée à l'autre. 

Le rôle de ce sillon dans l'organisation de la forteresse primitive 
s'aperçoit clairement, et l'idée se présente, d'après la position des 
choses, que le dernier sondage nord de Guthe, G 7, est tombé sur 
l'angle nord-est de l'enceinte, au retour du mur vers l'ouest pour 
former la courtine en arrière de la coupure transversale naturelle. 
S'il en est bien ainsi, on voit que les fortificateurs de l'acropole ont 
compris dans leur enceinte, à l'angle, une portion notable de terrain 
abaissé, la cuvette P5 précisément, qu'ils ont mise au niveau de la 
plate-forme en la remblayant, en terrasse, dans une ceinture de 
murs de soutènement dont P 3 et G7 semblent être des vestiges. 

Nous nous sommes inspirés de ces vraisemblances pour arrêter le 
contour de l'acropole, au nord, tant sur notre croquis d'ensemble 
au ^ÂÂ ( l ue Slir le P lan archéologique au 1()00 de la Cité primitive. 
L'enceinte définie de cette manière s'étend sur un peu plus de 
300 mètres, en longueur, depuis la pointe méridionale jusqu'à la 
courtine entre les deux vallées ; elle est étroite, et la superficie de 
la plate-forme ne dépasse point 3 hectares. Ces mesures très mo- 
destes sont tout à fait, cependant, de l'ordre de grandeur des 
autres acropoles primitives de la Palestine. 

Il est surprenant, au premier coup d'œil, de voir combien parfai- 
tement, de quelle manière totale et pour ainsi dire irrémédiable, le 
fossé naturel du nord a été comblé, noyé dans une masse d'apports 
dont l'aire supérieure raccorde en une seule les lignes du profil de 
toute la colline. Le déversement sans fin des décombres suffirait 
peut-être à expliquer cette oblitération complète; il apparaîtra 
plus loin, cependant, que le phénomène s'est sans doute accompli 
d'une autre manière, que le comblement du fossé-ravin a été voulu, 
et effectué de main d'ouvrier, à une époque ancienne de l'histoire. 
À quel besoin dut répondre un semblable travail? Nous commen- 
cerons à le comprendre quand nous aurons constaté que sur la 
berge opposée de la coupure, couvrant la pente qui descend de la 
colline du nord il y avait, à l'époque cananéenne même, une autre 
agglomération dans une enceinte distincte, une autre ville ou un 
autre quartier de ville. 

Le fait ressort de quelques observations archéologiques de date 
récente, basées sur les anciens relevés de Warren. On connaît 



10 REVl/K DES ETUDES JUIVES 

l'importante section de muraille dont le fouille tir de 1867 a suivi le 
tracé, sur la crête orientale de la colline continue au nord à celle 
de l'acropole, à partir de l'angle sud-est du Haram, vers le sud, 
puis vers le sud ouest, sur un développement un peu supérieur à 
200 mètres. Cette escarpe était constituée par un grand mur verti- 
cal en blocs lisses, reposant sur une sorte de socle de 3 ou 4 mètres 
de hauteur, construit en blocs frustes à appareil indéterminé et 
fondé, lui-même, sur une haute et massive couche d'argile battue, 
établie sur la roche, extrêmement dure et résistante. Warren ne 
pouvait apercevoir tout ce que décèle un pareil système. lia fallu 
les explorations ultérieures des anciennes acropoles cananéennes 
pour qu'on apprît que ce mode de construction, consistant à 
fonder une muraille sur un massif d'argile qui enrobe les 
assises inférieures et forme glacis en avant, est tout à fait 
caractéristique de la période cananéenne 1 . Mais dès lors, le 
mur de Warren est indubitablement cananéen, et il démontre 
l'existence d'une agglomération urbaine, à l'époque correspon- 
dante, sur la pente de cette colline dont le Haram actuel occupe 
la plate-forme. 

Arrêtons-nous un instant à considérer la situation et la forme de 
celle hauteur, dont Taire supérieure est un 'glacis arrondi, bombé, 
qu'il faut imaginer débarrassé de la haute terrasse droite qui le 
couronne, et dont les flancs, du côté du Cédron, se développent en 
une vaste convexité dont le lit du grand ravin épouse le contour de 
base. Il paraît toujours avoir été entendu que celte colline, en 
saillie sur le plan général de la ville antique, est Y0phe1,hz>3, la 
« protubérance », la « tumeur », dont le nom se rencontre souvent 
dès l'époque royale 2 . On n'e voit rien à y objecter; nous attirerons 
seulement l'attention sur cette circonstance, que le nom à'Ophelai 
été souvent appliqué au chaînon tout entier qui borde le Cédron sur 
son ilanc ouest, depuis le Haram jusqu'à la pointe méridionale d'Ed 
Dahoura, si bien qu'Ophel pourrait sembler comprendre l'acro- 
pole elle-même 3 . Nous nous abstiendrons soigneusement de cette 

1. Les faits sont réunis et exposés par Vincent, Jérusalem antique, p. 191-195 et 
pi. XIX, où l'on trouvera, outre les reproductions de ^ Warren. des coupes caractéris- 
tiques de Megiddo et de Jéricho, et aussi le relevé en coupe d'un point du mur de 
Yacropole de Jérusalem, rencontré au cours des fouilles de Parker. 

2. Voir Vincent, loc. cit., p. 187-191. Pour Warren lui-même, déjà, l'enceinte qu'il 
suivait le long de la crête du Cédron était le « mur d'Ophel ». 

3. Ainsi chez Vincent, si remarquablement précis en général, et qui nomme Ophel 
dans tous ses intitulés de comptes rendus des fouilles de 1909-1911 aux abords de la 
source ; nous les avons cités plus haut. 



LA CITÉ DE DAVID 17 

extension de signification injustifiée 1 . Par contre nous aurons le droit 
de parler, sans confusion possible, de l'enceinte cananéenne d'Ophel, 
dans le prolongement et au nord du rocher de l'acropole primitive. 

Cette ville cananéenne est évidemment de deuxième stade, l'acro- 
pole en liaison avec la source étant forcément la plus ancienne des 
installations fortifiées, et la place d'Ophel, en outre, très difficile à 
circonscrire et à défendre du côté du nord, où le plateau du Haram 
s'étend et s'élargit dans une mesure trop vaste pour que la modeste 
enceinte pût essayer de l'enclore. Condition défavorable qui n'avait 
pas été voulue par un ingénieur militaire ; les choses résultaient 
d'un développement spontané dont le mécanisme est extrêmement 
habituel à toute époque et facile à comprendre. De très bonne 
heure, l'enceinte primitive, trop étroite, s'était réduite à la fonction 
d'une citadelle, de la place où l'on se rassemblait dans le cas <ie 
danger, mais dans l'intérieur de laquelle le gros de la population 
ne résidait pas en temps ordinaire ; et des agglomérations s'étaient 
constituées au dehors, sur les collines environnantes. L'Ophel por- 
tait un de ces quartiers urbains, qu'il avait paru nécessaire, à un 
moment donné, de munir d'une enceinte ; on avait alors dessiné 
cette enceinte pour le mieux, en s'accommodant de l'espace à cir- 
conscrire, des formes du terrain et des dangers d'une situation 
qu'on n'avait pas choisie. 

Les contours de cette place sont encore indéterminés pour la 
plus grande partie; on connaît seulement le mur de Warren, sur 
la crête du Cédron, et Ion se rend compte qu'en dehors de la sec- 
tion explorée par Warren, vers le nord à partir de l'angle de la 
terrasse du Haram, l'escarpe cananéenne se poursuivait sur le 
tracé même que devait recouvrir le mur du moyen âge. Sur la crête 
duïyropœon, inévitablement, courait une escarpe en quelque sorte 
symétrique, et les deux murs, couronnant les pentes des deux 
vallées, semblaient prolonger les lignes des flancs de l'acropole 
méridionale. Face au sud, regardant la courtine nord de l'acropole, 
l'enceinte d'Ophel alignait une courtine similaire, et du côté du 
nord, enfin, elle se fermait par un mur dont nul indice ne décèle 
le passage : tout au plus est-il certain que l'aire culminante du 
plateau, où Salomon, plus tard, devait établir sa ville royale, était 
laissée en dehors. 

1. Dans un esprit de précision analogue, et bien que l'acropole primitive, nous 
l'avons vu plus haut, fût Sion de la manière la plus authentique, nous nous sommes 
résolu à ne jamais désigner par ce nom le rocher de l'acropole, pour éviter les confu- 
sions qui résulteraient des étranges et vastes déformations dont le sens du terme a 
subi les etfets au cours des siècles. 

T. LX1X, n»« 137-138. 2 



18 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

C'est dans de telles conditions d'information que nous avons 
porté, sur notre croquis, le tracé très hypothétique de l'enceinte*. 
L'extension du « mur de Warren » vers l'acropole fait voir que 
l'enceinte d'Ophel et celle de la forteresse primitive étaient sépa- 
rées par un intervalle de moins de 100 mètres. 

Quelle était désormais la fonction de ce fossé, de cette large 
brèche entre les murailles des deux âges? D'une place à l'autre, 
sur le chemin de crête longitudinal qui desservait les collines, la 
circulation devait être intense et les constructions particulièrement 
nombreuses ; au point de vue militaire, d'autre part, les deux 
enceintes étaient en évidente connexion, au moins pour la pre- 
mière phase des opérations d'une défense. Le pédoncule entre 
Ophel et la Cité de David jouait donc bien plutôt le rôle d'un 
chemin de liaison que celui d'une coupure ; et dans ces conditions 
la gorge transversale sur le front nord de la citadelle, ainsi que la 
dépression en ensellement qui affectait toute la croupe aux alen- 
tours, favorables pour la clôture de l'acropole primitive, n'étaient 
plus que des obstacles gênants, dont on songerait tôt ou tard à 
combler les lignes. Nous verrons plus loin dans quelles conditions ce 
travail paraît avoir été conçu et mené jusqu'à la réalisation effective. 

III. Toponymie antique des vallées et des sources. 

Ayant reconnu la situation des groupes de la ville préjudéenne 
sur la longue épine qui descend de la plate-forme du Haram, entre 
Tyropœon et Gédron, jusqu'au débouché du Tyropœon dans la 
vallée orientale, nous sommes mieux en mesure d'interpréter, 
topographiquement, quelques précieuses notations enregistrées 
clans la description géographique de la Palestine à la première 
époque Israélite. Nous voulons parler de la répartition du pays 
conquis entre les tribus et de cette délimitation de territoires dont 
l'exposé remplit de longs chapitres de Josaé. Jérusalem se trouva 
sur les confins de Benjamin et de Juda, et les mentions qui s'y 
rapportent paraissent deux fois dans le texte, le long de la même 
ligne frontière, décrite d'abord comme limite nord de Juda, plus 
loin comme limite sud de Benjamin 2 . Nous ne reprendrons pas 
l'examen et la discussion des textes, que Vincent, en dernier lieu, 
a présentés très nettement 3 , un peu trop affirmativement, peut- 

1 

1 . Périmètre 1 bis de notre croquis au 1Q Q0() . 

2. Josué, xv, 7-9 et xviii, 15-17. 

3. Vincent, loc. cit., p. 111-118. 



LA CITÉ DE DAVID 19 

être, en ce qui concerne l'interprétation d'une indication que nous 
allons signaler. Hormis ce qui a trait à cette seule place, les textes 
sont parfaitement clairs et ce qui en ressort se formule comme 
il suit. 

Dans le sens de Test à l'ouest, la limite vient de la source d'Ain 
Shemeshj passe à la source dAïn Rogel, bavi, et « remonte », de là, 
la vallée de Hinnom, « au flanc du Jébuséen — c'est Jérusalem — 
du côté méridional » , ou bien « au flanc du Jébuséen, venant du 
sud » : dans le choix à faire entre Tune ou l'autre de ces interpré- 
tations d'un seul mot, réside l'indétermination à laquelle nous 
faisions allusion à l'instant même et qui paraît subsister encore. 
Après quoi la limite gravit la montagne qui est à l'amont de cette 
vallée de Hinnom (et au nord de la vallée des Rephaïm, ajoutent 
les textes), et une fois la crête atteinte, gagne la source de Neph- 
toah. Est-il possible de placer, sur le terrain, la ligne définie de 
cette manière? 

Ain Shemesh et Nephtoah sont deux points solidement fixés, la 
première source à l'est de Jérusalem, sur le versant de la mer 
Morte, et Neplitoab, à l'ouest, bien reconnu dans le Lifta voisin 
de la crête, sur le versant de la Méditerranée 1 . Entre ces deux 
repères, Ain Rogel et le Ge Hinnom — nous laisserons complète- 
ment de côté ce qui touche la vallée des Rephaïm — restent à 
reconnaître. Or la vallée de Hinnom est e au flanc » de la ville 
jébuséenne, et on la « remonte » en venant de la source de Rogel : 
d'où il appert, premièrement, que la vallée est à chercher au con- 
tact même de la ville primitive, et ce ne peut être, dès lors, que le 
Cédron ou le Tyropœon-Ouadi, ou encore le ouadi Er Rababi — et 
en second lieu, que la source est à l'aval de ce ravin à déterminer, 
quel qu'il soit en fin de compte. Cette dernière condition identifie 
évidemment et immédiatement Ain Rogel, qui est le beau puits de 
Bir Eyoub, au sud de la ville, au carrefour bien connu des vallées 
confluentes ; et cette localisation du Rogel antique bénéficie d'une 
certitude qui nous sera précieuse, en tous les cas où nous verrons 
le nom paraître par la suite. 

La question de Hinnom, qui se trouve être moins directement 
importante pour notre sujet, comporte beaucoup plus d'incertitude. 
L'identification avec le Cédron est exclue tout de suite, car elle 
aurait pour résultat de mettre la ville du côté sud de la limite, 
c'est-à-dire sur le territoire de Juda, alors que nous savons formel- 

1. Voir la carte de Vincent, ib., p. 117. 



20 BEVUE DES ETUDES JUIVES 

lement qu'elle était dans le domaine de Benjamin '. Reste alors à 
choisir entre le Ouadi et le Rababi. Etant donné la situation toute 
en longueur de la ville cananéenne, sur l'échiné entre le Ouadi et 
le Gédron, le « flanc du Jébuséen » se placerait beaucoup mieux 
dans ce sillon du Ouadi qui lui fait un fossé rectiligne du côté 
occidental a ; et Ton serait tenté, dès lors, de se rallier à l'interpré- 
tation textuelle de Vincent, d'après laquelle la limite « remonte la 
vallée de Hinnom, venant du sud, sur le flanc de la cité jébu- 
séenne». Mais s'il fallait comprendre, au contraire, que la limite 
«remonte la vallée de Hinnom, sur le flanc et an sud » de cette 
ville? Le Ouadi ne borde la ville archaïque, au sud, qu'à sa pointe 
extrême, et l'on songerait alors à recourir au Rababi, dont la 
section aval représente un fossé méridional vraisemblable. Il est 
vrai que cette dernière localisation impliquerait une hypothèse 
supplémentaire, à savoir, que la ville cananéenne s'étendait jus- 
qu'à border le Rababi au nord, c'est-à-dire avait un quartier sur la 
haute et vaste colline à l'ouest du Tyropœon, où sont la Dormition, 
le Cénacle et le Nebi Daoud des cartes modernes : domaine d'occu- 
pation très étendu et pour l'époque préjudéenne, en somme, très 
peu vraisemblable. 

En fait, la question de la mise en place de Hinnom est très 
influencée par les mentions de la vallée et le rôle qu'on lui voit 
jouer à l'époque royale. Elle est, en effet, l'emplacement de ce lieu 
de culte instauré par Achaz, supprimé définitivement par Josias, 
et dont nous savons qu'il consistait en un Topheth, c'est-à-dire, 
simplement, un « foyer», nu « autel », et qu'on le trouvait à la 
sortie même de la ville 3 . Quelquefois le lieu est appelé « la Vallée » 
tout court, et cela rappelle bien singulièrement El Ouadi, « la 
Vallée » par excellence de la toponymie moderne de la ville. Mais 
la rencontre n'est susceptible de rien prouver, et l'on doit se hâter 
d'observer, pour parer au danger de l'illusion toute proche, que 
« la Vallée », chez Néhémie, est indubitablement le grand Er Rababi 
et non El Ouadi moderne ; . Peut-être la « vallée de Hinnom », dite 

1. Josué, xvin, 28, daus le tableau des villes attribuées à Benjamin. Noter, toute- 
fois, l'indication en sens contraire de Josué, xv, 63, d'où il semblerait résulter que les 
Jébuséens de Jérusalem étaient en rapport, non avec Benjamin, mais, avec Juda ; 
mais cela ne saurait prévaloir contre le caractère positif d'un catalogue de villes. 

2. Vers cette solution incline Clermont-Ganneau, loc. cit. dans C. R. de l'Acad. 
des Inscr., p. 384, pour des motifs non seulement topographiques, dit-il, mais 
étymologiques, trop longs pour être développés au cours de son mémoire. 

3. Voir surtout Jérémie, xix. 

4. Cela résulte de la description topographique de la grande enceinte à l'époque 
post-exilienne qu'on trouve dans Néhémie, voir, pour ce qui nous intéresse, II, 13-lo, 



LA GITE DE DAVID 21 

aussi « la Vallée » simplement, et inséparablement liée avec le 
Topheth, a-t-elle changé de place au cours des âges, située dans 
le Tyropœon d'abord, puis, la ville étant venue à s'étendre, trans- 
portée dans le Rababi '. Et peut-être mettrait-on toutes les théories 
d'accord ensemble en faisant descendre le Topheth jusqu'auprès 
de Rogel-Bir Eyoub, à la base de toutes les vallées, en ce beau 
carrefour doté d'un puits où l'on voit si bien s'installer un lieu de 
culte 2 . Mais il importe de remarquer que cette solution n'éclaire- 
rait pas le problème du Ge Hinnom de la géographie judéenne du 
premier stade. 

Par contre, comme nous l'avons vu, la position d'Aïn Rogel au 
Bir Eyoub est absolument ferme ; et cela nous permet de situer 
immédiatement, par élimination en quelque sorte, l'autre source 
des abords de la ville dont il est question dans la relation biblique, 
celle de Gihon, lin^, qui ne peut plus être que l'Aïn Oumm Daradj, 
la Fontaine de la Vierge d'aujourd'hui, la source haute en relation 
avec l'acropole primitive. Rappelons, d'un mot, l'épisode histo- 
rique dont les scènes se déroulent auprès de lune et de l'autre des 
deux fontaines, Adonias réunissant ses partisans à Rogel 3 , pour 
se faire reconnaître comme successeur de David, tandis que le 
vieux roi fait procéder au sacre de Salomon à Gihon (I Rois, i). 
On relève, par ailleurs, que celte source de Gihon est forcément à 
l'est de la ville, puisque Ezéchias en devait détourner les eaux pour 
les amener à l'ouest '' ; et Vincent fait ressortir, en outre, que la 
racine dont le nom de Gihon est un développement et qui signifie 
a bouillonner, jaillir violemment », est en relation évidente avec 
les conditions naturelles de la source telles qu'on les constate 
aujourd'hui encore :i . 

Quant à la grande vallée où paraît cette source de Gihon-Oumm 
Ed Daradj, il semble bien que dès l'époque judéenne elle portait 

et m, 13-16. 11 y est question d'une porte de la Vallée qui ne peut donner que sur le 
Uababi ; mais ce point serait difficile à établir immédiatement, et nous attendrons de 
pouvoir reprendre le passage, avec de meilleures lumières, lorsque nous analyserons 
Néhémie dans ses rapports avec la situation des installations d'eau et de la nécropole 
davidique aux abords de la muraille. 

1. Voir, pour tout cela, Vincent, loc. cit., p. 124-134. 

2. Telle paraît avoir été l'opinion de Warren ; voir Vincent, loc. cit., p. 132, n. 3. 

3. A l'explication de cette bistoire se rattacbe ce qui concerne le « rocber de 
Zobeletb », voisin de Rogel. et que Glermont-Ganueau a retrouvé, dès 1872, dans des 
conditions d'évidence extrêmement frappantes; voir la question cbez Vincent, loc. cit., 
p. 138-140. 

4. Il Ckron., xxxii, 30 ; nous y reviendrons à propos de l'histoire des canalisa- 
tions pendant la période royale. 

5. Vincent, loc. cit., p. 134-13G. 



22 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

le nom de Gédron, nahal Kedron ', et qu'au flanc de la ville on la 
désignait aussi parla simple appellation de Nahal, le « Ruisseau », 
caractéristique du ruisseau issu de la source et qui coulait à l'air 
libre, effectivement, aux premiers siècles de la période royale. On 
voit, notamment, qu'au temps d'Ezéchias, sous la menace de 
l'arrivée des Assyriens, on obtura « les sources et le ruisseau qm 
coulait au milieu de la région », pour éviter que l'ennemi ne trou- 
vât de l'eau en abondance 2 . Très remarquablement, au point de 
vue des désignations topographiques, « Gihon dans le Nahal » est 
mentionné à propos de certains travaux de Manassé 3 , et plus tard 
encore le Nahal reparaît dans cette description de la périphérie 
urbaine qu'on trouve chez Néhémie et que nous citions tout à 
l'heure. 



IV. Les extensions salomoniennes ; création d'une ville royale 
dans le prolongement et au nord d'Ophel, et soudure de V en- 
ceinte d'Ophel avec l'acropole méridionale : le Millo. 

Ayant établi sa résidence dans la citadelle qui devait prendre, 
d'après lui, le nom de Cité de David, le roi ne changea rien à 
l'aspect des lieux et, notamment, n'établit point de nouvelles forti- 
fications. On nous rapporte qu'il se fit construire un palais, avec le 
concours des ïyriens qui fournirent les matériaux et prêtèrent leur 
main-d'œuvre''; si la chose est véritable, il s'agit sans nul doute 
d'un édifice très modeste, pour lequel il ne fut pas difficile de 
trouver un emplacement sur la vieille acropole. Le roi s'occupa, 
toutefois, de tenir ou remettre en état les murs de cette forteresse, 
devenue le centre et le réduit de sa puissance : il « construisit tout 
autour depuis le Millo, et à l'intérieur (?) :i ». Le Millo qui apparaît 
ici, nous le verrons dans un instant, est un ouvrage de Salomon ; 
s'il intervient dans la description du travail de David autour de 
l'acropole, ce n'est évidemment, sous la plume du rédacteur des 
temps suivants, qu'à titre de désignation de lieu, de repère topo- 
graphique, et cela est très intéressant pour ce qui concerne le 
Millo lui-même, car il ressorL des termes de la mention précitée : 
1° que ce Millo est contigu à l'acropole, 2° qu'il en représente 

1. II Sam., xv, 23; I Rois, h, 37 ; etc. 

2. II Chron., xxxn, 3-4. 

3. II Chron., xxxm, 14. 

4. II Sam., v, H. 

5. II Sam., v, t>, repris et déformé dans I Citron., xi, 8. 



LA CITÉ DE DAVID 23 

d'une certaine manière la limite, puisque le travail de David a 
embrassé toute la forteresse « depuis le Millo ». Nous allons voir 
que la situation du nouvel ouvrage devait répondre, effectivement, 
aux conditions ainsi définies. 

Les installations de David parurent insuffisantes à Salomon, dont 
le règne, comme on sait bien, se signala par la création d'un 
ensemble nouveau comprenant un palais royal et le célèbre temple. 
L'emplacement du temple est un point très assuré de la topogra- 
phie archéologique de la ville; il s'élevait sur l'emplacement même 
qu'a recouvert la mosquée d'Omar, au centre du Haram Esh Shé- 
rif, et cela définit complètement la situation du nouveau groupe 
d'édifices, auquel un projet plein de grandeur avait attribué, au 
nord de la ville, l'aire supérieure de la grande colline dont le 
quartier d'Ophel occupait seulement les pentes. Il faut nous repré- 
senter cet ensemble comme une ville royale entièrement organisée, 
comprenant la maison du roi, la maison divine, avec leurs an- 
nexes, leurs dépendances et tous leurs services, bien isolée dans 
son enceinte propre. Et il y a tout lieu de penser que le domaine 
ainsi constitué était contigu à l'enceinte cananéenne d'Ophel tout 
le long de sa face nord, de telle manière que la nouvelle ville 
royale prolongeait sans discontinuité, du côté du nord, la ligne des 
groupes et enceintes de la ville antérieure. 

Le tracé du péribole salomonien ne peut être précisé dans le 
détail. La face ouest, sur le Tyropœon, et la façade nord au revers 
du plateau, sont entièrement problématiques ; pour la face est 
seulement, sur la crête du Cédron, on peut admettre qu'elle pro- 
longeait, au moins au départ, l'alignement de l'escarpe cananéenne 
d'Ophel, et que le mur actuel du Haram a été construit sur la ligne 
de l'enceinte antique K . 

Conjointement avec ce grand travail, la relation biblique en 
cite plusieurs autres, dont les mentions font l'objet de divers 
passages facilement explicables lorsqu'on les considère ensemble. 
Voici d'abord, I Rois, ix, 15, une sorte de résumé général extrême- 
ment utile : «Telle est l'affaire de la corvée qu'imposa le roi Salo- 
mon pour construire la maison de Iahve, sa maison à lui, le Millo 
et le rempart de Jérusalem... » ? dit l'hébreu; dans le grec s'in- 

i 

1. Sur notre croquis synoptique au ^ Q00 qu'on trouve plus haut, nous avons figuré 
les contours de l'enceinte salomonienne du Haram (2 a) en considérant que les lignes 
naturelles du terrain, à cette époque, ne sont pas encore oblitérées, et que le mur 
cherche naturellement à rester sur la crête du plateau, laissant en avant de lui les 
glacis qui descendent au Tyropœon, à l'ouest, et de même aux rigoles secondaires du 
nord-est et du nord, tributaires du Cédron. 



24 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

sère, après la mention du Millo, une addition que l'hébreu ignore, 
portant que ce Millo a été construit « pour fermer l'enceinte 
(7T£picppa;at xbv cppayfxbv) de la Cité de David ' ». D'où vient ce com- 
mentaire explicatif? On en trouve l'origine lorsqu'on se reporte à 
I Rois, xi, 27, qui expose, toutes versions d'accord tout au moins 
(piant à la signification d'ensemble : « Voici donc la circonstance 
dans laquelle il L Jéroboam] leva la main contre le roi. Salomon 
bâtissait le Millo, «nb», 

(hébr.)your fermer la brèche \ 

(y-iD -na n^D) j 

(grec) pour achever de fermer la muraillef , ,-„..., „ ^ 

/ / i x v N > de la Lite de David son père...» 

(latin) pour égaliser la muraille 

{coxquavit voragineni) 

Nous envisagerons, un peu plus loin, la très remarquable diver- 
gence des termes qui figurent, ici. dans l'hébreu et dans les versions 
tardives; notons seulement que nous avons sous les yeux le pas- 
sage cohérent et primitif, en ce qui concerne le Millo et son expli- 
cation, et que le sens de l'hébreu, « fermer la brèche », est tout à 
fait certain et précis. Avant de reprendre ces derniers mots pour 
nous y arrêter, enregistrons encore un troisième passage, I Rois, 
ix, 24, où il est dit que la princesse égyptienne que Salomon avait 
épousée « monta également de la Cité de David au palais privé que 
[le roi] avait érigé pour elle ; alors il construisit le Millo. » A voir là 
une relation que le texte, en toute rigueur, n'implique point, il en 
ressortirait que le Millo était en connexion avec le palais construit 
pour l'Egyptienne. Mais cela est affaire de détail et n'intéresse point 
le problème même du Millo, dont nous pouvons maintenant poser 
les termes. 

Le texte à retenir, on l'a vu, est celui de I Rois, ix, 27, qui nous 
apprend que le Millo fut bâti pour fermer la brèche (ou clore la 
muraille, ou unifier la muraille, disent le grec et le latin) de la 
Cité de David. Or d'aulre part Millo, d'après le sens toujours admis 
et absolument évident du terme, est un « plein », un « remplissage », 
c'est-à-dire, en matière de travaux, un « comblement », ou plus 
généralement un « remblai » en terrassement ou en matériaux 
quelconques. Et dès lors, pour expliquer et situer l'ouvrage, il faut 
simplement nous demander ce qu'était (tenons-nous d'abord à 
l'hébreu) cette brèche de la Cité de David qui demandait à être 

1. Ce passage du grec, dans I Rois, ix, 15, a un doublet, de rédaction presque 
identique, égaré dans x, 23. 



LA CITE DE DAVID 25 

fermée par un remplissage, ce dernier constituant un travail assez 
important pour qu'il lût classé, par la suite, parmi les grands 
ouvrages du règne. 

Au point où nous sommes dès à présent arrivés, on s'étonnerait 
volontiers que la topographie archéologique montre une si étrange 
et si multiple incertitude 1 louchant une détermination dont les 
conditions sont à tel point précises et bien spécifiées. On se rend 
compte assez vite, cependant, que la difficulté a toujours résidé 
dans cette circonstance, qu'on ne se faisait pas une image assez 
précise de la configuration de la Cité de David, de cette plate-forme 
nettement isolée du côté du nord, où un pédoncule abaissé, une 
sorte de fossé naturel, faisait à la fois liaison et coupure entre elle 
et le bas des pentes de la colline d'Opliel 2 . Prenons Vincent, le 
dernier et sans doute le mieux informé des auteurs de l'archéologie 
jérusalémite. Cherchant quel était le point faible où un « remblai », 
défini comme on Ta vu, était nécessaire pour parachever la 
défense, il arrête 3 que, par rapport à la nouvelle enceinte du tem- 
ple, l'ouvrage en question ne peut être situé ni au nord, où nulle 
e brèche » n'était à fermer, ni à l'est, où toute la muraille couronne 
le Cédroo, — tout cela est fort exact — ni au sud, enfin, « car si la 
ville antique y est située, il n'y a pas lieu d'établir entre elle et le 
palais royal quelque ouvrage de la nature du Millo ». Ce dernier 
point est-il bien sûr, et n'y avait-il pas lieu justement d'établir 
dans l'intervalle spécifié un pareil ouvrage ? Vincent lui-même 
est bien près de s'en rendre compte. Les édifices salomoniens une 
fois construits sur le Haram, considère-t-il, la vieille ville se trou- 
vait couverte par eux du côté nord, et, bien défendue, à Test, par 
les grands abrupts du Cédron, elle n'avait plus à craindre une 
approche facile de l'ennemi que par le Ouadi, cette vallée qui sur 
son flanc ouest monte à pente accentuée, dans une mesure telle 
qu'aux abords de la latitude de la source, « son niveau se trouvait 
très élevé sur la rampe N.-O. de la petite colline orientale, réduite 
elle-même en cet endroit à un col étroit et de pente atténuée '' ». 
On ne saurait mieux dire, et il est bien clair qu'à l'époque primitive, 
le plus facile des sentiers montant du sud empruntait cette rampe 
du Ouadi, qui le haussait presque jusqu'à la plate-forme de l'acro- 
pole, grâce à son accès commode au « col » en avant de la courtine 

1. Voir un résumé de la question dans Vincent, Jérusalem antique, p. 185 et p. 3, 
et surtout Vincent lui-même, que nous discutons ci-après. 

2. Voir plus haut, fin du # n. 

3. Vincent, loc. cit., p. 182. 

4. //>., p. 184. 



26 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

nord. Ce qu'il fallait fermer, n'était-ce pas cette porte trop pratica- 
ble ouverte sur le Tyropœon, entre la Cité de David et Opbel ? Vin- 
cent l'apercevrait, s'il n'était entraîné dans une direction toute 
autre, car le Ouadi restait « un chemin grand ouvert pour aboutir 
au cœur de la ville », étant considéré que « dès l'époque de Salo- 
mon, Jérusalem a pu envahir assez la colline occidentale » pour 
que le Ouadi y fût la vallée centrale, comme dans la ville d'aujour- 
d'hui, non plus le fossé occidental des conditions primitives * ; et 
Vincent arrive à cette conclusion, que c'était le Ouadi lui-môme 
qui constituait la porte dangereuse, que barrer ce passage, c'était 
fermer la « brèche de la Cité de David », et que le Millo a été le rem- 
blai de barrage organisé, de la sorte, au travers de la vallée. 

Vincent part, en somme, de cette idée qu'à l'époque salomo- 
nienne la ville débordait déjà à l'ouest du Tyropœon, et il admet 
implicitement qu'il n'y avait pas de solution de continuité entre les 
murs de la Cité de David et ceux d'Ophel. Mais l'explication du 
Millo qu'il induit de là est entièrement inadmissible. On peut laisser 
de côté la question de l'extension de la ville au delà du Ouadi ; sa 
considération est inutile, car, de manière tout à fait indépendante, 
il est immédiat et il subsiste que, la Cité de David étant située 
entièrement à l'est du Ouadi, la « brèche de la Cité de David » et 
un ouvrage fermant cette brèche ne peuvent être cherchés dans 
le fond de cette vallée, car alors ils n'auraient plus, avec la Cité 
de David môme, la relation de position qui est tout d'abord indis- 
pensable. 

Le lecteur a déjà compris vers quelle solution cette discussion 
nous guide. Il est bien vrai qu'il y avait danger du côté du Ouadi 
et parle Ouadi, mais seulement en ce qui regarde cette porte du 
« col », de cette dépression qui resserrait et abaissait la colline 
entre Ophel et la vieille acropole. Les enceintes de ces deux places, 
les anciens murs préjudéens, laissaient entre eux une disconti - 
nui té, un creux ensellé, une « brèche » d'une centaine de mètres 
d'étendue, dont le fond donnait un facile accès aux portes de la 
courtine transversale, les plus nécessaires parce qu'elles regar- 
daient Ophel, et les moins bien défendues de tout le pourtour de la 
Cité de David. Là était la « brèche » qu'il fallait fermer, non dans 
le fond du Tyropœon et en travers de la vallée, mais en haut de son 
flanc est, dans le sens de la longueur de la crête. Le travail qui 
s'imposait était de combler l'échancrure incisée dans l'échiné de la 

1. Vincent, loc. ci/., p. 185. 



LA CITÉ DE DAVID 27 

côte, entre Ophel et la Cité, et d'établir une liaison de continuité 
entre les murailles des deux enceintes. 

Tel paraît avoir été l'ouvrage du Millo \ et l'on arrive ainsi à 
expliquer, dans des conditions de précision tout à fait heureuses, 
les termes dissemblables que les versions bibliques successives ont 
employés pour définir le travail et son objet. Nous avons vu que 
l'hébreu dit : « Fermer la brèche de la Cité de David », et cela se 
réfère à l'ensemble du travail, à cette opération générale d'obtura- 
tion et de surhaussement dont la construction des murs de soutè- 
nement n'est qu'un épisode. Mais il se trouve que cette construc- 
tion des murs, seule, paraît dans les versions postérieures : « Fer- 
mer la muraille. . . », dit le grec, après quoi la Vulgate, en termes 
d'une précision technique extraordinaire : cosequavit voraginem, 
« il égalisa, unifia le rempart », il fit un rempart à niveau et en 
accord 'avec celui des sections environnantes. C'est l'expression 
frappante du travail qui était à exécuter en réalité. Comme il est 
impossible que les rédacteurs du latin et du grec aient eu la moin- 
dre notion technique de ce qu'ils enregistraient en ces termes, on 
est conduit à admettre l'existence d'une version hébraïque perdue 
qu'ils auraient eue sous les yeux, et qui, en place de « fermer la 
brèche », portait « parachever la clôture de l'enceinte » ou « égali- 
ser, unifier l'enceinte ». 

D'après tout cela, en somme, le Millo était un « terre-plein », 
une « esplanade » tendue entre la Cité et l'ancien faubourg d'Ophel, 
naguère isolés de part et d'autre d'une coupure, désormais bien 
raccordés par une aire horizontale sans accidents. Cette terrasse, 
qui surhaussait un étranglement naturel de la crête, était aussi peu 
large qu'il avait été possible de la faire, et des murs de soutène- 
ment la portaient, sur le flanc du Cédron comme du côté de la vallée 
occidentale ; c'était une grande chaussée, un pont massif sur rem- 
blai qui raccordait en une seule les lignes du profil de la côte et, 
quant au dessin de la ville, faisait une seule enceinte des enceintes 
auparavant indépendantes 2 . 

1. Certains archéologues, déjà, ont placé le Millo dans cette situation, et il n'y a 
peut-être pas lieu de les traiter avec la sévérité que manifeste Vincent [loc. cit., 
p. 190, n. 6), parce qu'ils accueillent trop complètement l'idée d'une « vallée » trans- 
versale, entre Tyropœon et Cédron, que les sondages de Guthe auraient révélée (voir 
à ce sujet ce qui est dit ci-avant, § il 

2. La mise en œuvre d'un semblable raccordement en remblai, pour joindre la 
plate-forme d'une citadelle primitive à des quartiers extérieurs trop complètement 
coupés d'elle, se rencontre fréquemment dans l'histoire de la fortification, notamment 
dans la fortification européenne du début du moyen âge. Si ce n'était digresser trop 
gravement, il serait intéressant de détailler ici les conditions qu'on relève à Thouars 



28 KEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Nous pouvons revenir maintenant à la courte mention des tra- 
vaux de David à la vieille acropole, où il « construisit tout autour, 
depuis le Millo. . . ». Nous avons observé, au début de cet exposé, 
que le Millo intervient ici comme simple désignation d'un empla- 
cement, puisqu'au temps de David l'ouvrage lui-même n'existait 
pas encore ; mais combien cette désignation topographique, à 
présent, nous apparaît claire et adéquate à son objet! «Tout 
autour de la Cité, depuis le Terre-plein», écrit le rédacteur; et 
comme le Terre-plein est établi contre l'about nord de la Cité, le 
long de la ligne où tombait son ancien rempart de gorge, l'indica- 
tion signifie simplement : « tout autour de la Cité, dans son étendue 
entière». Il nous faut admettre que le rédacteur savait parfaite- 
ment ce qu'avait été la Cité de David si qu'à son époque le Terre- 
plein, Y Esplanade, faisait encore démarcation accusée entre la 
vieille citadelle et les quartiers septentrionaux de la ville. 

Le Terre-plein reparaît d'autres fois encore dans l'histoire. Ezé- 
chias, nous le verrons un peu plus loin, l'a compris dans ses 
grands travaux de confortation de l'enceinte, et c'est la chose du 
monde la plus naturelle. Par ailleurs, on trouve dans II Rois, xn, 21 , 
que Joas fut assassiné à Beth Millo, le latin (négliger le grec 
mutilé) dit : in domo Mello in descensn Sella. On ne s'aventurera 
point ici dans la difficile discussion de ces derniers mots de la 
Vulgate \ dont il paraît seulement inévitable qu'ils se réfèrent à 
un hébreu disparu. Mais la « maison du Millo » n'est point surpre- 
nante, puisque Millo, le « Terre-plein », était un terme habituel du 
vocabulaire toponymique de la ville. On croirait lire le nom de 

(Deux-Sèvres), dont le noyau primitif a été une « acropole » du x € ou du xi e siècle, 
isolée sur un mamelon rocheux serti par la rivière, dans une boucle de son cours 
sinueux et profondément encaissé. La ville bientôt vint à déborder sur le plateau, de 
l'autre côté du pédoncule, de la coupure très basse qui fermait la forteresse et livrait 
passage, en même temps, à l'unique chemin d'accès par la voie <le terre ; la population 
et la vie se transportèrent en cette agglomération plus habitable, qu'on munit d'une 
enceinte (xn e siècle) et qui devint la ville proprement dite, cependant que la place 
primitive, réduite à une fonction de défense militaire, arrivait à n'être plus que le 
« Château ». Des siècles passèrent ainsi ; le Château fut utilisé de bien des manières, 
jusqu'à ce qu'un jour, les nécessités locales devenant trop impérieuses, on se décidât 
à jeter, entre sa plate-forme et le plan incliné de la ville, une chaussée gigantesque, 
terrassée entre murs de soutènement sur un flanc et sur l'autre. L'analogie de cet 
ensemble avec celui du Château (la Cité de David), de la ville neuve (Ophel et les 
palais) et du Millo de la Jérusalem salomonienne, est singulièrement frappante. Le 
Millo de Thouars est une superbe terrasse horizontale, soutenue et resserrée par des 
murs énormes et du plus imposant caractère ; c'est le travail de Salomon à l'échelle 
décuple, mais le rapprochement n'en est que plus probant et plus instinctif pour le 
cas de Jérusalem même. 

1. Voir la question dans Vincent, loc, cit., p. 180-181. 



LA CITÉ DU DAVID 29 

quelque édifice public, le « Châtelet de la Place », la « Caserne de 
l'Esplanade », sur le plan d'une quelconque de nos villes modernes. 
Quant à descensu Sella, la traduction courante : « la maison de 
Millo à la descente de Sella» est séduisante, parce qu'on peut la 
raccorder avec les conditions topographiques locales. Sella reste, 
bien entendu, une énigme insoluble. Mais considérons le grand 
chemin de la crête de la colline, l'artère centrale de la ville au 
temps de Salomon, qui forcément descend des palais (le Haram) 
par Ophel, pour traverser le Terre-plein et s'engager dans la vieille 
Cité ensuite; au bas de la descente d'Ophel, le Terre-plein fait 
palier horizontal dans une situation remarquable ; ne peut-on 
comprendre, dès lors, qu'à la place qui nous occupe le texte pri- 
mitif signifiait quelque chose comme « . . .la Maison du Millo, au 
bas de la rue qui descend de la ville haute du nord » ? 

V. Le front oriental de la ville et son histoire ultérieure. 

Il ressort de tout ce qu'on vient de voir qu'à la fin du règne de 
Salomon la ville, constituée par les agglomérations anciennes et 
les récents palais, avec raccordement des enceintes là où il était 
nécessaire encore, couvrait un espace assez vaste et de forme sin- 
gulière, une étroite échine resserrée entre Tyropœon et Cédron et 
que l'enceinte unique occupait, sur une longueur d'un peu plus de 
1.000 mètres, du nord au sud, entre son point extrême sur la plate- 
forme du Haram et la pointe sud au débouché du Tyropœon dans 
la grande vallée. Peut-être, en outre, que dès cette époque, la ville 
avait jeté des faubourgs, enclos ou non. sur la colline à l'ouest du 
Tyropœon : nous ne nous engagerons ici dans aucune question 
de détermination de date, mais il est bien clair que toutes les 
extensions, désormais, devaient se porter dans la direction de 
l'ouest — le grand fossé du Cédron, du côté opposé, faisant irré- 
ductiblement barrière — et de préférence, immédiatement à l'ouest 
de la nouvelle ville royale du Haram, à hauteur de laquelle le Ouadi 
était beaucoup moins profond que dans les sections inférieures de 
son cours vers le sud. 

Ces agrandissements marchèrent vite cependant, tellement que 
de fort bonne heure, au cours delà période royale, la zone habitée 
s'était étendue vers le sud, du côté occidental du Ouadi, jusqu'à 
hauteur de la pointe extrême de la Cité de David. Voici, en effet, 
un puissant mur d'enceinte qui se soude à la vieille acropole à son 
extrémité sud, comme pour la prolonger, coupe le Ouadi à son 



30 REVUE DES ETUDES JUIVES 

embouchure, perpendiculairement, et suivant le même alignement 
dirigé vers le S. 0., gravit ce grand bec de colline qui enveloppe 
la Cité de David, en quelque sorte, de sa masse insérée, de l'ouest 
à Test, entre le débouché du Ouadi et le Rababi inférieur. Par- 
venu sur la ligne de faîte de cette croupe, le mur se replie à angle 
droit vers le N.-O. et s'élève dans cette direction le long de la 
montagne, orienté vers le Nebi Daoud moderne. Reconnue, sur ce 
parcours entier, par les fouilles de Rliss ', cette muraille n'est 
autre que celle de la grande enceinte de la ville, au stade de son 
plus grand développement vers le sud. Mais son tracé, dans le 
voisinage de l'angle méridional extrême, est de très ancienne' 
époque judéenne. 

Pour le reconnaître, il suffira que nous portions notre attention 
sur ce réservoir antique, le Birket El Hamra de nos cartes, qu'on 
avait aménagé dans le lit du Ouadi à son embouchure, au pied des 
escarpements de pointe de la Cité, et qui était alimenté, dans les 
conditions que nous verrons plus loin, parles eaux de la Fontaine de 
la Vierge. Extérieur à la Cité, ce bassin est évidemment postérieur 
à l'époque où la ville ne s'étendait point au delà ; mais la grande 
muraille du sud V enveloppe, et dès lors, il est également évident 
que cette muraille est au moins aussi ancienne que le bassin, 
partie intégrante d'un travail très vaste qu'on n'aurait jamais exé- 
cuté si les eaux emmagasinées avaienl dû rester en dehors de la 
protection de l'enceinte. Ce système hydraulique dont le Rirket El 
Hamra est un organe, ne peut être daté rigoureusement, mais nous 
verrons qu'il représente un stade d'organisation très antérieur à 
celui de la grande canalisation d'Ezécbias : d'où il résulte, pour 
lui, une position chronologique imprécise numériquement, mais 
très certaine, et qu'on peut exprimer en disant qu'il appartient au 
stade ancien de la période royale. Quant à la muraille de Bliss, 
nous aurons l'occasion d'observer que sa construction, au droit du 
Ouadi, et celle du réservoir ont probablement été corrélatives ; en 
tout état de cause, étant manifeste que la muraille est au moins 
aussi ancienne que le réservoir, la voilà attribuée, elle aussi, aux 
siècles les plus anciens de la période royale. 

Cette enceinte judéenne ancienne, post-salomonienne très pro- 
bablement, décrivait sur les hauteurs à l'ouest du Tyropœon une 
sorte de demi-cercle, et allait forcément se fermer sur les murs de 
la ville salomonienne dans la zone du nord, sans doute vers l'ex- 
trémité nord de l'enceinte des palais du Haram. Nous ne cherche- 

1. Fouilles de 1894-1897 ; Bliss et Dickie, Excavations al Jérusalem, 1898. 



LA CITÉ DE DAVID 31 

rons point à induire les conditions de son tracé, et si nous avons 
figuré le passage de cette enceinte sur notre croquis synoptique au 
kmxx)' il doit être bien entendu qu'il ne s'agit que d'une représen- 
tation d'ensemble, ne pouvant comporter, dans le détail, aucune 
intention de précision topographique '. 

Ultérieurement, la ville s'élargit considérablement à l'ouest, au 
nord-ouest et au nord ; du côté du sud-ouest et de l'ouest, notam- 
ment, l'enceinte s'avança jusqu'à voir le fond du Rababi, sur tout 
le développement de sa vaste courbe et de manière à embrasser la 
colline de Nebi Daoud tout entière. Le front oriental était le seul 
où la clôture ne fût jamais ni débordée ni déplacée, immuable par 
rapport au grand fossé du Cédron,dont elle couronnait la crête. 
Mais les vieux murs qui s'enchâssaient dans cette grande ligne du 
rempart, celui de l'Ophel, celui de la Cité primitive, et, à un stade 
moins archaïque, ceux des enceintes et des raccordements de 
Salomon, tombaient en décrépitude par le seul effet de l'âge, et ce 
devait être une préoccupation incessante pour les gouvernants, 
d'avoir à maintenir en état ou à conforter cette muraille du Gédron, 
aux éléments disparates et trop anciens pour être partout solides. 
La chronique des rois avait enregistré, à leur place, les divers 
travaux de cet ordre, dont il nous est rapporté un certain nombre. 

Voici d'abord Ozias, qui « bâtit des tours à Jérusalem sur la 
porte de V Angle, sur la porte de la Vallée et sur Y Angle, et il les 
fortifia 2 »: nous avons déjà cité, plus haut, cette porte de la 
Vallée dont l'analyse de la description de Néhémie nous permettra 
de reconnaître la place 3 , ainsi que la situation de ce point impor- 
tant de l'enceinte qu'on appelait Y Angle et qui était un saillant du 

1. N'exagérons point notre ignorance. Les formes du terrain commandent, pour 
cette enceinte, un tracé inévitable qui est celui que nous avons porté sur notre croquis 
(tracé 3). De la double nécessité de tenir les lignes de crête et de se restreindre, 
cependant, au moindre développement possible, il résulte que le mur, à partir du 
saillant sud, gravissait la ligne de faîte de la grande colline, presque en ligne droite, 
jusqu'à couronner le dôme du Nebi Daoud moderne ; arrivé là, il se repliait vers le nord, 
sur la ligne de faîte entre Rababi et Ouadi, descendait, toujours sur ce faîte, dans 
l'ensellement qu'occupe aujourd'hui la citadelle de l'enceinte turque, — on le rencontre 
positivement, à la remontée de l'ensellement, sous la forme d'un mur en grands blocs 
de pierre, orienté sud-nord, immédiatement au nord de la citadelle et sur une tren- 
taine de mètres, — et seulement au delà de ce point retournait vers l'est, enveloppant 
dans des conditions satisfaisantes la longue ravine qui court vers l'est et tombe dans 
le Ouadi. Pour rejoindre l'enceinte salomonieune, enfin, le mur ne pouvait éviter de 
couper le Ouadi lui-môme en travers, tout à fait comme devaient faire les enceintes 
postérieures, plus au nord, au passage de la même vallée. 

2. II Chron., xxvi, 9. 

3. Voir plus haut, § m. 



32 REVUE DES ETUDES JUIVES 

remparl d'Ophel. Jotham, ensuite, « construisit la grande porte de 
la maison de Iahve et fit beaucoup de travaux dans le mur de 
YOpheV ». Nous apprenons en troisième lieu qu'Ezéchias, dont le 
nom paraît à propos de tous les grands travaux exécutés dans la 
ville, « raffermit, répara toute l'enceinte ruineuse, éleva jusqu'aux 
tours... et le second mur en dehors, fortifia le Millo de la Cité 
de David, etc. 2 ». Qu'est-ce que le second mur en dehors? Une 
quatrième note, relative aux travaux de Manassé, vient préciser 
cette indication de la manière la plus heureuse 3 : « Manassé cons - 
truisit un mur extérieur pour la Cité de David, à l'Occident par 
rapport à Gihon dans le Torrent \ jusqu'à la porte des Poissons, et 
tout autour de VOphel, et il éleva ce mur considérablement ». 
Voilà, très nettement accusé, le système de fortification qui consiste 
à disposer en série les obstacles, et dans le cas particulier, à orga- 
niser un avant-mur précédant l'escarpe principale de la crête. La 
position de cette muraille avancée est définie avec une précision 
remarquable, à l'ouest de la source de Gihon, c'est-à-dire entre la 
source et l'escarpe ancienne, en d'autres termes à mi-hauteur de 
la colline : le nouvel ouvrage et le mur primitif se superposaient 
en gradins. Ces données sur la fortification au temps d'Ezéchias et 
de Manassé prendront toute leur valeur lorsque nous les rapproche- 
rons, plus loin, des faits que nous a livrés le dégagement d'une 
section du flanc de la côte. 

Voici enfin la grande relation de la restauration des murs de la 
ville qu'on trouve dans Néhémie, et qui comporte une description 
complète de l'enceinte à l'époque post-exilique'\ Une foule de 
noms de portes et d'autres points remarquables de la muraille se 
laissent placer sur le terrain dans de bonnes conditions d'approxi- 
mation, tout au moins du haut en bas du front oriental, où la 
ligne du rempart est définie avec certitude. Pour l'analyse topo- 
graphique de Néhémie, toutefois, les premiers points de repère et 
les plus sûrs sont ceux qui se réfèrent aux sources et aux réser- 
voirs du fond du Gédron et de ses abords; de telle sorte que, pour 
lire utilement le texte, il faudra d'abord que nous ayons reconnu 
le système des installations hydrauliques qui existait à l'époque 
correspondante. Pour l'instant, et touchant le front du Cédron, 

1. II Chron., xxvn, 3. 

2. II Chron., xxxn, 5. 

3. H Chron., xxxm, 14. 

4. Gihon, rappelons-le, est la source de Sitti Mariant au pied de l'acropole, et le 
Torrent est proprement le nom de la vallée du Gédron; voir plus liant, g ni. 

5. Les éléments dans Néhémie, u, 13-15, ni, 1-32 et xn, 31-40. 



LA CITÉ DE DAVID 33 

nous noterons seulement que dans le texte on voit paraître YOphel 
et son mur, à plusieurs reprises et dans des conditions fort utiles. 

Quant au développement ultérieur de Ja ville, à l'époque 
grecque et au cours des siècles suivants, il sort complètement des 
limites de cetexposé, et nous n'essaierons môme pas de reconnaître 
jusqu'où s'étendait, au nord, la grande ville de l'époque romaine. 
Nous ne chercherons point davantage à voir comment la topo- 
graphie urbaine a évolué pendant la période byzantine et a partir 
de la conquête arabe ; retenons seulement le fait, très général et 
de constatation immédiate, de la régression de la ville vers le 
nord, par l'abandon de toute l'extrémité méridionale des collines, 
du grand mamelon de Nebi Daoud et de ses pentes, entre Rababi 
et Ouadi, de la section aval du Ouadi, enfin de la côte d'Ed Daboura 
tout entière. Un coup d'œil sur notre croquis au ^ m * où 
l'enceinte actuelle est figurée, l'enceinte turque du moyen âge, 
suffi i-a pour qu'on se rende compte des aires ainsi rendues libres 
par le recul de la grande ville. 

À l'ouest du Ouadi, la ville gréco-romaine existe encore sous les 
décombres, d'où chaque coup de pioche en fait sortir des vestiges '. 
Entre le Ouadi et le Cédron, l'emplacement de la Cité de David est 
occupé par des cultures, et de rares maisons de paysans s'y ren- 
contrent; ce sont des conditions telles que l'exploration du sous- 
sol y devra toujours rester relativement facile. 



CHAPITRE II 



LES TOMBES ROYALES DANS LA CITE DE DAVID 



(y David s'endormit avec ses pères, et il fut enseveli dans la Cité 
de David. » — « Salomon s'endormit avec ses pères et fut enseveli 
dans la Cité de David son père... » — « Roboam s'endormit avec 
ses pères et fut enseveli auprès d'eux dans la Cité de David... » De 
père en fils, dans la série des rois de Jérusalem, le même rensei- 

1. Los Assomptionnistes de Notre-Dame do France, qui possèdent une vaste pro- 
priété dans cette zone, travaillent depuis de longues années à dégager les édifices et 
les ruines noyés sous le remblai des siècles, et ce sont de véritables quartiers de ville 
qui sortent au jour de cette manière. En debors du domaine des Assomptionnistes, 
partout et cbaque jour se révèlent maçonneries, mosaïques, citernes, débris d'édifices 
plus ou moins vastes ou de maisons ordinaires. 

T. LX1X, n os 137-138. 3 



34 revue: des études juives 

gnement nous est fourni, en termes presque invariables, par la 
vieille relation du Livre des Rois, que double, sans trop la contrarier 
ici, la version des Chroniques. Treize règnes se succédèrent, de 
David à Acliaz inclusivement, au bout de chacun desquels 1 le 
souverain mort allait rejoindre ses aïeux dans cette nécropole 
inaugurée pour David dans la vieille citadelle. Nulle exception, ni 
pour Joas ou Amasia assassinés, ni pour Achazia frappé à mort 
sur le champ de bataille, voire pour Ozias, dont il semble cependant 
que son corps avai? été frappé d'impureté par la maladie. Mais 
après Achaz, l'usage se modifie entièrement. Son fils Ezéchias n'a 
point, sans doute, été enseveli dans la nécropole davidique 2 ; 
Manassé et Amon eurent leurs tombeaux dans une résidence 
spéciale, le « jardin d'Ouzza 3 », et l'on ne sait où furent inhumés 
Josias et ses successeurs 4 de la période troublée à laquelle mit fin 
la conquête assyrienne. 

A partir du règne d'Ezéchias et par la suite des siècles il y eut 
donc, dans la « Cité de David», ce groupe de treize tombes royales 
dont on doit penser qu'elles occupaient une place notable sur Faire 
de l'étroite plate-forme. Mais l'antique acropole, isolée sur le 
front sud-est de la grande ville judéenne, était-elle autre chose, 
depuis longtemps, qu'une sorte de reliquaire davidique ? Elle 
faisait bel et bien partie de la ville, cependant, et l'on se trouvait 
alors en présence de cette anomalie, extrêmement exceptionnelle 
en pays israélite, d'un cimetière à l'intérieur des murs, admis et 
conservé malgré Yimpureté qui résultait, pour la ville, d'une 
situation semblable. 

Les idées d'après lesquelles le contact ou le voisinage des sépul- 

1. Correspondance des passages des deux livres : 

David I Rois, n, 10 . . . 

Salomon — xi, 43 . . . II Chr., ix, 31. 

Roboam — xiv, 31. . . — xir, 16. 

Abiam — xv, 8 . . . — xm, 23. 

Asa — xv, 24. . . — xvi, 14. 

Josaphat — xxn, 51 . . — xxi, 1. 

Joram II Rois, vm, 2 4. . . — xxi, 20. 

Acbazia — ix, 28 . . . 

Joas — xii, 21. . . — xxiv, 25. 

Amasia — xiv, 20. . . — xxv, 28. 

Ozias — xv, 7 . . . — xxvi, 23. 

Jotliam — xv, 38 . . . — xxvn, 9. 

Achaz — xvi, 30. . . — xxvin, 27. 

2. Il Rois, xx, 21. 

3. II Rois, xxi, 18, 26. 

4. II Rois, xxin, 30; xxiv, 6. 



LA CITE DE DAVID 35 

tures rend impures les habitations humaines semblent s'être 
développées relativement tard dans les milieux de la religion 
judéenne, et du fait même que, jusqu'à Achaz inclusivement, les 
rois furent inhumés dans la ville, il ressort que, pendant la durée 
de treize générations, à partir de celle de David, la pensée religieuse 
ne vit point d'obstacles à la pratique ainsi poursuivie. Mais si 
Ezéchias et ses successeurs, au lieu d'aller rejoindre «leurs pères » 
dans la Cité de David, sont déposés dans un cimetière différent, 
ne serait-ce point parce que des scrupules nouveaux en la matière 
avaient commencé de se manifester? En fait, c'est moins d'un 
siècle après Ezéchias, à l'époque des législations sacerdotales et 
dans le corps de leurs textes relatifs aux conditions de la pureté et 
de l'impureté, que nous voyons le principe de l'impureté du 
cadavre se présenter à nous. A plusieurs reprises, le code répète 
que le contact du mort est une souillure *. Dans le plus important 
des passages on précise et l'on va plus loin, spécifiant que sera 
impur quiconque aura touché un homme tué, ou un mort, ou des 
ossements humains, ou un sépulcre' 2 . Dès ce moment, on le voit, 
l'évolution est achevée, et il ne doit plus être permis d'ensevelir 
les morts à trop courte distance des résidences des vivants, puis- 
que le seul contact du tombeau est une cause d'impureté grave. 

La règle la plus immédiate qui se présente alors, de toute 
évidence, est celle de l'interdiction des sépultures dans l'intérieur 
des villes; et de là. on passera très rapidement à ce corollaire, 
que lorsque des tombes sont avoisinées ou viennent à être avoisi- 
nées par les habitations, il faut vider ces tombes de leur contenu 
pour purifier la place. À l'état de prescription formelle, celte 
dernière idée ne se rencontre que beaucoup plus tard ; mais dans 
le code sacerdotal de la fin de l'époque royale, déjà, elle était en 
germe, et nous la voyons sortir, à propos de la nécropole davidique 
précisément, dans un remarquable passage de la littérature pro- 
phétique de la période immédiatement suivante. 

C'est Ezéchiel qui parle. Une longue description du temple à 
reconstruire aboutit à la manifestation de Dieu lui-même, qui 
s'adresse au voyant et dont le discours débute comme il suit 3 : 
« Fils de l'homme, tel sera le lieu de mon trône et la place de la 
plante de mes pieds, où je veux demeurer éternellement parmi les 
Enfants d'Israël. Et que la maison d'Israël ne souille plus mon 

1. Lév., xxi, 1 ; xxii, 4; Nomb., v, 2; ix, 6-7, 911 ; xix, 11-22; xxxi, 19. 

2. Nomb., xix, 16, 18. 

3. Ezéchiel, xliii, 9. 



36 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

saint nom, soit eux-mêmes, soit leurs rois, par leur idolâtrie et par 
les cadavres de leurs rois en leur mort '. » Et un peu plus loin 2 : 
« Mais qu'ils éloignent de moi leur idolâtrie et les cadavres de 
leurs rois, et je demeurerai parmi eux éternellement. » L'allusion 
est aussi claire que possible: les tombes royales de la Cité sont 
devenues une abomination aux yeux de l'Eternel. Faut-il induire de 
là qu'après la restauration, il fut sérieusement proposé de sortir de 
leurs caveaux les reliques de David et de ses descendants? C'est 
peu probable. Une mesure de ce genre eût blessé trop gravement 
le souvenir national, trop violemment choqué les sentiments de 
respect qui suivaient un passé auguste, pour que l'orthodoxie 
môme la plus rigoriste en pût envisager l'exécution. Nous pouvons 
nous représenter qu'au cours des siècles qui suivirent, le problème 
ne fut jamais déplacé du terrain théorique, les orthodoxes pro- 
fessant que, par le fait des tombeaux respectés, la ville était en état 
de souillure ou perpétuellement menacée de souillure, mais 
restant dans l'attitude d'une sorte de protestation de principe, qui 
suffisait à calmer les inquiétudes de la piété publique et mettait 
hors de cause les docteurs qui auraient pu se sentir responsables. 
Quoi qu'il en fût en réalité, les rois dormirent en paix jusqu'à 
l'époque romaine, s'il est vrai que la nécropole davidique fut pillée 
par Hyrkan I er et après lui par Hérode. Rappelons le témoignage 
de Josèphe, d'après qui 3 le grand-prêtre Hyrkan fit ouvrir l'hypo- 
gée pour en tirer les trésors nécessaires à la rançon de Jérusalem 
sous Antiochus: on ouvrit « un des caveaux funéraires du sépulcre 
de David», et plus tard, Hérode en ouvrit un autre, mais sans 
parvenir aux sarcophages mêmes des rois, lesquels étaient enfouis 
sous terre si habilement qu'ils étaient invisibles même à ceux qui 
entraient dans le sépulcre. Ailleurs, le même Josèphe dit encore ! 
qu'après la violation du sépulcre, Hérode construisit un monument 
expiatoire « sur la bouche » ou « auprès de la bouche », km t<3 
<7TOfx.Éo>; il dit aussi qu'on « descendait ». par cette bouche, dans 
l'hypogée. Ces diverses mentions de sarcophages enfouis, de 
caveaux distincts dans un même mnêma, d'entrée par un puits de 
descente, ont conduit Clermont-Ganneau à concevoir la nécropole 
royale comme une catacombe à entrée unique, avec chambres 
intérieures; il l'a expliqué, comme on sait, à plusieurs reprises. 

1 . « Dans leur mort », Dm733, et non « sur leurs hauts-lieux »; le Targoum (Joua- 
than) dit : dans leur mort. 

2. Ezéchiel, xliii, 9. 

3. Josèphe, Ant. Jud., vin, 15, 3. 

4. Josèphe, ib., xvi, 7, 1. 



La cite de David 37 

En ce qui concerne particulièrement le dispositif du puits d'accès, 
il est bien connu dans un type de tombes de l'époque phénicienne 
et de l'époque judéenne, et nous verrons par la suite que certains 
grands tombeaux judéens de la Cité de David s'ouvraient effective- 
ment par puits verticaux organisés de la môme manière. 

La violation des tombes royales à l'époque romaine mettait fin à 
la contestation de pureté et d'impureté, à ce curieux et insoluble 
débat qui pendant un si long temps avait agité la conscience reli- 
gieuse ; mais elle ne l'expliquait point, et, pour les générations 
ultérieures, la question restait entière de savoir pour quel motif 
l'antique nécropole avait été laissée en place, et comment sa 
conservation s'était conciliée avec le respect de prescriptions 
religieuses qui apparaissaient dans le recul du passé et auxquelles 
on arrivait, de plus en plus, à attribuer un caractère impérative- 
ment absolu et inévitable. C'était un beau problème pour les 
talmudistes, que nous suivrons utilement, un instant, le long du 
fil de quelques considérations caractéristiques. 

Commençons par noter, au Talmud, que « dans l'enceinte de 
Jérusalem, il est interdit de conserver un cimetière 1 ». En applica- 
tion de cela, le leroushalmi et le Babli portent déjà, pour la plus 
grande partie et en termes presque identiques, le texte que voici, 
que nous prenons dans la Tosefta pour l'avoir dans son dévelop- 
pement final et complet 2 : « Un tombeau que la ville a entouré, 
soit de quatre côtés, soit de trois côtés, soit de deux côtés, en vis- 
à-vis, s'il y a plus de 50 pics de distance de tous côtés, on ne doit 
pas le vider. A moins de cette distance, il faut le vider. On peut 
vider tous les tombeaux, sauf les tombeaux des rois et les tom- 
beaux des prophètes. — Rabbi Akiba dit: Même les tombeaux des 
rois et les tombeaux des prophètes peuvent être vidés. On a opposé 
à cela : Mais les tombeaux de la maison de David et le tombeau de 
la prophétesse étaient à Jérusalem, et jamais personne n'y a 
touché ! lia été répondu : Cela ne fait pas objection : il y avait des 
conduits (mbTra) à eux (des conduits en relation avec ces tom- 
beaux), et il (sic) faisait sortir l'impureté dans la vallée du Cédron 3 . » 

1. Babli, première partie, et Tosefta Kêlim, chap. I. 

2. Tosefta, deuxième partie, chap. I. § xi; éd. Zuckermandel, p. 399. 

3. Le même texte, avons-nous dit, au leroushalmi {Nazir, chap. IX, § ni) et au Babli 
(Masecheth Semachoth, chap. XIV), mais seulement depuis : « on peut vider tous 

es tombeaux... » Vers la fin, en place de « des conduits », on trouve correctement, 
et en accord avec la phrase suivante, « un conduit », b^nft {leroushalmi), ï"lbTI73 
{Babli). Noter aussi, au lieu de « il faisait sortir l'impureté... », la phrase : «l'impureté 
pénétrait, perçait [par le conduit susdit], et sortait dans la vallée de Cédron, » 



38 REVUE DES ETUDES JUIVES 

D'où viennent les « conduits » qu'Akiba imagine de la sorte? 
Peut-être, et par voie d'induction ou de généralisation, de 
certaines indications d'un caractère plus positif, telle la note 
d'après laquelle « l'écoulement des matières liquides provenant 
des sacrifices du temple se faisait par des égouts qui débouchaient 
dans le torrent de Cédron ' ». L'explication ainsi obtenue, quant 
aux tombeaux royaux, n'en reste pas moins étrange au prime 
abord: en quoi l'existence d'un conduit d'écoulement peut-elle 
remédier à la condition d'impureté dans laquelle le tombeau se 
trouve par principe essentiel? Mais on ne raisonnait pas de cette 
manière. Les tombeaux royaux ayant été tolérés, il fallait à lout 
prix que leur existence eût été légitime, et Akiba arrive à ce 
résultat en assimilant Ximpureté qui caractérise le lieu de sépul- 
ture à quelque substance impure, susceptible de s'écouler par un 
canal en entraînant l'impureté avec elle. 

On sait, par ailleurs, que « un canal (n^a) voûté au-dessous d'une 
maison, aussi gros que le poing, de même qu'à son ouverture de 
sortie, quand il y a de l'impureté en lui, la maison qui est au-des- 
sus reste pure 2 ». Il n'est nullement question ici de l'écoulement 
de l'impureté éventuelle de la maison par le canal ; mais n'aper- 
çoit-on point la possibilité de ce contre-sens ou de cette extension 
de sens, qui établirait une relation de cause à effet entre le pas- 
sage d'un canal voûté et la pureté de la maison susjacente ? Les 
canaux d'Akiba, qui rendent pures les tombes royales, semblent 
bien avoir en vue quelque relation de ce genre 3 . 

Dans une direction toute autre que celle d'Akiba, on lit que «les 
tombeaux des rois et de Hulda avaient été conservés parce qu'ils 
remontaient au temps des premiers prophètes '' »; et de manière 
très analogue s'exprime Mabaril, étudiant longuement la ques- 
tion du tombeau de la prophétesse, et concluant que le tombeau 
existait avant la muraille, et, la muraille étant venue à l'en- 
tourer, fut conservé ensuite' 1 . Ainsi, parallèlement aux lignes 
singulières suivant lesquelles le raisonnement talmudique se déve- 

1. Mishna Yoma, v, 2 (d'après Neubauer, La Géographie du Talmud, p. 147). 

2. Mishna Ohalolh, chap. III, vu. Cf. Mai mon i de, Mis hne h Torah hilkhot tournai 
met (« Les lois d'impureté des morts »), chap. XX. § vif. répétant la même mishna 
presque dans les mêmes termes. 

â. Cf., pour tout ceci et de manière générale, Bùchler, La pureté lévitique de 
Jérusalem et les tombeaux des prophètes, dans Revue des Éludes juives, 62 (1911), 
p. 201 et suiv. 

4. Tosefta Negaïm, chap. VI, 2; cf. Maïmonide, Les lois du t.-mple, chap. VIT, 
§ xiv, reproduisant exactement la chose. 

5. Responsa de Maharil, partie Yora dea, § .°>7. 



LA CITÉ DE DAVID 39 

loppe d'autre part, nous voyons se produire ici des considérations 
toutes simples et pour ainsi dire de sens commun, qui arrivent 
immédiatement à côtoyer la vérité historique si simple, elle aussi, 
à savoir, que les tombeaux royaux dans la ville étaient antérieurs, 
non certes à la muraille, mais bien aux difficultés religieuses que 
soulevait leur existence, et qu'on les avait conservés parce qu'il 
était tout à fait impossible de les détruire. 

Un point particulier est à retenir dans l'explication d'Akiba, 
cependant, comme intéressant l'emplacement de la nécropole davi- 
dique et ce qu'à l'époque relativement ancienne d'Akiba on en 
pensait savoir encore. La réponse d'Akiba implique que les tom- 
beaux sont proches de la crête de la vallée du Cédron. Cela est 
assurément peu de cbose, et ne précise point ce que nous savons 
déjà, touchant la situation de la nécropole sur la plate-forme de la 
Cité de David, c'est-à-dire, forcément, au voisinage immédiat de la 
muraille. Mais l'indication est digne de remarque pour l'analogie 
qu'elle présente avec une autre note, parvenue à nous par une 
voie toute différente, et d'où il semble ressortir qu'aux premiers 
siècles de l'ère chrétienne on définissait la position topographique 
des tombes royales par leur voisinage avec le Cédron, plus préci- 
sément avec la source et le Siloam qui étaient les objets les plus 
remarquables de la vallée. 

11 s'agit de cette complexe légende que nous a conservée saint 
Epiphane, et dans laquelle une histoire miraculeuse de l'origine de 
la source de Sitti Mariam est mise en rapport avec un tombeau 
d'Isaïe dont la position est indiquée en termes remarquables. Le 
texte, en ses versions diverses *, rapporte d'abord un martyre apo- 
cryphe d'Isaïe, scié en deux avec une scie de bois par ordre du 
roi Manassé, après quoi le prophète aurait été enterré sous le 
chêne (syr. : le térébinthe) de Rogel, auprès du passage (syr. : de 
l'issue) des eaux qiiEzéchiàs avait fait disparaître en les enfouis- 
sant. La source de ces eaux, la source du Siloam, avait été envoyée 
par Dieu pour désaltérer le prophète au moment de son agonie. Or 
les Juifs, reconnaissants pour l'envoi de la source et obéissant à 
un oracle, firent au prophète un tombeau auprès du Siloam, afin 
que l'eau ne tarît jamais, même après sa mort. Ce tombeau est 
auprès du tombeau des Rois... C'est Salomon (syr. : David) qui 

1. Saint Epiphane, De vitis prophetarum et sepulcrts, éd. Migne, Patrol. 
grecque, xliii, p. 397-398. On possède, en outre, une rédaction syriaque de l'ouvrage. 
Voir bibliographie dans Clermont-Ganneau, loc. cit. flans C. li. de l'Acad. de s 
Inscr., 1897, p. 421. 



40 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

avait fait ces tombeaux ; il en avait fait rentrée difficile, dissimu- 
lée, et on ne la connaissait pas. Mais Ezéchias ayant dévoilé le 
mystère de Salomon et de David aux étrangers, Dieu le punit en 
réduisant en captivité ses descendants. 

Dans cet étrange récit s'imbriquent plusieurs légendes, loutes 
également juives d'origine, et dont la plus facile à isoler immédia- 
tement visait adonner une explication du nom de la source du 
Siioam, la source « envoyée », par traduction de l'hébreu Siloah, 
devenu Siioam à l'époque chrétienne : au chapitre suivant nous 
verrons l'origine et la signification véritable du terme ; il nous 
apparaîtra en même temps que la « source du Siioam » n'est autre 
que le Gihon biblique, la vieille source du Gédron supérieur, et que 
le Siioam est l'ensemble du système hydraulique en relation avec 
la source, proprement l'aqueduc qu'elle alimentait. Dès à présent, 
nous pouvons admettre tout cela sans incertitude. Mais au rédac- 
teur ou compilateur de l'histoire qu'on vient de lire il n'importait 
guère, et sans doute ne savait-il même plus ce que veut dire 
Siioam ; prenant cette fable d'une source « envoyée», il utilisa et 
expliqua F «envoi» par Dieu en le metlant en rapport avec la 
légende., sans doute indépendante primitivement, du supplice et de 
l'agonie du prophète. La soudure des deux thèmes reste très 
visible, grâce à la contradiction que le rédacteur a laissé subsister 
en ce qui concerne les eaux: si ces eaux, en effet, sont celles 
qu Ezéchias avait fait disparaître en les enfouissant ', comment 
peut-il se faire que Dieu, ensuite, les ait « envoyées », c'est-à-dire, 
bien évidemment, créées comme nouvelles ? 

À cela se raccordent, ensuite, à propos du tombeau d'Isaïe sup- 
plicié, les indications topographiques qui particulièrement nous 
intéressent. Trois données sur le tombeau se recroisent, sans tout 
à fait se superposer : 1° le tombeau était près de Rogel, que nous 
savons être le Bir Eyoub du grand confluent au sud de la ville - ; 
2° il était près du passage des eaux obturées par Ezéchias, c'est-à- 
dire de la source haute de Sitti Mariam et de ses aqueducs; 3' il 
était près du Siioam, qui, nous venons de le dire, est l'aqueduc 
même. De tout cela il ressort seulement que ce tomheau supposé 
d'Isaïe était dans la vallée de Cédron, et voisin du système des 
eaux issues de la source haute. Mais ceci une fois posé, on ajoute 
que ce même tombeau est auprès du tombeau des Rois : il en 

1. Allusion à II Chr., xxxir, 4; nous y reviendrons à propos de l'histoire îles 
canalisations pendant la période royale, 
g. Voir plus haut, chapitre 1, S m. 



LA GITE DE DAVID 41 

résulte alors que le tombeau des Rois, lui aussi, est voisin du 
« Siloam » ou système hydraulique du Cédron ; c'est l'image topo- 
graphique que nous annoncions tout à l'heure, et qui correspond 
exactement à celle que la citation d'Akiba nous avait déjà permis 
d'entrevoir. 

Suivent enfin, chez Epiphane, de curieux détails sur l'hypogée 
royal, attribué à Salomon ou à David, et sur son entrée mysté- 
rieuse, dont on parait reprocher à Ezéchias d'avoir livré le secret. 
L'imputation est très singulière. Mais ici encore, à l'analyse, on 
reconnaît deux histoires différentes qui ont interféré ensemble. 
Ezéchias dévoilant le mystère de Salomon et de David aux étran- 
gers, et puni par la réduction en captivité de ses descendants cela 
se réfère, originairement, à l'épisode connu d'autre part des 
envoyés babyloniens à qui le roi Ezéchias aurait fait visiter son 
palais, ses arsenaux et ses trésors ; sur quoi le prophète Tsaïe 
aurait prédit au roi la punition divine à attendre*. Dans le récit 
recueilli par saint Epiphane on évoque bien la faute du roi 2 et le 
châtiment qui la devait suivre, mais dans des conditions telles que 
les révélations imprudentes reprochées à Ezéchias concernent, à 
présent, non plus son palais, mais la nécropole royale elle-même, 
ce qu'on précise en spécifiant que ce roi coupable a « profané les 
ossements désespères». 

Nous sommes en face, ici, d'une véritable énigme. A quoi peut 
se rapporter une pareille tradition d'Ezéchias profanateur? Peut- 
être faut-il nous rappeler qu'Ezéchias, le premier de la maison de 
David, ne fut point inhumé dans la vieille nécropole davidique, et 
qu'à son époque sans doute, comme nous l'expliquions plus haut, 
commençaient à s'élaborer des idées nouvelles sur l'impureté du 
cadavre et du tombeau, et par conséquent sur le caractère anor- 
mal et inadmissible de l'existence des tombes royales à l'intérieur 
de la ville. Aurait-on, par la suite, attribué à Ezéchias un projet de 
purification de la ville par la profanation, la suppression des tom- 
beaux? Ce ne pourrait être qu'une légende tendancieuse d'époque 
sacerdotale, et, au regard du nouveau puritanisme, tout à l'hon- 
neur du monarque et de sa piété rigoureuse. Et c'est par le plus 
singulier contresens qu'on serait arrivé, à un stade ultérieur du 
développemen légendaire, à trouver dans cette histoire le motif 
d'un reproche. 

1. II Rois, xx, 12 et suiv.; haïe, xxxix, 1 et suiv. Visé par II Car., xxxir, 31, avec 
mention d'un « prodige qui avait eu lieu dans le pays », ce dont devait s'emparer la 
version passée chez Epiphane. 

2. Avec emprunt direct à II Chr., xxxn, 31 ; voir note précédente. 



4-2 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

En fin d'analyse, toutefois, et touchant le point particulier de la 
topographie delà nécropole royale, nous ne trouvons àenregistrer 
que cette seule indication, que les tombeaux étaient proches de la 
vallée du Gédron et des canalisations de la source. Nous le savions 
déjà par le seul fait que la nécropole est dans la Cité de David : 
peut-être qu'aux premiers siècles de l'ère chrétienne, on ne se rap- 
pelait plus rien autre. Une indication d'un caractère un peu plus 
précis pourra sortir, peut-être, de l'examen des textes de Néhémie 
où l'enceinte de la ville est décrite et jalonnée par points de repère 
successifs, et dans lesquels on voit paraître, le long du front sud- 
est, et du sud au nord ', la porte de la Source, le réservoir de Siloe 
(ou réservoir du Roi), les degrés qui descendent de la Cité de 
David, puis les sépulcres de David, dont est ainsi confirmé, une 
fois de plus, l'immédiat voisinage avec la muraille, c'est-à-dire 
avec la crête de* pentes du Cédron. On conçoit qu'il soit possihle 
de tirer de ce qui précède d'autres données utiles sur l'emplace- 
ment des sépulcres, mais seulement à la condition d'avoir mis en 
place, au préalable, les points de repère avoisinants, dont les plus 
immédiatement certains sont en relation avec le système des eaux 
de la vallée. L'analyse complète de la description de Néhémie est 
nécessaire; elle trouvera sa place au chapitre suivant. 



CHAPITRE III 

LES EAUX DU CÉDRON ET LEUK ROLE DANS L'HISTOIRE DU FRONT SUD-EST 

DE LA VILLE 

I. Histoire des canalisations de la source. 

Nous avons, au débutjde cette étude 2 , décrit la communication 
couverte qui avait été aménagée, à l'époque cananéenne, pour 
permettre aux défenseurs de l'acropole d'accéder à la source sans 
s'exposer à l'extérieur de la place. Nous avons reconnu qu'un tra- 
vail d'excavation d'une telle importance ne pouvait remonter aux 
origines mêmes de la ville, qu'il supposait l'existence et les 
ressources d'une forteresse déjà ancienne, importante, solidement 

1. Néhémie, n, 13-15; in, 15-16; xn, 37. 

2. Ci-avant, chai». I, § i. 



LA CITÉ DE DAVID 43 

gouvernée et défendue. Rappelons que la communication de Jéru- 
salem, constituée quelque peu différemment de ce qu'on rencontre 
dans les ouvrages similaires des acropoles cananéennes de la 
Palestine, comporte un grand tunnel descendant, partant du niveau 
de la plate-forme haute et aboutissant, toujours sous roc, à l'orifice 
d'un puits vertical qui tombe dans une galerie d'eau remplie par 
la source, et du liant en bas duquel s'effectuait le puisage comme 
dans un puits ordinaire à ciel ouvert. La galerie inférieure faisant 
chambre d'eau est percée horizontalement au niveau de la source, 
et pénètre dans le flanc de la côte sur un développement d'une 
vingtaine de mètres. 

Aux abords de la source, cette galerie de l'époque cananéenne a 
servi de base d'amorce à un assez grand nombre d'autres galeries, 
plus ou moins étendues et diversement orientées, qu'on a bran- 
chées sur la première à différentes époques et pour la réalisation 
de projets variés; leur ensemble forme un réseau souterrain de 
configuration complexe, peu compréhensible à la première vue des 
plans de ce singulier labyrinthe. Plans heureusement très bons, 
aujourd'hui, grâce au travail de Parker, qui en 1909-1911 a repris 
et complété les anciennes explorations souterraines de Warren, et 
grâce à Vincent, qui, ayant suivi les fouilles de Parker, en a dressé 
et publié tous les relevés avec le compte rendu intégral des tra- 
vaux. Les faits nous parviennent, ainsi, déjà analysés au point de 
vue archéologique \ de telle sorte qu'il nous sera possible de 
procéder en la forme d'un exposé synthétique, d'une description 
historique des ouvrages successivement ajoutés ou substitués aux 
ouvrages antérieurs; et bien rarement, en chemin, nous aurons à 
nous séparer de Vincent, quant à L'interprétation et aux relations 
de certains organes encore incomplètement découverts. 

Il convient de commencer par remettre les choses, par la pensée, 
dans leur condition primitive, et pour cela, d'imaginer l'emplace- 
ment de la source débarrassé de l'énorme masse de décombres 
— une dizaine de mètres de hauteur à cette place — qui recouvre 
le flanc de la roche et que traverse, aujourd'hui, descendant jus- 
qu'à l'eau, un vaste escalier en deux volées inégales, engagé sous 
voûte à sa partie inférieure. A l'époque où ces remblais n'existaient 
point encore, la roche présentait 2 une sorte de façade, une petite 

1. Vincent,- Jérusalem sous Terre, 1911, p. 6-11, pi. I, II; Les récentes fouilles 
d'Ophel, dans Hev. biblique, 1912, p. 577-580 et planches. 

2. Suivre toute la description historique qu'on va voir sur le plan à grande échelle 
des abords de la source qu'on trouve un peu plus bas. 



44 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

falaise haute de 6 ou 7 mètres, donl. le front livrait passage au 
débouché d'une caverne, abritée à l'arrière sous le manteau des 
tables rocheuses et tout au fond de laquelle une porte étroite 
donnait accès à une petite chambre où jaillissait la source inter- 
mittente. Ce point d'émergence de l'eau était à 7 mètres de distance 
en arrière de la falaise frontale. Dans la disposition naturelle des 
choses, l'eau jaillissante sortait librement au dehors et coulait en 
un ruisseau intermittent qui arrosait la vallée. Mais de très bonne 
heure on avait organisé, à la porte de la caverne, un dispositif de 
retenue. Quelque peu en avant de l'escarpement de façade, soit à 
une dizaine de mètres du point d'émergence, on avait creusé dans 
le sol rocheux un bout de canal, une sorte de fosse allongée, 
profonde de 2 mètres par rapport au point d'émergence, et dans 
laquelle les eaux s'écoulaient de l'intérieur, lors de chaque période 
de jaillissement; elles y étaient retenues, et dans ce bassin à ciel 
ouvert (L du plan) les habitants des environs avaient facilité de 
puiser, à tout moment, l'eau emmagasinée de la sorte. 

A l'époque de ces premiers et très simples aménagements, les 
murs de l'acropole cananéenne n'existaient peut-être pas encore. 
Ce qui est certain, c'est que la plate-forme ne disposait pas encore 
de l'important ouvrage que nous rappelions tout à 'l'heure, nous 
voulons dire la communication souterraine en tunnel incliné et 
puits vertical donnant sur la nappe d'eau. Reprenons, en effet, 
cette galerie d'eau qu'on avait percée horizontalement dans Ja 
montagne, à partir de la source, et à l'aplomb de laquelle, à son 
extrémité, débouchait le grand puits ouvert dans le sol de la 
chambre de puisage de l'étage supérieur. Si l'eau coule librement 
vers le bassin inférieur du dehors, comme ses bords sont à un 
niveau plus bas de 2 mètres que le radier de la galerie en arrière 
de la source \ rien ne pénétrera jamais dans cette dernière galerie, 
et la communication ascendante de puisage sera comme si elle 
n'existait pas. A partir du moment où la communication ascen- 
dante est ouverte, pour qu'elle fonctionne, pour que l'eau reflue 
dans la galerie arrière, il faut barrer, murer ce débouché dans une 
piscine basse qui constituait tout le dispositif de la période la plus 
ancienne. 

Cette obturation fut réalisée de la manière la plus simple par la 
construction d'un mur transversal énorme — M de notre plan — 
distant de mètres de la chambre de la source, épais de 1 mètre, 
assez haut pour relever le niveau de l'eau retenue, en régime de 

1, Tous profils chez Vincent, relevés cités ù la note précédente, 



LA CITE DÛ DAVID 4H 

jaillissement, au-dessus du seuil de la galerie arrière. On voit que 
ce mur d'obturation représente toute autre chose qu'une modifica- 
tion de détail dans l'agencement du système extérieur : il est corré- 
latif de la communication souterraine ascendante, et joue dans son 
fonctionnement un rôle tout à fait fondamental. 

Les choses ne devaient point rester en cet état. Car, on l'avait 
sans doute prévu, et en tous cas ce fut manifeste aussitôt que l'ob- 
turation du déboucbé extérieur fut effectuée, le nouveau dispositif 
ruinait les cultures de la vallée, en la privant de l'eau dont un cer- 
tain excédent, jusqu'à ce jour, fuyait encore le long du ruisseau 
naturel à partir du moment où la fosse de retenue était pleine. Il 
fallait reconstituer une irrigation de la vallée, par l'organisation 
d'un écoulement inférieur mesuré, dosé de manière à ne point per- 
turber les conditions du puisage de la plate-forme; il fallait, en 
somme, répartir l'eau entre la galerie d'eau profonde et une nou- 
velle artère extérieure à organiser de toutes pièces. Le problème 
n'eut rien d'inquiétant pour les ingénieurs de cette lointaine 
époque, déjà experts en la pratique des digues de retenue et des 
vannes. 

Que voyons-nous, en effet? Immédiatement à l'ouest du gros 
mur M, vers l'intérieur, la caverne se barre transversalement d'un 
autre mur semblable — N du plan moins épais, de même hau- 
teur, et ainsi placé qu'entre les deux murs est circonscrit une sorte 
de couloir large de \ à 2 mètres. Ce mur N est percé, à sa base, 
d'une ouverture à étranglement, la place d'une vanne évidem- 
ment', en aval de laquelle (entre les deux murs) s'amorce un 
canal de fuite qui se replie immédiatement vers le sud et file dans 
cette dernière direction. C'est le canal I de la nomenclature de 
Vincent. Il se présente sous la forme d'un caniveau maçonné dont 
le tracé emprunte et utilise les lignes delà paroi rocheuse, traver- 
sant les petites cavernes, se coulant sous les arches naturelles, 
faisant alterner les sections à ciel ouvert avec de petites sections 
en souterrain. On l'a exploré sur une longueur totale de 54 mètres 2 . 
Au départ, le niveau du radier est à m. 80 au-dessous de l'orifice 
de la source, et en s'éloignant, il descend à pente sensible : c'est 

1. En outre des planches citées plus haut, voir le croquis de détail de Jérusalem 
sous terre, cliché 12 (auv plauches photographiques), et Revue biblique, 1911, p. 578. 

2. Schick, Hornsteiu et Mastermau, en 1901 : Schick, The Virgin's Fount, dans 
Q. S., 1902, p. 29-35, et Mastermau, The recently discovered Aqueducl from the 
Virgin's Founlain, même vol., p. 35-38. L'amorce une fois retrouvée, au cours des 
fouilles de Parker, on ne jugea point nécessaire de recommencer l'exploration au 
delà. 



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48 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

bien là, de toute évidence, un canal d'écoulement vers le lit de la 
vallée. 

Le fonctionnement de l'ensemble du système est d'une clarté 
parfaite. Veut-on arroser la vallée? On ouvre la vanne du mur- 
barrage. Veut-on permettre le puisage souterrain d'en haut? On 
ferme la vanne, de manière à faire monter l'eau qui refluera dans 
la galerie d'arrière. Ou fermera la vanne, notamment, pour les 
moments de jaillissement, de manière que la place haute puisse 
etîectuer son puisage, après quoi on laissera descendre à la vallée 
l'eau inutilisée. 

Tel était le dispositif que les conquérants Israélites trouvèrent 
lors de leur arrivée. Ils n'y changèrent rien aussi longtemps qu'il 
resta adapté aux: circonstances. Mais au cours des premiers siècles 
de la période royale, les conditions de la ville se modifièrent, ren- 
dant insuffisante une organisation hydraulique qui subvenait seu- 
lement aux besoins de la vallée et de Y acropole. Dès Salomon, la 
ville débordait l'acropole très largement; après lui, elle s'étendit 
sur la colline à l'ouest duTyropœon, et il devint nécessaire, à un 
moment donné, d'envisager l'adduction de l'eau en des points 
convenables, avec installation de réservoirs permettant l'emma- 
gasinement de masses liquides assez grandes. Ce fut l'œuvre des 
rois de Jnda. Elle comporte deux stades très nettement tranchés, 
celui du canal ancien à flanc de côte et celui du canal souterrain 
(VEzèchias. 

Le canal ancien est le canal II de la nomenclature de Vincent et 
de notre plan. Il s'amorce dans la paroi sud de la caverne en aval 
de la source, à 2 mètres à l'ouest du départ du canal 7, c'est-à-dire 
à 3 mètres de distance seulement de la porte de la chambre de la 
source ; et il file droit vers le sud. Point de vanne à son origine, 
et non sans raison, car la cote de son radier est à pins de 2 mètres 
au-dessus de l'orifice de la source, ce qui fait que ce canal n'est 
dangereux pour l'alimentation d'aucune des galeries des abords. 
Exploré, en 1909-1911, jusqu'à une distance de 72 m. 60 de son 
départ, c'est un important ouvrage, en tranchée profonde à flanc 
de côte, de tracé 1res capricieux au gré des lignes et des accidents 
de la paroi, avec des sections en blocs de pierre ou des revête- 
ments cimentés partout où l'état du roc le rendait opportun. La 
paroi orientale est coupée, de dislance en distance, à m. 50 au- 
dessus du radier, par une ouverture latérale, une sorte de porte 
surélevée ou de fenêtre, ouverte sur la vallée. Ces fenêtres espa- 
cées, dans la paroi d'un canal systématiquement maintenu à fleur 



LÀ CITE DK DÀY1D 49 

de paroi le long de la côte, constituent un dispositif extrêmement 
remarquable, qui permet de reconnaître immédiatement et en toute 
certitude, dans ce canal de 1909-1911, le prolongement de celui 
qui fut découvert jadis par Schick et exploré par lui, sur une sec- 
tion plus méridionale de la colline. Ici, toutefois, de gros malen- 
tendus ont été commis dans l'interprétation des faits, qu'il est 
nécessaire de sommairement reprendre. 

C'est en 188G que Schick, explorant par puits la base de la côte, 
tomba pour la première fois, à 250 mètres au sud de la source, sur 
un canal en tranchée profonde, qu'il dénomma le « second aque- 
duc » de la source \ le « premier» étant le grand tunnel bien 
connu d'Ezéchias. Quelques recherches ultérieures par sondages 
n'ayant point donné de résultat 2 , il se résolut, en 1890, à revenir 
au puits de 1886, pour suivre le nouveau canal, vers le nord, en 
galerie de mine recoupée par des puits de distance en distance, et 
parvint ainsi à remonter vers la source sur une longueur de 
70 mètres 3 . Nous aurons l'occasion, au cours de l'exposé de nos 
propres fouilles, de reprendre la description de Schick en ses 
détails. Notons seulement, ici, l'alternance de sections en tran- 
chée, quelquefois recouvertes de dalles, avec des sections en sou- 
terrain, et la succession presque régulière de fenêtres latérales du 
côté de la vallée, au seuil surélevé de 50 ou 60 centimètres au-des- 
sus du fond du canal, espacées d'une douzaine de mètres en 
moyenne. Bien que la netteté de la description et la précision des 
relevés laissent à désirer, on ne peut dénier à Schick le mérite 
d'avoir vu parfaitement clair dans les choses, lorsqu'il reconnaît 
que son «second aqueduc », que d'abord il croyait en liaison avec 
le grand tunnel, est en réalité tout à fait indépendant de lui, et 
sans doute est un élément d'une canalisation plus ancienne, celle 
qui conduisait l'eau de la source au vieux bassin du Birket El 
Hamra \ cette vaste retenue qu'on avait organisée à la pointe sud 
de la Cité de David en fermant le Tyropœon, à son débouché dans 
la vallée principale. Car tout cela est bien exact, nous le verrons 
par la suite. Mais Schick ne devait pas être toujours aussi bien 
inspiré dans ses inductions. 

Une dizaine d'années après, en effet, il fouille à la source même, y 
découvre l'amorce d'un aqueduc très bas que Hornstein et Master- 

1. Schick, Second Aqueduct to the pool of Siloam, dans Q. S., 1886, p. 197-200. 

2. Schick, Récent excavations at Siloah, dans Q. S., 1890, p. 257-258. 

3. Schick, The « Second » Siloah Aqueduct, dans Q. S., 1891, p. 13-18. 

4. Ib., p. 14-15. 

T. LX1X, n° s 137-138. 4 



50 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

man explorent sur une certaine longueur — c'est le canal I que 
nous décrivions un peu plus haut — et, assez naturellement, veut 
trouver en ce conduit ' l'origine de son canal exploré plus au sud 
en 1890. Masterman, toutefois, proteste et signale de caractéris- 
tiques différences entre les deux ouvrages, notamment, en ce qui 
concerne le nouveau canal découvert, l'absence de fenêtres laté- 
rales 2 . Il aurait pu invoquer, plus péremptoirement encore, la 
différence de cote, le nouveau canal étant très profond, plus bas 
que la source môme, tandis que le « canal de Scbick » était de plu- 
sieurs mètres en contre-haut, comme il ressortait des relevés de 
1891 malgré leur imprécision regrettable 3 . 

On pouvait conclure en somme, dès 1902, qu'il y a deux canaux 
issus de la source à flanc de côte, à deux hauteurs différentes, le 
plus profond reconnu à la source même, le plus élevé vers le sud 
de la colline. Or, voici se produire, de 1909 à 1911, les fouilles de 
Parker, et que découvre-t-on à la source? L'amorce d'un canal 
élevé de plus de 2 mètres au-dessus de la canalisation profonde, le 
canal II de notre description précédente. D'après les seules cotes, 
il était extrêmement probable qu'on tenait l'origine du « canal de 
Schick », et l'identité ressortait d'une foule de détails, la grande 
irrégularité du tracé, l'insertion de petites sections souterraines 
entre des sections en tranchée profonde, et surtout, la disposition 
caractéristique des fenêtres latérales espacées. La conclusion s'im- 
posait absolument, et l'on est très surpris de voir Vincent 5 mettre 
en relation le « canal de Schick », non avec le canal 11 comme il 
faut évidemment le faire, mais, d'accord avec la première idée de 
Schick lui-même, avec le canal 1 de cote profonde. Pour toutes 
les raisons qu'on vient de voir, l'inexactitude de cette liaison est 
très claire ; mais la confusion qui se manifeste ici est fort dange- 
reuse, et il convient de se tenir en garde contre elle. 

Voici donc les faits. Outre le très ancien canal 1 en contre-bas 
de la source et immédiatement en pente vers le creux de la vallée, 
il existe, au long de la côte, un canal II à flanc de roche, qui 
prend à 4 mètres au dessus de la source, a sa paroi orientale per- 
cée de fenêtres qui respectent le fond du caniveau jusqu'à une 
hauteur de m. 50, et aboutit, comme il sera confirmé par la 

1. Schick, The Virgin's Fount, dans Q. S., 1902, p. 29-35. 

2. Masterman, loc. cit., dans Q. S., 1902, p. 35-38. 

3. Le fait de la cote élevée du « canal de Schick » n'était point douteux; voir, par 
xempie, Clennont-Ganneau , loc. cit. dans C. H. de l'Acad. des Inscriptions, 

1897, p. 395. 

4. Références précises données plus haut, même paragraphe. 



LÀ CITÉ DE DAVID 51 

suite, au vieux bassin du Birket El Hamra. Le fonctionnement de 
cette canalisation est facile à comprendre. Pour y faire refluer 
l'eau, on ferme la vanne de départ du canal I \ l'eau monte der- 
rière le barrage, envabit totalement la galerie d'eau du puits sou- 
terrain en arrière (mais cela n'est point gênant), et à 2 mètres 
au-dessus du point d'émergence, commence à couler dans le 
canal II. Là, elle est utilisée à deux fins. A l'extrémité, elle tombe 
dans le réservoir du Birket El Hamra, qu'on remplit dans la mesure 
convenable; en cours de route elle est puisée, de l'extérieur, par 
cbacune des fenêtres latérales qui se succèdent, sur tout le trajet, 
à courte distance, et l'on obtient ainsi une véritable irrigation du 
flanc de la côte, dans les conditions d'une méthode à laquelle les 
siècles n'ont rien ajouté, en ingéniosité ou en précision, jusqu'à 
nos jours même. 

Le canal 11 est d'ancienne époque royale. Il ne peut être anté- 
rieur à la conquête davidique, parce qu'il est inséparable du Bir- 
ket El Hamra et que ce réservoir, extérieur à l'acropole, n'aurait 
pu être compris dans les limites de la ville du temps de David ou 
même deSalomon, et par suite, n'existait pas encore. Mais le tra- 
vail est du ix e siècle, peut-être du x e '. Et comme il est manifeste 
que le grand mur d'enceinte qui prolonge la Cité de David vers le 
sud et ferme le Tyropœon à la base pour envelopper le Birket et le 
mettre à l'intérieur de la ville, comme il est manifeste que cette 
extension de l'enceinte est au moins aussi ancienne que la réserve 
d'eau qu'elle protège, on voit que c'est également au ix e ou au 
x e siècle qu'il faut faire remonter ce grand travail de fortification 
qui englobait dans la ville tout le Tyropœon et une bonne partie 
de la colline occidentale. 

Il y a d'ailleurs, entre ce « mur de Bliss », au droit du débouché 
du Tyropœon, et le réservoir en arrière, une relation structurale 
qui frappe au seul coup d'œil jeté sur la carte. Le bassin est retenu 
par un mur-digue en blocs de pierre, très solidement construit ; 
mais en avant et parallèlement, à une vingtaine de mètres, court 
l'enceinte proprement dite, dont la crête horizontale passait à 
grande hauteur au-dessus de la vallée barrée, et si formidable- 
ment édifiée, très épaisse, pourvue à l'extérieur d'arcs-boutants 
massifs comme pour résister à une poussée du dedans, qu'on se 
demande si elle n'était pas à double fin, tout d'abord, et ne consti- 
tuait pas la digue de l'étang en même temps que le mur d'escarpe. 

1. D'après les vestiges archéologiques recueillis par Vincent dans la vase desséchée 
du canal. 



52 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Si l'on a fait ainsi on se rendit compte, ultérieurement, que ce 
dispositif trop concentré était d'une simplicité dangereuse, tant au 
point de vue technique de la défense qu'au point de vue de la 
résistance d'une digue de grande hauteur constituée par un seul 
mur en maçonnerie ; et l'on prit le parti de retirer le réservoir en 
arrière, derrière un mur parallèle à l'escarpe, moins puissant par 
lui-même, mais épaulé par tout le massif du remblai tassé entre 
une muraille et l'autre. En cette matière, également, les construc- 
teurs des temps suivants ne devaient rien ajouter, pendant de 
longs siècles, à la science des vieux hydrauliciens du début de la 
période judéenne. 

Le Birket El Hamra et son canal à flanc de côte restèrent en ser- 
vice très longtemps. Pour que le système vînt à paraître défec- 
tueux, il semble qu'il fallut les invasions assyriennes et l'évidence 
des inconvénients que présentait, en cas d'agression, ce long canal 
en grande partie découvert, et d'ailleurs accessible à l'ennemi par 
toutes ses fenêtres de puisage sur la vallée. Cet ennemi ne pouvait- 
il tenter, en outre, de se glisser par la voie du canal jusque dans le 
Birket même, à l'intérieur de la place? Au fond, c'était le vieux 
problème cananéen qui se posait en termes nouveaux, le problème 
de mettre l'eau hors de la portée des assaillants et de la conduire 
jusque sous la main des défenseurs. Les anciens Jébusites avaient 
obturé la caverne de la source à sa base et creusé, depuis la plate- 
forme, leur grand souterrain en tunnel incliné et puits ; à présent, 
il fallait faire autre chose, en une autre place, mais la question à 
résoudre, dans le principe, n'avait pas changé de forme. 

Des textes, ici, viennent enfin au secours des constatations maté- 
rielles et de l'analyse archéologique. Ils se rapportent tous à la chro- 
nique d'Ezéchias, que nous avons déjà rencontré comme instaurâ- 
tes de grands travaux pour la réparation et le doublement de l'en- 
ceinte '. Mais nous lisons en même temps qu'il résolut de « boucher 
les sources qui étaient hors de la ville » ; et qu'en effet on obtura 
« toutes les fontaines et le ruisseau [nahal) qui coulait au milieu 
de la région », afin que les Assyriens, à leur arrivée, ne trouvas- 
sent point de l'eau en abondance 2 . Les fontaines et le ruisseau, 
est-il dit. Les « fontaines », à ce qu'il semble, sont les nombreux 
points d'eau que formaient les fenêtres du canal à flanc de côte ; 
quant au « ruisseau », ce pourrait être ce même canal II à flanc de 
côte, dont on n'oublie pas qu'il était en tranchée découverte sur la 

1. Ci-avant, chap. I, § v; voir II Cla\, xxxn, 5. 

2. II C/o'on., xxxn, 3, 4. 



LÀ CITÉ DE DAVID 53 

plus grande parlie de son développement ; mais n'est-on point 
tenté de voir différemment, dans ce « ruisseau coulant au milieu 
delà région », la rigole basse du fond de la vallée? Le passage 
biblique, en ce cas, jetterait une lumière des plus intéressantes sur 
le fonctionnement du vieux canal I et du ruisseau qu'il alimentait, 
coulant à ciel ouvert dans son lit antérieur à l'histoire. 

Mais quel chemin avait-on préparé pour les eaux ainsi détour- 
nées de leurs cours? On trouve, un peu plus loin », que « c'est ce 
môme Ezéchias qui obtura l'issue des eaux de Gihon supérieur, et 
les conduisit en bas à l'ouest de la Cité de David. » Gihon supé- 
rieur, nous le savons, c'est la source elle-même. Autre allusion au 
même travail en uue place différente 2 : « Le reste des actions 
d'Ëzéchias. . . comment il fit le réservoir et le canal, et amena les 
eaux dans la ville, cela n'est-il point écrit au livre des Annales des 
rois de Juda? » Et enfin, en termes obscurs mais comportant une 
précision supplémentaire 3 : « Ezéchias fortifia sa ville en amenant 
les eaux en son intérieur. Il perça les rochers par l'airain et fit des 
montagnes un réservoir. » 

De la juxtaposition de tous ces renseignements il ressort qu'Ezé- 
chias obtura, sur la vallée, la porte de la source et ses canalisa- 
tions accessibles, notamment le canal à flanc de côte 4 , et qu'il 
amena les eaux dans un « réservoir » situé « à l'ouest de la Cité de 
David », par le moyen d'un « canal » pour lequel il fallut « percer 
les montagnes. » Ceci pris en note, il devient évident, et d'ailleurs 
il est admis sans conteste par tout le monde, qu'Ezéchias est l'au- 
teur du grand tunnel-aqueduc qui fonctionne aujourd'hui encore et 
prend les eaux de la fontaine pour les conduire à une piscine pro- 
fonde située dans le ïyropœon, immédiatement au nord de l'ancien 
bassin du Birket El Hamra, c'est-à-dire, effectivement, « à l'ouest de 
la Cité de David», plus précisémentàl'ouestdesa pointe méridionale. 

Ce grand travail est connu depuis longtemps, et il ne servirait de 
rien de le décrire une fois encore. On en possède un relevé sans 
doute définitif, après beaucoup d'autres, depuis le travail de la 
mission Parker en 1909-191 1 5 , et d'autre part on trouvera chez 

1 II Chron., xxxn, 30. 

2. II Rois, xx, 20. 

3. Eccl. (texte hébreu), xlviii, 17. 

4. Le travail d'obturation est très reconnaissante dans la section explorée du 
canal II, à son amorce : « remblai artificiel très soigneux », dit Vincent. 

5. Voir Vincent, Jérusalem sous terre % 1911, p. 18-27 et passim, pi. IV, V; loc. 
cit. dans Rev. biblique, 1912, p. 105-111, 424-441 et pi. X, XI (mieux que dans la 
publication précédente). 



54 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Clermont-Ganneau tout ce qui concerne la célèbre inscription 
hébraïque, commémorative et contemporaine de la percée du 
tunnel, qui fut trouvée à l'intérieur de la galerie '. Bornons-nous, 
ici, à rappeler quelques caractéristiques topographiques impor- 
tantes. 

Le tunnel s'amorce au plus profond de la galerie d'eau du pre- 
mier dispositif cananéen de puisage, au niveau même de cette 
galerie (c'est le tunnel VIII de la nomenclature de Vincent et de 
notre croquis des abords souterrains de la source qu'on a vu 
plus haut); on voit que cette prise d'eau a été faite aussi basse 
que possible, inférieure de près de 2 mètres à celle du précédent 
canal IL Si l'on ajoute à cela que le nouveau tunnel est en pente 
très sensible, de 4 % par mètre en moyenne, s'abaissant, au total, 
de 2 m. 18 sur un développement de 550 mètres, on verra qu'à son 
débouché aval, il se trouve à 4 mètres environ en contrebas du 
débouché du canal II, à l'endroit où ce dernier se déversait dans 
l'ancien Birket 2 . Cette profondeur explique que la nouvelle piscine, 
reléguée derrière l'emplacement du Birket, s'ouvre au fond d'une 
sorte de grand puits rectangulaire, d'une fosse gardée par des murs 
de soutènement et au fond de laquelle on accède par de longues 
volées d'escaliers. 

Les particularités les plus remarquables du tunnel résident dans 
son tracé, fort déconcertant au prime abord, comportant de vastes 
boucles dont la plus importante, celle du sud, a donné lieu à l'hypo- 
thèse de Clermont-Ganneau que nous exposions aux premières 
pages de ce mémoire, touchant l'emplacement de la nécropole 
davidique. Par la suite, nous aurons l'occasion de revenir sur les 
conditions singulières du plan de cette galerie, dont le développe- 
ment amplifie de 200 mètres une longueur de 350 mètres en ligne 
droite, et nous chercherons à voir si les boucles que dessine la 
canalisation ne sont point explicables par d'autres raisons que la 
nécessité de contourner une aire interdite. 



1. En dernier lieu, Clermont-Ganneau, loc. cit. dans C. R. de l'Acad. des Inscr., 
1897. p. 397, rappelant son étude complète dans Rec. d'Arch. Or., I (1888), p. 293; 
et une bonne reproduction photographique de l'inscription dans Vincent, Jérusalem 
sous terre (1911), frontispice. 

2. A supposer toutefois que le canal II puisse être considéré pratiquement comme 
horizontal, ce qui est sans doute le cas, nous le verrons par la suite. 



LÀ CITÉ DE DAVID 55 



II. Mentions antiques des eaux, canalisations et réservoirs. 

Nous venons de voir qu'Ezéchias a obturé la source (Gihon) et 
les eaux accessibles de la vallée, « fontaines », canal à flanc de côte 
et vieux « ruisseau » inférieur, et qu'il a dirigé les eaux de la 
source haute, par le nouveau canal en tunnel, vers un réservoir à 
cote profonde, contigu au vieux Birket du dispositif périmé. La 
substitution, à l'ancienne piscine, de ce réservoir de construction 
nouvelle paraît visée dans un passage de cette prophétie mena- 
çante où Isaïe envisage qu'au lieu de s'en remettre à Dieu du soin 
de défendre la ville, on a préféré s'occuper de pourvoir humaine- 
ment à une défense qui forcément ne sera point efficace. Le discours, 
comme on va voir, s'adresse à Ezéchias : 

Is., xxn. « 9. Vous avez considéré les brèches de la Cité de David, 
qui étaient innombrables, et vous avez emmagasiné les eaux de la 
piscine inférieure, 10. Vous avez dénombré les maisons de Jérusa- 
lem, et vous en avez démolies pour fortifier le rempart, 11. et vous 
avez construit un réservoir, entre les deux murs, pour les eaux de 
la vieille piscine. » 

Il est évident que nous avons ici une sorte de doublet ou de para- 
phrase, 10-11 répétant 9 en d'autres termes ou plutôt l'expliquant 
et le développant ; et l'on note que le reproche du prophète, portant 
sur des travaux de réfection de l'enceinte et des travaux d'adduc- 
tion d'eau, se réfère point par point à l'histoire des mesures prises 
par Ezéchias en vue de l'invasion assyriennne (II C/ir.. xxxn, 3-5). 
Le texte ainsi décomposé, il en ressort que l'établissement du nou- 
veau bassin est défini comme il suit :' « Emmagasinement des eaux 
de la piscine inférieure, par le moyen de la construction d'un 
réservoir, entre les deux murs, pour les eaux de la vieille piscine . » 
ha piscine inférieure et la vieille piscine, comme on voit, désignent 
la même chose ; c'est le réservoir abandonné dont on a « emmaga- 
siné les eaux » de manière nouvelle. Pour nommer le Birket El 
Hamra, le double terme est remarquable à des points de vue divers ; 
la « vieille piscine » s'oppose au nouvel ouvrage établira « piscine 
inférieure » rappelle qu'on esta l'aval des canalisations, au-dessous 
de ce point haut qui est la source même, et que d'ailleurs nous 
verrons qualifier de « supérieur », en d'autres passages. 

Avant d'y arriver, portons notre attention sur la singulière défi- 
nition de l'emplacement du nouveau réservoir d'Ezéchias, construit 
entre deux murs. L'espèce d'énigme topographique qu'on ren- 



56 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

contre là n'est point difficile à résoudre. Sur le plan d'ensemble de 
la ville, arrêtons-nous au creux des piscines, dans ce fond du 
Tyropœon aveuglé, en façade, par la muraille de l'époque royale 
(enceinte 3), et dévalant en ce cul-de-sac artificiel à la façon d'une 
sorte de couloir, limité aux crêtes, sur un flanc et sur l'autre, par 
le mur intérieur de la Cité de David (i a sud-ouest) et par la 
muraille judéenne (3) sur l'éperon terminal de la grande colline. 
On'voit qu'il y a là, entre les deux murs, une assez ample cuvette, 
cette section basse du Tyropœon immédiatement au-dessus du 
barrage de l'enceinte, et l'on conçoit que l'expression topogra- 
phique s'appliquait sans doute au quartier même; ce n'est point le 
réservoir d'Ezéchias, particulièrement, qui avait été construit entre 
deux murs, mais il y avait une rue descendante, un creux, une 
cavée iïenlre deux murs, où le vieux bassin était déjà situé, où le 
nouveau réservoir avait trouvé place, et le texte d'Isaïe ne fait point 
autre chose, parlant du travail, que de désigner par son nom habi- 
tuel ce coin de la ville. 

On le voit paraître une autre fois encore, dans la relation de la 
prise de la ville assiégée par Nabuchodonosor, à la fin du règne 
de Sédécias. La brèche fut faite et l'ennemi entra; les soldats 
(II Rois, xxv, 4) « s'enfuirent de nuit par le chemin de la porte 
entre les deux murs, près des jardins du roi, .... et prirent le 
chemin de la plaine ». D'après ce qui précède, la porte entre les 
deux murs serait à chercher au débouché du Tyropœon, et l'on 
remarque qu'elle descendrait le plus directement, ainsi, à la 
« plaine », évidemment la grande vallée ouverte au sud de la ville. 
Il faut, en outre, que cette porte soit voisine des jardins du roi; 
mais ceux-ci ne sont point inconnus par r ailleurs, et nous verrons, 
un peu plus loin, que leur situation est dans la « plaine » même, 
ou plutôt à sa lisière, sous les murs même de la ville. 

Voici maintenant paraître, toujours dans l'histoire d'Ezéchias, 
une piscine supérieure qui va s'opposer à la piscine inférieure du 
débouché du Tyropœon, notée dans le précédent passage. 

Sennachérib, assiégeant Lakish, envoie des troupes à Jérusalem 
pour sommer le roi Ezéchias de se rendre. Les chefs assyriens 
s'arrêtent, pour « appeler le roi », à 1' « aqueduc de la piscine supé- 
rieure » (II Rois, xvin, 17 et Isaïe, xxxvi, 2). Le même lieu, F « extré- 
mité de l'aqueduc de la piscine supérieure », paraît déjà dans un 
récit du temps d'Achaz (Isaïe, vu, 3 »); c'est là que le prophète va 

1. Dans les trois passages uniformément, la mention dudit aqueduc est suivie de 
l'indication : « sur le chemin du champ du foulon », qu'il n'y a point de moyen de 
comprendre. 



LA CITÉ DE DAVID 57 

à la rencontre du roi, pour lui recommander de ne point s'inquiéter 
de l'attitude menaçante des rois d'Israël et de Syrie. Quelle est la 
place ainsi désignée? Puisque la piscine inférieure est celle du 
Tyropœon (le Birket El Hamra en principe, et depuis les travaux 
d'Ezéchias, sans doute, la nouvelle piscine profonde), la supérieure 
ne peut se trouver qu'à la source même. La circonstance, d'ailleurs, 
ne laisse pas de surprendre : il y avait donc un réservoir à la base 
des murs, près de la source? Au temps d'Achaz, passe encore; mais 
après les travaux d'obturation auxquels, sous Ezéchias, on avait 
attaché une si grande importance 4 ? Et qu'est-ce que X aqueduc de 
cette piscine supérieure? Contrairement aux précédentes mentions, 
comme on voit, celles-ci posent des problèmes auxquels il est diffi- 
cile de trouver immédiatement une solution claire. 

Postérieurement à l'époque royale, d'intéressantes mentions du 
système hydraulique du Cédron nous parviennent dans les textes 
bien connus de Néhémie, relatifs à la reconstruction de l'enceinte 
de la ville sur son tracé d'avant l'exil. Ces textes sont au nombre 
de trois; Néhémie rapporte d'abord, sommairement, une excursion 
nocturne autour de la muraille démantelée (h, 13-15); plus loin 
c'est le compte rendu détaillé des travaux de restauration, com- 
portant une nomenclature intégrale de l'enceinte sur tout son 
périmètre (m, 1-32); en troisième lieu, enfin, la relation de la 
cérémonie dédicatoire du mur reconstruit, où des spécifications 
topographiques interviennent encore (xn, 31-40). Nous ne nous 
engagerons pas, ici, dans l'analyse complète des documents; mais 
pour comprendre ce qui a trait aux eaux, nous ne pouvons éviter 
de prendre en considération le texte principal, celui du chap. m, 
afin de voir comment la description est organisée et de quelle 
manière il faut l'appliquer sur le terrain pour situer les mentions 
qui nous intéressent. 

La description fait le tour complet de l'enceinte, nommant et 
parfois décrivant les portes et autres points remarquables, en par- 
tant de la porte des brebis pour refermer le cercle sur cette même 
porte des brebis. Dans quel sens tourne-t-elle? Aux v. 15 et 16 
paraissent la Cité de David et les sépulcres de David; de 25 à 27, 
en un assez confus mélange, la maison du roi, c'est-à-dire le palais 
salomonien, et YOphel, en somme, la région au nord de la Cité de 

1 . Comme nous le verrons au paragraphe suivant, à propos d'une certaine -porte 
des eaux que mentionne Néhémie et qui s'ouvrait dans l'escarpe orientale aux envi- 
rons du point de soudure du mur d'Ophel et de l'enceinte des palais, il semble 
qu'après Ezéchias, et nonobstant l'obturation des issues extérieures des eaux, la source 
proprement dite était restée accessible de la vallée. 



58 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

David. D'où il ressort que la description, sur le front oriental, 
marche du sud au nord, et par suite que, dans l'ensemble, elle 
tourne autour de la ville dans le sens inverse de celui des aiguilles 
d'une montre. Ce principe initial élucidé, nous prendrons seule - 
ment en note les courts passages où les eaux apparaissent. 
III, 15 16 enregistrent les points de repère suivants : 

La porte de la fontaine; 
Le réservoir du Siloe, près du jardin du roi; 
Les degrés qui descendent de la Cité de David; 
Les sépulcres de David. 

Immédiatement avant d'arriver à la Cité de David, du sud au 
nord, le réservoir du Siloe est évidemment celui du creux du 
Tyropœon, tout près du mur d'enceinte. Cela localise le jardin 
du roi, dans la portion de vallée hors l'enceinte, immédiatement 
au-dessous du réservoir et arrosé par l'eau qui s'en déverse; pré- 
cédemment, déjà, nous avons rencontré les jardins du roi comme 
voisins de la porte entre les deux murs (II Rois, xxv, 4), et nous 
avons vu que le nom (Ventre deux murs désignait un quartier qui 
était celui même du réservoir, au fond de la vallée barrée : toutes 
indications, comme on voit, qui concordent parfaitement ensemble. 
En ce qui touche particulièrement la porte d'entre les deux murs, 
il est vraisemblable qu'elle était l'issue de la cavée du fond du 
Tyropœon, descendant la vallée sur un tracé très voisin de celui du 
chemin moderne. 

La porte de la fontaine se rencontre avant d'arriver au réservoir, 
c'est-à-dire au sud. Inévitablement, il faut la placer au saillant 
extrême sud de l'enceinte, sur le bec de colline où le mur se replie 
pour monter vers le Nebi Daoud. En cet endroit, les fouilles de 
Bliss ont rencontré une grande porte (voir notre plan au^-^), e t 
celle-ci, de toute évidence, livrait passage à une route qui descen- 
dait à la grande vallée du sud, c'est-à-dire se dirigeait vers le Bir 
Eyoub : d'où le nom de porte de la fontaine. A l'intérieur de la 
ville, la voie principale qui aboutissait à cette porte était certaine- 
ment celle du faîte de la colline, suivant un tracé très voisin de 
celui du grand sentier moderne qui descend directement, du 
sommet de Nebi Daoud, jusque dans la cuvette du réservoir. 

Un peu plus |loin, ni, 26, on voit paraître une porte des eaux, 
vers r Orient, que nous retrouverons quand nous localiserons plus 
complètement la description sur le front oriental de la ville; nous 
verrons que cette porte est voisine de la maison du roi et d'Ophel, 



LA CITÉ DE DAVID 59 

et, sans nul doute, qu'elle tirait son nom du voisinage de la vieille 
source au bas de la pente. 

Dans les textes secondaires, topographiquement parallèles et 
plus sommaires, nous ne trouvons guère rien de plus. En n, 13 J5, 
où l'excursion autour des murs [tourne dans le même sens qu'au 
chap. m, paraît la porte de la fontaine, et après elle le réservoir du 
roi, évidemment la même chose que le réservoir du Siloe de l'autre 
texte. En xn, 37, un intéressant fragment d'itinéraire mentionne la 
porte de la fontaine, l'ascension des degrés de la Cité de David et 
le cheminement jusqu'à la porte des eaux vers V Orient : nous 
venons de dire ce que cette dernière porte représente sans doute. 

Il n'y aurait rien à ajouter à tout cela, concernant les eaux, si 
Ton ne relevait, dans la désignation de ce réservoir d'Ezéchias que 
Néhémie appelle indifféremment réservoir du roi ou réservoir du 
Siloe, cette mention du Siloe, nbim, qu'il est nécessaire de com- 
prendre. Le mot paraît une fois encore dans la relation biblique, et 
cela nous ramène à ces textes d'isaïe que nous citions un peu plus 
haut, où le prophète réprimande les hommes qui ne s'en remettent 
point à Dieu et prennent des mesures de guerre par leurs propres 
forces II dit encore dans ce sens (lsaïe, vin, 6-7) : « Puisque ce 
peuple a méprisé les eaux du Siloe, nbun ■>», qui coulent silen- 
cieusement », à cause de cela, Dieu va déchaîner sur lui « les 

eaux débordantes et furieuses de ce fleuve qu'est le roi d'Assyrie ». 
Le sens du mot ainsi employé est clair depuis longtemps. Siloah 
— Siloe comme on transcrit d'habitude — veut dire proprement 
« envoyé », et en matière d'hydraulique un Siloe est un « con- 
duit », un « aqueduc », très littéralement un « émissaire ». Chez 
Néhémie, le réservoir du Siloe est simplement le « réservoir de 
l'aqueduc », de cet aqueduc, seul de son espèce, qui vient de la 
source supérieure; et l'allusion d'isaïe aux eaux silencieuses du 
Siloe, vise cette même canalisation, qu'il est inutile, parce que 
tout le monde la connaît, de désigner de manière plus précise f . 

A l'époque hébraïque, où le sens est clair, le mot ne pouvait 
surprendre personne 2 . Mais aux premiers siècles de l'ère chré- 

1 . Si le texte susvisé d'isaïe se réfère à l époque d'Achaz, comme il semble, le grand 
aqueduc souterrain n'existait pas encore; mais notre aucien canal II à flanc de côte, 
alimentant le Birket El Hamra, jouait le même rôle. Le Siloe, c'est la « canalisation » 
descendue de la source haute, mais toujours la canalisation en usage, qu'il s'agît du 
vieux canal judéen à flanc de roche ou bien du grand travail d'Ezéchias qui devait 
remplacer l'autre. 

2. Cf. D'autres emplois du terme en hébreu, comme dans Ezéchiel, xxxi, 4 : 
« ... des canaux envoyés (nnbu3) à tous les arbres des champs. » Au Talmud, de 
même, on rencontre la distinction entre un champ naturel, bèt ha-baal, et un champ 
irrigué, bèt jTlbtfîn. 



60 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

tienne, il se produit ce curieux phénomène, que le nom de Siloe 
restant attaché au système hydraulique de la vallée, les non- 
hébraïsants s'en font traduire le sens, apprennent que Siloe veut 
dire « envoyé », ne saisissent point les rapports des choses, et 
imaginent alors d'extraordinaires histoires pour expliquer l'« en- 
voyé » ou l'« envoi ». Nous en connaissons deux exemples. 

Jésus rencontre un aveugle (Jean, ix, 1 et suiv.) Il fait cette 
réflexion que s'il est infirme, c'est afin que les œuvres de Dieu 
soient manifestées en lui: « Il faut que je fasse, tandis qu'il fait 
jour, les œuvres de celui qui m'a envoyé, tou ice^avroç u.£. » 
Sur quoi il impose aux yeux de l'aveugle de la boue pétrie 
avec sa salive, et lui dit : « Va, et lave-toi eîç tt)v xoXutj.êr,6pav tou 
StXcoatj. (8 £p|//riv£u£Toa àTreffTaAjxevoç) dans le réservoir du Siloam, 
— ce qui signifie Yenvoi/é », ajoute le narrateur. Cette dernière 
parenthèse traductive et la correspondance du mot avec la qualité 
d' « envoyé » évoquée par Jésus font transparaître une version 
primitive de l'histoire, dans laquelle 1' « envoi » d'un homme ou 
d'un objet était mis en relation, pour l'expliquer, avec le nom du 
dispositif des eaux 4 . 

Remarquer la transcription Siloam, avec un m final dont on ne 
voit pas l'origine. Mais cette forme est ancienne ; les Septante 
écrivaient déjà SiAcoàfx 2 . Nous allons voir d'ailleurs qu'elle persiste 
au cours de la période chrétienne. 

Voici paraître en effet, chez saint Epiphane, la singulière 
légende que nous avons déjà étudiée au précédent chapitre, à 
propos de la mention qu'on y trouve du tombeau des rois, voisin, 
dit le texte, du tombeau d'haïe, qui lui-même est proche de Bogel 
et du Siloam. Rogel, est-il dit en outre, est auprès du passage des 
eaux qu'Ezéchias avait fait disparaître en les enfouissant, et la 
source de ces eaux, la source du Siloam, avait été « envoyée » par 
Dieu pour désaltérer le prophète supplicié au moment de son 
agonie. Nous ne reprendrons point l'analyse déjà faite ; nous vou- 
lons seulement noter l'explication, dans une forme ancienne que 
la légende complexe recueillie par Epiphane a utilisée, du nom de 
Siloam par l 1 « envoi » divin de la source, dans une circonstance 

1. A cela ne contredit point le manque de correspondance verbale proprement dite 
dans la version recueillie par l'évangéliste, avec Tréfx^a;, l'« envoyeur », et à7re<7Ta)(iivo;, 
T « envoyé ». On conçoit que, dans la forme primitive inconnue, où l'intention explica- 
tive était beaucoup plus directe, une même expression était employée aux deux places. 

2. Voir Isaïe, vin, 6. Le passage de Néhémie, m, 15, avec le « réservoir de Siloe » 
à l'hébreu, ne donue pas lieu à vérification, le grec portant seulement, à cette place 
le « réservoir du roi » comme en ri, 14. 



LA CITÉ DE DAVID 61 

déterminée qui n'était peut-être point celle du supplice d'Isaïe. On 
peut admettre que les primitives histoires d' « envoyé » et de 
Siloam qui se laissent encore deviner dans les versions déformées 
ou enrichies que Jean et Epiphane nous transmettent, étaient 
analogues en Ire elles, et sans doute de même provenance. 

De l'histoire d'Epiphane il ressort en outre que Rogel, qui est le 
Bir Eyoub de la grande vallée au sud de la ville, et le Siloam, 
proprement l'aqueduc de la source du nord, tout cela s'est fondu 
en une seule image, qui est celle des eaux du Gédron dans leur 
système d'ensemble. De Jean à Epiphane, cette espèce de confusion 
synthétique a fait des progrès, et l'on sent venir la situation du 
stade d'évolution ultérieur, dans laquelle le nom de Siloam sera 
arrivé à désigner la vallée elle-même. Il dut en être ainsi pendant 
toute la durée du Moyen Age. Mais ces déplacements de signification 
n'étaient pas encore arrivés à leur terme. Aujourd'hui, comme on 
sait bien, le Cédron antique s'appelle onadi Sitti Mariam, du nom 
attribué à la source haute, notre « Fontaine de la Vierge » ; et le 
nom de Siloam s'est porté et attaché, en fin de compte, au village 
actuel dont les maisons s'accrochent à la base des escarpements 
du flanc oriental de la vallée, vis-à-vis de la Cité de David, en une 
longue chaîne étirée sur un développement de 400 à 500 mètres: 
Silouân, Kafr Silouân de nos cartes. 



III. La description de Néhémie et le front est de la ville 
à la fin de la période royale. 

Plusieurs fois déjà, notamment à propos du nom de la « Vallée », 
tel qu'il est employé à l'époque judéenne, nous avons annoncé que 
des éclaircissements sortiraient de l'étude de la description de 
l'enceinte que Néhémie nous conserve; et au précédent paragraphe, 
nous avons commencé à nous engager dans l'analyse des docu- 
ments, en ce qui touche les mentions des installations hydrauliques 
au voisinage du saillant méridional de la muraitle. Il est nécessaire 
maintenant de reprendre cette analyse dans des conditions plus 
générales; nous verrons que si un grand nombre des points de 
repère enregistrés parla relation sont difficiles à localiser, d'autres 
se laissent mettre en place, au moins approximativement, de 
manière très satisfaisante, et qu'en fin de compte la topographie 
des abords de la Cité de David et du front oriental tout entier en 
est notablement améliorée et enrichie. 



62 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Rappelons que les documents à retenir dans Néhémie sont : 
t. — m, 1-32. La grande relation de la reconstruction de la 
muraille démantelée, décrite par sections et points de repère, 
portes, tours, points remarquables ; le tour complet de la ville est 
fait ainsi, dans le sens inverse de celui des aiguilles d'une montre 
(voir à ce sujet ce qui est établi plus haut, précédent paragraphe). 

2. — ii, 13-15. Le bref compte rendu d'une excursion préalable 
autour d'une partie de la muraille ruinée. 

3. — xii, 31-40. La relation de la cérémonie consécratoire de la 
muraille reconstruite : deux demi-chœurs se séparent sur la 
muraille, la suivent en sens inverses et se retrouvent au point 
opposé du cercle pour entrer ensemble au Temple. 

Le plus simple sera de considérer les documents l'un après 
l'autre, en prenant d'abord le principal, celui du chap. ni. Ne 
reproduisons pas le texte ; dépouillons-le seulement, en dressant, 
par versets, la liste des points cités ou décrits le long de l'enceinte. 
Nous obtiendrons le tableau suivant : 

1 . Porte des Brebis. 
Tour de Mea. 
Tour de Hananael. 
3. Porte des Poissons. 
6. Vieille Porte. 

8 la muraille large. 

11. Tour des Fours. 

13. Porte de la Vallée (à 1.000 coudées de la Porte du Fumier). 

14. Porte du Fumier. 

1 o . Porté de la Fontaine . 

Réservoir du Siloe, près du Jardin du Roi. 

Les degrés qui descendent de la Cité de David. 
16. Les sépulcres de David. 

La piscine faite. 

La maison des héros. 
19. La montée de Y Arsenal, à Y Angle. 

20 Y Angle 

24 jusqu'à Y Angle et jusqu'au coin 

25 vis-à-vis de Y Angle et de la tour supérieure qui fait 

saillie en avant de la maison du roi, près de la cour de la 
prison. 
26. VOphel. 

jusque vis-à-vis de la Porte des Eaux, à l 'Orient, et de la 

tour supérieure en saillie. 



LÀ CITE DE DAVID 63 

27 vis-à-vis de la grande tour en saillie, jusqu'au mur de 

YOphel. 

28. Porte dés Chevaux. 

29. Porte de V Orient. 

31 . Porte de Miphkad. 
Chambre haute du coin. 

32. Porte des Brebis . 

Nous avons déjà reconnu et situé quelques-uns de ces points, à 
partir du v. 15. Nous savons que la porte de la Fontaine est celle 
du grand saillant sud de l'enceinte, et que par elle, du haut quar- 
tier de Nebi Daoud, on descendait au Bir Eyoub dans la vallée au 
sud de la ville. Passée cette porte, on aborde la grande face sud- 
nord de l'enceinte, qui enclôt, au fond du Tyropœon, le bien connu 
réservoir du Siloe, avant d'escalader, à sa pointe, le rocher de 
l'antique acropole. Les degrés qui descendent de la Cité dé David, 
indubitablement, se développent sur l'échiné même de ce promon- 
toire; car par là seulement pouvait aboutir, à la piscine du Tyro- 
pœon, le chemin de crête qui desservait la Cité de David, dans sa 
longueur, depuis les premiers temps de la place 1 . Aux sépulcres de 
David, nous sommes dans la Cité même ; en raison du peu de 
largeur de la plate-forme, la nécropole royale est forcément au 
contact même de l'enceinte, et il est naturel qu'elle soit notée au 
passage. 

Dans la piscine faite (?), faut-il reconnaître cette piscine supé- 
rieure que nous avons rencontrée, plus haut, dans certaines 
mentions de n Rois et d'Isaïe ? Comme ce dernier réservoir ne peut 
se trouver qu'à la source haute, nous arriverions, en ce point, à la 
limite nord de la Cité de David, et iénigmatique maison des héros 
appartiendrait, soit à la courte section du Millo, soit au bas de 
TOphel. Cela s'arrangerait bien avec la suite, car voici paraître 
quatre fois, de 19 à 25, un certain Angle, lieu d'une montée de 
l Arsenal qui était évidemment une porte en raidillon sur la 
vallée 2 , et proclie du palais royal et des services royaux, comme 
il ressort des mentions de la maison du roi et de la prison, avec la 
tour supérieure qui fait saillie en avant. Il semble que cet Angle 

1 . Ainsi fait le sentier moderne qui descend du glacis du Haram et s'abaisse douce- 
ment, le long de la crête de la colline, jusqu'à dominer la cavée des réservoirs et y 
tomber, en fin de course, en un lacet abrupt et tortueux. 

2. Sans doute cette porte de l'Angle où Ozias fit des travaux de construction, ainsi 
que sur V Angle lui-même (II Chron., xxvi, 9, cf. xxv, 23 ; voir ci avant, cbap. I, § v) ; 
c'était évidemment un point important de la muraille. 



64 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

si remarqué, qui précède la section des palais, ne soit autre chose 
que le saillant oriental de l'escarpe d'Ophel, si nettement et géo- 
métriquement en pointe (voir notre carte au ^ôôô)- L'Ophel lui- 
môme parait plus loin, deux fois (26, 27), en même temps qu'on 
retrouve la tour supérieure en saillie, notée trois fois au total 
(25, 26, 27), dans un ensemble singulièrement confus où inter- 
viennent sans doute des répétitions topographiques ou des retours 
en arrière, et qu'il ne faut point considérer sans se rappeler que 
nous avons là une énumération de sections de chantier. Il en 
ressort le plus probablement, toutefois, que YOphel précède (au 
sud) la tour supérieure. En somme, de 19 à 27, trois points prin- 
cipaux ou sections de muraille se laissent reconnaître : 1° Y Angle, 
saillant est de l'Ophel, avec Y Arsenal ; 2° Ophel même, jusqu'au 
voisinage des palais; 3° la tour supérieure en saillie, en avant 
du palais royal et non loin de \r prison. 

Arrivés là, nous sommes forcément tout près du Temple, c'est- 
à-dire de la mosquée d'Omar actuelle. Cela se vérifiera autrement. 
D'après 26, en effet, il y a encore à noter, près de la tour supé- 
rieure en saillie, c'est-à-dire au droit du palais et près de la prison, 
une certaine porte des Eaux, vers VOrient, et nous verrons un 
peu plus loin, d'après le texte du chap. xn, que cette porte des 
Eaux s'appelle également porte de la Prison, et qu'elle représente 
le point de l'enceinte le plus voisin du Temple. 

Cette porte des Eaux, descente directe du palais à la vallée, doit 
retenir notre attention. Très remarquablement il est spécifié qu'elle 
s'ouvre vers VOrient, ce qui semble exprimer une distinction 
voulue.jla différenciation entre cette porte orientale des eaux et une 
autre porte des Eaux, vers le Sud, faudrait-il dire, qui est la porte 
de la Fontaine identifiée ci-avant. Quant à celle où nous voici 
arrêtés, son nom suppose Veau à la base du raidillon, c'est-à-dire 
le libre accès à la source de Sitti Mariam, comme dans la disposi- 
tion actuelle. Déjà nous avions pressenti la chose, à propos de la 
piscine supérieure existant dans la vallée, sans nul doute à la 
source même * ; il nous faut tenir pour certain, maintenant, que 
les travaux d Ezéchias avaient laissé subsister cet accès inférieur à 
l'eau, ou qu'il avait été rétabli très peu de temps après les obtura- 
tions générales 2 . 

1 . Voir paragraphe précédent. 

2. 11 y a plus peut-être, et l'on doit se demander si un dispositif d'écoulement par 
le lit de la vallée n'avait pas été rétabli eu même temps, lorsqu'on voit Néhémie men- 
tionner et suivre le nahal, le « Ruisseau », comme nous le constaterons tout à l'heure. 



LA CITÉ DE DAVID 6S 

La porte des Chevaux n'est pas localisable. La porte de F Orient 
est forcément encore sur la crête duCédron. Mais nous approchons 
du tournant de l'enceinte vers l'ouest ; où qu'il se place exacte- 
ment, on est extrêmement tenté de le reconnaître, au delà de la 
porte de Mip'hkad inconnue, dans cette chambre haute du coin, 
selon toute apparence un môle d'angle de la muraille. 

Au delà de ce point, le tracé se développe face au nord, par la 
porte des Brebis et les points de repère subséquents, parmi les- 
quels nous nous arrêterons seulement à la porte de la Vallée, 
qu'on rencontre à quelque distance en avant de cette porte de la 
Fontaine où nous parachevons notre cercle, c'est-à-dire quelque 
part sur celte longue section de muraille qui regarde le sud-ouest, 
couronnant la crête de la grande colline. Cette porte de la Vallée, 
qui était certainement importante*, ne peut être localisée avec 
précision ; on voit seulement que le chemin auquel elle livrait pas- 
sage descendait dans le Rababi, et par suite, que la Vallée était le 
ouadi Er Rababi même. Ainsi s'obtient la démonstration topony- 
mique que nous avions précédemment annoncée, et dont on ne 
peut se passer pour la compréhension de ce qui touche la « vallée 
de Hinnom », la « Vallée » tout court, vers la fin de l'époque 
royale -. 

Après cette première analyse, l'examen des autres textes de 
Nébémie sera facile et rapide. L'expédition nocturne qu'il raconte 
en ii, 13-15, a consisté à sortir par cette porte de la Vallée dont 
nous venons de parler, et tourner autour de la muraille par le sud, 
rencontrant une fontaine du Dragon que la grande description 
ne connaît pas, puis la porte du Fumier (cf. ni, 14), puis, comme 
en m, 15, la porte de la Fontaine et le réservoir du Roi, appelé 
réservoir du Siloe en l'autre place. Le visiteur, ensuite, « monte 
par le Torrent » {be-nahal), ce qui signifie que son excursion se 
poursuit le long du Cédron 3 , en remontant vers le nord. Fait-il le 
tour complet de la ville ou rebrousse-t-il par la même route? Il 
nous dit seulement qu'il rentre en ville, comme il en était sorti, 
par la porte de la Vallée. 

Voici enfin (cliap. xu) la relation de la cérémonie consécratoire 
de la muraille reconstruite. Deux chœurs se séparent sur la mu- 
raille et la suivent en sens inverses pour se rejoindre au point 
opposé du cercle, près du Temple. Le point de départ commun est 

1. Ozias y avait travaille; voir ci-avant, cliap. I, \ v. 

2. Voir ci-avant, cliap. I, § ni. 

3. Voir ci-avant, cliap. 1, § m. 

T. LX1X, v L37-t38. • 3 



66 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

sans doute à la porte de la Vallée, car Tan des deux cortèges 
passe d'abord à la porte du Fumier (v. 31, cf. m, 14), pendant que 
l'autre atteint la tour des Fours (v. 38, cf. ni, 11). Suivons-les l'un 
après l'autre. 

Premier chœur, vv. 31 et 37 : porte du Fumier, porte de la Fon- 
taine, ascension des degrés de la Cité de David par la montée de 
la muraille au-dessus de la maison de David, poursuite jusqu'à 
la porte des Eaux vers ï Orient. 

Aucune difficulté ; le sens de la marche est le môme qu'aux 
chap. m et ii ; la maison de David est peut-être une faute ou une 
altération de texte pour les sépulcres de David. Le terminus est 
cette porte des Eaux que nous avons déjà reconnue comme sise 
au droit du palais royal et de la prison. 

Deuxième chœur, vv. 38 et 39 : tour des Fours (m, 11), muraille 
large (m, 8), porte dEphraïm* , vieille pointe (ni, 6), porte des 
Poissons (ni, 3), tours de Hananael et de Mea et porte des Brebis 
(ni, 1, sauter à 32), poursuite du cercle jusqu'à la porte de la 
Prison. 

D'après les noms, ce point d'arrivée est forcément très voisin de 
celui du premier chœur, la porte des Eaux ; mais il semble bien, 
en outre, que les deux ne désignent qu'une seule et même porte. 
De la manière dont les deux itinéraires s'affrontent à leur arrivée, 
il résulte en effet que la porte de la Prison devrait être au nord 
de la porte des Eaux ; or, d'après m, 25-26, c'est au contraire la 
porte des Eaux qui est au nord de la Prison : point d'autre solu- 
tion, dès lors, que d'admettre l'existence à cette place d'une seule 
porte, appelée de la Prison ou des Eaux indifféremment. Nous 
savons déjà qu'elle est à proximité Immédiate du palais ; voici en 
plus, pour parachever la relation itinéraire de la procession, que 
les deux chœurs, ayant opéré leur jonction à la porte susdite, 
« s'arrêtent dans la maison de Dieu (xu, 40) ». Toutes ces indica- 
tions sont entièrement en concordance. 

Nous en avons fini avec Néhémie. Il n'est pas dans l'esprit de sa 
nomenclature de constituer une description intégrale de l'enceinte, 
et, chemin faisant, nous avons rencontré des indices qu'elle passait 
sous silence nombre de points intéressants. Remarquons encore 
qu'elle ne nomme point cette porte entre 1rs deux murs que nous 

1. Inconnue des autres textes de Kéhémie. D'après sa mention eutre la vieille porte 
et la muraille large, elle serait située vers le saillant nord-ouest de l'enceinte, et c'est 
alors une surprise de trouver, ailleurs (Il Chr., xxv, 2:!), qu'il y a un espace de 
400 coudées entre la porte d'Epkraïm et la porte de l'Angle. Il intervient certaine- 
ment, ici. quelque malentendu ou quelque contusion topographique. 



LA CITÉ DE DAVID 67 

avons considérée précédemment' et qui donnait passage au che- 
min du creux du Tyropœon, tout près des réservoirs. Sur la Cité 
de David, ensuite, il est dit extrêmement peu de chose. 

De l'étude qui précède on peut tirer une description presque 
suivie de la face orientale de la ville, telle qu'elle se présentait au 
visiteur du temps d'Ezéchias ou d'après l'exil, qui suivait la crête 
de la muraille depuis son saillant extrême du sud jusqu'au delà 
des palais et du temple. 

A la porte de la Fontaine du saillant sud, ce visiteur avait sous 
ses pieds le grand carrefour des vallées et apercevait, à 200 mètres 
en aval, le puits du confluent, le Bir Evoub de nos cartes, encore 
inclus dans la banlieue cultivée de la ville. Tournant à gauche, le 
mur descendait en ligne droite dans le Tyropœon, qu'il barrait 
d'une sorte de grande chaussée horizontale, très épaisse et très 
haute; à l'intérieur, le réservoir abandonné, et derrière lui, la 
profonde piscine d'Ezéchias, dont les eaux en excédent, se déver- 
sant par un caniveau, passaient sous la mui aille et allaient arroser 
les jardins du roi du fond du Cédron, au pied de l'escarpe. Par le 
creux du Tyropœon descendait un chemin qui longeait à l'ouest, 
selon toute apparence, le réservoir abandonné (comme fait le che- 
min moderne) et sortait de la ville en ce point, à faible hauteur à 
flanc de côte : c'était la porte d'entre les deux murs. 

Passés les réservoirs, s'oifrail la proue de la Cité de David, que 
la muraille escaladait pour en prendre la croie. Le mur occidental 
de la Cité, sur le Tyropœon, abandonné depuis des siècles, avait le 
sort des vieilles enceintes submergées par l'extension des villes : 
des maisons s'y adossaient, d'autres prenaient appui sur sa plate- 
forme, des décombres faisaient talus à la base. Le visiteur ne 
voyait même pas cette escarpe perdue. Il gravissait les degrés de 
la Cité de David, raidillon abrupt ou escalier véritable qui longeait 
la montée de la muraille, et arrivé sur la crête, il considérait les 
reliques de David et des rois, la nécropole royale, la « maison de 
David » peut-être. La montée s'alténuail ; on devinait à droite, 
dans le fond de la vallée, la vieille source ou du moins ses dispo- 
sitifs d'accès. Un palier, une courtine horizontale, c'était l'ancien 
Villo, où quelque chàtelet sur l'esplanade primitive, peut-être, était 
la maison des héros. Après quoi l'on abordait la montée de l'Ophel. 

Au saillant de YAngle, déjà, on commençait de rencontrer des 

1. Voir ri-avant, même chai)., 5 n. 



68 REVUE DES ETUDES JUIVES 

services de la ville royale, notamment Y Arsenal, auquel la porte 
de l'Angle, d'en bas, donnait accès. Un peu plus loin, dans le 
front du mu r salomonien proprement dit, s'ouvrait la porte des 
Eaux vers l'Orient, dite aussi porte de la Prison, que protégeait 
la grande tour ou tour supérieure, en saillie sur la ligne du mur; 
par cette porte, on accédait directement au palais, à ses services 
annexes et au Temple qui en était tout proche. 

On dépassait, ensuite, trois autres portes que nous localisons 
mal, la porte des Chevaux, la. porte de l'Orient, la porte de Miph- 
kad, avant d'arriver à une tour saillante, la chambre 1 toute du 
coin, où l'enceinte tournait à l'ouest selon toute vraisemblance. 
Notre description n'irait point facilement au delà, elle s'arrêtera a 
cette borne d'angle. 



En ce qui concerne l'emplacement de la nécropole royale, toute 
l'enquête qui précède ne nous a rien apporté en somme. Comme 
la nécropole est le seul objet que Nébémie mentionne dans reten- 
due de la Cité de David, on voit seulement par là qu'elle est incluse 
dans la Cité de David, et cela, nous le savions déjà, de même que 
nous savions que, trouvant place sur l'étroite plate-forme de la 
Cité, elle était forcément au contact de la muraille extérieure. Tout 
cela est un peu plus précis, à coup sûr, que ce que nous trouvions 
dans le texte de saint Epipbane précédemment analysé, et d'où il 
ressortait que les tombes royales étaient proches de « Rogel » et 
du « Siloam » de la vallée ; mais la précision se borne strictement 
à la confirmation de cette donnée biblique, que la nécropole est 
dans la Cité de David. Nulle indication de plus ; le champ libre, en 
conséquence, pour une hypothèse telle que celle de Clermont-Gan- 
neau, exposée aux premières pages de cette étude, et pour sa 
méthode de recherche prescrivant de déblayer intégralement l'aire 
de la « boucle » méridionale de l'aqueduc d'Ezécbias, étant supposé 
que ce long détour imposé au tunnel avait eu pour cause la néces- 
sité d'éviter la rencontre des tombeaux. A qui n'ajouterait point 
foi au principe directeur de cette méthode, il ne resterait plus qu'à 
en élargir la formule et à demander que les procédés du déblaie- 
ment jusqu'au roc fussent appliqués à la Cité de David tout 
entière. L'intérêt de la tâche ainsi définie déborderait, d'ailleurs, 
le problème de la recherche de la nécropole davidique; et l'on 
serait ramené, en même temps, dans les voies sans doute plus 
saines de l'exploration archéologique intégrale, désintéressée de 
la poursuite de tel ou tel objet trop nettement défini par avance. 



LA CITÉ DE DAVID 69 

CHAPITRE IV 

LES TRAVAUX ARCHÉOLOGIQUES ANTÉRIEURS ET LEURS RÉSULTATS 

I. Histoire des travaux archéologiques. 

A maintes reprises, au cours des exposés qui précèdent, nous 
avons cité les recherches effectuées, dans l'étendue de la Cité de 
David et aux abords, par Guthe, Bliss, Clermont-Ganneau, Schick, 
Parker en dernier lieu, et avant tous autres, le vieux Warren. Pour 
clore la présente Introduction il convient de mettre sous nos yeux 
un tableau méthodique de l'histoire de ces divers travaux. Nous 
verrons mieux, par là, ce qui avant nous a été fait, dans quel 
esprit, par quelles méthodes et pour arrivera quels résultats, dans 
les limites — largement comprises — du domaine dont la connais- 
sance nous intéresse. 

Il n'est point nécessaire, pour notre objet, de remonter plus haut 
que Warren et ses collaborateurs, qui furent les premiers à pouvoir 
exécuter en Palestine des fouilles proprement dites, et qu'avait 
envoyés à Jérusalem le tout nouveau Palestine Exploration Fund. 
Leur travail dura trois ans, de 1867 à 1870. L'objectif principal des 
explorations, le Haram Esli Shérif, leur resta à peu près complète- 
ment interdit ; mais ils développèrent largement les recherches 1 
à l'extérieur, à partir de l'angle sud-est de l'enceinte. Nous avons 
signalé; déjà, que depuis ce point ils découvrirent et suivirent les 
substructions de l'enceinte ancienne de la ville 2 , vers le sud puis 
vers le sud-ouest, sur un développement de plus de 200 mètres: 
travail pénible, poursuivi en puits et en tunnel sous la masse 
énorme des remblais qui couvrent le sol antique. Warren et ses 
compagnons instauraient, ainsi, cette dure et singulière méthode 
de la fouille archéologique en mine, que devaient adopter le plus 
grand nombre de leurs successeurs sur les sites accessibles des 

1. Publications successives : Ch. Warren, Underground Jérusalem, etc., 1876 

(Compte rendu sommaire, souvenirs, images) ; Plans, élévations, sections of 

llie excavations at Jérusalem 1867-1870 (50 planches, publ. du P. E. F.) ; Wilson et 
Warren, The recovery of Jérusalem, etc., 1871 (notes au jour le jour) ; Ch. Warren 
et C. R. Conder, The Survey of Western Palestine : Jérusalem, 1884 (compte rendu 
complet). 

2. Voir ci-avant, chap. I, § n. 



TO HEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

alentours. Ce procédé, véritablement et spécialement « jérusalé- 
mite », a été imposé à Warren par la difficulté des conditions 
locales, d'abord la grande hauteur des décombres à enlever ou à 
traverser, de 25 à 30 mètres dans la zone immédiatement au sud 
du Haram, et d'autre côté, le mauvais vouloir systématique des 
autorités et la cupidité des propriétaires, auxquels on donnait plus 
aisément satisfaction pour quelque puits à forer, que pour une 
large tranchée dont il eût fallu, en outre, loger les terres. On voit 
tout de suite que les résultats d'une pareille recherche sont forcé- 
ment maigres, disproportionnés avec l'effort développé et toujours, 
en somme, dangereusement « linéaires », sur un sol dont on n'aura 
pu suivre, en galerie souterraine, que des lignes, au lieu d'en 
explorer intégralement des surfaces comme la saine méthode le 
demande, comme on s'astreint à le faire en toute fouille sérieuse 
d'Egypte, de Grèce ou des contrées orientales. Mais les travailleurs 
de 18G7 tirèrent le meilleur parti des conditions défavorables où 
ils se trouvaient. Le mur antique suivi, vers le sud-ouest, jusqu'au 
point où disparaissent ses vestiges, on releva son tracé, ses tours 
et autres ouvrages en saillant, et son remarquable système de 
construction dans lequel il nous est possible de reconnaître certai- 
nement une fortification cananéenne '. Warren ne pouvait savoir 
cela ; on ne devait que longtemps après définir les caractères de la 
construction cananéenne. Pour lui, son mur était une section de 
l'enceinte de la grande ville judéenne, et, très justement, il l'appe- 
lait le mur de VOphel. 

A quelque distance au sud, la source de Sitti Mariam, avec les 
galeries qui tout à l'entour rayonnent dans la montagne, encore 
utilisées, ou obturées plus ou moins complètement et plus ou 
moins difficiles à reconnaître, tout cet ensemble offrait à l'explora- 
tion des points d'amorce que les chercheurs utilisèrent. Ils firent 

1. Même renvoi. — Tout n'est point aussi clair, toutefois, dans les relevés de 
Warren. Il serait intéressant, par exemple, de savoir comment le mur médiéval du 
Haram, qui du sud au nord s'élève sur l'emplacement du « mur d'Opbel » à partir de 
l'origine des fouilles de Warren, s'est accommodé de la vieille escarpe cananéo- 
judéenne, utilisée par l'enceinte romaine peut-être, et si ce mur de dernier stade a 
pris appui sur les assises démantelées des âges antérieurs. Or, les croquis de Warren, 
en coupe-élévation à la jonction des deux ouvrages (voir Vincent, Jérusalem antique, 
pi. XIX), expriment une espèce d'absurdité inadmissible, faisant paraître que la 
muraille cananéenne serait appuyée contre le parement incliné de la maçonnerie 
turque, en assises de grand appareil fondées sur le roc même. 11 n'y a évidemment là 
que maladresse de dessinateur, et il n'est point impossible que, pour fonder solidement 
l'angle du Haram, les constructeurs aient largement ouvert le terrain et décapé le roc 
de toute maçonnerie ancienne; mais pour le savoir mieux, comme on voudrait qu'une 
bouue tranchée d'exploration eût incisé le remblai à cette place ! 



LA CITÉ DE DAVID 71 

un relevé, relativement très bon, du grand tunnel d'Ezéchias'. 
Dans une autre direction, tout près de la ligne d'écoulement du 
canal d'Ezéchias, qui est le canal actuel, ils arrivèrent sous le 
grand puits de la communication souterraine de l'époque cana- 
néenne, et pour saisir la communication à sa partie supérieure, 
ouvrirent dans les remblais du flanc de la colline, non loin de la 
crête, un puits qui leur livra le tunnel en galerie inclinée et esca- 
lier, au point où ce souterrain avait été amorcé pour sa descente, 
dans une chambre excavée qu'on avait voûtée ensuite'-. Ces explo- 
rations souterraines, tant du côté de l'aqueduc d'Ezéchias qu'en ce 
qui concerne la communication ascendante, devaient être reprises 
et fidèlement suivies, quarante ans après, par les travailleurs de la 
mission Parker, qui n'élargirent guère la zone découverte par les 
chercheurs de la première époque. 

Warren, comme on voit, n'a pas touché à la Cité de David 
proprement dite. Dans les limites de la vieille acropole, le mur 
d'enceinte fut rencontré et signalé pour la première fois par Cler- 
mont-Ganneau, qui, en 1872, observant à Jérusalem, vit la muraille 
et ses assises de formidables blocs de pierre, telles que les avait 
mises à jour un travail de carriers 3 : on trouvera cette section du 
mur antique, à peu près au point médian de l'acropole sur sa face 
orientale, portée sur notre plan archéologique général au fm' 
Nombre de faits intéressants furent pris en note par Clermont- 
Ganneau à Jérusalem, dès cette époque ; rappelons la solution 
du problème du Zoheleth de l'histoire de David, retrouvé dans 
la toponymie moderne des escarpements du Cédron, du côté du 
village de Silouân, en face de la ville ''. 

Quelques années plus tard, en 4881, pour le compte du Deutscher 

1. Déjà relevé auparavant, notamment, en 1866, par le frère Liévin de Hamme et 
M. de Terves, dont on trouvera le croquis chez Glermont-Ganneau, toc. cit. dans C. R. 
de l'Acad. des Inscriptions, 1897, p. 426. 

2. C'est le même puits exactement que devaient rouvrir Parker et ses collaborateurs 
en 1909. Quant à la communication souterraine de puisage de l'époque cananéenne, 
nous l'avons décrite au chap. I, § i. 

3. Clermont-Ganneau, Arc/t. Researches, i (1899), p. 296. 

4. Clermont-Ganneau dans Q. S., 1872, p. 116, et Arch. Researches, I, p. 305 et 
suiv. La vieille histoire de I Rois, i, faisant la piéride de Zoheleth voisiue de Rogel, et 
les « glissades » d'Ez Zehoueileh, le long de la corniche du Silouàn d'aujourd'hui, 
étant situées vis-à-vis de la Fontaine de la Vierge, on en a conclu parfois (Glermont- 
Ganneau lui-même y a penché) que Rogel était la Fontaine de la Vierge, sans consi- 
dérer que la « glissade » est caractéristique de ce long gradin du bas de l'escarpe- 
ment et n'a pas forcément, à travers les âges, un emplacement fixe et unique sur cette 
ligne où le village moderne trouve place. Les choses sont mises au point chez Vincent, 
Jérusalem antique, p. 138-139. 



72 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Verein de recherches palestiniennes récemment créé, Guthe fit 
une campagne de fouilles 1 où il s'efforça surtout de retrouver le 
mur d'enceinte, dans la zone entre la source et les réservoirs, c'est- 
à-dire sur le flanc oriental de la Cité de David môme. Il procéda 
uniquement par sondages, puits ou tranchées isolées ; retrouva dos 
arasements de maçonnerie à peu de distance de la pointe méridio- 
nale, puis, sautant au nord, et commençant un peu au nord du 
point Cl ermont-G anneau signalé ci-dessus, il explora la croie, sur 
420 mètres de longueur, du sud au nord, par une série de sondages 
dont les résultats, du fait même de la méthode, sont incohérents, 
difficiles à raccorder entre eux et parfois incertains, mais com- 
portent de fort intéressantes lumières sur l'allure du sous-sol 
rocheux. Des vestiges de maçonnerie rencontrés (de G 1 à G 7 du 
plan), le plus grand nomhre n'appartiennent sans doute pas à 
l'escarpe même, mais à des constructions de l'intérieur, quelque 
peu à l'ouest de la muraille, dont le passage est marqué avec une 
fidélité singulière, dans la section considérée, par le chemin de 
crête de la colline (point « Glermont-Ganneau », point «Parker» 
qui sera signalé plus loin, portions de murailles faisant soutène- 
ment sous le chemin et à découvert en plusieurs endroits). Par 
contre, le sondage extrême du nord, G 7, a révélé une importante 
section de mur orientée vers l'ouest, dans une position qui semhle 
indiquer qu'en ce point, on est au saillant même de l'enceinte pri- 
mitive de l'acropole, là où elle se repliait vers le Tyropœon pour se 
fermer face au nord. Considérés d'ensemble, les sondages éche- 
lonnés sur la dernière section de 50 mètres au nord ont fait voir 
que le roc plongeait de manière très accentuée du sud au nord, 
clans cette zone, — on la rencontré finalement à 12 ou 13 mètres 
de la surface, — et Guthe a déduit de là que du Tyropœon à la 
crête du Cédron, dans les conditions du sol primitif, courait une 
sorte de fossé, de sillon incisant la ligne générale de la croupe. 
Nous avons envisagé précédemment les conditions ainsi manifes- 
tées, qui paraissent commander et expliquer la configuration de 
l'acropole primitive à son extrémité septentrionale 2 . 

Après le travail de Guthe prend place, dans l'ordre historique, 
le début des longues recherches de G. Schick, qui résidait à Jéru- 
salem et collaborait au P. E. F. Dans le domaine qui nous inté- 
resse, tout ce qu'il a fait concerne les dispositifs hydrauliques en 



1. H. Guthe, Ausgmbungen bel Jérusalem, dans Z. D. P. V., v ;1SS2 , p. 7-204, 
271-378. 

2. Voir ci-avant, chap. I, § u. 



LA CITÉ DE DAVID 7 I 

relation avec la source. Nous avons déjà, précédemment \ exposé 
comment, de 1886 à 1890, il découvrit le canal à flanc de cote du 
système antérieur à Ezéchias, le Canal II de nos plans, et l'explora 
sur une longueur de 70 mètres, à 200 mètres environ au sud de la 
source, en le suivant par une galerie de mine recoupée par des 
puits de distance en distance. Nous avons vu également qu'en 1901, 
cherchant à la source même, avec Hornstein et Masterman, il y 
découvrit l'amorce du canal d'écoulement à la vallée du système 
de la première époque, le très profond Canal I de la nomenclature, 
et comment, malgré les judicieuses observations de Masterman, il 
commit la faute de voir en cet ouvrage la section supérieure de 
l'aqueduc qu'il avait suivi, à 200 mètres de là, en 1890. Nous avons 
signalé, enfin, que cette confusion n'était pas encore, en 1912, dis- 
sipée de manière aussi claire qu'il eût été souhaitable. Aux exposés 
donnés plus haut il n'y a rien à ajouter à cette place. 

Pendant que Schick poursuivait, à Jérusalem, le cours de son 
activité un peu éparse, on voyait s'accomplir d'un autre côté, pour 
le compte du P. E. F., les très importantes fouilles que condui- 
sirent, de 1894 à 1897, Bliss et Dickie 2 , dans la section inférieure 
du ïyropœon et tout le long de la remontée de la grande colline à 
l'ouest du Tyropœon, sur la ligne haute qui domine le ouadi Er 
Rababi. Ils découvrirent et relevèrent ainsi les murs d'enceinte de 
l'époque du plus grand développement de la ville vers le sud ; sur 
notre croquis général au— r- cette ligne d'enceinte porte le numéro 
4, et il est supposé que, non loin du grand saillant du sud, elle 
avait été branchée, amorcée sur la très ancienne enceinte 3, dont 
les murs de barrage du Tyropœon faisaient partie. La connaissance 
de ces derniers ouvrages est également due à Bliss et Dickie, qui 
explorèrent de manière étendue, à partir de là, toute la région des 
réservoirs. Nous avons donné, plus haut, une description rapide 
du barrage du Birket el Hamra et de l'escarpe parallèle en travers 
de la vallée, qui furent conçus, exécutés et améliorés solidaire- 
ment aux divers stades 3 . 

La fouille s'est avancée, à l'est du Birket el Hamra, jusqu'au 
pied du promontoire de la vieille Cité, où l'enceinte judéenne se 
soude, à son départ, avec apposition d'intéressants ouvrages à la 
base (v. le plan arch. aUj-^). Mais les organes rencontrés sont 

1. Voir ci-avant, chap. III, § i, où l'on trouvera aux notes la bibliographie complète. 

2. F. J. Bliss, ses divers Reports des Excavations at Jérusalem, dans Q. S., 1897, 
p. 173-181, 260-268; F. J. Bliss et A. G. Dickie, Excavations at Jérusalem, 189\- 
1897 il 898). 

3. Voir ci-avant, chap. III, § i. 



74 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

peiil être d'époques diverses, et leur histoire n'est pas complète- 
ment éclairciê. De manière générale, lorsque Bliss, au passage du 
Tyropœon, cherche à voir si quelqu'un des murs de la barrière ne 
serait point contemporain de l'escarpe qui escalade la colline au 
nord, il semble ne pas considérer, aussi exactement qu'il le fau- 
drait, que cette escarpe au nord du Tyropœon, môme remaniée à 
l'époque Israélite, fait originairement partie de l'acropole primi- 
tive et de son enceinte isolée, et par suite, est beaucoup plus 
ancienne que les murs qui Pavoisaient. 

Il faut noter, enfin, quelques fouilles effectuées au nord du Bir- 
ket el Hamra, c'est-à-dire sur la colline même de la Cité ; la plus 
importante, dont remplacement est porté sur notre carte archéo- 
logique au ^-qqq-i avait été faite pour suivre la théorie déjà ancienne 
de Glermont-Ganneau, concernant la nécropole davidique, qui 
serait à chercher, en plan, dans l'intérieur de la grande boucle 
méridionale de l'aqueduc [d'Ezéchias. Nous connaissons cetle 
hypothèse, que Clermont-Ganneau, depuis 1887, avait développée à 
maintes reprises '. Mais il paraît bien que Bliss l'avait comprise 
mal, car le déblaiement d'exploration auquel il procéda est situé, 
non dans la grande courbe visée par la théorie, mais en dehors 
d'elle, sur l'autre bord du tracé de l'aqueduc, en somme, dans la 
courbe orientée en sens inverse de la véritable et qui la suit quand 
on se dirige vers le réservoir : comme dit très bien Bliss lui-même, 
la dernière courbe du tracé « avant qu'il débouche dans le réser- 
voir 2 . » On voit qu'il n'y a pas eu méprisé de chantier; Bliss a 
bien fait ce qu'il voulait faire, mais cela n'était point du tout ce 
qu'avait demandé l'auteur de la théorie 3 . 

Passé 1897, pendant douze ans, on ne trouve à noter dans la zone 
d'Ophel et de la Cité que le dernier travail de Schick à la Fontaine 
delà Vierge, en 1901 ; nous en avons, un peu plus haut, rappelé 
l'histoire. Mais en 1909 commencent les grandes recherches dirigées 
par Montagu B. Parker au flanc de la colline qui domine la source 
et dans les réseaux souterrains en relation avec elle. 

Poursuivi de 1909 à 1911, avec le concours de plusieurs ingé- 
nieurs et des subventions pécuniaires importantes, le travail de 
Parker se tint rigoureusement à l'application de la méthode ins- 



1. Voir ci-avant, premières pages de ce mémoire. 

2. Q. S., 1897, p. 180, 264. 

3. Clermont-Ganneau a relevé immédiatement le malentendu et l'inutilité du travail 
qui en avait été la conséquence ; voir, en son mémoire souvent cité plus haut. Ci R.rffe 
i'Acad. des Inscriptions, 1897, p. 387-390. 



LÀ GÎTÉ DE DAVID 75 

taurée par Warren et plusieurs fois suivie depuis lors, celle de 
Y exploration souterraine, par le moyeu de puits ou galeries péné- 
trantes, cl du cheminement à la surface du roc en galeries de mine. 
Il est nécessaire de déclarer que cela est regrettable. Dans la zone 
où le travail s'effectuait, des déblaiements intégraux eussent sans 
doute été possibles, moins coûteux que l'énorme ouvrage de 
mineur qui fut exécuté, et combien rémunérateurs, à en juger 
par les seuls résultats que l'énergie des explorateurs fit rendre à 
leur fouille paradoxale. Un bonheur remarquable les favorisa, 
cependant; celui de rencontrer, dès le moment de leur entrée en 
chantier, la collaboration du P. H. Vincent, qui suivit les travaux 
d'un bout à l'autre, en fit tous les relevés et en donna la publica- 
tion intégrale '. 

Que le souvenir de Warren agît vivement sur les fouilleurs de 
1909, cela est manifeste lorsqu'on les voit, tout d'abord, ouvrir un 
puits à mi-hauteur de la côte et vis-à-vis de la source, à la place 
même du puits que Warren avait descendu, jadis, pour pénétrer 
dans la communication souterraine entre la source etla plate-forme 
haute: P1 de notre plan au --. Ils tombèrent ainsi, par l'excava- 
tion delà chambre à la voûte détruite que nous connaissons bien «, 
sur l'amorce supérieure du tunnel incliné, en coude ou en demi- 
cercle, que Warren avait déjà suivi et qui descend à la chambre de 
puisage dans le sol de laquelle, toujours sous roc, s'ouvre le grand 
puits vertical (Q du plan au -^) ; à une dizaine de mètres au delà 
de la chambre de puisage, étant sortis à l'extérieur, c'est-à-dire ayant 
rencontré le remblai dans cette sorte de fenêtre, cette porte pro- 
visoire que les mineurs cananéens avaient ouverte à cette place, 
ils y descendirent dans le remblai un deuxième puits, P2, distant du 
premier de 35 mètres et sis plus bas sur la côte, de manière à amé- 
liorer les conditions de l'aération et des évacuations de déblais 
dans tout le système. 

Bien regrettablement, Parker n'essaya point de suivre la commu- 
nication à la plate-forme vers le haut, à partir de la chambre voûtée, 
c'est-à-dire dans la direction où l'exploration de Warren ne s'était 
point étendue. Aussi cette section supérieure de la communication 

1. H. V., Jérusalem sous Terre, 1911 ; H. Vinceut, Les récentes fouilles d'Ophel, 
dans Bévue biblique, 1911, p. 5GG-591 ; 1912, p. 86-111, 424-453, 544-574; les prin- 
cipaux objets repris enfin par Vincent dans le premier fascicule (1912) de Jérusalem 
antique, passim. 

2. Pour tout ce qui concerne la description de la communication souterraine de 
puisage cananéenne, le lecteur voudra bien se reporter au bref exposé qu'on trouve 
ci-avant, cbap. I, § i. 



76 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

cananéenne reste-t-elle en lacune, et nous continuons n ne pas 
savoir comment elle débouchait dans l'enceinte de l'acropole. Par 
contre, les explorateurs reprirent et complétèrent de remarquable 
façon les travaux anciens à la source même et aux abords : il en est 
résulté, moyennant l'infatigable labeur de Vincent dans les souter- 
rains dégagés, qu'aujourd'hui nous possédons des relevés, sans 
doute définitifs, du système cananéen de puisage (à part la section 
supérieure qui manque comme nous venons de le dire), et en 
même temps, des dispositifs de toute époque qui environnent la 
source et dont les lignes prennent leur amorce soit sur la galerie 
d'eau cananéenne, soit dans la caverne extérieure. Les plus impor- 
tantes de ces galeries, on se le rappelle, sont le canal I, corrélatif 
du grand travail cananéen, profonde rigole d'écoulement à la val- 
lée, et le canal II* surélevé de plusieurs mètres, canal à flanc de 
coteau qui faisait partie du premier dispositif israélite de conduite 
des eaux au réservoir du Tyropœon 1 . On se rappelle aussi 
que la susdite amorce du canal I avait été découverte déjà, en 
4001, par Scbick et Masterman, et explorée sur une longueur de 
54 mètres. 

Toujours à l'étage de la source, mais sans qu'il fût besoin des 
mêmes déblaiements que dans les souterrains abandonnés ou obtu- 
rés depuis de longs siècles, Parker recommença entièrement l'ex- 
ploration du grand aqueduc d'Ezéchias, et de ce côté aussi, de 
beaux relevés complets suivirent le travail. 

Tous les travaux qu'on vient de voir se poursuivaient, en très 
grande partie, dans des galeries antiques excavées sous roc, de 
sorte que la question d'un déblaiement superficiel ne se posait 
guère; cardes cheminements en puits et galeries de mine conve- 
naient assez bien pour accéder aux réseaux souterrains le plus vite 
possible. Mais aux abords de la source, le problème avait déjà un 
autre aspect. Il ne peut être question du canal /, où Parker, en rai- 
son de l'exploration de 1901, jugea inutile d'engager de nouveaux 
efforts. Mais considérons ce canal H, découvert pour la première 
fois à la source, tranchée profonde à ciel ouvert, comme nous 
savons, avec interposition de courtes sections en tunnel, et la 
caractéristique disposition des fenêtres latérales sur la vallée à 
intervalles réguliers, dans les sections à ciel ouvert comme dans 
les sections souterraines. Les travailleurs de Parker pénétrèrent 
dans cette galerie, jusqu'à plus de 72 mètres de son point d'amorce, 

1. Pour l'histoire de ces travaux souterrains, voir ci-avant, chap. III, § i, et le plan 
à. grande échelle des abords de la source qui ligure à cette place, 



Là CITÉ DE DAVID 77 

en tunnel sous la masse des remblais : « À 30 mètres de la fontaine 
les bougies ne brûlaient plus, et il fallut recourir aux lampes élec- 
triques portatives. D'heure en heure les ouvriers devaient être 
renvoyés dehors malgré Faction permanente d'un ventilateur ins- 
tallé sur l'escalier et le recours éventuel à des capsules d'oxygène 
(Vincent). » Gomment l'observation scientifique ne serait-elle point 
débilitée dans des conditions pareilles ? On se rappelle que dans les 
mêmes circonstances Schick, lorsqu'il explora" ce cana/ 7/, en 1890, 
à 200 mètres au-dessous de son amorce, le rendit accessible par 
des puits espacés, ouverts à l'aplomb de chaque fenêtre latérale au 
fur et à mesure de l'avance, et parvint ainsi à cheminer sur une 
longueur de 70 mètres. 

Mais dans l'ordre des travaux souterrains, voici bien une autre 
entreprise. En même temps qu'il poursuit ses recherches dans les 
réseaux excavés en pleine roche, Parker s'engage dans l'explora- 
tion du flanc de la colline, par galeries de mine poussées à la 
surface du rocher sous le remblai. Le point de départ du travail 
est le fond du puits supérieur, accédant dans la chambre voûtée 
où le tunnel incliné prend son origine. Une galerie de mine, de là, 
est dirigée vers le sud; sur elle s'en amorcent d'autres, vers le 
haut et vers le bas des pentes, ce réseau souterrain s'enrichit, se 
diversifie à la demande des objets rencontrés, et finit par compren- 
dre un surprenant ensemble de cheminements en galerie, remplis- 
sant un espace de 80 à 100 mètres dans tous les sens, dépassant, 
en haut, la ligne de crêle de la colline, et, du côté inférieur, des- 
cendant jusqu'au niveau de la source. Pour le détail des opérations 
et des découvertes, on se reportera aux descriptions et relevés de 
Vincent. Grâce au grand développement des travaux, et malgré le 
caractère singulier de la méthode, les résultats ont été nombreux 
et d'un intérêt considérable; les principaux peuvent être notés 
comme il suit. 

Configuration de la côte. Au tiers inférieur de la hauteur, entre 
le niveau de la source et celui de la crête, gradin abrupt, muraille 
de 7 mètres où des tombes s'alignent sans interruption à tous les 
étages. 

La crête et V enceinte. Rencontre de l'enceinte, en P3 du plan 
au j-— , constituée par deux murs parallèles à quelques mètres 
d'intervalle, le mur extérieur à l'aplomb du sentier de la crête de la 
colline; en avant encore, en P4, poterne de construction remar- 
quable, ouverte dans le front d'une tour en saillie ou bien d'un 
avant-mur, et pouvant avoir joué un rôle dans l'organisation de la 



>8 REVUE DES ETUDES JUIVES 

sim lion haute, encore inconnue, delà communication couverte qui 
descendait à la chambre de puisage. 

Au-dessus de l'enceinte, c'est-à-dire dans les limites de la plate- 
forme de l'acropole, vaste caverne, P5, largement ouverte en 
avant, sorte d'hémicycle protégé par le toit des dalles en débord, 
et dans les anfractuosités de laquelle étaient aménagés des tom- 
beaux d'ancienne époque cananéenne. Nous avons déjà dit un 
mot, précédemment ', de cette nécropole, forcément antérieure au 
mur cananéen qui l'enveloppe, et observé que c'est sans doute à 
l'époque de la construction de l'enceinte qu'on remblaya la caverne 
en arrière, qui n'était plus qu'une sorte de cuvette sans issue, 
entre la muraille neuve et la falaise de son fond d'arrière. Nous 
avons également noté que certains sondages anciens de Guthe, 
notamment G6 du plan, étaient tombés dans l'intérieur de cette 
dépression du rocher, et n'en avaient point trouvé le fond à 13 mè- 
tres de l'aire supérieure des décombres. 

L'un des tombeaux cananéens, la tombe 3 de la nomenclature 
Parker, possédait un admirable mobilier céramique 2 . 

Au-dessus de la falaise médiane, remarquable construction 
d'époque judéenne, imparfaitement expliquée, P G. 

Au voisinage de la falaise médiane, en P 7, groupe de caveaux 
funéraires des premiers temps de V époque royale judéenne. 

Etage inférieur. En P8, groupe nombreux de tombes judéennes 
du VII e siècle et des temps suivants, converties dès une époque 
ancienne en habitations pour les vivants. Une galerie, P 9, 
s'amorce au bas de ce quartier, descend sur 10 mètres en ligne 
droite et débouche sur un aqueduc qui est le canal II, à ce que 
Vincent nous assure 3 . 

1. Voir ci-avant, chap. I, g n. 

2. Vincent signale, avec raison, les caractères êgyptisants de ces poteries ; mais il 
ne faut le suivre qu'avec beaucoup de prudence lorsqu'il met certains spécimens en 
rapport avec les types de l'époque égyptienne prédynastique ou protodynastique et 
arrive ainsi à indiquer, pour les tombes cananéennes de la plate-forme, la date de 
3U0U ou 2500 av. J.-C. Les analogies visées par Vincent sont peut-être moins évidentes 
qu'elles ne lui paraissent, et, de manière générale, il n'est rien de plus dangereux que 
de fonder des parallélismes chronologiques sur des similitudes techniques de cet 
ordre, qui peuvent impliquer des éléments terriblement illusoires. 

3. La rencontre est singulière. La superposition des plans fait voir que l'aqueduc 
aiusi trouvé est bien dans la direction et le prolongement du canal II, mais a 
3o mètres seulement du point de départ dans la caverne de la source; or, ce canal 11 
a été exploré sur 72 mètres, à partir de l'amorce, et de la relation afférente, dont nous 
citions, plus haut, un passage visant les grosses difficultés d'exécution que le travail 
avait rencontrées, il ne paraissait point ressortir que les mineurs avaient rencontré, à 
35 mètres de l'drigine, un débouché du coté de la montagne. Il y a là une contradic- 
tion ou une lacune dans les renseignement*. 



LA CITÉ DE DAVID 7 

On voit tout ce qu'un réseau minier laborieux, difficile, très 
développé mais exclusivement et fatalement linéaire, est cepen- 
dant arrivé à rencontrer du haut en bas de la colline : les murs de 
la crête, des nécropoles cananéennes et judéennes de très diverses 
époques, des édifices d'autres catégories. Que ne serait-il sorti à la 
lumière, si en place de ces dispendieuses et pénibles galeries, qui 
avancent et tournent sur elles-mêmes dans la faible étendue de ce 
pâté de décombres, un déblaiement pur et simple nous avait livré 
— 80 mètres en largeur et 100 mètres de la source à la crête — 
Taire intégrale de cet hectare de rocher antique ' ? Que de tombes de 
toute époque, que de vestiges précieux, outre les murs de fortifica- 
tion de la Cité dans la continuité de leurs lignes! On ne saurait 
trop vivement déplorer tout ce que la science a perdu, eu ne 
l'acquérant pas, du fait d'un système dont on dirait que, visant au 
mystère, il s'efforçait d'être aussi difficile et aussi peu rémunéra- 
teur que possible 2 . 

IL Ce qu'on possédait, en 1913, de la Cité de David. 

Une fois acquis les résultats des travaux de Parker, à partir de 
4912, ce que l'on connaissait de la vieille acropole et de ses abords 
immédiats n'était point négligeable en somme, bien que compor- 
tant des faits locaux en grand nombre, disséminés, semés sur le 
terrain en constellations plus ou moins denses mais le plus souvent 
sans liaison entre eux, plutôt que de véritables et cohérents 
ensembles. De manière suivie et relativement complète, on ne 
tenait que les ouvrages aménagés pour l'utilisation des eaux de la 
source, et l'on connaissait l'histoire de leur développement depuis 
les temps les plus anciens de la place. En outre de cela, l'enceinte, 
reconnue sur quelques points, était partout ailleurs induite, iesti- 

1. L'exploration souterraine par cheminements en galerie serai L seulement justifiée 
dans le cas de remblais d'une hauteur très considérable, atteignant lo mètres ou 
davantage, comme il a lieu, par exemple, dans le Tyropœon moyen, à hauteur de 
l'Ophel et des terrasses avancées du Haram. Mais, du haut en bas du versant attaqué 
par Parker, rien de semblable; au puits P2, non loin de la source, 3 mètres de 
décombres sur le rocher; plus haut, au puits PI, 8 mètres, hauteur très normale, 
comme nous le verrons, d'un bout à l'autre de cette cote. Au dessus du mur de crête, 
seulement, dans la caverne P5, les vieux sondages de Guthe montrent que la niasse 
des déblais est épaisse d'au moins 13 mètres ; mais cette cuvette dans h; roc est 
toute locale. 

±. 11 va de soi que ce regret et ce reproche ne touchent Vincent en aucune manière. 
Vincent était accueilli sur le chantier, où il assumait les lourdes besognes des relevés 
de tout genre et ele l'archéologie ; mais il n'avait point part à la direction des travaux. 



80 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

tuée d'après les nécessités des conditions topographiques ; et 
d'autre part, sur la plate-forme et aux flancs de la côte, on avait 
quelques aires très restreintes de fouilles ou de sondages. 

LES ORGANISATIONS HYDRAULIQUES. 

Outre Y époque primitive de la source, dont le dispositif était 
reconnaissante, il se différenciait dans les travaux trois stades 
distincts, dont les ouvrages n'étaient point tous également bien 
connus : 

L'époque de Y acropole cananéenne développée, avec la commu- 
nication souterraine de puisage et le canal d'écoulement direct à la 
vallée. Ce dernier, i des plans, seulement connu sur 54 mètres à 
partir de son amorce (Schick et Masterman). La communication 
en tunnel descendant et en puits, très bien connue et relevée 
(surtout Parker- Vincent, 1911), mais seulement à partir de son 
passage au tiers supérieur de la côte; la section supérieure incon- 
nue encore. 

L'époque judéenne ancienne (ix e siècle?), qui est celle du canal 
surélevé à flanc de côte, n des plans, conduisant les eaux dans 
l'ancien réservoir du bas de Tyropœon (le Birket el Hamra), et 
intimement lié à l'extension de l'enceinte pour embrasser ce fond 
de vallée. Canal exploré par Scliick sur 70 mètres environ, à 
21)0 mètres au-dessous de la source, et à partir de son amorce 
à la source môme, sur 72 mètres, par Parker-Vincent. Le 
reste du parcours inconnu; le débouché dans le Birket el Hamra 
indubitable, mais seulement en raison des conditions des 
choses. 

L'époque royale ultérieure, où le précédent système est remplacé 
par le grand tunnel-aqueduc dEzéchias, à cote profonde, amenant 
les eaux, au Tyropœon, dans un bassin contigu à l'ancien réser- 
voir mais beaucoup plus enfoncé. Ouvrage parfaitement connu et 
relevé, surtout depuis Parker-Vincent. 

Restent à découvrir et à explorer, en conséquence: 

L'amorce à la plate-forme et la section supérieure de la commu- 
nication couverte de l'époque cananéenne; 

Le prolongement du canal I (cananéen) vers le fond de la vallée, 
au-delà du point atteint par Masterman ; 

Le canal II (judéen ancien), de manière à relier entre elles les 
sections déjà connues, et à établir la continuité du cheminement 
entre la source et le vieux réservoir du Tyropœon. 



LÀ CITÉ DE DAVID 81 



LES MURS D ENCEINTE. 



Deviné par Bliss à la poinle méridionale, jadis poursuivi parles 
sondages de Gutlie, le mur qui court du haut en bas de la Cité de 
David semble n'avoir jamais été pris en considération, et cherché, 
que comme une section delà ligne générale de l'enceinte sur le 
Cédron, non pour éclaircir ce qui touche la vieille acropole même. 
La configuration de cette place n'intéressait pas ; on n'essayait de 
se représenter et de situer, ni la proue si remarquable sur les 
rochers qui dominent le débouché du Tyropœon, ni la courtine 
qui fermait la place au nord, entre Tyropœon et Cédron. Il était 
clair, toutefois (voir surtout Vincent), que l'acropole était assise 
sur l'étroite échine entre les deux vallées; mais on considérait 
toutes choses comme si cette plate-forme allongée du nord au sud 
avait eu un seul flanc, celui qui regardait la vallée orientale. De ce 
côté même, d'ailleurs, les sondages de Guthe montrent quelque 
inintelligence topographique, se tenant, pour la plupart, trop à 
l'intérieur de la ligne du haut des pentes, où forcément est assise 
la muraille. 

Après 1911, toutefois, il était possible de suivre le tracé d'une 
escarpe assez hien jalonnée, le long de la crête du Cédron, sur un 
développement d'une centaine de mètres à partir de l'angle nord- 
est de la Cité tel que nos plans le représentent. Suivons cette ligne 
du nord au sud, en gardant sous les yeux notre plan au { {m : 

G 7 de Guthe, substruction profonde marquant l'amorce de la 
face nord, transversale entre les vallées. — Restituer, par la pen- 
sée, le saillant nord-est, et le retour de l'escarpe au sud suivant un 
tracé très voisin du chemin de crête actuel. — P 3 de Parker, subs- 
truction profonde, deux murs parallèles dont l'extérieur est à 
l'aplomb du chemin moderne ; en avant, la poterne P 4, tour en 
saillie ou avant-mur? — Immédiatement au sud de P 3, en v 1, 
maçonnerie antique en blocs appareillés, faisant soutènement sous 
le chemin 1 : en rapport structural avec le mur sous-jacent relevé 
par Parker? Ce mur antique rentre ensuite dans la masse de la 
chaussée, où l'on suit en diagonale, en v 2, la trace de son pare- 
ment ; il disparait sous les remblais en contre-haut du chemin a 
l'ouest. — Sous le chemin même, l'une des maçonneries G 4 de 
Guthe; il semble qu'à cette place, la « maison de Parker » a fait 

1. !Nous anticipons quelque peu, ici, en faisant état de nos observations person- 
nelles sur les sections où des maçonneries d'escarpe sont a découvert le long de 
la crête. 

T. LXIX. n ii > 137- US. Q 



8? REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

disparaître une importante section de la haute terrasse en blocs de 
pierre qui portait le chemin comme suspendu. Immédiatement au 
Mid de la maison, en v 3, ce qui subsiste de cette remarquable 
corniche 1 . 

On note la curieuse fidélité avec laquelle le chemin moderne suit 
la muraille et pour ainsi dire la couronne. Ce sentier ne se serait il 
point fixé de lui-même sur l'affleurement des maçonneries, à une 
époque où elles étaient moins détruites et moins submergées que 
dans les conditions actuelles? On serait porté à le croire, car à 70 
mètres au sud de la « maison de Parker », en v 4, réapparaît 
l'escarpe, en mur de soutènement sous le chemin comme dans la 
section du nord; et à peu de distance de là vers le sud, voici la 
section Clermont-G anneau, (C G du plan), où le mur a été observé 
dans une situation semblable 2 . Plus rien, au delà, sur 150 mètres, 
jusqu'à ce qu'on rencontre, isolé, le sondage méridional de Guthe, 
à proximité de la pointe de la colline (G du plan). 

Notons enfin que sur le flanc du Tyropœon, à la partie inférieure 
de la vallée, moins encombrée par les déblais qu'il n'a lieu plus au 
nord, l'escarpe antique émerge encore et peut être observée en 
quelques places (v-v du plan). 

En somme, point de ligne continûment suivie jamais, point de 
fouille de dégagement ; outre les affleurements accidentels, rien 
que des sondages locaux et les tracés par restitution qui en résul- 
tent. Sur les neuf dixièmes de la périphérie, d'ailleurs, tous son- 
dages manquent, et l'on est réduit aux seules ressources de l'induc- 
tion topographique. 

Dans l'état de ces renseignements, et en fin de compte, on pos- 
sède très peu de chose des murs d'enceinte de l'acropole. On 
saisit les conditions générales de leur passage ; mais dans le détail, 
le tracé des murs et l'agencement de leurs combinaisons en pro- 
fondeur restent inconnus de manière complète. 

LA PLATE-FORME HAUTE ET LES FLANCS DE l'aCROPOLK. 

La plate-forme est presque entièrement inexplorée. Quelques 
fouilles de Bliss en 1897, sur la pointe méridionale au dessus des 
réservoirs ; la plus importante a consisté dans le déblaiement 

1. Intéressante photographie de la place chez Vincent, Jérusalem sous Terre, 
phot. n° 3. 

2. Aujourd'hui à une quinzaine de mètres à l'est du chemin, ce dernier ayant été 
déplacé vers 1912. Nous aurons à revenir sur ce détail ultérieurement. 



LA CITÉ DE DAVUO. 83 

d'une aire de 30 mètres sur 15, dans la situation indiquée en B du 
plan au j-<m' ^ l' aLltre extrémité de l'acropole, en 1910, une gale- 
rie de Parker, à grande profondeur, pénètre dans la caverne P 5, 
sorte d'échancrure dans le saillant des tables supérieures de la 
côte, qui abritait un très intéressant cimetière de la haute époque 
cananéenne, et plus tard, selon toute apparence, avait été mise de 
niveau avec le plateau en arrière, par comblement, pour consti- 
tuer le saillant nord-est de l'acropole. On voit que primitivement 
cette caverne à flanc de côte, malgré sa situation dominante, 
tenait encore avec le système des gradins qui se superposent de 
bas en baut de la colline, et l'on se rappelle que les galeries de 
Parker ont rencontré, sur le versant, plusieurs étages de tombes 
judéennes diversement datées. Tout cet ensemble de découvertes 
est de grande importance parce qu'il laisse entrevoir les trésors 
d'arcbéologïe de toute époque, judéenne et cananéenne, que 
recèlent les flancs de la vieille forteresse, et qui dorment intacts 
sous le manteau des décombres déversés depuis le temps des plus 



lointaines origines. 



Note additionnelle : la nécropole davidique et ses localisations 
illusoires. 

Il ressort de ce qui précède que la nécropole royale, à retrouver 
sur la plate-forme, n'a jamais été ni cherchée, ni même, sauf par 
Clermont-Ganneau, prise sérieusement en considération quant à 
sa place. Mais la Cité. de David tout entière n'était-elle pas comme 
périmée, oubliée des explorateurs du flanc oriental de la ville 
antique? — Par ailleurs, le problème des lombes davidiques était 
souvent traité de manière étrangement superficielle et malheu- 
reuse, hors de toute liaison avec les données d'une topographie 
archéologique positive. 

On connaît ce « tombeau de David » traditionnel auquel plusieurs 
modernes se tiennent encore, le Nebi Daoud, que respectent et 
conservent les musulmans au sommet du « mont Sion » du sud- 
ouest de la ville, dans la boucle du ouadi Rababi : nous avons dit 
un mot, précédemment, de cette localisation de Sion et du système 
toponymique, sorti de là, qui s'est imposé à la grande colline '. 
Les origines du malentendu remontent extrêmement haut dans 
l'histoire ; consacré par les âges, le Nebi Daoud de la colline du 
Cénacle est aussi bien qu'indestructible, cristallisé en cette forme 

1. Voir ci-^avant, chap. I, § i. 



8V Revue ues études juives 

du lieu sacre traditionnel contre laquelle toute l'action scienti- 
fique est impuissante. La spontanéité de cette élaboration est son 
excuse. Mais que penser de ces autres « tombeaux des rois de 
Juda » qu'on présente au visiteur dans une direction toute diffé- 
rente, au nord de la ville? Le monument, comme on sait, est une 
vaste catacombe du i" r siècle ap. J.-C, et vraisemblablement le 
tombeau de la reine Hélène d'Adiabène. Que ce superbe hypogée, 
ayant retenu l'attention de M. de Saulcy, soit devenu la propriété 
de l'Etat français par l'effet d'une heureuse munificence particu- 
lière, cela ne comporterait rien de regrettable, si une inscription 
monumentale, apposée au fronton de la cour d'entrée, ne marquait 
explicitement la nécropole comme étant celle des rois judéens *. 
Celte inscription rappelle et pour ainsi dire conserve une erreur 
très grosse et d'une fâcheuse évidence ; sans doute y aurait-il lieu 
de la rendre inoffensive et de lui ôter son caractère trop extrême- 
ment paradoxal en l'expliquant, comme on ferait d'un autre docu- 
ment de date ancienne, par l'adjonction épigraphique des indica- 
tions et rectifications nécessaires. 

Anciennes ou modernes, et si singulièrement étrangères aux 
points de vue de la recherche scientifique, ces localisations illu- 
soires sont les seules qui aient été tentées pour la nécropole 
royale. 

RÉSUMÉ GÉNÉRAL DE LA SITUATION ARCHÉOLOGIQUE EN 1913. 

I. Les organisations hydrauliques, relativement bien connues, 
demandent encore des investigations laborieuses, mais dont on 
peut formuler un programme en termes précis, comme il est fait 
plus haut. 

II. La fortification, seulement connue par des sondages isolés 
et peu instructifs, et, quelque peu hypotliétiquement, quant au tracé 
général de l'escarpe haute. Exploration entièrement à faire, du 
haut en bas des pentes périphériques ; corrélative des travaux 
définis au n° IV ci-après. 

III. La plate-forme supérieure inconnue à très peu de chose 
près ; exploration entièrement à faire. La nécropole davidique 
jamais cherchée. 

IV. Les escarpements périphériques seulement reconnus en un 
point, et fort incomplètement, par les cheminements souterrains 

1. Voir Glermont-Ganneau, loc. cit. dans G. li.de l'Acad. des Inscr., 1887, p. 3SG-3S7. 



LA CITÉ' DE DAVID 85 

de Parker, qui ont révélé quantité de groupes funéraires et de 
constructions de tous âges. A explorer complètement, ce travail ue 
faisant qu'un avec celui défini au précédent n° IL 

Tel était l'état de nos connaissances touchant la Cité de David 
et la marge étroite de ses pentes, telles étaient les très grandes 
lacunes, les vastes surfaces entièrement «blanches » qu'on y rele- 
vait, les possibilités, les nécessités et les indications de travaux 
qu'on y pouvait prendre en note, à l'époque où s'organisaient les 
fouilles que nous devions entreprendre en 1913. Comme il ressor- 
tira de l'exposé qu'on va lire, le terrain dont nous disposions et le 
plan de travail arrêté étaient tels, que dès l'abord il était certain 
que nous aurions à déblayer intégralement une portion de la plate- 
forme, du côté de la crête orientale, et la section contiguë du flanc 
de la colline. Cela fut accompli effectivement. On va voir comment 
se sont dégages les résultats du travail, tant sur la plate-forme 
intérieure, où de grands tombeaux et d'autres monuments impor- 
tants furent découverts, qu'à la crête et du haut en bas des pentes, 
concernant les aqueducs, le système de fortification, les tombeaux 
conservés aux anfractuosités de la roche, et tous autres vestiges de 
toute époque. 

(.1 suivre.) 

R. Wetll. 



LEGENDES BIBLIQUES 

ATTRIBUÉES A KA'B EL-AHBAR 



l'original arabe de l'histoire d'abrauam (tmaa tnvyn). 

Dans son recueil de petits midraschim, A. Jellinek (Bet lia Mid- 
ras'ch, t. I, pp. 2o-34) réédite une Histoire d'Abraham* tirée du 
Schébet Moussar, publié en 1718, à Constantinople, par Elia 
Hacoben et qui a dû jouir d'une certaine popularité parmi les Juifs 
d'Orient, puisque, comme nous le venons plus loin, elle a été 
traduite en arabe vers la fin du xvn e siècle. 

Ce qui caractérise cette Histoire d'Abraham, c'est d'abord 
qu'elle est la plus détaillée de toutes celles que nous connaissons, 

1. Il existe d'autres narrations de la légende d'Abraham formant un groupe à part : 
1) DrH2N ÏTCÎTMj reproduit, d'après le commentaire sur le Pentateuque de Bah y a 
b. Ascher. par Jellinek (B . //., II, p. 118-119), qui suppose que ce texte est un extrait 
du midrascli Bereschit Rabbati de Moïse Hadarschan. Selon nous, c'est certainement 
une des formes les plus anciennes de la légende d'Abraham, celle qu'aurait suivie le 
Sèfer Hayaschar, dont le récit est le môme, sauf pour quelques développements com- 
plémentaires tirés d'autres sources. — 2) n"y l^nN DmDN Tl'OyJZ publiée par 
Ch.-M. Horowitz dans D^jEp D"»125m73 Taip, p. 43-46, d'après l'édition de Cons- 
tantinople, 1519 ; contrairement à ce que prétend Horowitz, ce texte, de même que 
le Sèfer Hayaschar, n'est qu'une amplification du précédent, qu'il suit textuellement 
et qu'il complète en utilisant le Midrasch des dix commandements, 2° corn. [B. H., I, 
p. 70). — 3) I^DN Dmntn lZ?m73 [B. H., V, p. 40-41 d'après le dis. Halberstam), 
tiré des Guematriaot des disciples de Juda Hasid (xm e siècle); ce texte a utilisé des 
sources différentes (Talmud, Gen. R., Pseudo-Jonathan, etc.). — 4) Le ms. de la bibl. 
Bodléïenne 2797, fol. 28 (Yerahmiel ?h — 5) TnJ32n Dm3K rVB&"û, ibicl., 2862, 
47 b., (fui, selon le témoignage de Cowley, Catalogue of the Hebrew Manuscripts, 
vol. II. diffère des n ' 1 et 4. — 6) Le ms. de Tischeudorf N2T2N DTPDN "nxp 
0"tf? en dialecte vulgaire de l'Egypte et qui est probablement la traduction du 
n* 4 ou du n° S» 



' LÉGENDES BIBLIQUES 87 

ce qui l'a fait considérer à tort par Ch.-M. Horovitz {Sammhmg 
kleiner Midraschim, t. I, p. 40) comme étant la plus récente. 
Elle renferme, en outre, de nombreux éléments qui trahissent 
une source arabe évidente. Mais, si les récits d'Abraham contenus 
dans le Sèfer Hayaschar, la Chronique de Yerahmiel, les Pirkê 
Rabbi Eliézer et le Tanna debé Elyahou ne sont pas dépourvus, 
à leur tour, d'éléments que nous retrouvons chez des auteurs 
arabes, celui qui nous occupe n'est pas seulement influencé par la 
littérature orientale, il offre plus d'une analogie de fond et de 
forme avec les récits correspondants des auteurs arabes (ïabari, 
Thalabi,Kisaï). Jellinek,qui s'en était aperçu le premier, n'avait pas 
hésité à se prononcer pour une traduction délayée de l'arabe, en 
se basant sur la forme et le contenu du récit et en soulignant l'ex- 
pression de Tarn n»N et les termes de ^irbnp et de ipiaNna. Cepen- 
dant ces deux derniers mots ne sont nullement arabes et révèlent 
plutôt une origine espagnole (cf. Griinbaum, Nene Beitràge zur 
semitischen Sagenkunde, pp. 128-129). Quant à l'expression de 
•TO3Ï1 "to« ', elle peut avoir été acclimatée dans la littérature 
hébraïque dès le xin 8 siècle grâce à Harizi. Il faudrait donc 
supposer pour auteur de notre récit un juif espagnol qui aurait 
puisé largement dans les narrateurs arabes. 

Mais alors, que signifient ces passages franchement musulmans 
qui reproduisent jusqu'aux versets du Coran, comme celui-ci, par 
exemple (B. H., I, p. 34, 1. 23) : vbtt t-no naïun inro 'n maroi 
ûma« "na* by mbun mp (1. rrn) arnn mb ^tn a^ma = 
Sur., xxi, v. 69 : tourna** ^b* "a^Nboi "tma ^ia nso to &»bp ; 
Tépithète de ^Dtan « le mécréant », donnée à Nemrod, au lieu de 
yvin, ordinairement employée par les auteurs juifs, comme le 
fait remarquer Griinbaum (/. c, p. 130), est l'équivalent de 
nstoba ; il en est de même de l'expression ca^Dian \n ï-ina, 
qui est une imitation du Coran. L'expression nbsnn na w «b 
D'nnKb Nbi ittsyb «b — Sur., xxi, v. 07 : "tw taa^D^ ab un 
fcas-ûF î^bi. Notre auteur ne se doutait guère de l'origine de 
ces expressions ; car, autrement, il se serait fait scrupule de les 
employer, ou, tout au moins, il aurait cherché à les remplacer par 
des expressions similaires tirées de la Bible, ainsi qu'il ne manque 
pas de le faire chaque fois que l'occasion se présente d'en émailler 
son récit. En tout cas, un emprunt aussi évident fait à la tradition 
musulmane ne pourrait se concevoir à la rigueur de la part d'un 
juif que si ce dernier avait une raison plausible pour le faire. 

1. = "nfinbfc bfcp « le conteur dit »> 



88 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Quelle est cette raison? 

Avant de l'établir, reprenons la question de l'origine de cette 
composition. S'agit-il, en effet, d'une version hébraïque augmen- 
ta et enjolivée, ou bien d'un écrit composé en hébreu où l'au- 
teur, comme celui du Sèfer llayaschar, aurait fait amplement 
usage des données de la légende arabe ? 

Pour nous aider à résoudre le problème, M. Israël Lévi nous 
avait signalé deux textes judéo-arabes de X Histoire d'Abraham, 
provenant de la Gueniza du Caire et appartenant à la Bibliothèque 
consisloriale de Paris. L'un, VII e , c. 2, se compose d'un feuillet 
détaché d'une légende d'Abraham et porte le titre de mmp 
n'y ir3x Dmaa. Ce texte, écrit en dialecte vulgaire de l'Egypte, 
doit remonter au xvir siècle, à en juger par l'écriture et le papier. 
Il offre une grande ressemblance de dialecte et d'orthographe 
avec les mss. de Tischendorf rapportés du Caire et dont Jellinek 
avait donné des extraits (/>. f/., t. Il, p. xxxin). Il doit, en consé- 
quence, faire partie du même recueil de légendes bibliques tra- 
duites de l'hébreu à une époque relativement récente. Un court 
examen nous a suffi pour établir que ce ras. n'est autre chose 
qu'un fragment d'une traduction presque littérale qui va jusqu'à 
reproduire les fautes et les inintelligences du texte hébreu. 
Parfois le traducteur comprend mal le texte hébreu, parce qu'il 
n'agence pas convenablement les mots, et alors il est facile de le 
prendre en flagrant délit de traduction directe et servile, comme 
dans ce cas : le texte hébreu porte (B. 77., I, p. 30) b^-> pra ba 
naicn n:p7n ^bi ûnan» û^"ina<b, où il est évident que ^bi est un 
pronom complément direct du verbe b"^ ; mais le traducteur lit 
mal et prend "jbT pour un impératif, qu'il rend par wt» (va-t'en, 
vieille folle). Le Twan -i»n est traduit par T»a»b» b«p ; = mairnai 
n»a«rn5Ni pNioabN ^d D"«p"naa. 

Ces exemples suffisent pour établir la dépendance du ras. en 
question du texte hébreu de l' Histoire d'Abraham; d'autres rap- 
prochements donnés plus loin convaincront le lecteur. Un pre- 
mier point est ainsi acquis. Au xvn e siècle, le ornas* nvyn est 
suffisamment connu et apprécié du public juif pour jouir du privi- 
lège d'une traduction en arabe vulgaire au même titre que les 
autres petits midraschim du même genre. 

Le deuxième manuscrit, VII, cl, d'une large écriture rabbinique, 
n'est pas postérieur au xn e siècle. Il comprend quatre feuillets 
détachés ayant formé un cahier à l'origine et mesurant 13x18 cm. 
Le commencement du cahier ainsi que la fin manquent; de plus, 



LÉGENDES BIBLIQUES 80 

entre le premier et le deuxième feuillets, il y a une lacune impor- 
tante. Fort heureusement, cette lacune se trouve en partie comblée, 
grâce à un nouveau feuillet du même cahier que nous avons dé- 
couvert parmi les fragments actuellement au Caire et qui fait 
immédiatement suite au premier feuillet. Ce qui porte le nombre 
total des feuillets à cinq. Les deux premiers contiennent le récit 
de l'expédition de Nemrod contre Abraham, tel que nous le trou- 
vons dans le nmaa îtdj», reproduit presque textuellement. Le 
troisième feuillet commence le récit au moment où Abraham est 
sur le point d'être jeté dans le feu. Sa mère vient l'embrasser et 
engage avec lui un dialogue. Le tout est assez semblable au récit 
des auteurs arabes, avec une note spéciale pourtant qui accuse 
une empreinte midraschique et que nous relrouvons également 
dans le texte hébreu de Y Histoire d'Abraham. Enfin, le ms. se 
termine par la légende de Nemrod s'élevant dans les airs pour 
braver le Dieu d'Abraham dans sa propre demeure. Remarquons 
tout de suite que ce dernier trait ne se trouve pas dans le stc^îc 
ûîmaa, lequel s'arrête avant. Ainsi donc, à première vue, l'analogie 
entre ces deux histoires d'Abraham est frappante. Un examen plus 
attentif nous fixera définitivement sur le rapport étroit de ces deux 
textes. Dans l'un et l'autre, le récit est parallèle, identique jusque 
dans les termes employés, les phrases se couvrant parfaitement, 
sauf que l'hébreu est parfois plus libre et plus délayé. Par contre, 
le texte arabe offre un plus grand nombre de formules coraniques 
et des développements dans le goût des narrateurs musulmans, 
que le texte hébreu néglige de reproduire, et pour cause. Ce- 
pendant nous avons été frappés par la présence dans le rua*» 
orra» de traces de versets du Coran ; allons-nous retrouver ces 
mêmes expressions dans le texte arabe? Effectivement. Ainsi le 
passage cité plus haut est rendu par la phrase suivante yb^^s 
'-na ■nnyb ûaboi "i-d ira naabb bwspi nn^a ib* ?;n t* rtbba, où 
nous voyons réapparaître le verset original du Coran. Pour la 
première partie de la phrase, l'on voit que l'auteur hébreu rend 
fidèlement le texte arabe ; c'est à peine s'il ajoute les mots 
tTErm vbtt rjiD, luxe qui sert à rendre le récit plus pathétique. 
Nous pourrions multiplier ces exemples ; le lecteur les trouvera 
plus loin dans le rapprochement que nous faisons des deux 
textes. Quand on met, en effet, ces textes en regard l'un de 
l'autre, non seulement le doute ne paraît plus possible sur leur 
dépendance réciproque; mais il devient aussi évident que c'est 
le texte arabe qui a servi au moins de base à la paraphrase 



90 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

hébraïque du dmas ma*». Souvent la traduction est littérale, 
ainsi : 

rpba i«3i ibapfl 'os» '-la» pri&n N^bs — ■pb» -indu: n:naN ûtna» mariai 

«aabwx «in Ka nb bsp = nain hhn rrai ^«bnn "ib -i^n 

ibabN ann i?a &«a bn-i« aip nb b$*p = ht mabs?: ttabai n*oa ib i-ieni 

ST7{t3a«n msua* ^a pssi = v*ia* mia bab my« fria 

mais s'il fallait un exemple absolument probant de ce que nous 
avançons, nous le trouverions dans la répétition fréquente de la 
formule du credo musulman, que le texte hébreu rend par ain 'n 
*3ta "pan ini* trpbarr. Le traducteur hébreu se laisse môme entraî- 
ner à deux reprises jusqu'à reproduire inconsciemment la for- 
mule complète du texte arabe et à désigner Abraham comme pro- 
phète de Dieu, idée qui n'est particulière qu'à Mahomet (cf. Cor., 
xix, 42). C'est ainsi que (B. H., p. 26, 27) Abraham fait ses ablu- 
tions avant de recevoir l'ange Gabriel et accompagne sa prière de 
force génuflexions, tout comme un vrai musulman, m"i25iib bbcnm 
rrnnmam nrnaa f . Comme on le voit, il lui arrive de donner dans 
le panneau par mégarde; car, généralement, quand il n'a pas 
d'expressions bibliques équivalentes sous la main, il évite de 
reproduire les développements par trop hétérogènes et qui effecti- 
vement se trouvent être des citations coraniques. Peut-être aussi 
son texte était-il plus sobre; on sait, en effet, que les différents 
mss. d'un même texte arabe concordent rarement d'un bout à 
l'autre, le copiste ne se faisant jamais faute d'embellir son texte ,à 
l'aide de surcharges de toute provenance. Cependant l'auteur 
du an-ON m»*tt garde parfois une certaine liberté d'allure ; il. 
fait du style et vise à l'effet ; aussi bien lui arrive-t-il de dévier 
légèrement, séduit par la phrase biblique qui s'offre toute seule. 

Mais d'où vient qu'il se montre si peu méfiant à l'égard d'un 
texte qui présente cependant tant d'éléments musulmans? D'où 
vient qu'il ne se fait pas scrupule d'accueillir un récit qui porte 
jusqu'à l'évidence l'empreinte de l'Islam ? La forme attrayante de 
cette Histoire d'Abraham et l'abondance de détails nouveaux de 
nature à charmer l'imagination populaire ne sont pas des raisons 
suffisantes pour expliquer cet emprunt direct à la légende arabe. 
Il en est une autre, très plausible, celle-là. C'est que l'auteur du 
ûïTON iwya croyait tout bonnement avoir affaire à une légende 
d'origine juive. Et il était si bien fondé à le croire, que, comme 

\. C'est ainsi que l'intervention fréquente de l'ange Gabriel auprès d'Abraham s'ex- 
plique par le rôle que joue cet ange auprès de Mahomet» 



LÉGENDES BIBLIQUES Ôi 

nous pouvons le voir, l'original arabe lui-môme était considéré 
comme tel au xir» siècle et transcrit en caractères hébraïques à 
l'usage des Juifs. Le scribe qui avait procédé à cette transcription, 
ne doutant pas que ce fût là un bien juif, n'hésita pas à le repren- 
dre. Les parties qui forment cette légende n'étaient-elles pas attri- 
buées à Ka'b el-Ahbar, docteur juif du temps de Mahomet? Ce 
docteur, considéré à juste titre comme un des pères de la tradition 
musulmane, se convertit, à la vérité, à l'Islam ; mais les Juifs du 
xii e siècle n'étaient qu'à moilié convaincus de cette conversion, qui 
pouvait avoir été forcée et apparente '. En tout cas, il est hors de 
doute que c'est le nom de Ka'b el-Ahbar qui servit de garantie au 
scribe accueillant le récit arabe sans prendre garde qu'il renfer- 
mait trop d'éléments musulmans, n'ayant rien de commun avec ta 
croyance juive; car, dans son zèle scrupuleux, il ne manque pas 
de tout transcrire jusqu'aux versets du Coran, le nom d'Iblis et 
le credo musulman. Mais ce qui pourrait lui servir d'excuse, en 
quelque sorte, c'est qu'au fond, ce récit, de môme que toutes les 
autres traditions attribuées à Ka'b el-Ahbar dans la littérature 
arabe, se trouve être basé sur la légende juive que l'imagination 
féconde de l'auteur embellit seulement et transforme légèrement 
pour raccommoder au goût de ses auditeurs musulmans. 

Quoi d'étonnant après cela si l'auteur de YHistoire d'Abraham, 
ne doutant pas que ce fût là un texte juif, l'ait traduite aussi fidèle- 
ment que possible après l'avoir élaguée par endroits, et que, 
grâce à sa forme hébraïque, ce récit ait pu faire excellente figure 
dans la littérature midraschique et s'y acclimater définitivement ! 

Cependant, ici, le nom de Ka'b el-Ahbar ne figure plus et est 
remplacé, peut-être intentionnellement, par l'expression anonyme 
de Tittïl ien. 

Quant aux termes de ^irVip et Tpiaanta, il suffirait d'admettre que 
l'auteur de cette traduction, un juif espagnol, n'ayant pas trouvé 

1. A cet égard, un document curieux de la même époque et de même provenance, 
qui se trouve entre les mains de M. Elkan N. Adler, de Londres, ne laisse aucun doute 
sur leur conviction intime. D'après ce fragment intitulé Histoire des Compagnons de 
Mahomet, appendice du Livre de la Chronique, un certain nombre de docteurs 
juifs, parmi lesquels Absalon, surnommé Abd es-Salam, et Abrabam, appelé Ka'b el- 
Abbar, se rendirent auprès de Mabomet et se convertirent à l'Islam afin d'éviter des 
malheurs aux Juifs (t\3 b»TUi 3"^ tà n b rT»!" 1 W IttbOfcn mbs* 1JO). Ils 
l'aidèrent à composer le Coran et fixèrent chacun son nom dans une Soura 
(rmO ^D irttO 55 Dïl&WSDH "îarûï }finp Mb "ibjgjl). Pour se venger, ils lui 
jouèrent le tour de dissimuler dans l'une des sourat une phrase révélant la trace de 
leur collaboration : yQ^rt Dbflb baniD" 1 ^ESTl 13&:n *p « Voilà le conseil donné 
par les docteurs juifs à l'homme puissant (?) et méchant », 



02 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

d'équivalent hébreu à deux termes techniques arabes', n'hésita 
pas à les emprunter à la langue qu'il parlait. Mais nous inclinons 
plutôt à croire que l'auteur se servit d'une version aljamiada, ou 
dialecte espagnol parlé par les Maures et qui gardai I souvent 
la syntaxe arabe, ce qui expliquera à la fois la présence de mots 
espagnols et la grande ressemblance entre le texte hébreu et le 
texte arabe, dont une traduction en aljamiada a dû certainement 
exister 2 . 

Ainsi plus de doute sur l'origine de Y Histoire d'Abraham; nous 
venons d'établir sa dépendance directe de la tradition arabe. Ce 
phénomène est assez important et mérite de retenir notre at- 
tention, car, grâce à lui, nous nous expliquons mieux l'ori- 
gine de certaines infiltrations de la légende musulmane dans la 
littérature midraschique postérieure des Juifs. Le nbTaan nuî^^, ou 
l'histoire du tapis magique de Salomon, que nous examinerons 
dans un chapitre à part, est une autre preuve de la même 
filiation. Qui sait, en effet, si des chroniques comme le Se fer 
Hayaschar et Yerahmiel, des écrits midraschiques comme les 
Pirfcé R. Éliézer, ne se sont pas servis de textes intermédiaires 
dans le genre du récit de Ka'b el-Àhbar transcrits en caractères 
hébraïques et accueillis sans méfiance par les Juifs avec d'au- 
tant plus d'empressement qu'ils renfermaient plus d'un élément 
provenant directement d'une source juive? Ka'b el-Ahbar, Wahb 
ibn Munebbih, Abdallah b. Salam, Jamin b. Jamin et tant d'autres 
Juifs convertis avaient largement puisé au fonds agadique juif 
pour en enrichir la tradition musulmane. A son tour, cette 
dernière fut mise à contribution par les auteurs juifs depuis 
le x e siècle; et, chose curieuse, c'est par l'intermédiaire de ces 
mêmes Juifs convertis, qui avaient d'abord emprunté à l'agada 
juive, que les éléments prêtés firent retour au judaïsme sous 
une forme moins pure, parfois pittoresque, toujours abondante 
et prodigue de choses musulmanes qui n'avaient pas manqué 

i. npiaanb = p^aon « catapulte ». 

2. Cf. Leyenda de Abraham, ms. de la Bibliothèque de Madrid DLXXIX, qu'il 
serait bon de collationner avec notre texte. Il en est de même pour l'histoire de Joseph, 
dont il existe en même temps un texte arabe et une version aljamiada, tous les deux 
attribués à Ka'b el-Ahbar. îrbnSn Ï1tti3>?3 {B . IL, V, p. '22-26) est, de même, une 
traduction hébraïque faite sur un texte aljamiada dont nous possédons l'original arabe 
attribué à Ka'b, ce qui fait qu'elle présente la même anomalie de deux syntaxes 
différentes, l'espagnole et l'arabe, particularité qui ne s'explique que par l'aljamiada, 
La légende de « la fille aux mains coupées », qu'un ms. arabe attribue à Ka'b el-Ahbar, 
est également attribuée au mcmejpersonnage dans un texte aljamiada. 



LÉGENDES BIBLIQUES 93 

de se glisser dans la traduction hébraïque. Si donc, d'une 
part, grâce au fragment de l'original arabe de Y Histoire 
d'Abraham publié plus loin, nous tenons le fil qui rattache 
la tradition arabe à la littérature midraschique tardive des Juifs, 
d'autre part, il devient particulièrement intéressant de relever 
dans la littérature arabe les traces de Ka'b el-Ahbar et de Wahb 
ibn Mounebbib, qui forment à eux deux le trait d'union entre 
la tradition juive et la tradition musulmane. Nous y gagnerons 
de pouvoir assister au premier développement du Hadith musul- 
man sous l'impulsion directe des renégats juifs et grâce à l'apport 
constant de l'agada, car la pensée juive, après avoir marqué de 
son empreinte le Livre des Livres de l'Islam ', a continué ainsi de 
féconder la tradition qui le suivit de près. Tous les renseignements 
d'origine biblique et midraschique recueillis de la bouche des 
docteurs juifs par les premiers traditionnistes musulmans en 
quête de données complémentaires sur les parties historiques du 
Coran prirent place dans le Hadith sous le nom d'Israylïat ou 
« choses d'Israël » et furent particulièrement prisés pendant la 
première période de la formation de l'Islam (v. Goldziher., Revue, 
t. XL1V, p. Go). 

Parmi les auteurs de ces Israylïat, Ka'b et Wahb occupent 
une place prépondérante, Ka'b surtout qui, le premier, donna 
le ton à cette tradition en influençant ses disciples les plus 
célèbres, comme Ibn Abbas et Ibn Ishak, et en ouvrant la voie 
à Wahb ibn Mounnebbih lui-même. Les chroniqueurs, les com- 
mentateurs du Coran et les auteurs musulmans des Histoires 
des Prophètes fourmillent de citations et de légendes attri- 
buées à ces deux personnages. Selon le témoignage d'un auteur 
arabe du xi e siècle, El Maqdisi 2 , il circulait de son temps, sous 
le nom de Ka'b et de Wahb, deux ouvrages qui jouissaient d'une 
grande autorité. M. Victor Chauvin {Recension éf/t/ptienne des 
Mille et une nuits, Bruxelles 1899, avait fait un premier essai de 
reconstitution du livre de Wahb et formulé le vœu qu'un travail 
simulaire fût entrepris pour Ka'b 3 . L'élude du fragment arabe de 
Y Histoire d'Abraham nous avait déjà mis sur la voie. Sur le 
conseil de M. Israël Lévi, nous avons donc entrepris, à noire tour, 
un travail de reconstitution du livre de Ka'b. 

1 . Cf. Geiger, Was liât Mohammed, etc. 

2. Cl. Hu.irt, Livre de la Création et de l'Histoire. 

3. Au sujet de Ka'b, v. M. Lidzbarski, De propheticis, quse dicuntur, legendis 
arabicis, Diss. Lipsiae, 1893, p. 31-40. Sur Wahb beu Monabbih, id., p. 44-54, et 
Cl. Huart, Journal asiatique, juillet-dée. 1904, p. 33J. 



94 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Nous commencerons par publier les textes manuscrits attribués 
à ce personnage et que nous avons pu réunir, pour passer en- 
suite aux: nombreuses citations que nous avons relevées sous 
son nom dans la Littérature arabe. 

Nul doute que le fragment de la Gueniza, qui remonte au 
xn e siècle, n'ait fait partie de l'ouvrage de Kah, alors fort 
répandu. La version hébraïque de la même légende, ainsi que 
nous l'avons démontré, nous a heureusement conservé le récit 
en entier tel qu'il a dû figurer dans YHistoire des Prophètes, 
de Ka'b. Nous allons en donner un court résumé, qui nous per- 
mettra d'en analyser les éléments à la fois musulmans et juifs 
dont elle est composée. (Les parties entre crochets correspondent 
au texte du ms. arabe II, le plus ancien, et celles qui sont mises 
entre parenthèses au ms. I, le plus récent, qui se trouve être 
une traduction tardive du texte hébreu. Nous avons placé les 
notes se rapportant à ces deux textes au bas de la traduction 
française.) 

Nemrod se fait passer pour un dieu'. — Astrologue 2 , il pré- 
voit la naissance d'un enfant destiné à combattre sa religion 
et à triompher de lui 3 . — Ses ministres lui conseillent d'enfer- 
mer dans une maison toutes les femmes enceintes 4 et de faire 
mourir tous les enfants mâles b . — Plus deTO.OOO 6 enfants mâles 
périssent ainsi. — Les anges, à la vue de ce massacre d'enfanls 
innocents, interviennent auprès de Dieu, qui leur promet de 
châtier Nemrod. — ïérah, croyant sa femme enceinte, l'inter- 
roge sur sa mine pâle et la grosseur de son ventre; celle-ci 
prétexte une maladie chronique du nom de "Oïbip. — Pour s'en 
assurer, Térah pose sa main sur le ventre de sa femme; mais, 

1. Par analogie avec la légende de Moïse; Pharaon se fait de même passer pour 
une divinité, cf. Tanhouma, Gen., sect. Waera. 

2. Cf. Yalkut, 182 : « Le Pharaon du temps de Moïse était un grand magicien »; 
et aussi Cor. xxviii, 38. 

3. Dans Bah y a et Sèf. Hayaschar, ce sont les devins qui avertissent Nemrod ; 
mêmes circonstances racoutées à propos de la naissance de Moïse par Josèphe 
(Antiquités, II, p. 205-216) et le Pseudo-Jonathan cités par Is. Lévi [Revue, LIX. p. S . 

4. M. 1s. Lévi (/. c, p. 10) compare cet édifice avec la tour d'airain où est enfermée 
Danaé ; il n'est pas impossible d'y voir une réminiscence du palais d'Assuérus où sont 
gardées les femmes. 

5. Cf. la légende de Moïse enfant. 

6. Ka'b fait un emploi fréquent du nombre sept; ou sait que ce nombre est parti- 
culièrement affectionné par les Juifs. Il a passé depuis dans la littérature arabe, ou 
il a fini par jouer le même rôle (v. le Sucrier du Sultan d'Ibn Abi Hadjla, entière* 
ment consacré à ce nombre). 



LÉGENDES BIBLIQUES 95 

grâce à un miracle, l'enfant remonte vers la poitrine. — Dans 
sa crainte, la femme de Térah quitte la ville, traverse le désert 
et à proximité d'un cours d'eau, elle trouve une caverne où 
elle pénètre pour accoucher 1 . — A la naissance d'Abraham, 
la caverne est envahie par une clarté comparable à celle du 
soleil et se dégageant du visage de l'enfant 2 . — Redoutant que 
la nouvelle ne parvienne aux oreilles de Nemrod, la mère se 
sépare de son enfant, après l'avoir enveloppé d'un vêtement, 
en disant: «Il vaut mieux que tu périsses dans cette caverne 
plutôt que de te voir égorgé sur mon sein. » — Dieu exauce les 
pleurs de l'enfant, et, pour le nourrir, envoie l'ange Gabriel, qui 
lui fait sucer du lait de son doigt 3 . — Au bout de dix jours 5 , 

1. Cf. la naissance de Moïse, Gen., n, 3; le Talmud Sota, 11 b, en parlant des 
femmes hébreues sur le point d'accoucher et menacées par l'édit de Pharaon s'exprime 
ainsi : « Lorsque l'heure de leur délivrance approchait, elles se rendaient dans les 
champs et enfantaient sous les pommiers ». Cf. aussi Cantique fi. ^!"P53 mbï313 Vr» 
mb^n722 DDIN m3731Z31 « elles prenaient leurs enfants et les cachaient dans les 
cavernes ». 

2. Le même trait illustre la naissance de Moïse, cf. Tal. Sota, 12 a : "ibïSIZÎ ÏI^IDS 
UN iblD mun NbîarO Ï11Z572 «à la naissance de Moïse toute la maison s'emplit de 
lumière»; v. Béer, Leben Abraham? s, p. 102, et Israël Lévi (/. c). 

3. Chez Kisaï, d'après Ka'b : « Il suçait ses cinq doigts : du pouce coulait le miel, 
de l'index le vin, du médius le lait, de l'annulaire l'huile, et du petit doigt l'eau ». 
A comp. Talmud Sola, Il b, au sujet des -enfants abandonnés dans les champs, en 
Egypte, par les mères hébreues : ^nNl 173123 b© "inN 'pb'UUJ ">:i23 pb Bpbsi 
125 D "7 D125 « il ramassa pour leur usage deux cailloux, un [tour l'huile et l'autre pour le 
miel », car il est dit (Deut., xxxn, 13) : « Il l'abreuva de miel provenant du rocher et 
d'huile extraite du granit ». Béer (l. c, p. 102, note 21), compare cette légende avec 
celle de Zeus nourri de lait et de miel par la nymphe Amalthée. Dans le Talmud 
B. Bâfra, 91 a, la mère d'Abraham est, eu effet, appelée 12331D m ,, ftbr)73îï. Sur 
Amthelaï = Amalthéa et Abraham = Héraclès, v. Giidemann, Betit/ionsgeschichtliche 
Studien, p. 41 et suiv.; cf. Israël Lévi, l. c, p. 10, note 4. 

4. Il convieut de compléter ce résumé par le récit suivant que Kisaï (ras. de la Bibl. 
nat., fonds ar. 1919) attribue à Ka'b : au troisième jour, sa mère Auscha sortit de sa 
maison pour se rendre à la caverne et elle vit les bêtes et les lions qui en occupaient 
l'entrée. Elle fut alors saisie d'inquiétude et crut son enfant perdu ; mais en s'avan- 
çant, elle aperçut son fils étendu sur une couverture de soie, lavé et frotté d'huile. 
A cette vue, sa surprise fut grande et elle connut que l'enfant avait un Dieu qui avait 
opéré pour lui ce miracle. Elle retourna ensuite auprès de Térah et lui fit part de 
tout ce qui s'était passé. Celui-ci lui dit : « Prends garde de retourner dans ce lieu, car 
cet enfant est d'un rang élevé ». — A propos de la scène dans la caverne, cf. le passage 
du Talmud Sota, 11 b, cité plus haut. -pp373125 ">?0 D1~I72 iXHDH nblIZJ rT'llpm 
nb"H nN n~!D12573125 1T PPÏ123 ]mN TBUÏTai « Et Dieu envoyait du ciel un ange 
pour nettoyer les enfants et les entourer de soins de la même façon que la bête lèche 
son petit pour le rendre beau ». — Ainsi qu'on le voit, Kisaï nous a bien conservé 
des traces de la légende d'Abraham enfant attribuée à Ka'b. Il convient donc de 
rectifier le renseignement fourni par nous à M. Israël Lévi (L c, p. 11). Notre erreur 
s'explique par l'état du ms. de Kisaï, abrégé et incomplet, que nous avions d'abord 
entre les mains avant de prendre connaissance de celui de la Bibliothèque Nationale. 



96 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Abraham, capable de marcher, quitte la caverne et se promène au 
bord de l'eau. — A la vue des étoiles, du soleil et de la lune, il les 
proclame successivement Dieu; mais, en les voyant disparaître 
l'un après l'autre, il reconnaît que ce n'étaient pas des divinités 1 . 

— L'ange Gabriel lui apparaît. Pour le recevoir, Abraham se rend 
près dune source, a(in d'y faire ses ablutions. —Sa mère, se sou- 
venant de lui, vient le chercher dans la caverne. Ne l'ayant pas 
trouvé, elle répand des larmes abondantes et s'écrie: « Malheur à 
moi de t'avoir mis au inonde pour servir de pâture aux bêtes 
féroces 2 . » Puis, l'ayant rencontré sur le bord de la rivière, elle ne 
le reconnaît pas, tant il avait grandi. — Elle lui fait part de la perte 
de son enfant. — Y a-L-il longtemps que tu as quitté ton fils, 
demande Abraham? — Environ vingt jours. — A-t-on jamais vu 
une mère abandonner son enfant tout seul dans un désert et ne 
venir le chercher que vingt jours après? Sache donc que je suis 
ton (ils! — Surprise de la mère, qui lui répond : « C'est que tu as 
tellement grandi, mon fils! A présent, tu marches et tu parles, et 
tout cela en vingt jours! » — Oui, dit Abraham, car il faut que tu 
saches qu'il existe un Dieu grand et vivant dont la résidence est 
au ciel et dont la gloire remplit la terre. — Existe-t-il un autre dieu 
que Nemrod? demande la mère. — Il y a, lui dit Abraham, le Dieu 
du ciel et de la terre et le maître de Nemrod. — La mère d'Abra- 
ham, ayant rejoint son mari, lui raconte dans quel état elle a 
retrouvé son fils. — Térab, qui était un des grands de la cour du 
roi Nemrod 3 , va trouver celui-ci et lui fait un récit fidèle de l'aven- 
ture de sa femme. — Nemrod, frappé de terreur, s'adresse à ses 
ministres pour leur demander un conseil; mais ceux-ci essayent 
en vain de le l'assurer en lui disant qu'il n'a rien à craindre d'un 
petit enfant. — Salan, sous les traits d'un homme vêtu de soie 
noire, se présente devant le roi et lui conseille d'envoyer une armée 
pour s'emparer d'Abraham. [Nemrod fait équiper une armée, qu'il 
expédie contre Abraham. Frayeur et pleurs d'Abraham. — Gabriel 
le rassure et, pour le soustraire à leur vue, le couvre d'un nuage. 

— L'armée de Nemrod prend la fuite et se retire en Babylonie. — 

1. Cf. Coran, vi, 76-78 : « La nuit l'ayant enveloppé, il vit une étoile et s'écria : 
Voilà mou maître! Et lorsque celle-ci disparut, il dit : Je n'aime point ceux qui 
disparaissent. Puis, lorsqu'il vit la lune apparaître, il s'écria : Voilà mou maître ! Mais 
lorsqu'elle disparut, etc. Et lorsqu'il vit le soleil se lever. . . etc. » ; cf. aussi Hahya et 
Sèf. Hayaschar, où cependant l'ordre des apparitions est différent. 

2. Cf. les paroles de Jacob et son désespoir à la nouvelle de la disparition de son 
fils Joseph. 

3. = Séf. Hayaschar. 



LÉGENDES BIBLIQUES 97 

Abraham reçoit l'ordre d'y suivre son ennemi et l'ange, en un clin 
d'œil, le transporte sur son dos et le dépose en Babylonie. — 
Abraham y proclame l'existence et l'unité de Dieu.] — Il entre- 
prend, sur le conseil de l'ange, de convertir son père et sa mère ' : 

— « Vous adorez un homme comme vous, leur dit-il, et vous vous 
prosternez devant une idole qui est la représentation de Nemrod, 
ayant une bouche qui ne parle pas, des yeux qui ne voient pas, 
des oreilles qui n'entendent pas et des pieds qui ne servent pas, 
sans aucune utilité ni pour elle-même, ni pour les autres 2 . >> — Il 
leur raconte son voyage miraculeux, ayant parcouru en un jour la 
distance de quarante journées de marche. — Térah rapporte ce 
miracle à Nemrod consterné. — Les sages lui conseillent d'or- 
donner une fête et des réjouissances publiques durant sept jours, 
pour que tous les habitants de son royaume viennent se prosterner 
devant lui 3 . — Mandé auprès du roi, Abraham se présente devant 
Nemrod, saisit son trône, qu'il secoue, et d'une voix retentissante 
l'engage à proclamer l'existence et l'unité du Dieu créateur du 
monde. — A la voix d'Abraham, les idoles se renversent '. — Une 
grande panique s'empare de tous les assistants et du roi, qui 
tombent à terre sans connaissance. — « Est-ce là la voix ou celle 
de ton maître? demande Nemrod. — C'est la voix de la créature la 
plus faible entre toutes celles que Dieu a créées 5 , lui dit Abraham. 

— Nemrod reconnaît la puissance du Dieu d'Abraham et il con- 
gédie le père et le (ils. — Abraham ayant atteint l'âge de vingt ans, 
son père, malade et nécessiteux, le charge, ainsi que son frère 
Haran, d'aller vendre ses idoles afin de subvenir aux frais de la 
maison 6 . — Haran en vend deux ; le lendemain, Abraham se saisit 
de deux autres, les attache avec une corde, la tète en bas, et les 
traîne en criant : « Qui veut acheter une idole sans utilité pour 

1. Le texte arabe porte : « Sun père et son frère Haran. » 

2. Cf. Coran, xix, 43 : « Lorsqu'il dit a son père : mon père, pourquoi adores-tu 
ce qui n'entend ni ne voit et qui n'est pour toi d'aucune utilité?» 

3. Traits combinés empruntés aux livres d'Esther et de Daniel. 

4. Cette image des idoles terrassées a été, sans doute, prise dans Is., xxxxvi, 1 : 
« Bel est à genoux, Nebo est renversé. » 

5. 11 est curieux de rapprocher ce trait de la force d'Abraham résidant dans sa voix 
par laquelle il en impose a Nemrod de la voix retentissante des frères de Joseph qui 
fait trembler toute l'Egypte et renverse Pharaon de son trône. V. Séf. Hayaschar et 
Jioblès, Histoire de Joseph, en Aijcuniada (attribué à Ka'b el-Ahbar). Il est clair que 
c'est le Séf. Hayaschar qui, comme toujours, a emprunté au récit arabe et (pie l'au- 
teur de ce dernier, eu voulant caractériser l'Hercule juif, n'a pas manqué de s'inspirei 
du verset biblique, Gen., xxvn, 22, « La voix est celle de Jacob ». 

6. Cf. Gen. R. « Térah était idolâtre; un jour il s'absenta et chargea Abraham de 
vendre à sa place » ; cf. Tana debê Elyahoù. 

T. LXTX, h" 137-138. 7 



98 REVUE DES ETUDES JUIVES 

elle-même ni pour son acquéreur?' » — Une vielle femme l'aborde 
et le prie de lui choisir une grande idole à son usage 2 . — (Qu'as-tu 
fait de celle que tu as achetée à mon frère Haran? demande Abra- 
ham. — Elle m'a été volée, dit la vieille, tandis que j'étais au bain. 
— « Si elle n'a pas pu s'échapper de la main des voleurs, reprend 
Abraham, à plus forte raison ne pourrait-elle pas sauver les autres 
et c'est celle-là que tu veux adorer? » La vieille se repent d'avoir 
servi les idoles et reconnaît l'existence de Dieu. — A son tour, elle 
se met à prêcher dans les rues et à convertir les gens) — Nemrod 
la fait mettre à mort et s'inquiète des nombreuses conversions 
réalisées par Abraham. — Ses courtisans lui conseillent d'or- 
donner de grandes réjouissances à l'occasion de la fêle annuelle 3 
et d'éblouir Abraham par son faste et ses richesses. — Sur l'ordre 
de Nemrod, Térah invite son fils à l'accompagner au festin, mais 
celui-ci prétexte une indisposition''. — Resté seul, Abraham se 
saisit de la hache et, en proclamant le nom de Dieu, abat les 
idoles, brise les pieds à l'une, coupe la tête à l'autre, arrache les 
yeux à une troisième, les réduisant toutes en pièces; puis, avant 
de sortir, remet la hache entre les mains de la plus grande s . — 
De retour de la fêle, le roi trouve ses idoles brisées, et la foule en 
accuse Abraham 6 . - Pourquoi as-tu brisé les idoles? lui demande 

1. Cf. Cor, xxi, 67 : « Adorerez-vous à côté de Dieu ce qui ne vous sert nullement 
et n'est point capable de vous nuire ? » 

2. Dans Gen. R., une vieille femme vient offrir aux idoles uu plat de farine ; puis, 
un vieillard s'étant présenté pour acheter une idole, Abraham lui demande son àue et 
le plaisante de vouloir se prosterner devant un objet qui ne date que d'un jour. 

3. Kisaï (ms. de la Bibl. Nationale) attribue à Ka'b ce qui suit : « Les habitants 
de Koutha-Rya avaient une fête locale qu'ils célébraient à proximité de la ville, et 
chaque année ils avaient coutume de s'y rendre avec Nemrod et les grands de son 
royaume et d'y passer plusieurs jours » 

4. Kisaï (ibid.) : « Lorsqu'arriva le jour de la fête, ils se préparèrent pour sortir. 
Alors Térah dit à Abraham : « Ne viens-tu pas avec nous à la fête? » — « Je suis 
malade », prétexta Abraham (Cor., xxxvn, 87-88). Et ils le laissèrent et s'en allèrent. 

5. Kisaï (ibid.) : « Alors Abraham pénétra dans la maison des idoles où les gens 
avaient déposé de la nourriture sur des tables, et il dit : « Vous ne mange/ donc pas? 
Pourquoi ne parlez-vous pas? » (Cor., xxxvn, 89-90), se moquant d'elles. Puis, se 
saisissant d'une hache, il brisa la main de l'une, le pied de l'autre, démolit la tète 
d'une troisième et arracha les yeux à une quatrième, « jusqu'à ce qu'il les eût mises 
en pièces, sauf la plus grande d'entre elles » (Coran, xxi, 59). Puis il répandit les 
mets et rentra chez lui. Cf. Gen. R., 38. « Il se saisit d'un bâton, démolit toutes les 
idoles et remit lé bâton entre les mains de la plus grande. » Récit identique, mais plus 
détaillé dans Sèf. Hayaschar. 

6. Kisaï (ibid.) : «Revenus de la fête, les gens pénétrèrent dans la maison des idoles 
et virent ce qu'Abraham avait fait d'elles. Ils s'écrièrent : « Oui a fait cela de nos 
divinités ? Celui-là, certes, est un criminel. » — « Nous avons entendu un jeune 
homme en parler, il s'appelle Abraham. » (Cor., xxi, 60-61.) 



LÉGENDES BIBLIQUES 99 

le roi. — C'est la grande idole qui les a démolies, répond Abraham ; 
si vous ne le croyez pas, demandez-le lui et elle vous le dira 1 . — 
Furieux de celle réponse, Nemrod enferme Abraham dans la 
prison et interdit de lui servir toute nourriture. Abraham adresse 
une prière à Dieu, qui l'exauce en lui envoyant Gabriel. — Il 
aperçoit une source d'eau vive, se désaltère, et l'ange lui apporte 
de la nourriture et lui tient compagnie pendant toute une année 2 . 

— Les courtisans et les conseillers de Nemrod, réunis dans un festin t 
sont d'avis de faire préparer un immense brasier et d'y jeter Abra- 
ham 3 . — Pendant quarante jours, les habitants de son royaume 
ne cessent d'entasser du bois '. — Sur l'ordre du roi, le brasier est 
allumé et les flammes en atteignent le ciel. — Le gardien de la 
prison chargé d'amener Abraham le croit mort de faim; mais, le 
voyant apparaître sain et sauf, il est frappé par ce miracle, se fait 
instruire par Abraham et proclame l'existence de Dieu. — Nemrod, 
pour l'en punir, ordonne de le faire mettre à mort; mais l'épée se 
brise sur son cou 3 . —Tous les serviteurs de Nemrod qui tentent 
de jeter Abraham dans le feu sont aussitôt consumés par les 
flammes 6 . — Satan se présente sous la forme humaine, se fait 
donner du bois, des clous et des cordes, et en fabrique une baliste 
qui doit servir à lancer Abraham dans la fournaise. — Fortement 
lié, Abraham est placé dans la baliste. A ce moment, Abraham 
lève les yeux vers le ciel et dit : « mon Dieu, tu vois ce que fait 
de moi ce méchant, » Les anges intercèdent également et Dieu 
leur promet de sauver Abraham. — Satan se présente à Abraham 
sous les traits d'un homme et lui dit: « Si lu veux être sauvé du 
l'eu de Nemrod, prosterne-toi devant lui. Mais Abraham le recon- 

1. Cf. Cor., xxi, 63-64 : « Kst-ce toi qui as agi de la sorte avec nos divinités? » 

— « Non, répondit Abraham, c'est la plus grande d'entre elles qui a fait cela. Interro- 
gez-les, si elles savent parler. » 

2. D'après Tal. B. Batra, 21 a, Abraham reste enfermé dans la prison pendant dix 
ans. D'après Raschi tibia.) qui cite une légende, c'est Térali lui-même qui emprisonua 
sou fils pour avoir démoli ses idoles. Pour la nourriture que l'ange apporte à Abraham, 
cf. Elie nourri par le corbeau. 

3. Cf. Cor., xxxvn, 95: « Elevez-lui un édifice et jetez-le dans les flammes. » Sur 
l'origine de cette légende, cf. Daniel, m. Pour les différentes sources juives (Tal. 
Eroubin, 53 «; Gen. R., 38-39, etc.), v. Béer, p. 112. note 136. 

i. = Hist. d'Abr., n° 3 (B. //.. V, p. 40). -paraE D^sbWH ^m« bo Wi 
Dnnnfrî D"Q "irmiftb D^XT. « Et tous ces rois apportaient du bois pour la fournaise 
d'Abraham. » 

5. Cf. La légende de Moïse, Exode /{., 1 : « Pharaon se fit apporter une épée des 
plus tranchantes. A dix reprises il l'essaya sur son cou, mais le cou de Moïse se trans- 
forma en marbre et l'épée ne lui fit aucun mal. » 

6. = Séf. Hai/aschar. Cf. Daniel, m, 22, où les hommes qui tentent de jeter dans 
h feu Chadrac, Méchac et Abed Nego sont consumés par les flammes. 



100 REVUE DES ETUDES JUIVES 

naît et le chasse en l'invectivant. — [La mère vient l'embrasser; 
pour le sauver du feu, elle L'engage, à son tour, à se soumettre aux 
ordres de Nemrod; mais Abraham la repousse en lui disant : « Le 
feu de Nemrod est éteint par l'eau, tandis que celui de Dieu ne 
s'éteint jamais, u —L'ange Gabriel accourt: « Eh bien! Abraham, 
lui dit-il, dois-je te sauver de ce feu? » — Dieu, en qui j'ai placé 
maconûance, répond Abraham, me sauvera bien. — Alors Dieu, 
pénétrant la pureté de son intention, dit au feu : « Deviens frais 
et salutaire pour mon serviteur Abraham, et le feu s'éteint et les 
branches des arbres se mettent à fleurir et produisent des fruits. 
— La fournaise est ainsi convertie en un jardin royal, au milieu 
duquel les anges tiennent compagnie à Abraham. — « Tu es expert 
en l'art de la magie, lui dit Nemrod, c'est pourquoi le feu n'a pas 
de prise sur toi. » — Mais tous les serviteurs de Nemrod, ainsi que 
le peuple, y voient un signe manifeste de la puissance du Dieu 
d'Abraham, qu'ils proclament le Dieu unique du ciel et de la terre.] 
Le texte hébreu s'arrête là, alors que l'original arabe poursuit le 
récit par la légende de l'ascension de Nemrod au ciel, légende 
également attribuée à Ka'b par Kisaï, qui la donne avec des 
variantes de style, selon son habitude de refondre jusqu'à un cer- 
tain point et d'amalgamer les récits empruntés aux autres. 

Ainsi qu'on a pu s'en rendre compte, le texte hébreu, de même 
que son original arabe donné plus loin, abonde également en cita- 
tions coraniques et en particularités révélant nettement les ten- 
dances de l'orthodoxie musulmane. Etant donné son origine, cela 
n'a rien que de très naturel, surtout si nous ne perdons pas de vue 
que le récit arabe ne nous a guère été conservé sous sa forme pri- 
mitive, et qu'il a dû être soumis à des remaniements et à des sur- 
charges. Certains indices dialectaux ne prouvent-ils pas que le 
texte avait été légèrement remanié pour l'usage populaire? Mais, 
une fois dépouillé des éléments coraniques et autres traits de pro- 
venance musulmane, que reste-t-il de l'Histoire d'Abraham? Rien 
que des éléments puisés à des sourcesjuives.il suffit de se rappor- 
ter aux notes et renvois qui accompagnent le résumé qui précède 
et la traduction du texte arabe que le lecteur trouvera plus loin. 

Ka'b el-Ahbar avait emprunté ces éléments à la Bible, au Tal- 
mud babylonien, importé de bonne heure en Arabie, et au fonds 
midraschique, qui circulait parmi les Juifs du Yémen, de la Syrie 
et de l'Irak, au milieu desquels notre personnage vécut succes- 
sivement ou ne manqua pas d'entretenir des relations. Mais, 
en dehors des emprunts directs pour grossir les légendes et les 



LÉGENDES BIBLIQUES iOi 

développer à l'infini, Ka'b avait à sa disposition une ressource 
bien connue de tous les folk-loristes et qui consistait à emprunter 
à un personnage historique tels traits qui conviennent pour les 
appliquer à un autre moins bien partagé. C'est ainsi que la plupart 
des circonstances se rattachant à la légende de Moïse enfant ser- 
viront également à orner celle de l'enfance d'Abraham, au point 
que ces deux légendes finissent par devenir identiques. (V. Israël 
Lévi, Revue, LIX, pp. 8-11.) L'analogie avec l'histoire de Moïse sera 
poussée aussi loin que possible, lorsqu'il s'agira de décrire la scène 
entre Abraham et Nemrod, ce dernier élant devenu l'équivalent 
de Pharaon. L'histoire de Daniel et des trois martyrs sauvés de la 
fournaise fournira des analogies pour la légende d'Abraham jeté 
dans le feu. Ainsi, rien d'absolument fictif; aucun trait qu'on ne 
puisse identifier. Ka'b ne fait qu'user habilement de la méthode de 
transposition, dont il trouve d'ailleurs plus d'un modèle dans le 
Talmud. Dans le Coran, ces sortes de transpositions proviennent 
parfois de confusions grossières faites par Mahomet; dans le Tal- 
mud et les Midraschim elles sont amenées par les diverses inter- 
prétations des versets bibliques faites par les docteurs. Ka'b s'au- 
torise de l'exemple de ces derniers pour édifier en système ce 
procédé, qu'il transmettra aux premiers traditionnistes musul- 
mans. D'autres textes, que nous aborderons par la suite, nous 
permettront de nous familiariser davantage avec la personnalité de 
Ka'b, de mesurer l'étendue de ses connaissances en matières juives 
et de rechercher ce que fut sa quote-part dans la formation du 
Hadith. Retenons, pour le moment, ce fait qui intéresse l'histoire 
de la littérature midraschique postérieure et qui nous a été révélé 
par l'élude du ms. d'Abraham. S'il est vrai qu'à partir du ix e siècle 
certains écrits midraschiques juifs, tels que le Tana clebé Eh/ahoii, 
les Pirké B. Eliezer, le Sèfer Hayaschar et la Chronique de 
Yerahmiel, n'hésitent pas à puiser à pleines mains dans la tradition 
littéraire musulmane, cet emprunt n'est pas direct, mais s'explique 
par l'existence de textes antérieurs d'origine juive, tels que celui 
de Ka'b, et qui avaient eux-mêmes servi à la formation de la 
légende musulmane. Quelque déviation qu'aient subie ces légendes 
en passant à travers le prisme de la théologie musulmane, et 
quelque suspect, aux yeux des Juifs, qu'ait été le nom de l'auteur 
sous lequel circulaient ces légendes, ces dernières ne furent pas 
moins considérées comme un bien juif devant faire retour au 
judaïsme. 

Bernard Chapira. 
(A suivre.) 



102 HEVUE DES ETUDES JUIVES 



Traduction 



I 

(Recto) Histoire de notre patriarche Abraham — que la paix 
soit sur lui! 

... (Je ne vois aucune) espèce d'utilité ni dans la grande (idole), ni 
dans la petite, ni en quoi elles puissent servir, soit à elles-mêmes, soit 
aux autres. — Et cette grande idole que tu as achetée hier à mon frère, 
demanda Abraham, qu'est-elle donc devenue? —Les voleurs sont venus 
la nuit et me l'ont dérobée pendant que je me trouvais au bain. — S'il 
en est ainsi, lui dit Abraham, pourquoi sers-tu une idole qui ne sait 
même pas se sauver elle-même de la main des voleurs et qui saurait 
encore moins préserver les autres de leurs maux? Va-t'en, vieille folle! 
Comment peux-tu soutenir que l'idole que tu sers est une divinité? Si 
cela était, pourquoi n'a-t-clle pas su se délivrer de la main des voleurs? 
La vérité est que c'est une idole qui n'offre guère d'utilité ni pour elle- 
même, ni pour les autres. — Si ce que tu dis-là est vrai, ô Abraham, 
demanda la vieille, qui faut-il donc que nous servions? — Sers, lui répond 
Abraham, le Dieu des dieux et le Seigneur des seigneurs, le Dieu de 
Nemrod et de Térah, le Dieu de TOrient et de l'Occident, béni soit-il et 
béni soit son nom î Quant à ce chien de Nemrod, quel est-il pour qu'il se 
fasse passer pour un dieu et que les hommes l'adorent? » Là-dessus, la 
vieille déclara : « A partir (ver=o) de maintenant, je n'adorerai plus 
d'autre Dieu que le tien, ô Abraham; mais, en le faisant, quelle utilité 
en retirerai-je? — Tout ce que les voleurs t'avaient pris, répliqua Abra- 
ham, te sera rendu et, en plus de cela, tu auras sauvé ton âme de 
l'Enfer. — Que faut-il dire, demanda la vieille, pour échapper à l'Enfer? 
— Dis, répond Abraham : « Dieu est celui qui est dans les cieux en 
haut et sur la terre en bas; il est un et sans pareil. » — Désormais, dit la 
vieille, je répéterai tes paroles et j'attesterai que Dieu est vrai, que son 
nom est vrai, et que toi Abraham, son fidèle serviteur, tu es vrai. » Le 
Maguid dit que la vieille se repentit d'avoir servi les idoles et que les 
voleurs lui rendirent tout ce qu'ils lui avaient enlevé; il ajoute que la 
vieille prit l'idole et la brisa contre une pierre en disant : « Malheur à toi 
et à celui qui te rend un culte, car tu ne saurais avoir d'utilité ni pour 
toi-même ni pour les autres. » Et la vieille sortit de sa maison et par- 
courut les rues et les places, en proclamant à voix haute et en disant: 
« Quiconque désire être sauvé de l'Enfer n'a qu'à adorer le Dieu d'Abra- 
ham. » Le Maguid raconte qu'elle continuait ainsi chaque jour et que 
beaucoup de gens se convertirent. Or, le roi, apprenant cela, fit venir 
la vieille et lui dit : « Qu'as-tu, ô vieille? Tu es devenue folle. 



LÉGENDES BIBLIQUES 103 



II 



(Fol. 1 recto) ... à l'instant et qu'il rende un culte à tes idoles. Ka'b 
el-Ahbar dit: Nemrod suivit ses conseils et donna l'ordre à ses troupes 
de se mettre en selle. Il leur distribua des armes et des munitions et leur 
commanda de se tenir prêts. Puis il les envoya vers Abraham — Que le 
salut soit sur lui ! — Lorsque Abraham les vit s'approcher de lui, il se 
mit à pleurer et à invoquer l'Eternel en disant : « toi qui délivres 
l'opprimé des mains de l'oppresseur et qui défends le faible contre le 
fort 1 , sauve-moi de ce peuple impie. » Et Dieu le puissant et grand 
exauça ses pleurs 2 et le regarda d'un œil compatissant. Il lui envoya 
Gabriel — Que la paix soit sur lui ! — Et Gabriel lui dit : o Que signifient 
ces pleurs et cette frayeur, ô Abraham? Ne sais-tu pas qu'à Dieu appar- 
tiennent. le monde présent et le monde futur, les cieux et ce qu'ils ren- 
ferment, la terre et ce qu'elle contient 3 ? Sois donc sans crainte, car Dieu 
est avec toi, en quelque lieu que tu te trouves*. C'est lui qui te soutient 
et te fera triompher de tous tes ennemis 5 . » Ka'b el-Ahbar dit : Et Dieu 
le puissant et le grand (verso) commanda à Gabriel de faire passer un 
voile 6 entre eux et Abraham, et lorsque les troupes s'avancèrent et que 
les soldats^et leurs chefs eurent vu ce voile, ils furent saisis de frayeur 
et s'en retournèrent vers Nemrod en disant : « Il s'était retranché a notre 
approche et s'est rendu maître de la situation ; nous n'avons guère de 
pouvoir sur lui et renonçons à nous en emparer. » — « Comment faire 
alors, demanda Nemrod, et quel moyen employer? «Ils répondirent: 
« Allons-nous-en dans un autre pays. « Et Nemrod dit : « Je m'y ren- 
drai. » Puis, il se prépara pour le voyage, se munit d'amples provisions 
de route et de bouche, distribua de l'argent à ses soldats, ses troupes, 
ses émirs et ses capitaines, et leur donna le signal du départ 7 . Et Nem- 
rod, accompagné de ses lieutenants, de ses troupes et de ses émirs, se 
rendirent dans la région de l'Iraq, en emportant avec eux leurs biens, 

1. Cf. Psaumes, xxxv, 10 : « Qui délivres l'opprimé des mains du plus fort », et 
Tanfiouma, sect.Emor : « R. Houna, au nom de R. Joseph, dit : Le Saint, béni soit-il ! 
est prêt à réclamer le sang des persécutés de la main de leurs persécuteurs... 
Abraham fut persécuté par Nemrod. » 

2. Cf. Isaïe, xxxviii, 5 : « J'ai exaucé ta prière, j'ai vu tes pleurs. » 

3. Expression coranique d'origine biblique : « A lui appartient ce qui est dans les 
cieux et ce qui est sur la terre » ; cf. Deut., x. 14. 

4. Cf. Josué, i, 9, d'où Cor., lvii, 4 : « Il est avec vous partout où vous vous 
trouvez. » 

5. Expression biblique ; cf. II Sam., xxn, 1. 

6. Le texte hébreu rend le mot 3N3n « voile » par bD"IJH fa* « une nuée et un 
brouillard » ; ceci est, en effet, à comparer avec Moïse et Ahron soustraits, à l'aide 
de la nuée, aux regards du peuple attroupé devant la tente d'assignation (Nom- 
bres, XVII, 1). 

7. Cette phrase rappelle le style des Mille et une Nuits, 



104 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

leurs famjlles et leurs enfants. Alors Dieu le puissant et grand envoya 
Gabriel vers Abraham — Que la paix soit sur lui! — (fol. 2 recto) [Et 
l'ange lui dil :] « Dieu, ton maître et le maître de l'Orient et de l'Occi- 
dent, t'ordonne d'aller rejoindre Nemrod, ton ennemi, dans le pays de 
l'Irak. » Abraham demanda alors à Gabriel : » mon ami Gabriel, com- 
ment me mettrai-je a leur poursuite, n'ayant ni provisions de route, ni 
montures, ni armée, ni chefs, ni munitions, tandis qu'eux disposent de 
troupes, d'armées, de munitions, de provisions et de montures? » Et Gabriel 
lui répondit : <> Abraham, n'aie point de crainte; tu n'as besoin ni de 
[provisions], ni de montures, ni de troupes, ni d'armées; assieds-toi sur 
mon dos et je te conduirai vers eux Là-dessus, Abraham alla s'installer 
[sur le dos] de Gabriel — Que la paix soit sur lui! — En moins d'un clin 
d'œil, Gabriel, l'ayant posé sur [son dos, le transporta] dans l'Irak 1 en lui 
disant: « Entre [dans la ville] et dis: Répétez avec moi: [Il n'y a point 
d'autre Dieu] que Dieu, celui qui est dans (verso) les cieux supérieurs et 
la terre la plus basse. Il est le seul, l'unique, l'éternel, qui n'a ni père, 
ni tils, ni remplaçant, ni ministre, ni semblable, ni pareil. Il est le maître 
de tout l'univers et le maître de Nemrod, et moi, Abraham, je suis le 
serviteur de Dieu, son ami, son prophète. » Abraham — Que sur lui soit 
la paix ! — entra donc dans la ville de Irak, alla se poster dans ses mar- 
chés, ses avenues et ses rues et appela a haute voix et dit: « Répétez 
avec moi, vous tous, grands et petits, femmes et hommes, tils et tilles, 
qu'il n'y a point d'autre Dieu que Dieu seul, sans associé dans son règne* 
[et que moi Abraham] je suis son serviteur, son ami et son prophète. » 
[En parcourant] les rues, Abraham trou\a son père Térah et son frère 
Haran; et Gabriel lui dit: « Abraham, dis a ton père et à ton frère: 
Attestez et confessez qu'il [n'y a point d'autre Dieu que Dieu seul sans 
associé. . . » Alors Abraham — Que sur lui soit la paix ! — s'approcha [de 
son père et de son frère et leur dit:] « mon père et mon frère, [vous 
adorez] un dieu créé... » (Fol. 3 recto) [Ka'b el-Ahbar dit :] Nemrod le 
maudit ordonna de le jeter dans le feu*. Alors sa mère vint auprès de 
lui, le serra contre sa poitrine et l'embrassa en disant: « mon fils, 
obéis à Nemrod atin d'échapper au supplice de son feu. » — ma mère, 
dit Abraham, sache que le feu de Nemrod s'éteint, se couvre et sa flamme 
se consume, tandis que le feu de mon Seigneur ne diminue point d'in- 
tensité et sa flamme ne se voile guère'. Ceux qui en sont dignes, lors- 

i . Ce transport miraculeux d'Abraham sur te dos de l'ange offre une ressemblance 
avec Je royage nocturne de Mahomet à Jérusalem monté sur le dos d'Alboraq. 

2. Maïmonide {Mischnéh Thora, Aboda Zara, i, 3) semble avoir connu la légende 
d'Abraham sous une forme identique à la notre à en juger par ce qui suit : « Abraham 
les ayant vaincus par ses arguments, le roi voulut le mettre à mort; mais, grâce à un 
miracle opéré en sa faveur, il se rendit à Haran, où il se mit à proclamer à liante 
voix devant la foule assemblée l'existence d'un Dieu unique maître île l'Univers, à qui 
il convient de rendre, seul, un culte. » 

;j. Cf. Gen. H , xxxvm; Midr. des dix commandements 2 e com., et Sèf. llaijascliar. 

4. Allusion au verset de Gant., vin, 7. 



LEGENDES BIBLIQUES lOS 

qu'ils sont vivants, n'en meurent pas, et, après leur mort, ils n'ont point 
à craindre son supplice. Ayant écouté ses paroles, sa mère demanda : 
« Veux-tu dire par là que Dieu entend et voit et que c'est lui qui te sauvera 
du feu de Nemrod? » — Oui, ma mère, lui dit Abraham, mon Dieu entend 
et voit et c'est lui qui me sauvera du feu de Nemrod. Alors elle le livra de 
ses propres mains et s'en alla. La-dessus on emporta Abraham — Que la 
paix soit sur lui! — et on le plaça dans le plateau de la halisle. A cette 
vue, (verso) les anges poussèrent des cris vers Dieu le puissant et le 
grand, glorifiant, magnifiant, sanctifiant, louant et exallant le Maître des 
eieux et de la terre. Et ils dirent : « noire Dieu et Seigneur, ne vois-tu 
pas ton ami, ton prophète et ton serviteur Abraham ? » Alors Dieu le puis- 
sant et le grand apparut aux anges et leur dit : « mes anges, je sais et 
vois tout et je suis le miséricordieux parmi les miséricordieux 1 .» Ka'b el- 
Ahbar dit : « Lorsque Abraham — Que la paix soit sur lui ! — fut placé 
dans le plateau de la baliste et que les hommes l'eurent lancé, il partit 
comme la flèche de l'archer. Les anges le recueillirent et Gabriel — Que 
le salut soit sur lui! — se présenta et lui dit: « Abraham, as-tu on 
désir a formuler? » — « Gabriel, répondit Abraham, ma demande, je ne 
l'adresserai qu'au Maître de l'univers 2 ; c'est lui qui satisfait les besoins, 
exauce ceux qui l'appellent, dissipe les tristesses et relève des chutes. » 
(Fol. 4 recto' Et Dieu le puissant et grand pénétra ses intentions et dit au 
feu : « Deviens froid et salutaire pour mon serviteur Abraham 3 . » Et le 
feu — dit Ka'b el-Ahbar — s'éteignit, et le bois se couvrit de feuilles et 
se mit à fleurir comme fleurissent les arbres, et chaque morceau de bois 
se chargea de fruits, et chaque branche en porta autant que par le passé. 
Alors, Nemrod le maudit regarda le feu et vil les anges qui semblaient 
puiser au fleuve de la vie'' et éteindre le feu. Toute branche redevint ce 
qu'elle avait été, et chaque rameau retourna à son état primitif ; et les 
arbres se séparèrent et se couvrirent de feuilles, chaque arbre produisant 
les fruits de son espèce. Le feu était devenu semblable à un jardin parmi 
les jardins du paradis 5 . Lorsque Nemrod le maudit eut vu cela, il 

1. Formule coranique. 

2. Cf. Tal., Pesahim, 118 a : « Gabriel dit devant le Saint, béni soit-il! je descen- 
drai, je rafraîchi rai (le l'eu) et je sauverai le juste de la fournaise ». Mais le Saint, 
béni soit-il ! lui dit : « Je suis seul dans mon univers et lui est seul dans son monde ; 
il convient u celui qui est unique de sauver l'unique. » A comparer ce passage de 

Thaiabi : N^ors 13 iriNibN p:« DnbbN bapD «EobN ^ba noan yti En 

"•"T'a "p^y IHN V"" 1 ^'^ n - 3^ tHfitbfit ""SI, il levala tète vers le ciel et dit : 
« Mou Dieu, tu es seul dans le ciel et sur la terre, il n'y a point sur la terre un autre 
que moi pour te servir. » Abraham refuse donc le secours de Gabriel en plaçant sa 
confiance en Dieu ; cf. Midr. des dix commandements et Pirké R. Eliezer. 

3. V. Coran, xxi, 69. 

4. Cf. Psaumes, xxxvi, 10, et Miel. Conen {B. H., 11, p. 28) : « Et l'arbre de la vie 
est planté près d'une source d'eau vive, car il est dit (Ps. 1) : Et il sera pareil à un 
arbre planté sur un cours d'eau. » 

5. Thaiabi attribue à Ka'b ce qui suit : « Ce jour-là, personne ne servit du feu sur 
a terre et le feu ne consuma autre chose ce jour-là que les liens d'Abraham. Aucune 
bète ne s'abstint d'éteindre le feu qui l'entourait, à l'exception du gros lézard. » 



f06 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

s'écria; « Abraham, certes, c'est là un tour de magie admirable 1 ! » 
Alors quelques-uns de ses vizirs lui dirent : « roi, (verso) ce n'est poiut 
de la magie, mais un effet de la puissance du Maître de l'univers, le Dieu 
d'Abraham au rang très élevé et au règne majestueux. Nous attestons 
qu'il n'y a point d'autre Dieu que Dieu seul, sans associé dans son règne, 
et qu'Abraham est son serviteur, son prophète et ami. » Et les vizirs 
crurent en Dieu le Puissant et le Magnifique et à Abraham 2 — Que sur 
lui soit le salut! — Une foule de gens se convertirent en même temps 
qu'eux 3 , ce qui affligea beaucoup Nemrod le maudit. Il fit donc venir 
Abraham et lui dit : « Abraham, tu as ensorcelé le feu, qui s'est con- 
verti en un jardin verdoyant au regard. » Et Abraham lui répondit: 
« Malheur à toi de la part de Dieu, ô toi, qui renies Dieu le puissant et le 
grand et qui ne crois pas à ses signes, à ses prophètes et à ses envoyés*. 
Ceci n'est qu'un effet de la grâce de mon maître. Certes, mon maître 
connaît ce qui est caché et ce qui est manifeste 8 . Il n'y a point d'autre 
Dieu que Lui; c'est à lui qu'appartiennent les attributs magnifiques. 
Il est le grand créateur. » (Fol. 5 recto). Alors Nemrod le maudit 
demanda : « Et que fait donc ton maître, ô Abraham? » — Mon maître, 
répliqua Abraham, donne la vie et décrète la mort. Là-dessus, Nemrod 
le maudit s'écria : « Moi aussi, je fais vivre et mourir 6 . » Et il fit venir 
deux hommes de la prison et ordonna de mettre à mort l'un et de 
rendre à l'autre sa liberté. — Voici, dit-il, que j'ai rendu à la vie et que 
j'ai donné la mort. — Mon maître, lui dit encore Abraham, fait que le 
soleil se lève à l'Orient et se couche à l'Occident. Alors Nemrod le mau- 
dit, le mécréant, demeura confondu. Et Abraham — Que la paix soit sur 
lui ! — ajouta : « Certes, Dieu ne dirige point sur le chemin de son obéis- 
sance les gens pervers 7 .» Et Nemrod le maudit resta perplexe, ne sachant 
que faire d'Abraham. Or, tandis qu'ils étaient assis, Iblis le maudit se 
présenta devant lui et dit: « O roi, je suis venu vers toi en conseiller, 
porteur de la bonne nouvelle. Je t'indiquerai un moyen que tu em- 
ploieras pour tuer le Dieu d'Abraham (verso) dans le ciel où il réside. » 
Et Nemrod le maudit demanda : « Comment parviendrai-je jusqu'à lui, 
puisqu'il est au ciel et que je suis sur la terre? » A quoi Iblis le maudit 
répliqua: « Je te conseille de te construire une nacelle en bois 8 , tupren- 

1. Cf. Cor., vu, 106. 

2. = Séf. Hayaschar. 

3. La légende juive attribue à Abraham un grand nombre de conversions. Cf. 
Gen. R., 30 : « Il était destiné à ramener le monde entier dans la voie du repentir. » 

4. Formule coranique. 

5. Cf. Cor., vi, 3 : « 11 connaît ce qui est caché en vous et ce qui est manifeste. » 

6. Cf. Cor., ii, 260 : « Lorsqu'Abraham dit : Mon Seigneur est celui qui fait vivre et 
mourir». — « C'est moi, dit-il, qui fais vivre et mourir. » 

7. Cf. Cor., il, 260 : « Abraham dit : Puisque Dieu fait venir le soleil de l'orient, 
fais-le venir de l'occident. Alors le mécréant fut confondu : car Dieu ne dirige point 
sur le bon chemin les gens méchants. » 

8. Cf. Tanhouma,Lekh: "zy ^nttn h$ "QND rtbj'N 173 W2 "DN73E3. * H fut appelé 
Schemeber, car il dit : Je monterai avec des ailes sur les hauteurs de la nue. » Sur 
l'origine de cette légende, v. Darmesteter, Journal asiatique, Fev.-avr.i88b' : lé. Lévi, 
Mélusine, 5 fév, 1887, et R. Basset, ièid., •*'» oetobrei 



tÉGENDES BIBLIQUES 107 

dras ensuite deux grands aigles que tu affameras pendant trois jours et 
tu attacheras la nacelle au dos des aigles. Toi et ton vizir, vous prendrez 
place dans la nacelle, et vous aurez soin d'emporter avec vous deux 
lances au bout desquelles tu fixeras de la viande que tu montreras aux 
aigles. Et lorsque les aigles auront aperçu la viande au sommet des 
lances, tu pointeras celles-ci toujours plus haut et les aigles s'élèveront 
aussi a mesure. Tu tiendras ainsi les lances au-dessus du dos des aigles 
jusqu'à ce que tu aies atteint le ciel. Alors, décoche les flèches de ton 
arc et, quand l'une d'elles aura atteint Dieu et qu'elle te reviendra, tu 
dirigeras les lances vers le bas, les aigles les verront et descendront à 
terre 1 » Ncmr'od écouta les paroles d'Iblis le maudit et fit 

(.1 suivre.) 



L'APOCALYPSE DE ZOROBABEL 

ET LE ROI DE PERSE SIROÈS ! 
(Suite) 

AGE ET PATRIE DE L'OPUSCULE. 

Ces apocalypses sont surtout intéressantes parce qu'elles sont 
les témoins d'une époque de crise. C'est au moment où la détresse 
paraît avoir atteint son apogée qu'on se réfugie dans l'attente d'une 
intervention miraculeuse qui fera triompher la cause du droit, et, 
comme la justice céleste aura pour instrument le Messie, c'est 
l'arrivée de cet envoyé de Dieu dont on annonce l'apparition immi- 
nente. 

Ces productions naïves offrent un autre intérêt : elles reflètent 
les aspects multiples d'une théologie, plus populaire que savante, 
en faveur dans certains cercles hors cadre où l'on recueillait avec 
avidité toutes les prophéties, môme périmées, sans se soucier de 
les harmoniser. Cette messianologie a, comme de juste, son his- 
toire; cerlains éléments en sont plus ou moins récents, et même 
de ceux qui datent d'une époque ancienne il est telle transforma- 
tion qui s'est produite à son heure. 

Or, pour que ces visions servent ainsi de documents, tant pour 
l'histoire politique que pour celle de l'évolution des idées, il faut 
avant tout en déterminer l'âge et le pays d'origine. 

Encore que l'Apocalypse de Zorobabel ne puisse pas rivaliser en 
importance avec celle de Daniel, par exemple, on n'a pas manqué 
d'essayer de résoudre ce problème. Graetz 2 , dans une courte 
notice, soutient que cet opuscule a vu le jour en Italie, vers 
l'année 1058. L'auteur a vécu en ce pays comme en font foi son 
attitude envers la Rome papale et sa connaissance de la chrono- 

1. Voir Revue, t. LXVIII, p. 129 et s. 

2. Geschichle der Juden, VI, 3 e éd., p. 53 et s. 



L'APOCALYPSE DE ZOROfeABEL 109 

logie romaine. Le premier point est si peu douteux pour le savan 
allemand qu'il se borne à l'affirmer. Pour établir le second, voici 
ses arguments. Jérusalem, assure notre visionnaire, a été détruile 
par le dixième empereur romain. Or, pareille assertion suppose 
qu'il a fait entrer eu ligne de compte les trois Césars éphémères, 
Galba, Othon et Vitellius. Une telle érudition n'était possible qu'en 
Italie. Quant à la date, elle est* donnée à trois reprises, puisque 
l'arrivée du Messie doit se produire 990 ans après la destruction du 
Temple (990 4-68 = 1058). 

Cette hypothèse de Graetz a été généralement adoptée '. M. Har- 
kavy, toutefois, malgré son adhésion, fait quelques réserves. Si 
l'auteur de l'Apocalypse est Italien, il n'en a pas moins voyagé en 
Orient, car il met en œuvre des traditions accréditées seulement 
dans ces régions et qui ont été enregistrées par Saadia. Le choix 
du nom de Zorobabel corroborerait cette supposition, car c'est en 
Orient que les Juifs se plaisaient à donnera leurs enfants des noms 
à couleur messianique, tel que celui de Zorobabel. 

Cette quasi-unanimité ne doit pas nous en imposer, car les argu- 
ments de Graetz sont loin d'être aussi péremptoires qu'on l'a cru, 
pour avoir négligé de les soumettre à une critique sérieuse. 

Et d'abord, où Graetz a-t-il pris que l'auteur vise la Rome papale, 
et non l'autre Rome, à savoir Byzance, ainsi dénommée par tous 
los écrivains orientaux? Il se trouve justement que, si cetle puis- 
sance est l'objet de sa haine, elle partage cet honneur avec un roi 
de Perse. Or ce n'est pas en Italie, mais uniquement dans l'empire 
d'Orient que ces deux noms ont pu être associés, et dans le temps 
où la Palestine était le théâtre de luttes ou de compromis entre 
ces États. 

Il y a quelque chose d'aussi ingénu dans le syllogisme que Graetz 
tient pour démonstratif : si l'auteur connaît les dix empereurs 
romains qui ont précédé la destruction du temple de Jérusalem, il 
n'a pu vivre qu'en Italie. A supposer vraie la, prémisse, en quoi la 
conclusion s'impose-t-elle? N'y avait-il pas d'autres pays où un 
Juif aurait pu acquérir une pareille science? En outre, ces sortes 
de traditions ne circulaient-elles pas un peu partout? Nous n'en 
voulons qu'une preuve, que nous empruntons au Targoum dit 
jérusalémite du Pentateuque. Cette traduction araméenne est sans 
conteste palestinienne ou syrienne et a reçu sa dernière forme au 

l. Par Steinschneider, Àpocalypsen mit polemischer Tendenz, Z D M G., XXVIII,. 
1>. 360 ; par Harkavy, D^'IT 35 D^Cin. n° 7, p. 16 (supplément au 4 e volume de la 
traduction hébraïque de 1 Histoire des Juifs de Graetz) ; par Buttenwieser, Jew. Encycl., 
Apocalyplic literature; par Alexander Marx, Jeuu. Quart. Review, nouv. série, I, p, 76 



ilO REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

vm e siècle. Or, dans l'identification des noms géographiques du 
fameux chapitre x de la Genèse, s'y découvre la trace la moins 
équivoque d'un emprunt à des sources latines J . En conclura- t-on 
que le traducteur vivait en Italie? 

Il y a plus, ce chiffre de dix empereurs romains représentait-il 
dans l'esprit de l'auteur dix noms connus par lui? En ce cas, il 
faudrait que les soixante-dix Césars dont il parle dans la même 
prédiction fussent aussi historiques. Or, il est certain que ce 
nombre est purement conventionnel; en l'espèce, ii n'y a jamais eu 
juste soixante-dix empereurs. Si ce chiffre est mythique, il y a des 
chances pour que l'autre le soit aussi. Et, en effet, il était devenu 
classique depuis Daniel, qui fait intervenir dix rois avant l'épreuve 
finale (Daniel, n; Apocalypse de Jean, xvn). 

A la vérité, Graetz a été dupe d'une fausse lueur. Ayant appris à 
l'école historique de son temps que les dix rois que met en scène, 
entre autres, le 4 e Ezra sont ceux dont font partie Galba, Othon et 
Vitellius, il en a conclu que notre auteur, parlant, lui aussi, de 
dix empereurs romains, devait posséder la même science que lui, 
Graetz, ou que le 4 e Ezra selon la critique moderne. 

Mais, par malheur, la critique moderne contemporaine de Graetz 
n'est plus celle d'aujourd'hui, sans compter qu'une nouvelle école 
est née qui voit dans ces représentations symboliques des Apoca- 
lypses, non des allusions historiques, mais des survivances de tra- 
ditions mythologiques ou astrologiques. 

Il y a mieux, on n'a pas pensé un instant à s'arrêter devant un 
nom peu connu sur lequel notre Livre de Zorobabel revient avec 
insistance et qui figure uniquement dans ce factum, celui du roi 
de Perse Ghirouï. C'est le Siroès des chronographes grecs, fils du 
fameux Chosroès II, célébré par les auteurs byzantins pour avoir 
rendu à Héraclius le bois de la Croix. De ce roitelet, dont le règne 
ne dura que quelques mois, on sait peu de choses. Il monta sur le 
trône le 25 février 6^8, après avoir assassiné son père et une 
dizaine de ses frères, et tout de suite après (3 avril) demanda la 
paix à Héraclius. Il lui rendait la possession de la Palestine. 

Dans notre Apocalypse, voici le rôle de Ghirouï. C'est lui qui 
attaque et transperce de son épée le précurseur du Messie, Nehémia 
fils de Houschiel. C'est à Jérusalem qu'a lieu ce meurtre, et les 
Juifs quittent la ville pour se réfugier dans le désert. C'est le temps 
de détresse annoncé par Daniel et qui servira de prélude à l'arrivée 

1. Par exemple (vers. \{)^Rehobot est traduit par Platea, comme si plalea était uu 
jiom propre. 



L'APOCALYPSE DE ZOttOBABEL 11* 

du véritable Messie, le Messie fils de David. D'après certaines recen- 
sions de l'opuscule, Chirouï est condamné à périr ensuite de la 
main de la mère de Nehémia, Hefsi Bah. 

Plus loin le nom du roi de Perse revient dans une sorte de 
résumé des événements : « Il y aura trois guerres dans le pays 
d'Israël, la première, que fera Hefsi Bah à Chirouï, roi de Perse... » 

Enfin, dans un morceau final, très obscur d'ailleurs, il est dit 
que dix rois païens seront contemporains du Messie, mais qu'ils ré- 
gneront quelques mois seulement; le neuvième sera Chirouï, et le 
dixième Armilus. 

Nous ne relèverons pas pour l'instant l'incohérence de ces don- 
nées ; nous constaterons seulement que Chirouï précède immé- 
diatement l'avènement du Messie. 

Or, est-il vraisemblable qu'un Juif italien du xi° siècle ait connu 
ce roi de Perse, dont aucun écrit juif ne soupçonne l'existence, et 
que, le connaissant par un miracle, il se soit avisé de lui assigner 
un tel emploi, alors que le royaume de Perse avait disparu depuis 
quatre siècles? On ne prétendra pas que cette nationalité de l'Anté- 
christ était imposée par la théologie du temps, car, au xi e siècle 
et dans les pays chrétiens, l'Antimessie avait pour nom Armilus, 
sinon Antéchrist même. 

Il faut donc écarter délibérément l'hypothèse de Graetz. Reste, 
il est vrai, la date de 1058, qui s'expliquerait aussi mal sous la 
plume d'un Juif de Perse ou de Palestine que sous celle d'un Ita- 
lien. Mais on sait le cas qu'il faut faire de ces chiffres : les copistes 
ne se gênaient aucunement pour les corriger quand l'événement 
ne s'était pas réalisé à l'heure dite. C'est ainsi que dans une keroba 
et une kina du 9 d'Ab, le célèbre Kalir dirait que le Temple est dé- 
truit depuis plus de neuf siècles ; il aurait donc écrit ces lignes 
après l'année 968. Or, il a sûrement vécu avant le vin 9 siècle. C'est 
ce qu'avait déjà vu Zunz *. 

Il ne faut pas se laisser tromper par l'unanimité des mss. et édi- 
tions sur cette date. Cet accord /prouve seulement que toutes les 
recensions connues dérivent d'un ms. qui avait déjà cette correc- 
tion. Le fait ne doit pas plus nous étonner que l'accord de tous les 
textes sur la leçon fautive qTirn ira, au lieu de tpinn rra, et de 
pvarj ûip», pour pnnpn aip» 2 . 

1. Literaturgeschichte, p. 603. 

2. Le ms. de la Bibliothèque Nationale de Paris, n° 326, écrit entre 1160 et 1180, qui 
est un résumé de l'Apocalypse de Zorobabel, porte (t'° 70 a) que la guerre menée contre 
Armilus aura lieu 45 ans après la naissance de Hefsi Bah, qui a eu lieu en 1290. C'est 
une autre façon de tourner la difficulté : ne voulant pas corriger le texte du Zorobabel. 
l'abréviateur a eu recours aux chiffres de Daniel. 



112 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Si la critique de l'opinion reçue était, en somme, tâche très 
facile, la pars œdiflcans le sera moins. On devine, en effet, que 
l'importance attribuée à Chirouï est la clé du problème, mais quand 
on serre la question de près, l'embarras reste grand, comme on va 
le voir. 

Si ce roi d'un jour est encore vivant lors de la rédaction du Livre 
de Zorobabel, la date n'est pas douteuse, c'est Tannée 628-629, 
et la patrie non plus, c'est la Palestine. Chirouï aurait été pris 
pour l'Antimessie parce que son avènement aurait inspiré aux 
Juifs de ce pays les craintes les plus vives. En assassinant son 
père, il semblait vouloir rompre avec la politique de celui-ci, et, 
effectivement, il s'empressa de traiter avec Héraclius. 

La situation des Juifs de Palestine était détestable depuis que 
Phocas les avait contraints au baptême '. Que tous n'aient pas eu à 
se soumettre à cette cruelle extrémité, c'est vraisemblable, mais 
que cette mesure ait exaspéré les Juifs, on n'en saurait douter. En 
608, sous le même empereur, les Samaritains eux-mêmes ne crai- 
gnirent pas de prendre les armes et de se jeter sur les chrétiens, 
qu'ils exterminèrent par le fer et par le feu. 

La déclaration de guerre de Chosroès II à Héraclius dut être 
accueillie avec joie parles persécutés. Aussi quand, en 614, l'armée 
perse envahit la Palestine, elle vit accourir, en descendant du 
Liban, les populations juives de Tibériade, des montagnes de Gali- 
lée et de Nazareth. Rien n'atteste que ces Juifs aient pris les armes 
et se soient joints aux troupes perses. S'il en eût été ainsi, les 
chroniqueurs chrétiens ne se seraient pas fait faute de le noter. 
En revanche, ces écrivains les accusent formellement d'une ven- 
geance atroce exercée lors de la prise de Jérusalem en 616. Non 
satisfaits encore d'avoir assisté au massacre de 90.000 chrétiens, 
ces ennemis du Christ auraient acheté des Perses leurs prison- 
niers, pour les mettre à mort. Les sources persanes mention- 
nent, il est vrai, un massacre de chrétiens à Jérusalem, mais, plus 
modérées et vraisemblablement plus voisines de la vérité, elles 
fixent le nombre des victimes à 3.000. Par contre, elles ne savent 
rien du rachat des prisonniers chrétiens. 

Les conquérants accordèrent-ils l'autonomie aux Juifs qui s'é- 
taient ralliés à leur cause? Graetz, qui sans l'ombre d'une preuve, 
imagine que les Juifs seraient devenus maîtres de la Palestine 

1. Voir, pour cette histoire, Lebeau, Histoire du lias-Empire, avec additions de 
Saint-Martin, livre LVIl ; et eu dernier lieu, S. Krauss, Sludien zur Byzantin. -jùd , 
Geschichte, 1914, p. ï'2 et s. 



L'APOCALYPSE UE ZOROBABEL 113 

pendant quatorze ans, convient que les espérances juives ne se 
réalisèrent pas, que les vainqueurs ne rendirent pas à leurs alliés 
la ville de Jérusalem ni ne leur permirent de s'organiser en com- 
munautés indépendantes. Traduits en langage courant, ces mots 
signifient qu'aucun texte ne parle dune autorité quelconque lais- 
sée par les Perses aux Juifs. On ne saurait rien déduire non plus 
des représailles auxquelles se livrèrent plus lard les chrétiens : le 
ralliement des Juifs à la cause des Perses les dénonçait suffi- 
samment à la haine de leurs ennemis séculaires. 

D'après Àhoulfaradj, il y aurait eu si peu pacte entre l'armée 
conquérante et ses auxiliaires, que le général perse aurait déporté 
ceux-ci dans son pays. 

La conquête de la Palestine par Ghosroès, le massacre des chré- 
tiens à Jérusalem et surtout la prise du bois de la Croix produisi- 
rent une grosse émotion en dehors de la Palestine. Des Apocalyp- 
ses surgirent aussi bien en Ethiopie qu'en Syrie et peut-être dans 
l'empire byzantin 1 , où Chosroès faisait figure d'Antéchrist 2 . Or, 
plus ce roi devenait un épouvantai! pour les chrétiens, plus il 
avait chance de rallier les sympathies de leurs adversaires. 

L'assassinat de l'ennemi de Byzance ut donc jeter les Juifs 
dans la terreur, surtout s'ils avaient lié partie avec lui, et c'est 
dans ces circonstances que serait née l'Apocalypse de Zorobabel. 
On comprendrait du même coup pourquoi, si c'est Ghirouï qui 
joue le rôle d'Antéchrist, c'est néanmoins la Rome orientale qui est 
l'objet de la haine de l'auteur C'est elle qui avait persécuté les 
Juifs de Palestine et c'est elle qui revenait triomphante, avide de 
vengeance, peut-être même exerçant déjà des représailles. 

Mais cette hypothèse se heurte à des objections nombreuses. 

Si Ghirouï est encore en vie, comment imaginer qu'il va livrer 

1. Apocalypse d'Esdras, éd. Bae thgen, Zeitschrift f. alLt. Wissenschaft, VI (1886), 
p. 193 ; Les Sept visions de Daniel, éd. par Kalemkiar, Wiener Zeits. fur Kunde 
des Morgenlandes, VI. Band, 2. Hel't, 1892, p. 109 et suiv , qui est probablement la 
traduction arménienne d'un original grec; cf. Macler, Apocalypses apocryphes de 
Daniel, p. 59 ; Le Livre de Clément (éthiopien), Dillmann, Golt. gelehr. Nachrichten, 
1853. Selon Bousset, Antichrist, p. 73, la littérature pehlevie compterait aussi une 
apocalypse de la même époque (Sacred Books of the East, V, p. 191 et s.) : Zara- 
tustra voit un arbre à sept branches (= dynasties) ; la sixième est celle de Chosroès; 
la septième verra se produire l'invasion des démons, puis l'arrivée de l'Antéchrist. 

2. Il est surprenant que l'Apocalypse juive d'Elie assigne à Chosroès le même rôle. 
Mais cet écrit, ;iu moins dans le morceau qui y est relatif, est d'une époque tardive, 
puisqu'il donne le nom de ce roi sous la forme qu'il reçut plus tard chez les Musulmans, 
Kesra. L'auteur, qui était éloigné des événements, a recueilli simplement une tradition 
chrétienne. 

T. LXIX, N°" 137-138. 8 



4 14 RKVUH DES ETUDES JUIVES 

un assaut à un personnage mythique, le Messie (ils de Joseph, qui 
depuis plusieurs années règne sur Israël, à Jérusalem, où le culte 
antique a été restauré? Pour lutter avec un mythe, il faut être 
soi-même un mythe. Chirouï est donc passé à l'état de monarque 
ûctif ; son nom n'a plus que la valeur d'un symbole. Dira-t-on que 
ce précurseur du Messie était, en réalité, un Juif investi par Chos- 
roès d'une autorité presque souveraine, qui aurait restauré l'État 
juif? Ce serait, par exemple, le fameux Benjamin de Tibériade, 
qui semble avoir joué un rôle hors pair à celte époque. On remar- 
querait, à ce propos, que justement, d'après notre Apocalypse, le 
Messie fils de Joseph est originaire de Tibériade. où il vit d'abord 
caché, comme c'est dans cette ville qu'est déposée la baguette 
merveilleuse avec laquelle la mère de ce Messie, Hefsi Bah, fera 
jaillir le salut d'Israël. 

Mais ce serait construire sur des fictions et attribuer à ce Benja- 
min des attributs auxquels il n'a pas droit. Le propre du Messie 
précurseur, c'est de mourir; or, Benjamin de Tibériade ne périt 
pas du vivant de Chirouï, puisqu'il accepta le baptême plus tard 
des mains d'Héraclius. 

Une autre circonstance semble indiquer que le roi de Perse a 
déjà trouvé la mort. A la fin de l'Apocalypse, dans un paragraphe, 
il est vrai, très énigmatique, il est dit que le règne des dix rois 
qui se ligueront contre le Messie n'atteindra pas une durée d'une 
année. De ces dix rois, il nous en coûte de l'avouer, la plupart 
sont pour nous des inconnus. Seul, le premier peut être identifié 
avec une quasi- certitude, c'est Séleucus, fondateur d'Apamée, 
personnage assurément conventionnel pour l'auteur, puisqu'il est 
antérieur à l'ère chrétienne. Des autres, les deux derniers seuls ont 
un état civil qui ne laisse aucun doute, c'est justement Chirouï, 
puis Armilus. Que celui-ci soit condamné à perdre son empire au 
bout de neuf mois, c'est ce que dit en propres termes notre opus- 
cule et c'est ce qu'imposait une tradition messianique : Armilus, 
c'est Rome, et Borne doit étendre son empire sur le monde pen- 
dant les neuf mois qui précéderont le triomphe du Messie. Comme 
nous l'avons déjà dit, Chirouï n'est resté sur le trône que quelques 
mois. Or, comme il est le dernier roi mentionné et le seul identifia- 
ble, il est vraisemblable que c'est lui que vise particulièrement le 
détail, autrement inexplicable, qu'on vient de voir. 

Chirouï n'est donc plus qu'un être de raison, et tout appui man- 
que pour fixer l'âge de notre Apocalypse. 

On pourra même ajouter que, si notre visionnaire a grossi à ce 



L'APOCALYPSE \)K ZOKOUABEL Il5 

point l'importance de ce pauvre roi d'un jour, il faut qu'il ne l'ait 
pas connu lui-môme ni su grand chose de sa vie. 

Seulement, son ignorance même est instructive ; elle n'est pas 
celle d'un Juif quelconque écrivant à une époque quelconque en 
s'abandonnant à son imagination : il sait le nom d'un roi de Perse 
très peu connu, il sait aussi que ce roi a succombé peu de mois 
après son avènement, enfin, et surtout, il ignore que l'Etat perse a 
été détruit par les Arabes quelques années seulement après Clii- 
rouï. C'est donc un Juif vivant dans une région dont le sort est lié 
à celui de la Perse et dans le court espace de temps qui sépare la 
mort de Ghirouï (629) de celle de la ruine de son empire (652). 
C'est d'ailleurs dans cette môme période qu'on a pu croire à la 
puissance de l'empereur d'Orient : dès 636, Omar avait chassé les 
Grecs de la Palestine et de la Syrie. Conclusion : le Livre de Zoro- 
babel a été écrit en Palestine entre 629 et 636. 

CARACTÈRE COMPOSITE DE L'OPUSCULE. 

On peut ajouter que, sous sa forme présente, notre Apocalypse 
est peut-être le remaniement d'un original où les difficultés qui 
nous ont arrêtés n'existaient pas encore. Cette conjecture est forti- 
fiée par le spectacle de l'incohérence qui règne dans notre écrit. 
Ce défaut, il est vrai, est comme une loi du genre; mais ici il 
dépasse vraiment la mesure. 

Essayons, en effet, de tracer le scénario du drame que raconte 
notre fiction. 

Premier tableau : Hefsi Bah, mère du Messie, fils de David, alias 
Menahem, détentrice de la verge du salut, met à mort, au troisième 
mois, les rois du Yémen et d'Antioche, dont les crimes ne sont pas 
révélés. 

°2 e tableau : cinq ans après, arrivée du Messie, fils de Joseph, ou 
Nehémia, qui restaure l'Etat juif et rétablit le culte des sacrifices 
à Jérusalem. 

3" tableau : la 5 e année de son avènement, Nehémia est attaqué 
par Ghirouï, qui le perce de son épée, dans la ville de Sion, le 6 du 
mois d'Ab. A la suite de cette défaite, les Juifs s'enfuient dans le 
désert, où, pendant 41 jours, ils se nourrissent de plantes sauvages 
en pleurant leur chef, dont le cadavre est resté exposé devant 
Jérusalem. 

Ce tableau n'est pas le même dans certaines recensions. Dans 
celles-ci, la 6 e année de l'avènement de Nehémia, Hefsi Bah appa- 



116 REVUE DUS ETUDES JUIVES 

raît sans doute après la mort de ce dernier, et frappe d'aveugle- 
ment ses ennemis, qui s'entretuent. 

4 e tableau, auquel passe l'auteur par une transition bizarre. Là 
c'est Armilus qui prend la place de Chirouï. Ce fils d'une vierge et 
dn Diable, après la conquête du monde, s'attaque, avec le concours 
de dix rois, aux Israélites, les met en déroute et fait périr Neliémia. 
A la suite de ce revers, les Juifs se réfugient dans le désert, où ils 
pleurent Nehémia pendant 41 jours. Durant ce temps, Hefsi Bah 
monte la garde à la porte orientale de Jérusalem, interdisant aux 
méchants d'y entrer. 

Il est visible que ce tableau est une variante du précédent, que 
l'auteur a soudé à l'autre, mais qui atteste une autre tradition. 

5 e tableau : apparition du véritable Messie, Menahem, dans la 
vallée d'Arbel, le J4 Nissan. Il se présente aux rabbins, qui sont 
restés en petit nombre après les massacres commandés par Armi- 
lus; beaucoup d'entre eux ne veulent pas croire à sa mission. Mais 
avec l'aide de Hefsi Bah, Menahem ressuscite Neliémia, ce qui 
atteste son caractère messianique. Le 21 Nissan (anniversaire du 
passage de la mer Rouge) se produit la résurrection des morts qui 
ont péri dans les flots (parallèle à la mort des Egyptiens dans la 
mer). A ces grands événements en succèdent d'autres qui s'éche- 
lonnent sur les mois d'Iyar, Sivan et Tammouz. Dieu fait périr 
tous les ennemis d'Israël, et le Messie, du souffle de sa bouche, 
met à mort Armilus. 

Ce scénario fait bon marché de la date qu'on a lue plus haut. Du 
(i Abau 14 Nissan, il y a plus de sept mois; comment n'y a-t-il que 
45 jours entre la mort du premier Messie et l'arrivée du second? 

Mais passons. 

On croit que maintenant va s'ouvrir l'ère messianique propre- 
ment dite. Ici encore l'auteur révèle son embarras en énumérant 
les trois guerres qui doivent se produire. La première est celle qui 
mettra en lutte Chirouï et Hefsi Bab, la seconde sera faite par 
Dieu et Menahem à Armilus et à ses dix rois; la troisième aura 
pour théâtre Séla Haélef : Nehémia, assisté de Zorobabel, com- 
battra un ennemi anonyme au mois d'Ab. Alors, dans le même 
mois qu'on a pleuré Nehémia, commenceront vraiment les temps 
messianiques, les sacrifices seront rétablis, du ciel descendra une 
Jérusalem nouvelle, et les Juifs reviendront à Sion. 

La gageure n'a pas pris lin : voici que, sans la moindre transition, 
apparaît un morceau qui a l'air d'une récapitulation. Mais, tandis 
que la 5 année dont il a été d'abord question est celle qui suit 



L'APOCALYPSE DE ZOROBABEL 117 

L'arrivée de Hefsi Bah, ici c'est la 5 e année de la fameuse semaine 
d'années qui précédera l'avènement de L'ère messianique. En cette 
5 e année se présentera Nehémia; en la 6 e , Hefsi Bah mettra à mort 
les rois duYémen et d'Antioche; en la 7% apparaîtra le vrai Messie, 
Menahem. Alors se lèveront dix rois païens, dont aucun ne régnera 
une année entière et dont le neuvième sera Chirouï et le dixième 
Armilus. 

Nous n'essaierons pas d'identifier tous ces dix rois, à part Séleu- 
cus et Chirouï, qui ne sont certainement pas contemporains. Nous 
constaterons seulement que cette fois ni Chirouï, ni Armilus ne 
combattent Nehémia, mais ont pris les armes contre Menahem. 
Armilus engage la lutte, dans la vallée d'Arhel, contre les rois de 
Kédar et de Kédem, dont il n'a jamais été question, accomplissant 
des exploits inédits, qui, pour la plupart, sont des énigmes. C'est 
alors que se produit la détresse de quarante jours, laquelle plus 
haut suivait la mort de Nehémia. 

Enfin commence le règne des saints, qui clôt cet étrange scénario. 

Il paraît invraisemblable qu'un auteur, si halluciné qu'il fût, ait 
imaginé un pareil imbroglio. Visiblement il s'est borné à amal- 
gamer du mieux qu'il a pu, en trahissant parfois son embarras, 
plusieurs prophéties apparentées. La diversité d'origine de ces 
morceaux rapportés se reconnaît, entre autres, à la place qu'occupe 
l'épisode des quarante-cinq jours de détresse, élément obligé du 
drame messianique. 

Ces pièces disparates peuvent se classer chronologiquement. 
C'est évidemment la dernière, la plus énigmatique, qui est la plus 
ancienne. Elle est l'œuvre d'un contemporain de la mort de 
Chirouï et du triomphe d'Héraclius : Armilus, en effet, c'est l'em- 
pereur de Byzance, qui a soumis le monde, mais qui va bientôt 
succomber sous les coups du Messie. 

En relation avec cette vision est le premier morceau, qui nomme 
Chirouï, mais ne sait déjà plus rien de lui. 

Au compilateur, auteur du texte actuel de l'Apocalypse, il faut 
laisser les soudures des pièces rapportées et surtout l'introduction. 
Or celle-ci nous transporte aussi à Byzance, où se cache le Messie, 
qui attend son heure. Comme l'écrivain est certainementPalestînien, 
et qu'après l'année 63fi, le Bas-Empire n'avait plus qu'un intérêt his- 
torique pour un Juif de ce pays, il n'est pas douteux qu'il est posté- 
rieur de peu aux textes qu'il a assemblés et qui parlent de Chirouï ' . 

1. Notre hypothèse relative à l'étymologie grecque que l'auteur donne du nom d'Ar- 
milus, si elle était fondée, corroborerait ces conclusions. (Voir t. LXVIII, p. 152, note 6). 



I \H REVUE DES ETUDES JUIVES 



LE SEFER ZOROBABEL ET LE KALIR. 

Aux indices internes que nous venons de relever doit s'ajouter 
le témoignage d'un écrivain antérieur au vm e siècle, qui atteste, 
en tout cas, que notre opuscule n'a pas dépassa cette époque, c'est 
celui du célèbre Kalir. Une poésie de celui-ci est en rapports étroits 
avec le S. Zorobabel, c'est celle qui se récite au jeûne du 9 d'Ab et 
qui fait partie du Rituel de Romagne. Elle se lit, entre autres, dans 
le Mahzor de Romania, imprimé à Casai Maggiore, en 1486. 

Znnz avait reconnu la parenté des deux productions, et, avec 
son flair habituel, il avait attribué au Livre de Zorobabel la priorité'. 
Son affirmation a été passée sous silence par Graelz et ses émules, 
non par dédain, sans doute, mais probablement parce que, comme 
à son ordinaire, péchant par excès de sobriété, Zunz s'était borné 
à noter quelques points de ressemblance entre les deux écrits, 
sans même indiquer exactement la pièce du Kalir à laquelle il se 
référait. La comparaison ébauchée par lui, nous allons la reprendre 
avec plus de chances de succès, disposant maintenant d'un texte 
plus sûr du S. Zorobabel. 

Kalir décrit les événements qui accompagneront l'avènement du 
Messie, en les répartissant entre les douze mois de l'année. 

Le 14 du premier mois, qui est Nissan, Menahem h. Ammiel 
apparaîtra soudain dans la vallée d'Arbel, revêtu de l'habit de 
vengeance. 

Le deuxième mois, qui est Iyar, les gens de Goré remonteront 
en présence des tribus; les bannières d'Asaf se déploieront des 
plaines de Moab au torrent de Ghittim. 

Le troisième mois, qui est Sivan, ressusciteront ceux qui sont 
morts dans le désert. En ce même mois il y aura un grand trem- 
blement de terre 

Le quatrième mois, qui est Tammouz, s'exercera la colère Un 
roi hostile à Dieu se montrera, et peu d'Israélites seront sauvés. 

Dans le cinquième mois, qui est Ab, Dieu revêtira les habits de 
vengeance; le mont des Oliviers se fendra sous sa colère, et le 
Messie apparaîtra dans toute sa grandeur. 

Le sixième mois, qui est Eloul, le fils de Schealtiel proclamera le 
triomphe du droit, Michael et Gabriel descendront pour exercer la 

1. Synag. Poésie, p. .51. 



L'APOCALYPSE DE ZOROUABEL 119 

vengeance divine et ne laisseront en vie aucun des ennemis 
d'Israël. 

Le septième mois, qui est Tischri, i! y aura un grand tumulte de 
nations qui comploteront la ruine de la nation juive. 

Le huitième mois, qui est Marliesvan, une tourmente sévira lors 
du premier exil d'Israël, qui se réfugiera dans le désert. 

Le neuvième mois, qui est Kislev, subitement du ciel descendra 
une épée, le sang des païens coulera à flots, et les morts ressusci- 
teront. 

Le dixième mois, qui est Tébet, les sentinelles pousseront des 
cris de terreur; une famine commencera qui durera quarante-cinq 
jours. 

Le onzième mois, qui est Schebat, 190.000 soldats et cent mille 
porteurs de sinon engageront la quatrième guerre à Séla Haélef, 
et là chaque homme en fera fuir mille. 

Le douzième mois, qui est Adar, dans Jérusalem rebâtie, Elie, 
Menahem et Nehémia fleuriront. 

Qu'on confronte ce résumé avec le texte du S. Zorobabel 
(t. LXVIII, p. 155-156), et l'on ne pourra pas douter des liens qui 
unissent les deux textes. 

La succession des événements y est la même, au moins pour les 
premiers mois. C'est le 14 Nissan que soudainement apparaît 
Menahem b. Ammiel dans la vallée d'Arbel; le Messie endosse les 
vêtements de vengeance, comme il est dit dans Isaïe, dont les 
Lermes sont reproduits par le Kalir aussi. Le deuxième mois, la 
bande de Coré ressuscite dans les parages de Jéricho et du torrent 
de Chittim. Au troisième, se place la résurrection des Israélites 
morts dans le désert; de grands bouleversements terrestres accom- 
pagnent ce prodige. Pour Tammouz et Ab l'accord cesse en partie. 

Non seulement ces épisodes se suivent dans le même ordre, 
mais ils offrent des particularités qui ne se retrouvent que dans 
ces deux écrits, tels le lieu de l'apparition du Messie, le rôle de 
Zorobabel fils de Schealtiel dans le dernier acte, la lutte finale à 
Séla Haélef. 

Il y a mieux, certains passages sont absolument identiques : 

hacay la ûn273 dt> "na* rwa-iaw p*a ©nn ton "pto&nn ranm 

tunV» ûpî ■''roi . . . b31tf n*p3 &03^ ûinpd 
cf. t. LXVIII, p. 138, lignes 2-3 et 9 ; 

mp m? nb*n . . . -p\^ unn tm ^îon umm 
cf. p 139, 1. 2; 



120 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

cf. p. 139. 1. 8; 

qbs t\ny nna û;zn qbi*n ybsta... qb** ttfira Tmro oiabai 
cf. p. 140, 1 3. 

La concordance, il est vrai, s'interrompt brusquement; tandis 
que le Kalir remplit les douze mois d'une série d'épisodes, le Livre 
de Zorobabel s'arrête court après le mois d'Ab. 

Mais l'auteur de l'opuscule avait ses raisons pour mettre en cet 
endroit le trait final, et le Kalir, pour ne pas s'en être avisé, s'est 
condamné à une véritable logomachie Si l'Apocalypse clôt son 
récit au mois d'Ab, c'est parce que ce mois, ayant élé celui de la 
destruction du Temple doit être celui de sa restauration, sous 
l'égide du Messie. Le Kalir, fidèle à son esprit scolastique, s'est 
amusé à remplir l'année entière des différents actes du drame 
messianique. Mais pour cela il a été obligé de déranger l'ordre des 
événements, plaçant, par exemple, la famine de quarante-cinq 
jours après l'arrivée du Messie, alors qu'elle doit nécessairement 
lui être antérieure; la résurrection générale a lieu au 9" mois, 
longtemps après celle de Goré et de la génération du désert, etc. 

La contre-épreuve ne sera pas moins concluante : l'Apocalypse 
ne peut pas avoir utilisé le Kalir. Et d'abord pour cette raison 
péremptoire que, s'inspirant d'un texte poétique, l'auteur, même 
avec la plus ferme intention de démarquer l'original, n'aurait pas 
manqué de conserver telle ou telle expression propre au vocabu- 
laire du Kalir ou même des rimes. Or, il n'en est rien. En outre, les 
variantes qu'on remarque entre les deux compositions attestent 
toujours l'originalité du S. Zorobabel. Ainsi celui-ci parle du 
scepticisme des docteurs d'Israël qui ne veulent pas croire au 
Messie. Ce n'est sûrement pas une invention de l'auteur, imaginée 
après coup pour compléter le livret du Kalir. Au contraire, on 
s'explique que, par respect pour les rabbins, le poète ait écarté ce 
trait. 

D'autres indices conduisent à la même conclusion; en voici un 
qui paraît décisif. A propos de la résurrection de la séquelle de 
Goré, l'Apocalypse dit : ûTnpn b:n cpai « Moïse ralliera le dra- 
peau [la légion] des gens de Coré ». A ces mots correspondent 
dans la poésie du Kalir û^tûipra Tir Ep« ^bn « les bannières d'Asaf 
(= les Lévites; seront déployées ». Il y a sûrement un rapport de 
filiation entre bn tpsn et tio» *b*X mais incontestablement c'est la 
leçon de notre opuscule qui est le mieux en situation; le Kalir ou 



L'APOCALYPSE DE ZOKOBABEL 121 

s'est plu à jouer sur le mot tp«, ou, par une inadvertance étrange, 
Fa mal compris 

Il n'est donc pas douteux que le Livre de Zorobabel est antérieur 
au Kalir, c'est-à-dire an vm e siècle. 

Mais, notre écrit étant l'ait de pièces et de morceaux, est-ce la 
rédaction dernière on telle partie seulement que possédait le 
poète? La question n'est pas oiseuse, car justement c'est seulement 
la deuxième petite apocalypse qu'il utilise. 

Qu'on ne s'arrête pas à ce détail, qui s'explique sans peine : 
on connaît le faible du Kalir pour les descriptions qui ont pour 
cadre le calendrier; or il était servi à souhait par ce tableau ; il s'y 
est tenu. 

(A suivre.) 

Israël Lévi. 



LES MORTS 

ET L'AVÈNEMENT DE L'ÈRE MESSIANIQUE 



Yohanan, rabbin palestinien du 111 e siècle, paraphrase ainsi Isaïe, 
21, 11-12 : « Paroles de Douma, préposé aux esprits des défunts : 
Les âmes me demandèrent au sujet de Séir : que dit le Gardien 
[Dieu] de la durée de la nuit? — Le Gardien dit que le matin vient, 
mais aussi la nuit. Si vous désirez [être sauvés], priez, repentez- 
vous et vous serez exaucés '. » 

Cette interprétation s'éclaire quand on la rapproche d'une autre, 
plus ancienne, qu'a conservée le Talmud palestinien 2 : « Israël dit 
à Isaïe : Notre maître, Isaïe, que sortira-t il pour nous de cette 
nuit? —Attendez que j'aie consulté [Dieu]. — Quand le prophète 
fut de retour, le peuple lui demanda : Qu'a dit le Gardien éternel? 
— Le Gardien a répondu : Le matin arrive et aussi la nuit. — La 
nuit aussi! - Oui, mais non comme vous l'entendez : le matin poul- 
ies justes, et la nuit pour les méchants; le matin pour Israël, et la 
nuit pour les nations. — Et quand sera-ce? — Quand vous le 
voudrez, il le voudra. —Qu'est-ce donc qui l'arrête? — Que vous 
ayez fait pénitence :{ . » 

Ici, c'est Israël qui, en ce monde, interroge le prophète; là, ce 
sont les morts qui interpellent Douma, leur gardien. Mais dans 

1. Sanhédrin, 94a. Traduction ordinaire : « Oracle contre Douma lEdom). Une 
voix crie vers moi de Séir : Guetteur, où en est la nuit? Qu'en est-il de la nuit, 
guetteur? Le guetteur répond : Le matin vient et aussi la nuit. Si vous voulez 
savoir [davantage], revenez. » C'est Séir-Edom qui interroge le prophète, et celui-ci 
sait que sa réponse ne satisfera pas la curiosité du peuple qui le consulte. 

2. Taanit, 64 a. 

3. D'après le contexte, l'auteur de ce commentaire serait Scliimon b. Yoliai ; mais 
Mechilta, sur Exode, 12, 51, et Sifrè, 1, 84, rapportent une partie de ces paroles à 
Akiba, et Sifrè, I, 161, à R. Nathan. Peu importe, d'ailleurs : tous ces rabbins sont 
du II e siècle. 



LUS MORTS KT L'âVÈNEMENT DE L'ÈHti MtiSSIANlOUK 123 

l'une et l'autre paraphrase, l'objet de la demande est le même : 
quand se lèvera l'ère du salut, avec ou sans Messie? Que les vivants 
soient invités à la repentance, c'est dans l'ordre; mais que les 
morts le soient aussi, voilà une donnée qui mérite d'être signalée. 

Il est bon de voir tout d'abord comment Yohanan est arrivé à 
commenter ainsi le texte d'isaïe. 

11 est visible qu'il a pensé au Douma gardien des morts à cause 
de l'étrangeté de l'oracle. Le mot -py&n « de Séir » signifiant, 
pour lui, « à cause de Séir 1 >>, c'est-à-dire « à cause de Rome », et 
le passage voulant dire que le Messie n'apparaît pas parce que 
l'empire romain, qui doit le précéder, exerce encore sa tyrannie, 
Douma ne peut pas avoir le même sens que Séir, ce que le prédé- 
cesseur de Yohanan admettait, lisant Roma au lieu de Douma 2 . 
D'autre part, l'expression « oracle de Douma » ne saurait se tra- 
duire par « oracle contre Douma ». Force était donc de trouver un 
autre équivalent pour ce mot, unique dans l'Ecriture. Restait le 
Douma de la théologie populaire. Comme Yohanan ne prétendait 
aucunement faire œuvre de science, mais simplement appuyer su. 
un texte sacré une leçon destinée au public, il ne s'est pas interdit 
d'attribuer au prophète une notion qui lui était certainement 
étrangère. Ce postulat, que les personnages de l'Histoire Sainte 
possédaient déjà tout le savoir des rabbins, est bien connu de tous 
les lecteurs du Midrasch. 

Or, au temps de Yohanan, la notion d'un Douma préposé aux 
âmes des défunts 3 était très répandue, aussi bien en Palestine 
qu'en Babylonie. D'après Samuel, le célèbre chef d'école babylonien 
(m e siècle), c'est à Douma que sont confiés les esprits des trépassés, 
justes comme méchants, les uns étant soumis à des tortures, les 
autres jouissant du repos '. Cette opinion de Samuel est mise en 
opposition avec celle d'un rabbin palestinien du commencement 
du n e siècle, Eliézer, qui ne veut pas que justes et méchants soient 
confondus dans le même séjour; d'après lui les âmes des premiers 
sont placées en réserve sous le trône divin :i . Ce sont donc seules 
celles des méchants qui ont pour gardien Douma. 

Samuel paraît être l'interprète de la croyance judéo babylo- 

1 . C'est ce que rapporte aussi le Talmud palestinien (ibid.), qui n'a pas conservé le 
restant de son commentaire. 

■1. Comme le fait déjà R. Méir, qui affectionne ces jeux de mots (j. Taanit, 64 a). 

:S. Il faut rapprocher cette donnée de celle des anges qui gardent les justes avant la 
félicité dernière, 4 e Ezra, 7, 95. 

4. Sckabbat, 152 6: 

5. Conformément à l'interprétation traditionnelle de 1 Samuel, 25. 



124 REVUE DES ET Un ES JUIVES 

nienne. En effet, un autre texte, rapportant une conversation du 
rabbin babylonien Bibi b. Abba'i avec l'ange de la mort, fait dire à 
celui-ci : « Je remets les âmes des défunts à Douma '. » Ici, comme 
on voit, aucune distinction entre justes et méchants. Môme témoi- 
gnage fourni par la curieuse page du Talmud [Berachot, 18 b) si 
riche en renseignements sur l'eschatologie populaire des Juifs 
babyloniens. On y discute la question de savoir si les morts ont 
conscience de ce qui se passe ici-bas. Pour résoudre le problème, 
un rabbin cite l'histoire d'un trépassé qui avait appris l'arrivée 
prochaine de son fils dans l'empire des morts. A quoi on réplique : 
« C'est peut-être que Douma le lui avait fait savoir. » 

Enfin, ailleurs il est dit que Douma tourmente les âmes qui lui 
sont confiées tous les jours de la semaine excepté le sabbat, où il 
leur accorde le repos. Cette assertion se lisait dans le pseudo-dia- 
logue de Turnus Rufus et d'Akiba 2 . Si ces mots ont disparu du 
texte actuel du Talmud, comme de Bereschit Rabba, xi, l'auteur 
des Scheèltot (§ Bereschit) et, beaucoup plus tard, celui du Schib- 
boulè Haléket (p. 101), les possédaient encore dans leur exemplaire 
de ce livre. 

Dans un Midrasch, postérieur de plusieurs siècles au Talmud, 
Psaumes Babba, H 3 , Douma devient un compartiment de la 
Géhenne, comme Hadès, souverain des Enfers, désigne quelquefois 
aussi les Enfers eux-mêmes. Le même ouvrage, sans se soucier 
d'accorder cette donnée avec celle qu'on vient de lire, propose cette 
étymologie de Douma : « C'est le prince des esprits qui garde les 
âmes silencieuses, lesquelles mangent sans parler et boivent sans 
faire de bruit. » Cette étymologie est celle d'un demi-savant. En 
réalité, il n'est pas douteux que ce Douma ne soit né de Psaumes, 
tlo, 17, où « ceux qui descendent au Douma » sont mis en paral- 
lélisme avec les « morts ». 

Schorr avait cru faire merveille en dénonçant, d'après Dozy, 
l'origine arabe de ce personnage mythique ; . Il est vrai que la litté- 
rature musulmane parle d'un ange de ce nom. Motahhar ben Tahir 
el Makdisi, dans son Livre de la Création et de l'Histoire 5 , s'exprime 
ainsi : « Sofian, d'après Aban ben Taghlib, d'après un quidam, 
rapporte ceci : Je passai une fois la nuit à Barahout; il me 

1. Haguiga. 5 a. 

2. Sanhédrin, 65 b. 

3. D'après certains mss., voir l'éd. Buber 

4. Héhalouç, II. 

5. Publié et traduit par M. Huart, dans les Publications de l'Ecole des Langues 
orientales vivantes, t. Il, p. 97. 



LES MOUTS KT l/AVÈNEMENT DE L'ÈRE MESSIANIQUE 125 

sembla que les âmes des humains étaient ressuscitées et disaient : 
« Douma, ô Douma! » Or, un homme appartenant à la religion 
des Gens du Livre m'a raconté que Douma est le nom de l'ange 
préposé aux âmes des infidèles. » La même anecdote est repro- 
duite par Yakout ' et Kazwini 2 . Seulement, comme il est facile de 
le voir, ce prétendu démon arabe est tout bonnement notre Douma, 
et l'anecdote montre simplement qu'un Juif croyait à son exis- 
tence. Au surplus, le nom n'a rien d'arabe. 

Identifiant ainsi le Douma d'Isaïe avec le gardien des morts du 
même nom, Yohanan voit donc les trépassés attendant impatiem- 
ment leur délivrance, qu'amènera l'ère messianique.il va sans dire 
que ces âmes sont celles des méchants, car autrement leur repen- 
tance ne serait pas nécessaire. D'elles seules dépend leur salut. 
A serrer les termes de près, on ferait même dire à notre rabbin que 
le salut général est subordonné à leur conversion, mais ce serait 
certainement dépasser sa pensée. 

Une science mal informée déclarera une telle conception con- 
traire aux doctrines traditionnelles des Juifs. En-effet, elle ne cadre 
aucunement avec celle des pseudépigraphes, comme le livre 
d'Hénoch 3 , qui dénient aux méchants condamnés aux supplices 
éternels la faculté de se repentir. Elle ne s'accorde pas davantage 
avec celle des Tan n aï m du n° siècle qui ne font durer le séjour des 
damnés dans la Géhenne que quelques mois, douze d'après Akiba, 
suivi par Yehouda b. Hiskiya et Rabin, moins encore d'après 
Yohanan b- Nouri K Si le châtiment des méchants est si court, il 
n'y a plus place pour les plaintes qu'entend Douma et qui suppo- 
sent une attente interminable. Enfin, le dire de Yohanan ne s'op- 
pose pas moins à celui de son contemporain Simon b. Lakisch, qui 
veut que les condamnés ne se repentent jamais 5 . 

xVlais il est inutile de rappeler que la théologie rabbinique, sur- 
tout en matière d'eschatologie 6 , n'avait rien d'arrêté; elle se 
mouvait dans le domaine de la agada, où toutes les libertés se don- 
naient carrière. A cette considération générale, qui dispenserait 

i. Lex. geogr., I, p. 598. 

2. Ed. Wiistenfeld, I, p. 198. 

3. Par exemple, x, 10. 

4. Edougot, n, 10 ; Séder Olam, ni ; j. Sanhédrin, 29 b ; cf. Pesi/da de R. Cahna, 
97 6; Tanhouma, éd. Buber, I, 23; Tanhouma, Reèh ; Reieschit Rabba, xxvm. 

5. Eroubin, 19 a; cf. Sifrè, I, 112; Psaumes Rabba, lxxxiv ; Exode Rabba, vu. 

6. Seule la croyance en la résurrection est de dogme, voir Mischna Sanhédrin, xi, i, 
et encore cette affirmation reflète-t-elle la lutte entre Pharisiens et Sadducéens. 



120 REVUE DES ETUDES JUIVES 

de toute autre, 011 peut ajouter celle-ci. S'ilélait avéré que Yohauaii, 
au in e siècle, ne partage plus l'opinion du livre d'Hénoch, il ne 
faudrait pas s'en montrer surpris : les croyances des Apocryphes 
et surtout des Apocalypses n'ont pas toutes été conservées reli- 
gieusement parles rabbins; certaines même ont été délibérément 
mises à l'index par réaction contre le christianisme, qui les avait 
laites siennes '. Mais cette opinion de l'auteur d'Hénoch, comment 
môme faut-il l'interpréter ? On se trompe, croyons-nous, quand on 
prend trop à la lettre les assertions de ces œuvres de parti. 
Il faut savoir lire ces écrits à caractère polémique. Il est trop 
facile de composer un tableau des croyances d'une époque en 
réunissant tous les traits épars dans la littérature du temps. 
Mais ces traits demandent à être remis à leur place et dans leur 
cadre, et alors ils présentent une autre couleur. Ainsi, prendre les 
méchants d'Hénoch pour les méchants tout court, c'est ne pas voir 
qu'ils sont le parti des traîtres, les ennemis intérieurs, qui ne mé- 
ritent aucune pitié. Pour ceux-là, pas de pardon ; ce sont les sup- 
plices éternels qui les attendent. Sous ce rapport, les rabbins se 
sont montrés les émules de leur devancier; en môme temps que 
les écoles de Hillel et de Schammaï promettent aux pécheurs des 
grâces nouvelles infinies, elles prodiguent aux déserteurs de 
toute espèce, hérétiques et délateurs comme aux ennemis qui ont 
détruit le Temple, la menace de la rigueur implacable du Juge 
suprême 2 . 

D'autre part, quand Akiba et Yohanan b. Nouri prennent 
plaisir à raccourcir la durée de l'épreuve dans la Géhenne, ils 
obéissent à une préoccupation, c'est de justifier en quelque sorte 
leur Dieu, trop miséricordieux pour garder longtemps ligueur aux 
coupables, et ils oublient, en tenant ce langage, les conceptions, 
plus ou moins anciennes, qui assignaient aux morts, quels qu'ils 
fussent un séjour mystérieux destiné à finir seulement avec 
l'avènement du Messie ou la résurrection. 

Enfin, opposer l'exégèse de Yohanan à celle de Simon h. Lakiscb 
c'est ne pas comprendre celui-ci. En effet, pour ce rabbin, les mé- 
chants ne sont pas condamnés à laisser tout espoir à la porte de 
la Géhenne. Ce qu'il veut, lui aussi, c'est justifier la rigueur divine; 
si les coupables sont punis, c'est qu'ils s'obstinent à ne pas s'hu- 
milier ; s'ils consentaient à se repentir, ils verraient finir leurs 

1. Voir, entre autres, notre étude sur Le Péché originel dans les anciennes 
sources juives. 2* éd., p. 29. 

2. Tossef'tu Sanhédrin, un; cf. Séder Olani,m; Rosch Haschana, Hjb-lla. 



LES MORTS ET LAVÉNEMENT DE L'ÈRE MESSIANIQUE 127 

maux. Yolianan ne rompt donc pas en visière avec ses prédéces- 
seurs ou ses contemporains. 

Qu'il ait pensé à la répercussion qu'aurait la venue du Messie sur 
le sort des morts, on ne s'en étonnera pas quand on se rappellera 
la place qu'occupait dans son esprit le problème eschatologique. 
Aucun rabbin n'en a été plus obsédé 1 . On s'en étonnera encore 
moins quand on l'entendra justement déclarer que la repentance 
est la condition essentielle et suffisante de l'apparition du (Ils de 
David. Tandis que d'autres docteurs, sous l'influence du livre de 
Daniel^ voulaient que cet événement se produisît à l'heure fixée 
par la Providence, sans que la conduite des hommes pût en hâter 
ou en retarder la date, Yohanan, fidèle à une tradition ancienne, 
attestée par les Evangiles non moins que par nombre de rabbins, 
disait que le salut serait l'œuvre du repentir 2 . 

Cette repentance, il en étend la faculté et l'eflicacité aux morts, 
voilà toute son originalité, et il ne lui fallait pas un grand effort 
pour arriver à cette conception. 

On dira peut-être qu'il a franchi ce pas pour avoir eu connais- 
sance de l'article du Symbole des Apôtres qui parle de la descente 
de Jésus aux Enfers. On ne saurait nier, en effet, l'air de famille 
qui unit son interprétation d'Isaïe à celte croyance chrétienne. Ce 
dogme, comme on le sait, n'a pas laissé d'embarrasser les Pères 
de l'Eglise : la prédication de Jésus aux morts était-elle une 
réplique à l'évangélisation des vivants, afin que ceux-ci n'eussent 
pas d'avantages sur ceux-là, et ceux qui étaient ainsi appelés à la 
repentance étaient-ils seulement les justes d'Israël qui avaient 
vécu avant la Nouvelle Alliance, ou les justes en général, ou 
même les méchants comme les bons? Ces diverses solutions ont 
été soutenues dès le 111 e siècle 3 . C'est évidemment de la dernière 
que se rapproche le plus le dire de Yohanan. 

Pour croire à une réaction du christianisme sur la pensée de 
Yolianan, il faudrait ne pas se rendre compte de la marche suivie 
par l'imagination de ce rabbin. 11 est bon de se rappeler que nous 
avons affaire ici à un interprète de l'Ecriture visant à l'édification 
des fidèles plus encore qu'à l'intelligence du texte. Il opère sur un 
commentaire déjà donné du passage difficile qui l'arrête. Ces quel- 
ques ligues ont été rapportées à Israël, que le prophète invite à 

1 . Bâcher a réuni tous les passages où il en parle, Agada der palâstin. Amoràer, 
1, p. 333. 11 est étonnant qu'il ait passé justement celui qui fait l'objet de cette étude. 

2. Exode Rabba, 25. 

3. Voir Jean Monuier, La Descente aux Enfers, Paris, 1904. 



12i< REVUE DES ETUDES JUIVES 

revenir à Dion. Mais, connue nous Pavons déjà dit, aux yeux de 
notre rabbin, celte interprétation ifest pas satisfaisante, parce 
qu'elle ne rend pas compte du mot Douma. Yohanan s'approprie 
lidée que les derniers mois du prophète sont une invite à la repen- 
taoce, mais, se souvenant de l'existence d'un gardien des morts 
nommé Douma, il se tire de difficulté en identifiant ce personnage 
avec le Douma d'Israël. Mais il allait de soi que ceux qui interro- 
geaient le fils d'Amos ne pouvaient être que les trépassés. Yohanan, 
arrivé à ce point, devait-il être arrêté par le dogme de l'éternité 
des peines? Nous avons vu qu'il n'avait pas à renverser un pareil 
obstacle. 

La pensée de notre rabbin se suffit donc à elle-même et n'a pas 
besoin pour s'expliquer d'être un emprunt au Symbole chrétien. 

L'air de famille qu'on a remarqué atteste seulement que la théo- 
logie chrétienne sur ce point aussi s'est élaborée dans un cercle 
d'idées qui y était favorable; repentance et accession des damnés 
aux félicités futures, liées à l'avènement de l'ère messianique, 
répondaient à des préoccupations qui avaient cours aussi bien 
parmi les rabbins que parmi les fondateurs du christianisme. 

C'est dans cette mesure que notre texte peut être utilisé pour 
l'histoire du dogme de la descente de Jésus aux Enfers, et c'est ce 
que nous avons voulu particulièrement montrer. 

Israël Lévi. 



OBADIA LE PROSÉLYTE 



Le fragment de ma collection fins. 3008 6) que je publie ici tire 
son intérêt de ce qu'il se rapporte à un personnage nommé 
« Obadia le prosélyte ». 

L'épisode rapporté dans ce texte se passe dix-neuf ans après la 
conversion d'Obadia au judaïsme. Il se rend (de Perse?) en Egypte 
par Damas et, à Dan (Banias), qui est à mi-chemin entre Damas et 
Tyr, il rencontre un certain Salomon, prôtre, et faisant partie 
des « Baalê ha-Mikrà ». Ce Salomon prédit la rédemption d'Israël 
dans l'espace de quelques semaines. Obadia lui demande comment 
il le sait. Il répond que c'est lui le Messie. Obadia semble le croire 
sur parole et se borne à remarquer que, depuis dix-neuf ans qu'il 
est juif, il a cru qu'Israël attendait la rédemption par l'organe d'un 
Messie de la postérité de David, et non d'Aaron. Salomon poursuit 
en décrivant son génie de vie : sa nourriture consiste exclusive- 
ment en fruits et en lait ; il se passe complètement de viande et 
même de pain et d'eau. Il invile Obadia à se rendre avec lui a 
Jérusalem; mais ils se quittent à Tyr, Obadia promettant de lui 
amener à Jérusalem les Juifs d'Egypte 

Notre fragment offre quelques points de ressemblance avec le 
document sadokite publié par feu Scheehter. L'un et l'autre nous 
reportent à Damas; l'un et l'autre décrivent un Messie qui est un 
descendant d'Aaron, et non de David. L'un et l'autre sont opposés 
à l'usage de la viande et de l'eau (quoique dans le document sado- 
kite l'eau ne soit défendue que le samedi). L'écriture et le style ne 
sont pas non plus différents ; comparer, par exemple, l'expression 
rrrnn 15*3 avec n^nnn ^r&n. 

Je maintiens l'opinion que j'ai exprimée dans une lettre adressée 
en décembre 1910 à YAthenaenm (publiée dans le numéro du 
4 février 1911), en disant que le texte de Scbecliler « pourrait avoir 
formé une partie du code d'une secte peut-être absorbée par les 
Garaïtes» . Notre fragment semble se rapporter à une secte sem- 
blable. Je le considérerais donc comme un extrait d'une chronique 
.éclaire ou hérétique du début du viu* siècle. 

T. l.XIX. îtMST- 13a. M 



130 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Et j'identifierais le héros de ce texte avec Aboû-Isâ dlspahan, 
connu sous le nom d'Obadia et qui florissait sous Abd-el-Mélik 
il)ii Merwân, donc pas plus tard que 705 *. La principale difficulté 
de cette identification est que je ne puis donner aucune preuve, à 
part son nom d'Obadia, pour établir qu'il était un prosélyte. 
Sbarastâni dit quObadia était seulement un nom supplémentaire 
et que son vrai nom était Isaac b. Jacob. — A part cela, le peu que 
nous savons des événements de la vie d'Aboû-Isâ n'est pas en 
désaccord avec l'histoire racontée dans notre fragment. Originaire 
dlspahan et tué ou mort en Perse, il a pu s'être rendu à Damas, en 
Egypte et à Jérusalem. Kirkisâni écrit qu'une vingtaine seulement 
de ses partisans vivent à Damas 2 , et ailleurs que les rabbanites se 
mariaient de son temps avec eux. Le môme Kirkisâni et Sbaras- 
tâni disent qu'il prétendait être le prophète du Messie, mais non le 
Messie lui-même. 

Un Obadia le prosélyte est mentionné dans une lettre d'intro- 
duction adressée par Rabbénou Baruch b. Isaac en sa laveur. 
Ce texte est un fragment de la Gueniza 3 ; il a été publié par 
Wertheimer \ mais l'éditeur a laissé de côté une page de l'ori- 
ginal ! 

M. Marmorstein m'a signalé une allusion à un Obadia encore 
plus ancien que le nôtre. Elle se trouve dans un texte publié par 
Neubauer 5 . Il s'agit de Samuel ibn Abbas : Wiaw hy iiDaa anai 
rninn n« ib uj-pb firaan "»r*a )n Katabi mxn i7:rra wa TOnioaiD . 
Ce texte est corrompu ; Neubauer l'a laissé sans traduction. 
Mais Mahomet est trop ancien pour notre héros 7 . 

Au sujet du nom d'Obadia donné à un prosélyte, je dois men- 
tionner un passage remarquable de YHhtoire de R. Josué b. 
Lévi 8 : yiy pa asm *'n ^bn ...Mï-paa bN-iur ^ari *py pa û^a B* 1 dk 

1. Voir la note d'Harkavy dans la traduction hébraïque de Graetz, III, 150-2. 

2. Bâcher, /. Q. R., VII, 691 et 700. Mon ms. 2594 contient un fragment du 3NPD 
"1N13N5M de Kirkisâni traitant d'Ahoù-lsà. 

3. Ms. Bodl. 2873 1 . 

4. D^boiT nsa (1880). 

5. Revue, V, 54. 

6. [Il faut peut-être lire DN73 "J3 1727173, qualification de Mahomet, voir Revue, 
XXI, 252.] 

7. Voir cependant Schreiner, Xotes sur les Juifs dans l'Islam [R. E. ./.. XXIX. 
207), où Ahd-al-Kàhir al Bagdad i (ms. Berlin 2800) dit des Isawiyya qu'ils croient que 
Mahomet avait une mission pour les gentils. 

8. "»ib "|3 ^'yDin"' 'm TWyn, daus Jellinek, Béé ha-Midrasch, II, 49, et dans Eisen- 
stein, Oçar Midraschim, p. 211, où il cil-.' ce texte sous le titre "^b "J3 3HDirP '") riJM 
d'après le ms min de Joseph ibn Yahya, et renvoie à Sanhédrin, 39, et Vayikra 
Rabba, 18, pour l'origine païenne du prophète Ohadia. 



OBADIA LE PROSÉLYTE iâi 

nt-hd p^an mm* ra* ...tsrpbâtta nn^anai» bN-ns-a;» D"na m or:ai^ 
D372^ -t no -1 '^ omDT ^«3 Drrby mstoîq, Ici le prophète Obadia 
occupe le premier compartiment du paradis, parce qu'il a été un 
prosélyte par conviction. Ibn Ezra, sur le premier verset d'Oba- 
dia, dit du prophète : vun a«n« ny rrnw maw wna b"n ryi 
1 mn imiN na mai* *3 iitt». Il ne semble pas qu'à l'époque 
talmudique l'usage ait existé d'appeler les prosélytes de ce nom. 
Le converti conserve généralement son nom ou reçoit un nom 
aristocratique comme Juda; seulement ou lui donne comme père 
le patriarche Abraham. Mais il se peut qu'après Mahomet, qui 
était aussi fils d'Abraham, la coutume soit Bée de subslituer à 
i:"3« Dmas p le nom d'Obadia. C'est ainsi que le premier roi 
Khazare qui ait été vraiment juif fut le Khagan Obadiah, au 
vm e siècle (onze générations avant 960) et le nom revient dans 
la famille royale des Khazares. 

Quant au pseudo-Messie Salomon, je n'ai même pas pu tenter 
la moindre identification. 11 est présenté comme faisant partie des 
Baalè-Mikrâ. La première idée qui vient à l'esprit est que cVsl un 
Caraïte. S'il en élait ainsi, notre identification d'Obadia avec Aboù- 
ïsà al-Ispahàni tomberait, Anan étant postérieur de soixante-dix 
ans a Ïbn-Merwàn. Mais je me hasarde à suggérer que ce terme 
pourrait s'appliquer à une secte anté -caraïte, à laquelle les Ga- 
raïtes auraient peut-être emprunté leur nom. Après les excellentes 
études de Revel sur les sources de la Halacha caraïte 2 , ou concé- 
dera sans doute qu'Anan n'a pas été le fondateur original de cette 
secte, mais que le caraïsme est une « survivance sous une forme 
assez modifiée... de la tradition pré- et anlé-pharisienne ». Ces 
survivances sont troublantes pour l'historien ; mais elles sont 
aussi des traits de lumière. Nous savons, par exemple, par Origène 
que des Sadducéens vivaient au 111 e siècle en Egypte, et au 
vi e siècle encore Justinien eut à les bannir. 

Les Baalè-Mikrâ sont mentionnés dans le Talmud et dans le 
Midrasch : rroew ->byn ib« DD'Wia ,x~\pn ^byn iba ddtik (Baba Mecia, 
33 b), rmn yn m vw by »h» erfciûw m-in «b pnT 'n n^i* 
\ibicL, 31 b). Dans ces deux passages, la Tora est dépréciée, pour 
ainsi dire, comme n'étant pas suffisante par elle-même et par 
conséquent dangereuse (v. aussi Eroubin, 54 b). Hagigua, 14 a : 

1. V. Sanhédrin, 39 b, où son mérite est considéré comme supérieur à celui 
d'Abraham. 

2. J. Q. R., New Séries, II-III. 



132 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

tt:u«a ^b*a ib^ riM>tz573 6np73 ->b*a ib« prona. Dans j. tloraïoth, 48 c 
(vers la fin du traité), on lit des comparaisons de l'Ecriture de 
6op73 bya, de ma» b^a et de Tittbnîi b3>n, mais dans l'édition prin- 
ceps, il y a seulement dans chaque cas 6np73 et non anp'n brn, 
comme dans les autres éditions et dans Eccl. r., vi, 2. Dans Lév. r., 
xxxvi, 2 et dans Nombres r., vin, 10, la même expression se re- 
trouve dans des passages basés sur le Talmud. 

Les Dikdoakê ha-Teamim,éd. de Baer et Strack (p. xxxviii) con- 
tiennent cette citation de la Massora finalis : "*byi dspn TibfiWJ rsb^D 
Isk ainra nanab ûnai ^raa p no73 "p inn» 'n bilan ^b^rr ^ tnpTan 
trnsio "ppra bro, et, tôïrf., p. 55, on lit : "je^d 6np73 ^b*ab ttn. Graetz 1 
ne doutait naturellement pas que cette expression ne désignât les 
Caraïtes, et pourtant, s'il avait noté la seconde de ces citations, il 
aurait été sur ses gardes. Le fait est que M. Eppenstein 2 a prouvé 
que Ben-Ascher et les Baalê-Mikrà dont il est question dans les 
ouvrages massorétiques n'étaient pas des Caraïtes. L'auteur ano- 
nyme du commentaire des Chroniques, publié par Kirchheim et 
qui remonte au x e siècle, cite deux fois (sur 1, xi, 13 et xxvn, 2o) : 
laissa n-iEN 6np73 ■'b^m. Ici il ne peut s'agir que de Rabhanites. 

Si celte opinion est fondée, notre fragment jetterait une nouvelle 
lumière sur le mystère qui entoure le Tana de-Bê-Eliahou. Elle 
confirmerait la thèse d'après laquelle cet ouvrage aurait été écrit 
en Palestine et les discussions avec les "pan 6np73 Dm vn iras* D^ias» 
ïmn ûm auraient été engagées, comme le croyait Eriedmann, avec 
des sectaires autres que les Caraïtes. M. Eppenstein 3 a soutenu 
que le Tana de-Bê-Eliahou avait été composé en Italie parce 
qu'il suppose des rapports faciles entre juifs el chrétiens ; mais 
l'argument ne serait valable que si l'ouvrage avait été écrit après 
que les Byzantins eurent été complètement expulsés de Palestine 
par les Arabes. Au vn e et au vin* siècles, les Juifs de ce pays entre- 
tenaient de libres rapports et même des négociations diplomatiques 
avec les chrétiens aussi bien qu'avec les musulmans. Quant à la 
date, je sais bien que les manuscrits donnent 968, 971, 974, 984, 
etc., comme termini a quo, mais ces variations même montrent 
que la date était changée de temps en temps, comme dans l'élégie 
de Kalir pour le 9 Ab ; et dans l'Apocalypse de Zorobabel. 



E.-N. Adler, 



1. Monatsschrift, 1S87, p. 491 et s. 

2. Ibid., 1908, p. 609 et s. 

3. Ibid., 1911, p. 730. 

4. Elbogen, Jud. Goltesdiensf, 315. 



OBADIA LE PROSÉLYTE 133 

*rm To^bjy *aa nan ïrnayb wpn pia?ai ^îsafi* D^nayn Dai 
h]isy» naia manaw av baa û^-iayn "p 3 po» "can 
: piS7ana nan may 

ûna rrcio 
oi» -ian n^ay ay 

y^Na iCw\ p bfi* '■pm p'i:t: to T7û nan n"nay ap^i :vr n-rraa 
D^oaa bonis* *aan [nan^i bania" 

bib^N isnna ann [awa] :nan n*nay *ay "nsyn a^b^n a^ytt 
p bws 12-1173 Na nwbia teisi tnp7an "b^an b&nis^ ^373 pa 
"•sm a^iain a^aia Tiya ta pa ib« D^nrrbi nan mayb n^an 
"i^y û^bisn-n bi* mat-itfn bat: bfinia^ i?ay nfi* û"ïïib«n yap*n 
rsTn nain ny-r ["pa^a njabia b« nan n^naa? n?a&m jcnpn 
tnnn Senis^ nia» iS"<Kn "^aas* *a s—wabœ -lE&n p-n î^tin 
pnfi* y"iT7a nns "a Ty^is n:n -i7aN"»i nan n^nay p^i : 2 a v *apa7a 
■»nb« rmaa ti&« niaK ûvb n;ia misy yisn dttti pan 
nb p ...*n by nyiis* 1 û^ispa?^ '73 banis^ *o "wiaw «bi bfinis-» 
■p» nii y-iT7a mis» "m "p 53 " 1 arasn nmba T by un *a 
»bi onb ban» ^b nrabia Tû&n fp-m by ...nnan banis^ 
: nnrwi baiN ï-idn rroi ">an n-nay ton iTafim :a* , 7j nniafi* 
D"nan s^pia chnaan tsrnpia û^nhi a^iTa-i nttbia iTafin 
may ib tjpi :abn nnisai oritym mab'wn p [a"«]an û^msm 
û^-ixm b.x ^jbn b&* T»b« n»K"n n»bia ia nais-n na ib-n ni h "«a 
mban ^îaas baniS"* bai "i3n:a [rrna] iatm a^ain ^aia iy nna>73 13 
bw\ p N "^ nabis bfi* nan rrnay nacri inbcrra n^aip» 
tobiavp bws ca^n^Taa -jo« b«nw ^a na^n» ay aïONi d^iatn 
-un n^iay "]bn p ^-insi "ns b« nwbtt "yb^i :n7abia dtt«i 

mat bx 
«ia^T 

Traduction. 

... Et les Hébreux de Damas aussi nommèrent Obadia le prosélyte 
leur administrateur et il administrait les dîmes des Hébreux chaque 
semaine et ils lui donnèrent chacun selon ses moyens. 

Obadia le prosélyte quitta Damas et alla à Dan, qui est dans le pays 

1. ay iay^, cf. Mechuta, ai b •. ninn bya bira* byns niany ; Gant, rabba, 

11, 11 : i^D "in "'jDb b finiZÎ "* IlSyiS ISlin a"*^ nbfi^, et Exode rabba. xxxii, 5 : 
D**an ^W n7ay niS"iyi niSî< baia fi<"iniS S"Ifi<. Voir aussi Marx, Seder olam 
Rabba, Diss., p. 2, note 17. 

2. Cf. Malachie, III, 1, où Kimchi dit n^lSîan ^bw fi^in p"7N, et Ilwi Ezra 
prétend que c'est du Messie ben Joseph qu'il s'agit. 



134 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

d'Israël... Des enfants d'Israël parmi les pauvres et les malheureux se 
joignirent à Obadia le prosélyte. 

En ces jours, au mois d'Eloul, un cohen, d'entre les enfants d'Israël, 
des Baalè ha-Mikrà, dont le nom était Salomon, vint an cours de son 
voyage à Dan. 11 dit à Obadia le prosélyte et aux Juifs de Dan que dans 
deux mois et demi Dieu rassemblerait son peuple Israël de tons les pays 
à Jérusalem la ville sainte. 

Obadia le prosélyte demandai Salomon : « D'oîi sais-tu cela, seigneur?» 
Salomon répondit : « C'est que je suis l'homme que cherche Israël. » 
Obadia le prosélyte reprit : « J'ai entendu que tu es de la postérité d'Aaron 
le prêtre; or, il y a aujourd'hui dix-neuf ans depuis que je suis entré 
dans l'alliance du Dieu d'Israël et je n'ai pas entendu qu'Israël cherche 
(attend) le salut de la main d'un fils de Lévi, mais bien de la main d'Elie 
le prophète et du roi David le Messie, de la postérité de David, roi 
d'Israël, et maintenant. . . d'après tes paroles ». 

Et Salomon dit : « . . .Je ne mange pas de pain et ne bois pas d'eau. » 
Obadia le prosélyte lui demanda : « Que manges-tu et que bois-tu donc? » 
Salomon répondit : « Des grenades et des figues, des amandes et des 
noix, des fruits du sycomore, des dattes et des pommes des arbres et des 
bois, et je bois du lait. » 

Obadia lui dit qu'il était un prosélyte; Salomon s'en réjouit et lui dit : 
« Ne va pas en Egypte, car d'ici deux mois et demi nous serons, nous et 
tout Israël de la Dispersion, réunis à Jérusalem. » Obadia le prosélyte 
répondit à Salomon : « J'irai en Egypte et je reviendrai avec nos frères, 
les enfants d'Israël qui sont. en Egypte, à Jérusalem. » Et Salomon se tut. 

Salomon alla à Tyr et ensuite Obadia le prosélyte alla à Tyr... et 
vint... 



CATALOGUE DES ACTES 

DE 

JAIME I er , PEDRO III ET ALFONSO III 

ROIS D'ARAGON 

CONCERNANT LES JUIFS 

(1213-1291) 

(suite 4 ) 

ACTES D ALFONSO III (1285-1291) 

1846. — Alfonso III mande aux bailes de Monlblanch de contraindre 
Abraham Biona, fils de feu Vidal Biona, juif de Monlblanch, à procéder 
au partage, avec ses frères, de l'ensemble des biens laissés par le défunt, 
conformément à l'açuna ou droit hébraïque. — Saragosse, 6 janvier 1287/8. 

Reg. 74, f° 50. 

1847. — Mention de l'envoi d'une lettre royale aux Juifs de Huesca, à 
qui le roi demande une avance de 12.000 sous de Jaca en vue de l'expédi- 
tion de certaines affaires. — Saragosse, 10 janvier 1287/8. 

Reg. 68, f° 59 v°. 

1848. — Alfonso III a appris par son fidèle camérier Bernardo Escriba 
que Domingo de Berbegal lui avait remis, au nom du roi, un prêt d'ar- 
gent ayant fait l'objet d'une assignation sur le tribut des Juifs de Daroca; 
le roi mande à ses iidèles de l'aljama juive de Daroca d'acquitter le mon- 
tant du tribut de janvier entre les mains de Domingo de Berbegal. — 
Même date. 

Reg. 71, f° 112 v°. 

1. Voir Revue, t. LX, p. 161 ; t. LXl, p. 1 ; t. LX11, p. 38 ; t. LXIII, p. 245 ; t. LXIV, 
pp. 67 et 215 ; t. LXV, p. 61 ; t. LXVI, p. 252, t. LXVII, p. 53 et t. LXVIII, p. 198. 



136 REVUE DES ÉTUDES JU1VKS 

1849. — Mention de Tordre, donné à l'agent A. de Bastida, de surseoir 
jusqu'à Pâques a toute contrainte, vis à vis des Juifs d'Egea, en raison de 
la somme que Masearan devait leur réclamer. — Saragosse, 13 janvier 
1287/8. 

Reg. 74, t'° ;iï \". 

1850. — Alt'onso III a appris que Guillelmdn de Cardona avait arrêté 
récemment sur le chemin public Issach Biona, Juif de Villafranca, venu 
dans la région de Lérida pour s'occuper des affaires de noble Berenguer 
de Entença. et qu'il l'avait emmené prisonnier à Tarroja ; le roi mande à 
H. Folchôn de taire délivrer le captif sur le champ. — Lérida, 21 janvier 
1287/8. 

Reg. 74, f°58. 

1851. — Alfonso III a été informé par les Juifs de l'aljama de Lérida 
que Bigas Rinoch s'était engagé à vivre avec eux dans la cité de Lérida el, 
par suite, à contribuer chaque année à leur collecte ou tribut, mais qu'ai - 
tuellement ledit Bigas ne se souciait plus de remplir ses promesses ; le 
roi mande à son fidèle Juif Bigas lïinoch de retourner à Lérida et d'y 
reprendre son existence au milieu de ses coreligionnaires. — Même date. 

Reg. 76, P 4. 

1852. — Alfonso III, ayant appris que les Juifs Juceff Saladi et Bonju- 
das Çaladi étaient disposés à prêter le serment requis en matière d'impo- 
sition entre les mains des chefs de leur communauté, mais que ces 
derniers, refusant de recevoir leur serment, les forçaient indûment à 
payer, mande aux adélantades, aux secrétaires et à l'aljama des Juifs de 
V.ilence de ne pas exercer de contrainte à l'égard des deux plaignants 
jusqu'à ce qu'ils aient reçu d'eux le serment obligatoire. — Saragosse, 
22 janvier 1287/8. 

Reg. 74, f° 66. 

1853. — Alfonso III fait observer à son fidèle baile de Lérida que l'al- 
jama juive de cette ville doit payer au trésor royal avant le Carême 8.000 
sous de Jaca pour la quête qu'il leur réclame présentement ; il lui mande, 
par conséquent, de ne pas contraindre d'ici là les Juifs de cette commu- 
nauté à s'acquitter de leurs dettes particulières. — Lérida, 23 janvier 1287/8. 

Reg. 74, f» 61. 

1854. — Alfonso III a appris que feu Juceff de Barcelone avait consenti 
un prêt à l'aljama juive de Valence, lors de la levée prescrite par Pedro III 
pour les besoins de l'« armada » et pour d'autres affaires ; le roi mande à 
ses fidèles adélantades et secrétaires de l'aljama juive de Valence de 
régler leurs comptes avec la veuve du défunt Astruga, qui est demeurée 



CATALOGUE DES ACTES DE JA1ME 1 er , PEDKO III ET ALFONSO 111 137 

tutrice des enfants de Juceff, et de lui rembourser ce qui lui reste dû. — 
Saragosse, 27 janvier 1287/8. 
Reg. 74, f° 65 v°. 

1855. — Alfonso III mande à ses officiaux de Valence de ne pas exercer 
de contrainte à l'égard de Jnceff et de Bonjudas Çaladi en raison des dettes 
pour lesquelles ils s'étaient obligés à leur beau-père, Juceff de Barcelone, 
à moins qu'ils n'eussent souscrit comme débiteurs principaux ou à titre 
de caution. -— Même date. 
Reg. 74, f° 65 v°. 

1856 — Alfonso III a été informé que P. Pelegri, de la maison royale, 
avait introduit une instance contre Afrançat Açach Ablacron, Juif de 
Iluesca, qui avait omis de déclarer certaine redevance qu'il devait fournir 
à la femme de noble P., seigneur de Ayerbe ; bien plus, Pelegri retenait 
Afrançat en prison et ses biens sous séquestre ; le roi mande à son agent 
de relâcher ledit Juif, ainsi que ses répondants, et de faire mainlevée sur 
leurs biens. — Même date. 
Reg. 74, f° 65 v». 

1857. — Alfonso III rappelle à F. de Apiera et a Marco de Thovia, on 
au lieutenant du procureur de la cité de Valence, son ordre de surseoir à 
l'exécution delà sentence rendue par F. de Apiera contre l'aljama juive 
de Valence, dans le procès qui s'était élevé entre cette communauté et 
Abraffim Abinafia au sujet des ventes ou aliénations d'immeubles; or, il 
a appris qu'une vigne appartenant à Astrugua, veuve de Juceff de Barce- 
lona, venait d'être vendue à rencontre des formes prescrites parle mande- 
ment royal ; le roi enjoint à F. de Apiera et aux autres fonctionnaires sus- 
nommés d'annuler cette vente irrégulière et de remettre ladite Astrugua 
en possession de sa vigne jusqu'à nouvel ordre. — Même date. 

Reg. 74, f« 65 v». 

1858. — Alfonso III mande au justice et aux jurés de la cité de Va- 
lence de faire procéder à la restitution visée ci-dessus, si F. de Apiera et 
les autres agents négligent de le faire. — Même date. 

Reg. 74. f° 66. 

1859. — Alfonso III a été instruit par la plainte de David Alacar, Juif 
royal, que son coreligionnaire de Tortose, Açach Avinachara, fils de 
Mosse, lui avait porté des injures et causé des dommages pour se venger 
de l'instance que ledit David avait introduite en la cour du roi contre 
Açach Avinachara; le roi cite Açach à comparaître par devant lui, dans 
les dix jours à dater de la réception des présentes, prêt à faire justice au 
plaignant David Alacar. — Saragosse, 28 janvier 1287/8. 

Reg. 74, f° 62. 



i38 HËVUE DES ÉTUDES JUIVES 

1860. — All'onso III, faisant droit à la requête de frère Galcerân de 
Thimor, commandeur de Caspe et de Samper de Calanda, mande au 
jurispérit Gil Alvarez d'assigner devant lui l'aljama des Juifs de Saragosse 
pour la contraindre à s'expliquer sur le point suivant qui avait fait l'objet 
d'une requête au roi de la part dudit commandeur: en vertu des privi- 
lèges octroyés aux Hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem par les pré- 
décesseurs d'Alfonso III, les enfants du Juif Alaçar, autrefois « alfaquim » 
(interprète) de Saragosse, faisaient partie de la bailie que l'Hôpital pos- 
sédait k Saragosse; malgré ces dispositions royales, la communauté juive 
de Saragosse obligeait la famille de l'ancien alfaquim à contribuer avec 
les autres Juifs au paiement des cènes, services et autres taxes imposées 
sur l'aljama. — Saragosse, 31 janvier 1237/8. 

Reg. 74, f° 63 v°. — Indiq. : Delaville Le Roulx, Cartulaire général de 
V Ordre des Hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem, Paris, 1894— 
1906, 4 vol. in-ful.; t. III (1899;, p. 508, n° 3987. 

1861. — Alfonso III concède aux secrétaires et à l'aljama juive de 
Huesca la faculté de ne payer que le tiers des sommes pour lesquelles, 
par ordre royal, ils s'étaient obligés à. Lérida vis-à-vis de plusieurs créan- 
ciers, en raison des peytes, mainlevées, tributs qu'ils devaient acquitter 
à la couronne. — Même date. 

Reg. 75, f> 50 v°. 

1862. — Alfonso III fait connaître à Geraldo deFoch, baile de Valence, 
qu'il a chargé son Juif Jahuda Abenfaçen de remplir une mission auprès 
du roi de Grenade; il le prie de prendre soin des affaires de l'ambassadeur, 
pendant toute la durée de son voyage, de recouvrer ses créances et autres 
droits, enfin de protéger sa femme et sa famille. — Saragosse, 1 er février 
1287/8. 

Reg. 74, f» 65. 

1863. — Alfonso III confie au jurispérit Gil Alvarez l'examen du procès 
intenté à l'aljama juive de Saragosse, laquelle prétendait avoir le droit 
d'obliger les enfants de Jaffuda de Caballera à participer aux dépenses 
de la communauté, alors que par privilège royal la famille de Jaffuda 
avait été rattachée à la bailie du Temple, à Saragosse. — Saragosse, 
3 février 1287/8. 

Reg. 74, f* 63 v°. 

1864. — Alfonso III mande aux officiaux de Valence de ne pas procéder 
à la vente d'une vigne ou de tout autre bien appartenant à Astruga, veuve 
de Juceff de Barcelone, — pourvu que ladite dame s'acquitte de sa quote- 
part des dépenses communes, — en raison des engagements divers qui ont 
pu être pris par l'aljama juive de Valence. — Même date. 

Iles. 74. f» f.6. 



CATALOGUE DES ACTES DE JA1ME I er , PEDKO III ET ALFONSO III 139 

1865. — Alfonso III a été informé par la plainte d'Astruga, veuve de 
Juceff de Barcelone, que ladite veuve se trouvait surimposée par l'aljama 
juive de Valence; le roi mande aux adélantades, aux secrétaires et à la 
communauté des Juifs de Valence de recevoir sous serment la déclaration 
de ladite contribuable et de ne pas lui réclamer plus qu'elle ne peut 
fournir. — Même date. 

Reg. 74, f° 66. 

1866. — Alfonso III mande à ses fidèles baile, çalmédine, justice et 
« savalaquem » de Huesca de contraindre l'aljama des Sarrasins de celte 
ville à payer ses dettes aux Juifs de Huesca, en observant dans ce rem- 
boursement les prescriptions de Jaime I er , relatives au taux maximum de 
l'intérêt. — Même date. 

Reg. 74, f° 68 v°. 

1867. — Alfonso III informe son fidèle serviteur Blasco Novalles de la 
remise qui a été faite à son trésorier A. Sabaslida, par raljama juive de 
Huesca, de 1.000 sous de Jaca, à valoir sur les 6.000 sous que cette com- 
munauté doit donner pour le subside ; ce versement a été effectué lors du 
voyage du roi à Oloron (?) ; ordre à Blasco Novalles de restituer à l'aljama 
l'acte de l'obligation de 6.000 sous, qu'elle avait souscrite audit Blasco 
pour le terme des Rameaux; le reliquat de 5.000 sous sera remis à la 
cousine du roi, dame Beatriz de Saluza (Saluées). — Même date. 

Reg. 74, P 68 v°. 

1868. — Alfonso III rappelle aux officiaux de Lérida qu'il a dispensé 
l'aljama des Juifs de la collecte et la ville de Lérida de l'obligation d'avoir 
à payer le tiers pour les mainlevées qu'il leur arriverait de faire en raison 
des tributs ou des peites; il leur mande, en conséquence, de s'abstenir 
de toute contrainte à ce sujet, pourvu qu'une attestation leur soit déli- 
vrée sous serment, par les secrétaires de l'aljama qui ont été témoins des 
mainlevées. — Même date. 

Reg. 74, f° 79. 

1869. — Alfonso III a été informé que Bigas Rinocb, Juif de Medaris- 
sol f?), qui s'était engagé à séjourner dix ans de suite à Lérida et à payer 
chaque année à l'aljama juive de cette ville sa quote-part des peites, quêtes 
et autres contributions royales, avait violé ses engagements et quitté 
Lérida; le roi mande à ses officiaux de contraindre le Juif Bigas, dans sa 
personne et dans ses biens, à s'acquitter de ses obligations. — Même date. 

Reg. 74, f» 79 v°. 

1870. — Alfonso III mande à Geraldo de Fonte, baile de Valence, de 
remettre 200 sous réaux au Juif royal Jabuda Abenfacen, pour lui per- 
mettre de se rendre en mission auprès du roi de Grenade. —Même date. 

Reg. 74, f° 7 v«. 



liO REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

1871. — Alfonso III mande à ses fidèles Juifs de l'aljama de Saragosse 
do ne pas molester ni grever les enfants de leur coreligionnaire Alâçar 
Alfaquim, au cours du procès qu'ils se proposent de leur intenter, en 
raison de la franchise fiscale dont jouissent lesdits enfants. — Saragosse, 
4 février 1287/8. 

Reg. 74, f» fis v". 

1872. — Alfonso 111 mande à l'aljama juive d'Egea d'observer le sursis 
qu'il a accordé à son chevalier P. Ayvar et à sa femme, qui s'étaient obli- 
gés à l'égard de cette communauté pour 500 sous de Jaca et 110 kaftices 
de blé-orge, à la condition que leur dette fût libérée, moitié à la Saint- 
Michel de l'année courante, moitié à la même fête de Tannée 1289. — 
Même date. 

Reg. 74, f" 69 v°. 

1873. — Alfonso III mande a Galacian de Tarba, mérine de Saragosse. 
qu'il avait chargé de poursuivre feu Juceff Golluf, Juif de Saragosse, 
inculpé d'émission de fausse monnaie, de ne pas procéder contre les héri- 
tiers du défunt, dans leurs personnes, ni dans leurs biens. — Saragosse, 
6 février 1287/8. 

Reg. 74, f" 70 v°. 

1874. — Alfonso III a été informé par la plainte de l'aljama juive de 
Calatayud que le justice et les jurés de cette ville négligeaient de faire 
observer les dispositions légales sur la nécessité pour l'établissement de 
la preuve orale, de la concordance d'un témoignage juif avec un témoi- 
gnage chrétien dans les procès entre personnes des deux confessions. — 
Saragosse, 7 février 128-7/8. 

Reg. 71, t" 77 v°. 

1875.— Alfonso III rappelle au juge, aux jurés et au conseil de Fariza 
qu'il a déjà mandé à tous les oflîciaux des aidées et « hermandades » de 
Calatayud de respecter l'usage des communautés juives, qui exige que les 
Juifs de Calatayud soient cotisés à Calatayud pour les biens qu'ils possè- 
dent dans le territoire de cette ville; il les invite, en conséquence, à se 
conformer à l'usage pour l'imposition des biens que les Juifs possèdent 
dans leur circonscription — Même date. 
Reg. 74, f° 78. 

1876. — Alfonso III, ayant appris que des habitants de Fariza, en rési- 
dence dans un château, avaient fait prisonnier de nuit Juceff", fils d'As- 
sach Abenalaup et ne l'avaient remis en liberté que moyennant une 
rançon de 250 sous de Jaca, mande à l'alcayde, au justice et aux jurés de 
Fariza de recevoir dudit Juif la promesse, sous caution, de faire aux 



CATALOGUE DES ACTES DE JA1ME 1 er , PEDRO III ET ALFONSO III Ui 

plaignants complément de justice et, cela fait, de contraindre les agres- 
seurs à restituer à leur victime le montant de la rançon qu'ils lui avaient 
extorquée. — Même date. 
Reg. 74, f° 78. 

1877. — Alfonso III, informé par son fidèle Aaron Abinafia que des 
Juifs de Calatayud faisaient ouvrir illicitement des fenêtres dans les murs 
de la synagogue, mande à Domingo de la Figera, baile de Calatayud, 
de faire terminer le conflit qui s'est élevé a ce sujet entre les membres 
de la communauté juive, par la juridiction spéciale de leurs rabbins, 
conformément à l'aeuna hébraïque. — Même date. 

Reg. 74, f° 78. 

1878. — Alfonso III rappelle aux aljamas juives d'Aragon la convention, 
par elles conclue avec la communauté juive de Calatayud, quatre années 
auparavant, et aux termes de laquelle elles devaient compter en même 
temps par sou et par livre les tributs et les pertes qu'elles avaient à 
payer au roi ; il leur mande d'avoir à comparaître par leurs procureurs 
à Alagôn, le jour que leur fixeront les Juifs de Calatayud, prêtes à compter 
entre elles sous les peines insérées dans la dite convention. — Même date. 

Reg. 74, f° 78. 

1879. — Alfonso III prie Martin Ferrando de Sayas de prendre en mains 
les affaires de Juceff Abencabra, Juif de Calatayud, qui n'y peut plus 
vaquer, se trouvant vieux et impotent ; celui-ci a déclaré avoir une entière 
confiance en celui-là. — Même date. 

Reg. 74, f° 78. 

1880. — Alfonso III mande aux adélantades et à toute l'aljama des 
Juifs de Saragosse de faire observer, en faveur de Salomon, Abrahim, 
Açday et Astruch, fils de feu Jaft'uda de la Caballera, les privilèges, dona- 
tions et franchises qui, à différentes époques, ont été accordés ou confir- 
més par la couronne à cette famille. — Même date. 

Reg. 74, f° 78 v°. 

1881. — Alfonso III adresse une expédition du mandement précité à 
tous ses officiants et sujets de Saragosse. — Mène date. 

Reg. 7i, f°78 v°. 

1882. — Alfonso III, ayant appris que Garcia Garces d'Arassur exigeait 
des Juifs royaux de Uncastillo la somme de 1.500 sous de Jaca, en vertu 
de l'assignation qui lui avait été consentie sur le produit des arches juives, 
mande audit collecteur de ne réclamer à la communauté juive de Uncas- 
tillo que 1.200 sous de Jaca. — Même date. 

Res. 74, f'« 79. 



1 12 REVUE DES ETUDES JUIVES 

1883.— Ali'onso III notifie a l'aljama juive de UncastiUo qu'il vient de 
confier à Martin (i uillelmo de Layana le château dudit lieu et qu'il lui a 
assigné en même temps une somme de 900 sous de Jaca à prélever sur le 
produit du tribut fourni par ladite communauté. — Même date. 
Reg. 75, f° 53 v°. 

1884. — Alfonso III a été informé que quelques Juifs de Borja et de 
Lima, en vue de se dérober au paiement de leur quote-part des peites et, 
en particulier, de la composition décidée à Barcelone entre lui et les alja- 
mas juives d'Aragon, s'éloignaient des deux villes pour aller s'établir 
dans les territoires des chevaliers, au préjudice et en fraude du droit 
royal ; le roi mande au justice et aux jurés de Borja et de Lima d'inviter 
les récalcitrants à payer leur cotisation dans le délai de quinze jours ; a 
l'expiration de ce terme, des saisies seront ordonnées et les biens des 
défaillants vendus jusqu'à concurrence de leur quote-part. — Même date. 

Reg. 76, (° il. 

1885. — Alfonso III dispense son fidèle Samuel Adenafia, Juif de Sara- 
gosse, de l'obligation de « tenir otage » vis-a-vis d'un créancier à qui l'al- 
jama de cette ville se trouve obligée ou s'obligera, exception faite des 
pertes et exactions royales. — Saragosse, 8 février 1287/8. 

Reg. 75, 1° 55 v°. 

1886. — Alfonso III fait connaître à P. Pelegri, île sa maison, et au 
beau-père de ce dernier, Domingo Mateo, chargés l'un et l'autre de recueil- 
lir la quête des Juifs de Barbastro, qu'en considération de la pauvreté de 
ces Juifs, il leur acecorde un sursis jusqu'à la fête de Pâques; il invite 
les deux collecteurs à porter en compte la somme de 1.000 sous de Jaca 
que lesdits Juifs ont versée sur les 5.000, montant de leur composition. — 
Même date. 

Keg. 76, i" 13 v". 

1887. — Alphonso III informe P. Marchés de son acquiescement a la 
requête de l'aljama juive de Lérida, qui, en raison, de sa grande pauvreté, 
avait supplié le roi de déduire du montant de sa composition, soit 8.000 
sous de Jaca, les 3.600 sous quelle avait prêtés par ordre royal au fidèle 
A. de Bastida. — Même date. 

Reg. 76, f° 17. 

1888. — Alfonso III l'appelle au justice et aux jurés de Calatayud qu'il 
a fait remise d'une année de tribut a l'aljama des Juifs de cette ville, pour 
la dédommagerde la perte qu'elle avait subie en raison de la concession 
royale faite aux habitants de la ville et des aidées de Calatayud relative- 
ment aux contrats usuraires des créanciers juifs ; le roi entend que la 



CATALOGUE DES ACTES DE JAIME 1 er , PEDRO III ET ALFONSO III 143 

somme de 5.000 sons de Jaea, pour laquelle les Juifs de Galatayud se sont 
obligés à des chevaliers et habitants de cette ville, soit payée sur les 
80.000 sous que les habitants de la ville et des aidées de Calatayud doivent 
verserau roi aux termes de ladite concession. — Saragosse, 9 février 1287/8. 
Reg. 74, f° 77 v°. 

1889. — Alfonso III a été informé que feu Assach, argentier juif de 
Valence, s'était obligé comme caution de l'aljama juive de cette ville à 
son concitoyen P. de Montanyola pour 3.000 sous réaux, sous peine du 
quart, et qu'en raison de la défaillance de ladite aljama, le créancier fai- 
sait vendre en justice une ferme ialqueriam) ayant appartenu audit 
Assach ; le roi mande à son oncle P.Ferrando, procureur dans le royaume 
de Valence, de contraindre raljama à racheter la ferme saisie et à la res- 
tituer aux enfants d'Assach ; qu'il pousse aussi l'aljama a rembourser au 
Juif Alaçar, fils du défunt, la somme qu'elle s'était appropriée par acte 
hébraïque. — Même date. 

Reg. 74, f° 80. 

1890. — Alfonso III, ayant été informé du départ pour les terres des 
« infanzons » de certains membres des communautés juives de Saragosse 
et d'Alagon, accorde son sauf-conduit à tous ceux qui voudront revenir 
dans ces deux villes. — Même date. 



1891. — Alfonso III, ayant appris qu'à la suite d'un différend, l'aljama 
juive de Monzôn avait décidé de ne plus acheter ni boire du vin fourni 
par les Juifs de Barbastro, mande de lever cette interdiction sous peine de 
représailles. — Saragosse, 13 février 1287/8. 

Reg. 74, f° 74 v°. 

1892. — Alfonso III confirme la charte par laquelle A. Roger, comte 
de Pallars, procureur royal en Catalogne, autorise Isach Vives, Juif de 
Barcelone, à répudier sa femme Tolssana, qui ne lui avait pas donné d'en- 
fant, et à contracter un nouveau mariage, pourvu que la première femme 
y consente, avec Tolssaneta, fille d'Astrug Abraham, Juif de Barcelone, 
atin que ledit Isach puisse devenir père, — si, toutefois, le droit hébraïque 
ne s'oppose pas à de semblables pratiques. — Lérida, 17 février 1287/8. 

Reg. 74, f° 81. 

1893. — Alfonso III fait connaître à G. de Redorta, viguier et baile de 
Lérida, qu'il a chargé G. Eymerich, jurispérit barcelonais, de faire une 
enquête sur la conclusion de contrats frauduleux et la production de faux 
témoignages faites au préjudice de la fille d'Adret, Juif de Barcelone ; il lui 
mande de remettre en liberté sous caution les Juifs qu'il retient prison- 



Ui REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

niers et d'inviter G. Eymerich à procéder comme de droit. — Barcelone, 
25 février 1287/8. 

Deg. 74, l'° 86 v°. 

1894. — Il a été envoyé une lettre aux Juifs de Jaca pour leur deman- 
der de contribuer au subside royal par un versement de 5.000 sous de 
Jaca. — Barcelone, 26 février 1287/8. 

Reg. 68, f° 59 v°. 

1895. — 11 a été mandé aux Juifs de Jaca de verser 5 000 sous pour le 
subside. — Même date. 

Tleii. 72, f° 7. 

1896. — Alfonso III mande à ses fidèles secrétaires de raljama juive de 
Barcelone de ne pas réclamer aux Juifs de Granollers une plus forte coti- 
sation pour les quêtes et les autres tailles que celle qui a été pratiquée 
sous le règne de Pedro III. — Même date. 

Kcjr. 74, f° 86. 



1897. — Alfonso III fait connaître à tous ses ofliciaux et sujets qu'il a 
délivré un sauf-conduit au Juif Benvenist, qui se propose d'aller rejoindre 
sa femme, à (iirone. — Même date. 
Reff. 74, f" 86. 



1898. — Alfonso III a été informé par Adret, Juif de Barcelone, que les 
témoignages reçuspar le jurispérit barcelonais (i. Eymerich dans l'enquête 
relative à la fille dudit Adret étaient sans valeur légale sous le rapport 
de l'açuna hébraïque, attendu que le droit des Juifs exige pour la validité 
des dépositions la présence de trois prud'bommes juifs; Je roi mande à 
G. Eymerich de procéder à une nouvelle information conformément à 
l'açuna. — Même date. 

Reg. 74, f 86 v°. 

1899. — Alfonso III charge R. de Cullar d'ouïr la plainte du Juif barce- 
lonais Isach de Porta et de Dolea, sa mère, qui reprochaient au viguier 
de Barcelone d'avoir donné suite à la requête de leur créancier Jaime de 
Torre et fait vendre indûment, à leur préjudice, la moitié d'une maison 
sise dans le cali judaïque. — Barcelone, 27 lévrier 1287/8. 

Reg. 74, f° 88 v° 

1900. — Alfonso III, ayant appris que son tidèle Alazar de Vidales, 
Juif de Téruel, voulait vendre une aidée, sise dans le terroir d'Albarracin 
et connue sous l'appellation d'Egea, que ledit Alazar détenait comme gage 



CATALOGUE DES ACTES DE JA1ME I er , PEDKO 111 ET ALFONSO 111 145 

d'une sienne créance, mande audit Juif de surseoir à la vente jusqu'à ce 
que le carnérier royal, Bernardo Eseriba, ait entretenu le roi de cette 
question car la couronne désire taire l'acquisition de la propriété d'Egea. 
— Barcelone, 2 mars 1287/8. 

Reg. 74, f° 88. 

1901. — Alfonso III avise ses fidèles secrétaires de l'aljama juive de 
Barcelone qu'il a assigné sur leur tribut 2.000 sous barcelonais en faveur 
de la femme de noble A. de Gorçavi. — Même date. 

Reg. 76, f° 23 v°. 

1902. — Alfonso III informe Gil Sanchez, baile de Téruel, de l'empoi- 
sonnement commis sur la personne d'Açach Axmelpar sa femme Simaba, 
son beau-frère Salamon et sa belle-mère, tous Juifs de Téruel. et lui 
mande de leur réclamer incontinent des cautions suffisantes, sans préju- 
dice du châtiment qui pourra être infligé aux dits Juifs, s'ils sont reconnus 
coupables. — Barcelone, 4 mars 1287/8. 

Reg. 74, f° 88 v°. 

1903. — Alfonso III explique à Juan de San Martin, mérine de Barbas- 
tro, qu'en ordonnant aux Juifs de l'aljama de Monzôn de rapporter leur 
interdiction déboire ou d'acheter du vin fourni parles Juifs de Barbastro, 
il n'a pas en l'intention de leur défendre l'achat ou la consommation d'un 
vin provenant d'une autre source; il a voulu simplement faire révoquer 
le statut promulgué par la communauté juive de Monzôn au préjudice de 
l'aljama de Barbastro. — Même date. 

Reg. 74, f» 88 v°. 

1904. — Alfonso III fait connaître au baile de Barcelone qu'à la requête 
de son écuyer Berenguer de Cabrera, il a accordé des lettres de rémission 
à Astrug Alfachim, Astrug Sabarta, Bonnet Fusell et Bonjuda de Na 
Tolrrana, Juifs de Barcelone, que ledit baile se proposait de poursuivre à 
cause de la dispute qu'ils avaient eue avec les frères Salomon et Adret 
Issach. — Même date. 

Reg. 75, f° 57 v°. 



1905. — Alfonso III fait connaître à ses officiaux qu'il a pris sous sa 
sauvegarde pendant un mois Maymé Gap, Juif de Lérida, qui se propose 
de l'entretenir de certaines affaires d'un intérêt public ; il leur mande en 
conséquence de lui faire observer les présentes lettres de sauvegarde, à 
moins que ledit Maymô Gap ne soit tenu en raison de quelque caution. — 
Barcelone, 9 mars 1287/8. 
Reg. 74, f° 92. 

T. LX1X, ii° s 137-138. 10 



146 REVUE DES ETUDES JUIVES 

1906. — Alfonso III informe les secrétaires de l'aljama juive de Barce- 
lone de la remise de 300 sous barcelonais qu'il a consentie à son fidèle 
AU'aehim Bondavin sur les 400 que devait encore ce dernier pour arrérages 
de quête. — Barcelone, 11 mars 1287/8. 

Reg. 76, P 28 v°. 

1907. — Alfonso III a été informé qu'un habitant de Gamarasa, A. de 
Torre, avait appréhendé sans juste cause sur le chemin public Moçe 
Abinvayg, Juif royal de Lérida, lui avait enlevé certains objets et ne 
l'avait remis en liberté que moyennant une rançon de 200 sous de Jaca; 
le roi rappelle au baile, aux paiciers et aux prud'hommes de Camarasa 
son mandement antérieur d'avoir à se saisir de l'agresseur et de ses biens, 
et de le contraindre par là à restituer à la victime les objets et l'argent 
qu'il lui avait extorqués. — Lérida, 17 mars 1287/8. 

Reg. 74, P 97 v°. 

1908. - Alfonso III croit devoir confier à M e R. de Besalû, archidiacre 
de Ribagorza en lacathédrale de Lérida, le règlement du procès qui s'était 
élevé entre G. de liedorta, viguier-baile de Lérida, et l'aljama juive de 
cette ville relativement au droit de tiers que lesdits Juifs prétendent n'être 
pas tenus de payer en vertu d'un privilège de feu Jaime I er . — Même date. 

Reg. 74, f° 98 v°. 

1909.— Alfonso III confie à P de Borçenich, jurispéritde Lérida, l'exa- 
men en appel du procès pendant entre G. de Redorta, demandeur, d'une 
part, les frères Jacob et Abrahim Xicatela, Juifs de Lérida, défendeurs, 
d'autre. — Même date. 



1910. — Alfonso III avise l'aljama juive de Lérida qu'il vient d'assigner 
1.500 sous de Jaca à Jaime Marchés sur le tribut de la Noël passée. — 
Lérida, 22 mars 1287/8. 

Reg. 76, f° 31 v°. 

1911. — Alfonso III a été informé de la part de l'aljama juive de Cala- 
tayud que le justice, les jurés et le conseil de la ville et des aidées de 
Catalayud tenaient lesdits Juifs enfermés et même assiégés en suite du 
mandement royal relatif aux créances usuraires; le roi mande aux auto- 
rités de Galatayud de s'abstenir de pareilles contraintes à l'égard de la 
population israélite. — Saragosse, 26 mars 1288. 

Reg. 74, f° 103 v°. 

1912. — Alfonso III prie A. de Bastida ou tout autre collecteur du tri- 
but juif de Saragosse de porter au compte des Juifs de cette ville la somme 



CATALOGUE DES ACTES DE JA1ME 1 er , PEDRO III ET ALFONSO III i47 

de 3.300 sous de Jaca en raison des contributions que les adénantades et 
l'aljama des Juifs de Saragosse avaient dû verser aux nobles et aux gens 
d'armes (meçnaderia) d'Aragon, alors que ceux-ci étaient en guerre avec 
le roi. — Saragosse, 31 mars 1288. 
Reg. 76, f'° 34. 

1913. — Alfonso III a été informé par Juceff, tils de Salomon Abehan- 
dala, que certains débiteurs dudit Juceff justiciables du çalmédine de 
Saragosse, qui venaient de se voir accorder un sursis pour dettes, avaient 
bénéficié une première fois d'une prorogation d'échéance ; le roi mande 
au çalmédine de procéder par contrainte à l'égard de cette catégorie de 
débiteurs. — Saragosse, 2 avril 1288. 

Reg. 54, f° 106 v°. 

1914. — Alfonso III mande à ses offieiaux de ne pas permettre que les 
personnes, nanties d'assignations sur le tribut des Juifs de Saragosse, 
s'arrogent le droit de pousser les communautés à les solder avant le terme 
échu. — Même date. 

Reg. 74, f" 107. 

1915. — Alfonso III a été informé par l'aljama juive de Majorque que 
les consuls de cette ville contraignaient leurs administrés juifs a contri- 
buer avec eux aux tailles ou collectes royales et municipales; il mande à 
ses fidèles consuls, prud'hommes et à la communauté de la cité de 
Majorque de ne pas cotiser les Juifs, attendu que ces derniers s'acquittent 
séparément des tributs, services, quêtes, et qu'il ne serait pas équitable 
de les faire payer deux fois. — Saragosse, 3 avril 1288. 

Reg. 75, f° 66 v°. 

1916. — Alfonso III mande à toutes les aljamas juives d'Aragon d'avoir 
à répondre à son trésorier A. de Bastida pour les cènes, tributs, peites et 
autres deniers royaux. — Même date. 

Reg. 76, f» 34 v<\ 

1917. — Il a été mandé aux almajas des Juifs d'Aragon de faciliter au 
trésorier royal le recouvrement des taxes royales. —Saragosse, 4 avril 1288. 

Reg. 72, f° 7 v». 

1918. — Alfonso III, ayant appris que Acardo de Muro et d'autres fonc- 
tionnaires s'appropriaient en son nom les Sarrasins, esclaves des maîtres 
juifs, après que ces musulmans avaient reçu le baptême chrétien, alors 
que jamais de récents convertis n'étaient passés, du fait de leur conver- 
sion, sous une nouvelle servitude, mande audit Acardo de bien s'assurer 
si en aucun cas la conversion au christianisme d'esclaves sarrasins n'avait 



148 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

entraîné leur assujétissement au souverain; si l'usage <1S '< contraire à un 
renouvellement de servitude, les agents royaux devront s'abstenir de toute 
ingérence à ce sujet. — Même date. 
Reg. 74, f° 107 v°. 

1919. — Alt'onso 111 a été informé que plusieurs majorquins, qui se 
trouvaient obligés an principal ou à titre de caution vis-à-vis de l'aljama 
juive de Majorque, avaient obtenu de la couronne un sursis de six mois 
et prétendaient en bénéficier, bien qu'ils y eussent renoncé expressément 
dans leurs contrats de dettes; le roi mande à son procureur dans le 
royaume de Majorque, Acardo de Muro, et à tous autres officiaux de la 
cité et de ce royaume de contraindre au paiement cette catégorie de débi- 
teurs, qui d'avance se sont interdit le droit par clause spéciale de recourir 
aux prorogations d'échéance. — Même date. 

Reg. 74, f° 107~v°. 

1920. — Alfonso III mande à ses officiaux de Saragosse de contraindre 
les débiteurs de créanciers juifs, qui avaient renoncé dans l'acte d'emprunt 
au bénéfice de tout sursis futur, à rembourser immédiatement leurs 
dettes. — Même date. 

Reg. 74, f° 107 v<>. 

1921. - Alfonso III mande à ses tidèles de l'aljama juive de Montelûs 
de verser à Pedro Maça de las Teyllas la somme qu'Arnaldo de Bastida 
avait assignée à ce dernier sur le produit de leur tribut. — Saragosse, 
11 avril 1288. 



1922. — Alfonso III donne avis à ses fidèles de l'aljama juive de Sara- 
gosse de l'assignation de 1.000 sous de Jaca qu'il vient de consentir, sur 
leur prochain tribut, à lîlasco Jiménez de Ayerbe, fils d'autre Blasco, et 
les prie, bien que le terme n'en soit pas encore échu, de donner satisfac- 
tion au bénéficiaire. — Saragosse, 12 avril 1288. 

Reg. 79, f° 5. 

1923. — Alfonso III a été informé par son fidèle Ismaël de Portella et 
par Habi, secrétaire de feu Muca de Portella, que, en suite de la main-levée 
des draps faite aux adélantades de Saragosse par les frères Açach et 
Juçeph Abenaefora, Juifs de celte ville, Ismaël et Rabi demeuraient créan- 
ciers de l'aljama pour 522 sous de Jaca ; le roi mande à ses tidèles adélan- 
tades et à l'aljama juive de Saragosse d'assigner ce solde sur la première 
peyte ou le premier tribut. — Alagôn, 18 avril 1288. 

Retr. 79, f» 21 v°. 



CATALOGUE DES ACTES DE JA1ME I er , PEDKO III ET ALFONSO III 149 

1924. — Alfonso III mande aux secrétaires et à raljamajuive de Barce- 
lone de s'obliger à verser en trois annuités à dame Alaschara, infante des 
Grecs, les 12.000 sous qu'il lui avait assignés sur leur tribut. — Saragosse, 
20 avril 1288. 

Reg. 79, f 23. 

1925. — Il a été écrit au baile de Barcelone de contraindre les secré- 
taires et raljamajuive de cette ville à s'obliger pour 12.000 sous vis-à-vis 
de l'infante de Grèce. — Même date. 

Reg. 79, f 23. 

1926. - Alfonso III fait connaître à son agent A. de Bastida que l'assi- 
gnation de 3.000 sous de Jaca consentie à F. Pérez de Pina sur le tribut 
des Juifs de Saragosse n'a pu être suivie d'effet, parce que ce tribut avait 
déjà été versé; il lui mande d'assigner ladite somme sur d'autres droits 
royaux. — Saragosse, 24 avril 4288. 

Reg-. 79, f°27. 

1927. — Assignation royale de 500 sous sur le tribut des Juifs de Jaca 
en faveur de P. Martin de Luna. - Alagôn, 5 mai 4288. 

Reg. 79, f° 39. 

1928. — Assignation au même de 2.000 sous à prélever sur le tribut 
des Juifs de Galatayud. — Même date. 

Reg. 79, f° 39. 

1929. — Alfonso III mande aux collecteurs du tribut ou de la peite des 
Juifs d'Aragon de tenir compte à ces derniers de 266 sous 8 deniers, prix 
des 50 « métras » de vin qu'ils ont fournies au roi. — Même date. 

Reg. 79, f° 39 v°. 

1930. — Alfonso III, considérant les pertes subies parles habitants de 
Guffaris (?) pendant la dernière guerre, leur fait remise de la moitié des 
sommes par eux dues a des créanciers juifs de Saragosse et leur prescrit 
d'acquitter l'autre moitié, partie entre les mains du roi et partie entre 
celles de leurs créanciers. — Saragosse, 13 mai 1288. 

Reg. 79, f° 48 v°. 

1931. — Alfonso III a été informé que, privé en partie de l'usage de ses 
facultés, Belshom Levi, Juif de BesaK'i, avait été condamné à restituer à 
sa femme Mira le montant de sa dot ; il mande au baile de Girone et 
Besalû de veiller à ce que les créanciers les plus anciens de ladite Mira 
soient désintéressés les premiers sur le produit de son bien dotal. — 
Barcelone, 31 mai 1288. 

Reg. 74, f" 108. 



lbO REVUE DES ETUDEE JUIVES 

1932. — Alfonso III avise Et. Coylan, juge de sa cour, de recevoir cau- 
tion suffisante de chaque partie dans le procès pendant entre un habitant 
de Barcelone, d'une part, Bonat'os Vidal et Gresches Vidal, Juifs de la 
même ville, d'autre part, au sujet de certaines dettes. — Barcelone, 
1 er juin 1288. 

Reg. 74, f° 108. 

1933. — Il a été mandé au baile de Barcelone de contraindre les Juifs 
de cette ville à satisfaire aux réquisitions de l'infante de Grèce. — 
Barcelone, 2 juin 1288. 

Reg. 79, f° 55 V. 

1934. — Alfonso III fait connaître aux secrétaires du call judaïque de 
Barcelone qu'il a assigné sur leur tribut une pension annuelle de 2.500 
sous barcelonais de tern en faveur d'Arnaldo de Cabrera, qui doit servir 
le roi avec trois chevaux pendant tout le temps qu'il plaira au souverain 
de le retenir. — Barcelone, 11 juin 1288. 

Reg. 78, f° 2 v°. 

1935. — Alfonso III confirme le privilège de Jaime I er qui avait accordé 
à l'aljama juive de Tarazona une remise à perpétuité de 100 sous de Jaca 
sur les 700 de son tribut annuel. — Tarazona, 25 août 1288. 

Reg. 79, f° 27 v°. — Indiq. : Amador de los Rios, II, 20. 

1936. — Alfonso III fixe les emplacements de la grande juiverie de 
Saragosse, depuis la poissonnerie jusqu'à la corroirie, où les marchands 
d'étoffes juifs pourraient ouvrir des magasins et vendre leurs rouleaux. 
— Huesca, 5 novembre 1288. 

Archives munipales de Saragosse. — Indiq. : Amador de los Rios, II, 71 ; 
Kayserling, Les Juifs à Saragosse, dans R. E. J., t. XXVIII (1894), p. 115. 

1937. — Mandement enjoignant aux secrétaires et à l'aljama juive de 
Barcelone d'observer l'assignation de 2.000 sous consentie par feu Pedro III 
à dame Guillelma de Cabrera. — Valence, 19 décembre 1288. 

Reg. 78, i'° 21 v°. 

1938. — Il a été mandé à l'aljama juive de Jaca de payer sur le tribut 
de janvier 1289 à Geraldo Actor 683 sous de Jaca selon l'albaran de A. de 
Bastida. — Valence, 26 décembre 1288. 

Reg. 78, i'° 22 v°. 

1939. — Alfonso III mande à l'aljama des Juifs de Montclûs de payer 
chaque année, pour la >< retinencia » du château de ce lieu, 800 sous de 
Jaca en trois versements prélevés sur le tribut, a Pedro de Huesca, qui 



CATALOGUE DES ACTES DE JA1ME I er , PEDRO III ET ALFOiNSO III 151 

tient le château en fidélité pour le roi et la communauté d'Aragon. — 
Lérida, 24 février 1288/9. 
Reg. 78, f° 45. 

1940. — Alfonso III concède que Guillelmo Ça Redorta, baile et 
viguier royal de Lérida, puisse acheter et recevoir en paiement de Kaffia 
Migero, Juif de Lérida, une vigne sise dans le terroir de Lérida au lieu 
dit Delssas et d'autres biens jusqu'à concurrence des 2.200 sous de Jaca 
que le roi lui a octroyés, nonobstant la loi sur les contrats des juges. Le 
roi veut, en outre, que Gemilla, femme dudit Kaffia. conserve reconnais- 
sance de sa dot et de son douaire sur les autres biens de son mari, mais 
qu'elle ne puisse pas molester l'acquéreur pour les biens aliénés. — 
Lérida, 27 février 1288/9. 

Reg. 78, f° 43 v°. 

1941. — Alfonso III mande à G. de Calorico, jurispérit, et à Lorenzo 
de Berga que relativement aux quatre cifis, une viva d'argent et un geto 
de pierre que Bonjuda Salomon, Juif de Barcelone, tient en gage de feu 
Bernardo Escriba pour 130 doubles d'or, ainsi que sur les autres biens 
dudit Bernardo, ils donnent satisfaction à dame Sibila de Saga, pour la 
somme de 2.000 sous barcelonais, que Bernardo doit à ladite dame et que 
sur le restant des biens ils désintéressent ledit Juif. — Lérida, 2 mars 
1288/9. 

Reg. 78, f° 45. 

1942. — Alfonso III notifie à Arnaldo de Solsona qu'ordre vient d'être 
donné à l'aljama des Juifs de Téruel de lui verser pour le subside 3.000 
sous de Jaca ; une remise de 1.700 sous a été consentie à cette commu- 
nauté, qui ne devra pas subir de contrainte de corps ni de biens. — Sara- 
gosse, 17 mars 1288/9. 

Reg. 78, f° 52 v°. 

1943. — Alfonso III informe Blas de Navales qu'il a remis à l'aljama 
des Juifs de Huesca 3.000 sous de Jaca sur les 6.000 sous à quoi ils étaient 
cotisés pour le subside. Si les 3.000 sous sont versés, ou si le paiement 
en est garanti dans les trois semaines, aucune contrainte ne devra être 
exercée. — Saragosse, 18 mars 1288/9. 

Reg. 78, f° 55. — Indiq. : Amador de los Rios, II, 20. 

1944. - Alfonso III mande à l'aljama des Juifs de Tarazona de 
répondre des « chalonges » et autres procédures à celui qui sera nommé 
baile de cette ville. — Saragosse, 19 mars 1288/9. 

Reg. 78, i° 53 y. 



152 REVUE DES ETUDES JUIVES 

1945. — Alfonso III notifie à Pedro de Gasuiz, qui a été chargé pré- 
cédemment de pousser l'aljama des Juifs de Saragosse à payer 1.500 sous 
de Jaca pour sa quote-part du subside déjà réclamé par Juan Çapata, qu'il 
consent à cette communauté une remise de 8.000 sous ; il lui mande en 
conséquence de ne pas la forcer à payer la quote primitive de 15.000 sous. 
— Saragosse, 20 mars 1288/9. 

Reg. 78, f« 55 v°. 

1946. — Alfonso III fait connaître aux adélantades de l'aljama des 
Juifs de Saragosse qu'il doit aux frères Açach et à Jucett Avenazfora, Juifs 
de Saragosse, 522 sous de Jaca pour des étoffes de France (pro pannis 
Francie) fournie par eux, et qu'il leur assigne cette somme sur le tribut, 
peite ou autre contribution exigible des Juifs. — Saragosse, 21 mars 
1288/9. 

Reg. 78, f° 58. 

1947. — Alfonso III notifie à Blasco de Novales qu'il a remis à l'aljama 
des Juifs de Montclûs 100 sous de Jaca sur les 300 que Blasco exigeait de 
cette communauté pour sa part des dépenses de l'ambassade envoyée à 
la cour de Borne, et lui mande de ne réclamer que 200 sous. — Saragosse, 
24 mars 1288/9. 

Reg. 78, f<> 58. 

1948. — Alfonso III remet à l'aljama des Juifs de Barbastro 2.800 sous 
de Jaca sur les 4.000 que Blasco exigeait d'eux. — Saragosse, 24 mars 
1288/9. 

Reg. 78, f» 58. 

1949. — Alfonso III notifie à Bias de Novales qu'ayant remis à l'al- 
jama des Juifs de Barbastro 2.200 sous de Jaca sur les 4.000 que ce col- 
lecteur exigeait, il lui mande de ne réclamer que 1.800 sous. — Sara- 
gosse, 26 mars 1289. 

Reg. 78, f° 60. 

1950. — Alfonso III fait connaître à G. de Becesia, mérine d'Egea, 
qu'il a remis à l'aljama des Juifs de Jaca 200 sous de Jaca sur les 1.000 
sous qui étaient exigés pour le subside de l'ambassade de Borne ; il lui 
mande en conséquence de ne leur réclamer que 800 sous. — Saragosse, 
26 mars 1289. 

Reg. 78, f°60. 

1951 . — Alfonso III, compatissant à la pauvreté des Juifs de Galatayud, 
leur remet la totalité du subside que Jean Çapata s'efforçait de recouvrer 



CATALOGUE DES ACTES DE JAIME l Rr , PEDRO 111 ET ALFONSO 111 153 

sur eux, soit une somme de 2.000 sous de Jaca ; il notifie cette décision à 
sou fidèle portier Jimeno de Nabal. — Saragosse, 27 mars 1289. 

lie-. 78, f° 60 v. 

1952. — Alfonso III s'adresse à Guillelmo de Becera pour l'informer 
qu'ayant remis à l'aljama des Juifs de Tauste 100 sous sur les 200 sous 
de subside, il lui ordonne de n'exiger de cette communauté que 100 sous. 
— Saragosse, l or avril 1289. 

Reg. 78, f u 63 v<\ 

1953. - Alfonso III a concédé à la Communauté de Saragosse un pri- 
vilège défendant aux Juifs de cette ville de vendre des draps ailleurs que 
dans la draperie des chrétiens, prescrivant que tout Juif de Saragosse qui 
voudra tenir teinturerie de draps sera tenu de fournir caution jusqu'à 
concurrence de 2.000 morabotins d'or, lesquels répondants seront tenus 
de payer pour les Juifs marchands drapiers au cas où ces derniers 
auraient contracté des dettes. Or, les procureurs de presque toutes les 
paroisses de Saragosse viennent de supplier le roi de l'apporter les pri- 
vilèges ci-dessus comme préjudiciables à la communauté. Alfonso III se 
rend a leurs prières et décrète que les Juifs pourront, comme par le 
passe, dans leur quartier pu ailleurs, vendre des draps et tenir boutique 
de teinturerie en drap. — Saragosse, 2 avril 1289. 

Reg. 78, f°69. 

1954.— Alfonso III informe Juan de Pertusa qu'il a remis aux Juifs de 
la cité et du royaume de Valence 2.000 sous sur les 6.000 du subside ; il 
lui mande en conséquence de n'exiger d'eux que 4.000 sous, à savoir: 
400 des Juifs de Jâtiva, 600 de ceux de Murviedro et les 3.000 sous res- 
tants des Juifs de Valence. Il lui prescrit, en outre, de pousser l'aljama 
des Juifs de Valence et les autres communautés juives à payer leur quote- 
part respective, ainsi que les dépenses de leurs envoyés. — Saragosse, 
3 avril 1289. 

Peg, 78, f° 71. — Indiq. : Amador de los Rios. II, 20. 

1955. — Alfonso III confirme la vente faite parle mérine de Saragosse 
de certaines maisons et de quatre boutiques à feu Mosse, fils de Bahia 
Alfaquin, Juif de Saragosse, sises dans la juiverie de Saragosse, ainsi que 
du tiers de certaines maisons que ledit Mosse possédait dans la syna- 
gogue de Saragosse ; cette dernière vente a été faite à Mira Fina d'en 
Todroc, Regina, fille de Salamon, frère dudit Mosse. — Tauste, 4 juil- 
let 1289. 

Reg. 80, f° 7. 

1956. — Alfonso III coniie à Juan Bernardo, habitant de Saragosse, la 
connaissance de la cause entre Jacob Albala, Juif de Pedrola, et l'aljama 



154 KEVUE DES ETUDES JUIVES 

des Juifs de Saragosse touchant les peites et autres chapitres. — Sara- 
gosse, 5 juillet 1289. 

Reg, 80, f° 1 v°. 

1957. — Alfonso III écrit à Bartolomé de Podio de pousser les Juifs de 
Barbastro et leurs biens jusqu'à nouvel ordre. — Saragosse, 5 juillet 1289. 

Reg. 80, f° 4. 

1958. — Alfonso III notifie aux adénantades de l'aljama des Juifs de 
Saragosse que des nécessités impérieuses l'obligent à leur emprunter 
12 000 sous de Jaca. Comme ils sont obligés pour certaine somme à Sala- 
mon Franch de Barcelone à raison de l'aljama de Barcelone avec l'aljama 
de Saragosse, le roi exige que tout l'argent qu'ils ont rassemblé dans 
leurs arches pour rembourser Salamon lui soit immédiatement versé. — 
Saragosse, 6 juillet 1289. 

Reg. 80, f° 3. 

1959. — Alfonso III mande au mérine et au çalmédine de Saragosse de 
rechercher si Salamon Golluf ou quelques autres Juifs de Saragosse n'ont 
pas à se plaindre de Samuel Abimafia, Juif de Saragosse ou de ses fils ; 
dans l'affirmative, si les défendeurs se déclarent prêts à répondre en jus- 
tice selon l'açuna et devant des juges juifs, le roi prescrit à ses fonction- 
naires de ne pas les pousser à comparaître devant des juges chrétiens. — 
Saragosse 6 juillet 1289. 

Reg. 80, f° 3 v°. 

1960 — Alfonso III a appris par la plainte de Salamon Bahia, Juif de 
Murviedro, qu'au temps de feu Pedro III, le plaignant avait acheté l'her- 
bage du royaume de Valence et qu'il s'était associé avec Salamon Sapuc 
et Juceff, son frère, Juifs de Murviedro, par charte judaïque imposant 
certaines obligations aux associés ; le roi mande au procureur du royaume 
de Valence de contraindre les deux Juifs à remplir leurs engagements. — 
Saragosse, 8 juillet 1289. 
Reg. 80, f° 5. 

1961. — Alfonso III informe le procureur du royaume de Valence 
qu'il a appris par Bafiel, fils de Salamon Bafiel, que quelques Juifs de 
Murviedro avaient violé le privilège à eux concédé par les rois prédéces- 
seurs d'Alfonso. S'il en est ainsi, les délinquants ont encouru une amende 
de 1.000 morabotins. Il s'agit du privilège portant concession à l'aljama 
des Juifs du royaume de Valence qu'on ne puisse se plaindre {se clamare) 
d'un Juif. — Saragosse, 8 juillet 1289. 

Reg. 80, f° 5 v°. 



CATALOGUE DKS ACTES DE JA1ME 1 er , PEDRO III ET ALKONSO 111 155 

1962. — Alfonso III t'ait connaître à Raimundu Scorna qu'il a concédé 
à Vives, (ils de feu Juceff Abenvives et à Jafuda Aben vives, son tils, Juifs 
de Valence, qu'on leur restitue l'alquière dite Melila, qui fut vendue à un 
changeur de Valence, ainsi que la maison et les censives qui sont dans le 
terroir de Gandia ; le roi a refusé de souscrire aux conditions passées 
entre Raimundo et A. de Bastida, trésorier; il prescrit à son officier de 
faire restituer ce qui précède. — Tauste, 12 juillet 1289. 

Reg. 80, f° 7 v°. — Expédition de cet acte est faite également an justice de 
Valence, au justice de Gandia et aux ofûciaux de Daroca (f" 7 v os -8). 

1963. - Alfonso III a appris qu'à l'occasion de certaine lettre obtenue 
de lui par son Juif Abrafim Elgonet, par laquelle il mandait au baile et 
au justice de Jâtiva de saisir 1.000 sous réaux que Abrafim de Tortosa et 
Coffin, Juif -de Jâtiva, tenaient en dépôt de leur coreligionnaire Açmel, 
qui se trouvait en Castille au service du roi, ainsi que le gain réalisé si 
pendant le mois de juin passé, ledit Açmel n'était pas de retour, le baile et 
Abrafim et le justice de Jâtiva contraignaient les dépositaires à remettre 
les 1.000 sous et l'intérêt. Le mandement prescrit aux deux officiers 
d'abandonner à Abrafim et à Coffin les 1.000 sous et le gain, soit 100 rao- 
rabotins d'intérêt. — Tauste, 12 juillet 1289. 

Reg. 80, f« 8. 

1964. — Alfonso III mande à l'aljama et aux adélantades des Juifs 
d'Egea de ne pas obliger leurs coreligionnaires de l'aljama de Tauste a 
contribuer avec eux aux peites ou autres exactions pour les biens qu'ils 
possèdent à Egea, puisque l'aljama des Juifs est tenue de contribuer a 
l'impôt pour les biens qui lui appartiennent dans les lieux où elle réside 
continuellement. — Tauste, 12 juillet 1289. 

Reg. 80, 1° 9. 

1965. — Alfonso III informe les jurés, le justice et le conseil de Tauste 
qu'il a appris que plusieurs chrétiens de Tauste et d'autres lieux étaient 
obligés pour dettes à quelques Juifs de l'aljama de Tauste; il leur mande 
de pousser ces débiteurs à payer, nonobstant les donations par eux faites 
en fraude à leurs enfants ou à d'autres personnes.— Tauste, 14 juillet 1289. 

Reg. 80, f» 11. 

1966. — Alfonso III mande à P. Martinez de saisir tous les biens 
meubles et immeubles que Bolaftia, Juif de Burgos, possède dans la terre 
royale. — Gurrea, 16 juillet 1289. 

Reg. 80, 1° 12 v°. 

1967. — Alfonso III mande à P. Martinez de rechercher diligemment 
les chartes de créance de Mosse Ascantini, Juif décédé, pour en faire aus- 
sitôt le recouvrement. — Gurrea, 19 juillet 1289. 

Reg. 80, f» 12 v". 



156 HEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

1968. — Alfonso III a écrit aux collecteurs juifs des arches et collectes 
d'Aragon de compter avec P. Pelegri et d'arrêter les sommes dont ils lui 
restent redevables. — Huesca, 24 juillet 1289. 
Reg. 80, f° 16 v. 

1969.— Alfonso III a mandé à l'aljama des Juifs de Monzôn de répondre 
à G. de Marsalia des 6.000 sous de Jaca qu'ils étaient tenus de donner au 
roi pour leur quote-part des frais de l'ambassade envoyée en cour de 
Rome. — Huesca, 24 juillet 1289. 
Reg. 80, f° 16 v°. 

1970.— Alfonso III confie à Martin Pérez de Huesca la connaissance de 
l'appel qui a été interjeté au roi de la sentence portée par le justice 
d'Aragon entre Pedro de Baudano et les frères Mosse et Samuel Avincaçres, 
Juifs de Huesca, relativement à certaine somme d'argent. — Huesca, 
24 juillet 1289. 

Reg. 80, f° 16 v°. 

1971. — Alfonso III écrit au juge, au justice et aux jurés de Calatayud 
de contraindre R. Gonzalez de Funcis et ses biens à relâcher deux Juifs 
qu'il a emmenés prisonniers de la ville de Calatayud; sinon, le roi fera 
procéder contre l'agresseur et ordonnera la saisie des biens de ses com- 
plices. — Huesca, 24 juillet 1289. 

Reg. 80, t'° 18. — Une expédition de cette lettre est envoyée à R. Gonds. 

1972. — Alfonso III fait connaître aux oftîciaux de Huesca que, l'aljama 
des Juifs de Huesca étant obligée à divers créanciers, il lui accorde un 
sursis de six mois pour le versement de 5.000 sous. — Huesca, 27 juil- 
let 1289. 

Reg. 80, M 9 v«. 

1973. — Alfonso III mande à deux de ses portiers de ne pas user de 
contrainte à l'égard des Juifs de Monzôn qui viennent de transiger avec 
lui. — Lérida, 3 août 1289. 

Reg. 80, f°31. 

1974.— Alfonso III concède à frère Berenguer de San Justo, maître des 
maisons de la milice du Temple en Aragon et Catalogne, que le recou- 
vrement par le fisc de 4.000 sous de Jaca sur les Juifs de Monzôn ne porte 
pas préjudice au droit dudit Berenguer dans la cause pendante entre lui 
et la couronne sur les peites ou quêtes des Juifs de Monzôn. — Lérida, 
3 août 1289. 

Reg. 80, f° 3 r. 



CATALOGUE DES ACTES DE JA1ME I°'\ PEDRO III ET ALFONSO 111 157 

1975. — All'onso III mande à son cher Fortaner de Vyneeh de ne pas 
exiger l'assignation qu'il lui a faite sur la peite des Juifs de Monzôn 
puisque ceux-ci ont composé avec le roi à ce sujet ; il s'engage d'ailleurs 
à lui faire une autre assignation dans un lieu convenable. - Lérida, 
3 août 1289. 

Reg. 80, f° 31 v°. 

1976. — AlfonsoIII écrit aux Juifs de Albalate, de Alcoletge, de Pomar 
et de Estadilla de contribuer avec leurs coreligionnaires de Monzôn 
comme ils ont accoutumé de le faire ; sinon l'aljama de Lérida les y for- 
cera. — Lérida, 3 août 1289. 

Reg. 80, f° 31 v». 

1977. — Alfonso III reconnaît à l'aljama des Juifs de Monzôn qu'elle a 
composé avec lui au sujet d'une demande d'argent qu'il lui avait faite, 
révoquant toute assignation et spécialement celle de Fortaner de Barce- 
lone. — Lérida, 3 août 1289. 

Reg. 80, f° 32. 

1978. — Alfonso III écrit audit Fortaner de se conformer à ladite assi- 
gnation et de ne pas pousser les Juifs de Monzôn, sous peine de se voir 
poursuivre par le superjuntier de Huesca. — Lérida, 3 août 1289. 

Reg. 80, f°32. 

1979. — Alfonso III mande aux ofliciaux de Barbastro qu'un sursis de 
huit mois pour paiement de 5.000 sous est accordé a l'aljama des Juifs de 
Barbastro, obligée à divers créanciers. — Lérida, 4 août 1289. 

Reg. 80, f°28. 

1980. — Alfonso III confie à Raimundo de Besalu, archidiacre de Riba- 
gorza dans l'église de Lérida, la connaissance du procès pendant entre la 
couronne et le maître de la milice du Temple qui soutient que les Juifs 
de Monzôn sont exempts des quêtes et peites royales. — Lérida, 4 août 1289. 

Reg. 80, f° 30 v°. — Une expédition de cette lettre est adressée à Pedro 
Esteve, procureur royal. 

1981. — Alfonso III a appris de la part du maître de la milice du 
Temple que ses fidèles Juifs de Albalate, de Alcoletge, de Pomar et de 
Granadella, qui ont coutume de contribuer avec l'aljama des Juifs de 
Monzôn pour toutes les tailles, quêtes ou collectes, viennent de se refuser 
à cette participation ; le roi leur ordonne de se soumettre ; sinon l'aljama 
de Lérida les y contraindra par voie d'excommunication, selon la çuna 
juive. — Lérida, 4 août 1289. 

Reg. 80, f° 31. — Indiq. : Amador de los Rios, II, 146, note 1. 



158 KEVUE DES ETUDES JUIVES 

1982. — Alfonso III mande aux offieiaux de Lérida d'observer les 
privilèges accordés par lui-même et ses prédécesseurs a l'aljama des 
Juifs de cette ville. — Lérida, 14 août 1289. 

Reg. 80, f° 32. — Indiq. : Amador de los Rios, II, 146, note 1. 

1983. — Alfonso III, ayant appris par l'aljama des Juifs de Lérida que 
les Juifs de Fraga, qui doivent contribuer aux quêtes, tailles et autres 
exactions royales, refusaient de le faire, mande a tous ses ofticiaux de les 
y pousser par la force. — Lérida, 4 août 1289. 

Reg. 80, f° 32. 

1984. — Alfonso III a été informé par l'aljama des Juifs de Lérida que 
Bernardo de Na Bruna, fils de Raimundo de Na Bruna, citoyen de Lérida, 
s'était rendu vassal de quelques chevaliers et prétendait répudier cer- 
taines dettes aux dépens de Faljama; il mande au viguier et au baile de 
Lérida d'obliger le père et le fils à fournir caution à la communauté. — 
Lérida, 4 août 1289. 

Reg. 80, f° 32 v<\ 

1985. — Alfonso III mande aux collecteurs des exactions de l'aljama 
des Juifs de Lérida d'observer la concession qu'il a faite Fan passé à cette 
communauté; s'il arrivait que des Juifs fussent appréhendés pour n'avoir 
pas payé leurs contributions, aucune prohibition de victuailles ne pour- 
rait leur être imposée pendant leur détention. — Lérida, 4 août 1289. 

Reg. 80, f" 32 v°. 

1986. — Alfonso III donne licence à Juceff Cunal, teinturier juif de 
Barbastro, et aux siens de tenir pendant dix ans boutique de teinturerie 
et de faire « tictam lividam » dans la ville de Pertusa, moyennant le cens 
annuel, payable à la Toussaint, de vingt sous de Jaca. — Lérida, 5 août 1289. 

Reg. 80, f° 27 v°. 

1987. — Alfonso III mande à tous ses fidèles Juifs et Sarrazins de la 
cité de Lérida d'obéir et de répondre à Maymô de Castelloli, à qui il vient 
de confier la bailie et la viguerie de Lérida. — Lérida, 5 août 1289. 

Reg. 80, f° 29. 

1988. — La connaissance de l'appel interjeté au roi par Pedro de 
Bandano de la sentence qui a été rendue entre ledit Pedro et les Juifs de 
Huesca Mosse et Samuel Avincacco, est confiée par Alfonso III à Jimén 
Perez de Salanova. — « Ortis Pedii » de Cerdagne, 15 août 1289. 

Reg. 80, f°35 v°. 

1989. — Alfonso III informe les collecteurs*de L'aljama des Juifs d'Egea 
qu'il a chargé Lope de Gorrea et Estebân de Alfajarin d'ouïr leurs comptes 



CATALOGUE DES ACTES DE JAIME 1 er , PEDRO III ET ALFONSO III 159 

et leur mande de surseoir à toute opération jusqu'à la liquidation des 
comptes et en attendant que l'ordre de contrainte soit donné. — Ripoll, 
29 août 1289. 

Reg. 80, f° 43. 

1990. — Alfonso III mande à Lope de Gorrea et à Estebân de Alfajarin 
d'exiger le compte des adénantades et des collecteurs du tribut relatif à 
l'aljama des Juifs d'Egea. — Ripoll, 29 août 1289. 

Reg. 80, f" 45 v°. 

1991. — Alfonso III accorde un sursis de deux ans, à courir du 
1 er janvier, àSalomon de Lima, Juif d'Egea, pour le paiement des sommes 
qu'il doit à Blas Jimenez d'Ayerbe jusqu'à concurrence de 600 sous. — 
Barcelone, 30 août 1289. 

Reg. 80, f° 43. 

1992. - Alfonso III fait savoir à l'aljama des Juifs de Saragosse qu'elle 
ne sera pas tenue de payer l'assignation de 12.000 sous faite sur son 
tribut. — Barcelone, 2 septembre 1289. 

Reg. 80, f» 46 v\ 

1993. — Alfonso III substitue le çalmedine de Saragosse à son juge 
Pedro Martinez de Artasona empêché, dans le règlement du procès intenté 
par Salomon Galuff à Samuel Satich, sa femme et à ses enfants. — 
Barcelone, 3 septembre 1289. 



1994. — Alfonso III reconnaît devoir à l'aljama des Juifs de Saragosse 
12.000 sous de Jaca qu'elle lui a prêtés à Saragosse pour l'entretien de 
la famille royale ; cette somme sera portée en acompte sur l'argent 
qu'elle doit lui fournir. — Barcelone, 5 septembre 1289. 

Reg. 80, f° 46 v°. 

1995. — Alfonso III a appris par Astrug, Juif de Girone, que P. Giral* 
poussait ledit Juif à payer le prix auquel il lui vendit les revenus de la 
bailie de Girone lors de la prise de cette ville par les Français. Or, le roi 
a remis audit Giralt le prix de la bailie à cause des dommages par lui 
subis au temps de la guerre. En conséquence, il enjoint au baile de 
Girone de ne pas le laisser exercer de contrainte sur ledit Astrug. — 
Barcelone, 6 septembre 1289. 



1996. — Alfonso III écrit à P. de Libian d'acheter pour un prix conve- 
nable un Sarrasin, appelé Mahomet Sedeno, et son fils Ali, qui appar- 



100 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

tiennent à Samuel Baendiel, Juif de Majorque, et de les lui envoyer à 
Barcelone, ainsi que l'épouse dudit Mahomet, appelée Ce fra alias Alfa rra, 
et Sebayn, fils dudit Mahomet et de Gefra alias Alfarra; il a promis d'en 
taire don à l'envoyé Solian Alexandria. — Barcelone, 7 septembre 1289. 
Reg. 80, f° 48. 

1997. — Alfonso III rappelle à ses officiaux. avee ordre de s'y confor- . 
mer, la eoncession faite par feu Jaime I 01 aux secrétaires et à toute 
l'aljama des Juifs de Barcelone et de sa collecte, en vertu de laquelle une 
dette contractée par la communauté sur ordre royal et à raison du tribut, 
ne l'obligerait pas à donner au viguier et au baile quelque justice ou 
tiers. — Barcelone, 7 septembre 1289. 

Reg. 80, f» 56 v°. 

1998. — Alfonso III mande àValcaïde de Saragossc d'observer le sursis 
accordé à l'aljama des Juifs de cette ville. — Barcelone, 9 septembre 1289. 

Reg. 80, f° 46. 

1999. — Alfonso III informe ses officiaux qu'il a accordé un sursis de 
deux ans à l'aljama des Juifs de Saragosse. — Barcelone, 9 septembre 1289. 

Reg. 80, f° 46. 

2000. — Alfonso III mande aux adénantades et à l'aljama des Juifs de 
Saragosse de pousser ceux de leurs coreligionnaires qui ont été élus 
par la communauté, avec mandat de s'occuper des intérêts communs et 
de se porter caution pour l'aljama. — Barcelone, 9 septembre 1289. 

Reg. 80, f°46 v°. 

2001. — Alfonso III concède à ladite aljama que rien ne l'oblige à 
faire face à toutes les assignations si le total en excède le montant du 
tribut. — Barcelone, 9 septembre 1289. 

Reg. 80, f° 46 v». 

2002. — Alfonso III, ayant appris que les Juifs ressortissant a l'aljama 
de la ville et de la collecte de Barcelone qui sont obligés pour plusieurs 
créances productives d'intérêt, n'étaient pas d'accord sur le choix des 
secrétaires, mande à Pedro de San Clément et au Barcelonais Jaime de 
Montjuich de convoquer lesdits Juifs ou leurs procureurs et de les pous- 
ser à nommer leurs secrétaires, leurs répartiteurs de taille, leurs ordon- 
nateurs de dettes, bref tous leurs officiers. S'ils refusent de le faire dans 
le délai de quinze jours, les représentants de la couronne y pourvoiront 
à leur place. Les procureurs des Juifs comparaîtront devant P. et J. pour 
rendre compte de leurs dettes. Les Juifs devront obéira Pedro et à Jaime 
sous peine de 500 morabotins. — Barcelone, 9 septembre 1289. 

Reir. 80, f° 49 r° et v°. 



CATALOGUE DES ACTES DE JAIME I er , PEDRO II I ET ALFONSO 111 164 

2003. — Alfonso III écrit à son juge R. de Coylano, que, nonobstant 
le privilège ou coutume de Barcelone qui veut que personne ne soit 
astreint à répondre en justice tant qu'il est en voyage, il définisse la cause 
pendante entre Thebat, Juif d'Alexandrie, et Bernardo Marchet, fils de R. 
Marchet, au sujet de certaine somme due par ledit Bernardo audit Juif; 
le roi a pris cette décision à la prière de Saltani (le Sultan?) d'Alexan- 
drie. — Barcelone, 9 septembre 1289. 

Reg. 80, f° 52. 

2004. — Alfonso III, ayant appris que Abraham Bonnet, Juif de Villa- 
franca, a été trouvé tué au lieu dit Gumba de Orta, près d'Arbos et de 
Castellet, mande au viguier de Villafranca de faire une enquête. — Bar- 
celone, 10 septembre 1289. 

Reg. 80, P 47 v». 

2005. — Alfonso III écrit aux Juifs de Villafranca de verser les 1.500 
barcelonais pour lesquels ils ont été taxés par l'aljama des Juifs de Bar- 
celone. — Barcelone, 11 septembre 1289. 

Reg. 80, f° 49. 

2006. — Semblable lettre est adressée à l'aljatna des Juifs de Tarra" 
gone pour le paiement de 2.500 sous barcelonais. — Barcelone, 11 sep- 
tembre 1289. 

Reg. 80, f<> 49. 



2007. — Alfonso III écrit à l'aljama des Juifs de Jaca de lui verser 
pour l'aide des dépenses 6.000 sous de Jaca et d'en répondre à Garsia 
Lopcz de Ayerbe. — Barcelone, 13 septembre 1289. 

Reg. 80, f° 54. — Indiq. : Amador de los Rios, II, 146, note 1. 

2008. — Alfonso III écrit à Maymô de Gastelloli de procéder avec 
Jaime de Biayna contre Jaime Navarro, qui a pris Vidal Avincay, Juif, et 
contre R. de Onbruna, qui a fait rançonner l'aljama des Juifs de Lérida 
par Gombaldo de Gèlent et son frère, chevaliers. — Lérida, 8 octobre 1289. 

Reg. 80, f° 65. 

2009. — Alfonso III, ayant consenti une assignation à noble Alduncki 
Jimenez de Urea, sur le tribut de l'aljama juive de Saragosse, mande a 
cette communauté de payer audit noble ce qui lui revient et de verser 
le restant au trésor royal, nonobstant le sursis concédé à cette aljama. — 
Monzôn, 11 octobre 1289. 

Reg. 80, f° 66. 
T. LX1X, n°« 137-138. il 



162 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

2010. — Alfonso III écrit aux adénantades et à l'aljama des Juifs de 
Barcelone d'ouïr les comptes de ceux qui ont rempli les fonctions d'adé- 
nantades pendant les quatre années écoulées. — Monzôn, 11 octobre 1289. 

Reg. 89, f° 66 v». 

2011. — Alfonso III écrit à l'aljama des Juifs de Lérida de garantir 
(firmare) l'acte d'obligation de F. Angliara et, s'ils en subissent quelque 
dommage, de se rembourser sur les peites. — Monzôn, 13 octobre 1289. 

Reg. 80, f«> 67. 

2012. — Alfonso III écrit à l'aljama des Juifs de Monzôn de lui prêter 
150 charges [Kafficia) de froment. — Monzôn, 16 octobre 1289. 

Reg. 80, f° 70. 

2013. — Alfonso III, après avoir concédé à Abrahim El Jenet les 
1.000 sous que Abrahim de Tortisa et Coffen, Juifs de Jâtiva, tenaient à 
intérêt de Mealuchç Alham, jongleur [joculatore), vient d'apprendre que 
lesdits Juifs avaient payé en fraude dudit Abraham, à certain frère de 
Maluchç. Il mande au justice de Jâtiva de pousser lesdits Juifs à verser le 
montant de leur dette à Abrahim. — Monzôn, 18 octobre 1289. 

Reg. 80, f 70 v°. 

2014. — Alfonso III écrit à G. Lopez de Ayerbe, mérine de Jaca, de 
suspendre toute pression sur l'aljama des Juifs de Jaca, en raison de 
6 000 sous de Jaca qu'il doit on recevoir, jusqu'à nouvel ordre ; s'il a reçu 
d'eux quelque somme, il devra la leur restituer. — Monzôn, 18 octobre 1289. 

Reg. 80, f° 71 v°. 

2015. — Alfonso III écrit au justice, au baile et aux jurés de Bar- 
bastro de contraindre l'aljama des Juifs de Barbastro à payer les dettes 
qu'ils doivent au delà de la somme fixée par le sursis royal. — Monzôn, 
20 octobre 1289. 

Reg. 80, f° 75 v. 

2016. — Alfonso III, en informant les adénantades et l'aljama des 
Juifs de Huesca qu'il a assigné sur leur tribut à dame Béatrice, fille du 
marquis de Saluées, 6.626 sous de Jaca, leur mande de payer cette somme 
à ladite dame ou à ses mandataires. — Monzôn, 22 octobre 1289. 

Reg. 80, f •' 77 v°. 

2017. — Alfonso III autorise Vitaz Alpinaz et Vidal Abulbaca, Juifs de 
Huesca, à tenir des ouvroirsou boutiques [operatoria seuiendas) de draps 
de France dans la cité de Huesca, nonobstant Talatma ou quelque autre 



CATALOGUE DES ACTES DE JAIME 1 er . PEDMO 111 ET ALFONSO 111 463 

statut promulgué par l'aljama des Juifs de Huesca, relativement à la 
tenue des ouvroirs ou boutiques. — Monzôn, 23 octobre 1289. 
Reg. 80, f° 74. 

2018. — Alfonso III a appris que Salamonet Xaigo et Astruga, sa 
femme, s'étaient prêtés vis-à-vis de Bonjua Cas à un acte fictif, par lequel 
ils avouaient lui devoir certaine somme et qu'armé de cet acte, LJonjua 
demandait les biens de Salamonet et d n Astruga. Le roi mande au baile 
de Lérida d'ouvrir une enquête et, si les conclusions en sont probantes, 
de procéder sur la révocation dudit acte et sur la peine à infliger audit 
Juif. — Monzôn, 23 octobre 1289. 

Reg. 80, (' 74. 

2019. — Alfonso III a été informé par l'aljama des Juifs de Lérida 
que l'aljama et les Juifs de Fraga et Ribera avaient accoutumé depuis 
longtemps de contribuer avec l'aljama de Lérida pour toutes les quêles 
et tailles, mais qu'un procès s'était élevé au sujet du paiement de ces 
tailles entre l'Aljama des Juifs de Lérida et Azach Avinzabarre, Juceff 
Avinlacen, Acmel Gorcoz et Salomon d'En Bonseuyor, lesquels Juifs 
étaient venus habiter de Tortose à Fraga. Alors les adénantades, d'une 
part, et les anciens Juifs de Tortose, pour eux et l'aljama de Fraga, 
prirent pour arbitres Juceff, de ce temps baile de feu Pedro III, et Mosse 
Ravaya, son frère, sous peine de 2.000 sous de Jaca, qui décidèrent que 
les Juifs partis de Tortose et les autres Juifs de Fraga paieraient pour les 
quêtes et les tailles à l'aljama de Lérida 300 sous de Jaca par an et les 
parties approuvèrent leur sentence, ainsi qu'en fait foi un acte judaïque. 
Or, depuis deux ans les Juifs de Fraga et surtout les anciens Juifs de Tor- 
tose refusent de contribuer et font (acunydari) délier et menacer par 
plusieurs nobles. S'il en est ainsi, ils deviennent passibles d'une amende 
de 2.000 sous de Jaca. Le roi mande à l'aljama juive de Fraga de payer 
aux adénantades de Lérida tout ce qu'elle doit pour les peites. tailles, 
etc. — Monzôn, 23 octobre 1289. 

Reg. 80, f° 75. 

2020. — Alfonso III mande aux adénantades des Juifs de Huesca de 
s'obliger sur le tribut du mois de janvier à Juan.de Lovençano, associé 
de Felipe de Saluées, pour 1.500 sous de Jaca, que le roi lui doit pour 
prix d'un cheval. — Monzôn, 23 octobre 1289. 

Reg. 80, f« 77 v\ 

2021. — Alfonso III écrit au procureur de Valence de faire exécuter 
la sentence rendue par F. de Apiaria entre Abraffim Abenaffia, Juif, et 
l'aljama des Juifs de Valence. — Monzôn, 23 octobre 1289. 

Resr. 80, f' 93. 



104 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

2022. — Alfonso III écrit à Salamon d'En Abician et à Aaron de Ria- 
clatu, Juifs de Barcelone, pour leur faire connaître que les procès entre 
Macadia, d'une part, Lope Avinfa et Sol, sa fille, d'autre part, à raison de 
certains mariages soient définis, conformément à l'açuna et au droit 
hébraïque. — Monzôn, 28 octobre 1289. 

Reg. 80, ï" 77 v». 

2023. — Alfonso III notifie à la cour de Lérida que Bonjua Cap, Juif 
de Barcelone, affirme avoir un droit sur certains actes que la cour a sai- 
sis sur Pedro Ortin, Balgayre, à l'insistance d'Astusa de Salamon Migero ; 
ces actes avaient été remis par ce dernier audit Pedro Ortin. Le roi pres- 
crit à la cour de retenir par devers elle les actes saisis jusqu'à ce qu'elle 
ait déterminé à qui ils doivent être remis. — Monzôn, 30 octobre 1289. 

Reg. 80, f° 81 v°. 

2024. — Alfonso III mande aux secrétaires de l'aljama des Juifs du 
Barcelone de payer à Simon de Vie 300 livres barcelonaises, que Bernardo 
de Serra, son employé, lui doit, et 1.300 sous barcelonais qu'ils doivent à 
un bénéficiaire d'assignation. — Monzôn, 31 octobre 1289. 

Reg. 80, f° 81. 

2025. — Alfonso III a appris qu'entre Çulema Malaqui, Juif de Barce- 
lone, Astrug Malaqui son fils et procureur, d'une part, Maçot Genaha et 
sa femme, d'autre part, un procès s'était élevé à raison de certaines mai- 
sons et loyers [logera) situés dans la juiverie de Barcelone; Maçot et sa 
femme avaient engagé ces immeubles audit Çulema par actes hébraïques. 
Le roi veut que les adénantades de l'aljama des Juifs de Barcelone char- 
gent un Juif probe d'entendre les raisons de l'une et de l'autre partie et 
de terminer le procès selon le droit et l'açuna hébraïque. Le baile de 
Barcelone veillera à ce qu'il soit procédé comme il vient d'être dit. — 
Monzôn, 31 octobre 1289. 

f Reg. 80, f° 91. 

2026. — Alfonso III a appris que frère P. de Sallers, prieur du monas- 
tère de San Pedro Riudevitlles, et frère Bartolomé de Villafranca, moine, 
de l'assentiment du couvent, avaient reconnu devoir à Juceff Salamon, 
Juif de Villafranca, de pur capital 1.800 sous, promettant de les lui rem- 
bourser avec l'intérêt et lui donnant des répondants ; entre autres choses, 
ils avaient renoncé au bénéfice des sursis concédés par le roi défunt 
Pedro III ou ses fils. Alfonso III avait accordé, lui-même, un sursis de trois 
ans au premier et à son couvent. Le mandement prescrit au viguier de 
Villafranca de faire payer à Jucefï Salamon ce qui lui est dû. — Monzôn, 
1 er novembre 1289. 

Reg. 80, f° 82 r° et v». 



CATALOGUE DES ACTES DE JA1ME I pr , PEDRO III ET ALFONSO III 165 

2027. — Alfonso III a été informé de la part de l'aljama des Juifs de 
Catalayud que les habitants de Sediles (?) contraignent les Juifs de Cala- 
tayud, possessionnés dans ledit lieu, à contribuer avec eux aux quêtes et 
aux exactions, alors que les Juifs de Calatayud n'ont jamais eu l'habitude 
de le faire. Le mandement prescrit au justice et aux jurés de Calatayud 
de s'opposer aux prétentions des habitants de Sediles. — Monzôn, 3 novem- 
bre 1289. 

Reg. 80, f° 90 v°. 

2028. — Alfonso III informe l'aljama des Juifs de Tarazona qu'il a 
concédé à A. de Bastida licence de vendre à n'importe quel Juif du vin 
judaïque (vinum judaycum), qu'il a fait faire à Tarazona par deux habi- 
tants de cette ville. Le roi mande à l'aljama juive de Tarazona de ne pas 
entraver la vente, ni la circulation de ce vin. — Monzôn, 5 novembre 1289. 

Reg. 80, f<> 90. 



2029. — Alfonso III écrit au justice, aubaile et aux jurés de Calatayud 
de pousser Abram, fils de Mosse del Calbo et Azach Abraim, filsd'Abraim 
del Calbo, courriers juifs, tant dans leurs personnes que dans leurs biens, 
à payer à Domingo Juân de Muro, habitant de Saragosse, la somme de 
140 sous de Jaca, pour laquelle ils se sont obligés à ce dernier par acte 
public. — Monzôn, 8 novembre 1289. 

Reg. 80, f° 94 v°. 

2030. — Alfonso III fait connaître au baile de Lérida que des procès 
s'étant élevés entre Mosse Avincabra, Juif de Lérida, d'une part, Kaim 
Azcarel et David, son fils, d'autre part, à raison du mariage entre ledit 
Mosse et la fille du dit Kaim et des actes hébraïques conclus en cette 
circonstance, il importe que ces contestations soient définies selon le 
droit hébraïque et par des Juifs. Le roi prescrit au baile de Lérida d'assi- 
gner pour juge aux parties un Juif suffisant et probe, non suspect, qui 
termine les procès. — Monzôn, 8 novembre 1289. 

Reg. 80, f° 95 v°. 

2031. — Alfonso III écrit à Valés de Urdaz d'ajourner le recouvrement 
de la cène due par les Juifs de Montclûs. — Lérida, 15 novembre 1289. 

Reg. 80, f° 98 v<>. 

2032. — Alfonso III écrit à Salvador de Marseille (Marsilia) de ne récla- 
mer que 300 sous pour le subside aux Juifs de Montclûs.— Lérida. 15 no- 
vembre 1289. 

Reg. 80, f« 98 v, 



166 REVUE DES ÉTUDKS JUIVES 

2033. — A Mon 90 III iiM'ii au viguicr de Barcelone pour l'aviser de 
l'assignation de 12.000 su. is barcelonais qu'il vient de faire sur le tribut 
des Juifs île Barcelone. — Lérida, 16 novembre 1289. 

Reg. 80, f° 103 r° et \ 

2034. — Alfonso III t'ait connaître au viguier de Barcelone et au bailc 
de Cervera que, dans la cour générale qu'il vient de célébrera Monzôn., 
une enquête a été décrétée contre les Juifs de sa terre qui ont exigé un 
intérêt supérieur au taux fixé par feu Jaime I" r ; or, les paiciers et plusieurs 
prud'hommes de Cervera dénoncent comme usuriers Bonafos Vidal et 
Habraam Maymô, Juif de Barcelone. Le roi ordonne au viguier de Barce- 
lone et au baile de Cervera de surseoir à toute contrainte vis-a-vis des 
débiteurs jusqu'à ce que l'enquête soit terminée. — Lérida, 19 novembre 1289. 

Reg. 80. f» 106>°. 

2035. — Alfonso III a été informé de la part de Pedro Ortin, habitant 
delà ville d'Algerri, que la cour de Lérida négligeait de précéder sur la 
saisie d'actes qu'elle avait infligée a Pedro Ortin dans la cité de Lérida, 
sur la plainte d'Astruga, veuve de Salamon Migero, Juif de Lérida ; 
Bonjuha Cap. Juif de Barcelone, père de ladite Astruga, a obtenu du roi 
que la cour gardât les documents saisis jusqu'à ce qu'il ait ete statue sur 
le droit que Bonjuha affirme avoir sur les actes. Le mandement prescrit a 
la cour de Lérida que, si les actes étaient à Lérida le jour où la procédure 
fut suspendue, elle devra la reprendre, nonobstant la lettre obtenue par 
Bonjuha, mais que, si les actes n'y étaient pas encore ce jour-là, elle ne 
permette pas que ledit P. Ortin soit inquiété. — Lérida, 11 novembre 1289. 

Reg. 80, f° 110 v». 

2036. —Alfonso III écrit à P. Pelegri qu'il se hâte de recueillir tout ce 
qui lui reste à recevoir des aljattias juives d'Aragon sur les collectes, 
quêtes, tailles et sur les quinze arches. — Lérida. 20 novembre 1289. 

Reg. 80, f° 105 v. 

2037. — Alfonso III mande au baile et aux paiciers de Camarasa de 
recevoir un répondant d'Abrafi m, Juif de Camarasa, qui se propose de 
s'absenter, pour que, s'il s'absente, le roi ne puisse perdre son droit. — 
Lérida, 21 novembre 1289. 

Reg. 80, f- 109. 

2038. —Alfonso III, ayant appris de la part d'Abrafi m Albane, Juif, 
habitant de Camarasa, qu'un particulier excipant de certaine lettre obtenue 
du roi, lui avait fait saisir tous ses biens pour quelques procès civile, 
mande au baile de Camarasa de lui faire restituer ces biens. — Lériûa, 
21 novembre 1289. 

Reg. '80, f° 109. 



CATALOGUE DES ACTES DE JAIME I" r , PEDRO III ET ALFONSO III 167 

2039. — Alfonso III écrit à Bernardo de Suria de suspendre le recou- 
vrement de la cène due par l'aljama des Juifs de Girone et de Besalù 
jusqu'à nouvel ordre. — Lérida, 25 novembre 1289 
Reg. 80, f° 111 v». 



2040. — Alfonso III mande à Domingo de la Figera d'exiger des Juifs 
de Calatayud l'amende de 200 morabotins qu'ils ont encourue à raison des 
peytes des 15 arches imposées au temps du roi Pedro III. — Lérida, 27 no- 
vembre 1289. 

Reg. 80, f° 117 v\ 



2041. — Alfonso III écrit à Domingo de la Figera de saisir les biens 
des habitants tant chrétiens que juifs, qui ont émigré en territoire enne- 
mi. — Lérida, 27 novembre 1289. 
Retr. 80, f° 117 v°. 



2042. — Alfonso III écrit au baile de Barcelone que Bonadona, femme 
d'Isach de Porta, Juif, réclame de son mari un libellé de répudiation ; il 
lui demande de s'occuper de cette affaire. — Barcelone, 8 décembre 1289. 

Reg. 80, f° 127. 

2043. — Alfonso III notifie à l'aljama des Juifs de Barcelone la déci- 
sion prise dans la cour générale de Monzôn sur le recouvrement de tous 
les revenus concédés, vendus, engagés, échangés, affranchis ou aliénés 
par la couronne. En conséquence, au sujet des rentes, pensions et autres 
donations concédées par le roi à quelques personnes sur le tribut et 
autres impôts que les Juifs doivent donner au roi, l'aljama de Barcelone 
devra répondre au trésorier royal Dalmaso Suyner. — Barcelone, 9 dé- 
cembre 1289. 

Reg. 80, f° 134 v°. 

2044. — Alfonso III mande à l'aljama des Juifs de Majorque de payer 
leurs contributions à Dalmaso Suyner, trésorier royal. — Barcelone, 9 dé- 
cembre 1289. 

Reg. 80, f» 139 v°. 



2045. — Alfonso III a appris par P. de Vilar, citoyen de Barcelone, que 
Senton Gap, Juif de Villafranca, avait pris l'habitude d'habiter à Barce- 
lone, où il disait se rendre pour partager avec ledit P. de Vilar une vigne 
possédée en indivis ; le roi prescrit au baile de Barcelone de pousser ledit 
Juif au partage de sa vigne. — Barcelone, 13 décembre 1289. 
Reg. 80, fo 132 v°. 



468 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

2046. — Alfonso III mande à l'aljama des Juifs de Barcelone de payer 
à Tintante des Grecs ou à Simon de Vie, son procureur, tout ce qui revient 
à ladite infante en raison de l'assignation de 12.000 sous qui lui a été 
concédée sur le tribut des Juifs Barcelonais jusqu'au jour de la révocation 
qui en fut faite dans la cour de Monzôn, le 7 novembre précédent. Le 
trésorier Dalmaso Suyner reçoit Tordre de porter en compte la somme 
qui sera payée à Tintante. — Barcelone, 15 décembre 1289. 

Reg. 80, f° 140 v°. 

2047. — Alfonso III avant appris qu'une composition avait été conclue 
entre les frères de l'hôpital de Saint-Jean et le Juif Astruch Jacob Sexo, 
alors baile du château de Peftiscola, sur le fait, du sel (?), et que cet accord 
avait été confirmé par feu Jaime I er , mande au baile et aux habitants de 
Peîliscola de l'aire observer cette composition. — Barcelone, 18 décembre 
1289. 

Reç. 80, f° 146 v°. 

2048. — Alfonso III mande au baile de Cervera de pousser les paiciers 
et les autres prud'hommes de Cervera qui sont obligés pour dettes à 
Bonafos Vidal et Abraham Maymo à les payer, nonobstant la récente 
lettre royale accordant un sursis jusqu'à clôture de Tenquête ouverte aux 
fins d'usure. — Barcelone, 19 décembre 1289. 

Reg. 80, f° 150. 

2049. — Alfonso III écrit aux secrétaires de Taljama des Juifs de Bar- 
celone de remettre à Dalmaso Suyner 12.000 sous barcelonais du tribut 
de Noël prochain, nonobstant les assignations consenties à l'infante des 
Grecs ou à d'autres personnes, à Simon de Vie, notamment. — Barcelone, 
23 décembre 1289. 

Reç. 80. f 158. 



2050. — Alfonso III écrit à Taljama des Juifs de Valence que, sur le 
tribut et autres deniers qu'ils doivent donner au roi, ils répondent a 
Dalmaso Suyner, trésorier royal. — Barcelone, 24 décembre 1289. 

Reg. 80, f° 159 v». 

2051. — Alfonso III notifie aux secrétaires de Taljama des Juifs de 
Barcelone que, devant à Jaime de Finestras 28.000 sous barcelonais, il lui 
a assigné cette somme sur le tribut qu'ils doivent payer au roi en trois 
termes. Il leur prescrit de répondre à cet assignataire, nonobstant la 
confirmation faite à l'infante des Grecs à Lérida, après la célébration de 
la cour de Monzôn. — Barcelone, 24 décembre 1289. 

Rea. 80, f° 160. 



CATALOGUE DES ACTES DE JA1ME l Pr , PEDRO III ET ALFONSO III K»9 

2052. — Alfonso III écrit à P. de Leton, portier de l'infant Pedro, de 
pousser les Juifs de Barcelone, secrétaires et autres, à payer a H. Ricard 
6.000 sous, à Simon de Vie 6.000 sous, à P. de Orfa, chevalier, 5.500 sous, 
qu'ils leur doivent a titre de prêt. — Barcelone. 26 décembre 1289. 

Reg. 80, f° 162. 

2053. — Alfonso III confie a Bernardo de Palazol, jurispérit de Barce- 
lone, le règlement du procès survenu pour dettes entre le Juif Salves et 
Bonjuda Biona. — Barcelone, 26 décembre 1289. 

fteg. 80, f° 162. 

2054. — Alfonso III concède à l'aljama juive de Huesca la faculté, pour 
chacun de ses membres, de tenir boutique (teintoria seu opérât oria) de 
draps de France dans la juiverie [judaismo) de Huesca ou ailleurs selon 
la coutume, nonobstant menace de peine, serment, alatma ou quelque 
autre statut fait par l'aljama à ce sujet ; le roi remet toutes ces peines 
aux Juifs de Huesca. — Tarragone, 2 janvier 1289/90. 

Reg. 83, f° 7 v. 

2055. — Alfonso III a appris que l'açuna juive interdit à un Juif de 
eeevoir des intérêts d'un autre Juif; or, Jamila, femme d'Alçar Alatam 
uive de Saragosse, avait prêté à Mira, femme d'Izach Abenbruc, à Ezra, 

fille de ladite Mira, à Izach et Miro, fils de Salainon, lequel était fils de 
ladite Mira, 450 sous de Jaca ; deux actes furent confectionnés à cette 
occasion : l'un portant obligation d'une vigne sise dans la banlieue de 
Saragosse pour la somme de 450 sous, l'autre portant vente de cette 
môme vigne pour 450 sous, ce qui portait le chiffre effectif de la dette à 
900 sous. Le roi mande aux juges et à l'aljama de Saragosse de faire 
une enquête, en jetant l'alatma dans la synagogue majeure et, si le 
délit est constaté, d'obliger ladite Jamila à restituer 450 sous. — Tarra- 
gone, 3 janvier 1289/90. 
Reg. 81, f- 9. 

2056. — Alfonso III écrit à Galacian de Tarba, mérine de Saragosse, de 
rechercher si les Juifs de Saragosse ont coutume de se baigner aux bains 
de cette ville, et dans l'affirmative, de leur permettre de le faire. — Tar- 
ragone, 3 janvier 1289/90. 

Reg. 81, f* 9. 

2057. — Alfonso III mande à tous les officiaux de s'abstenir de toute 
contrainte à l'égard des Juifs de Saragosse, en raison de quelques assi- 
gnations faites sur leur tribut, jusqu'à concurrence de la somme que le 
roi leur doit. — Tarragone, 3 janvier 428990. 

Reg. 81, fo 9. — Indiq. ; Amador de los Rios, II, 146, note 1. 



4~0 HEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

2058. — Alfonso III fait savoir au justice et aux jurés de Valence que, 
par dérogation ail règlement qui oblige les Juifs de Barcelone et de 
Valence à porter des capes, les Juifs de Barcelone attachés à la maison 
royale n'y sont pas astreints. En conséquence, Abrafim Abenamies et 
Abrafim El Jenet qui font partie de la maison royale ne seront pas assu- 
jétis au port de la cape. — Tarragone, 3 janvier 1289/90. 

Reg. 81, f* 10. 

2059. — Alfonso III écrit à R. Scorna de procéder contre plusieurs 
Juifs de Murviedro, qui ont déchiré aux fils de Basiell des privilèges con- 
cédés aux Juifs par feu Jaime I er et confirmés par feu Pedro III. — Tarra- 
gone, 3 janvier 1289/90. 

Reg. 81, 1° 10 v°. 

2060. — Alfonso III a appris que des Juifs de Saragosse, dans les con- 
trats relatifs à des mineurs, étaient poussés à jurer et à payer indûment 
les tributs et autres exactions royales, au delà du sol et livre. Il prescrit 
aux adénantades et à toute l'aljama juive de Saragosse de ne pas con- 
traindre les Juifs mineurs ou autres à contribuer aux impôts, si ce n'est 
par sol et par livre. Ils devront observer le statut qui a été promulgué 
entre les majeurs et les mineurs parla main de leur rabbin dans la syna- 
gogue majeure, sous menace de l'alatma qui a été lancée selon le droit 
hébraïque. — Alcolea, 8 janvier 1289/90. 

Reg. 81, f° 9. 

2061. — Alfonso III mande à P. Pelegri de la maison royale d'exiger 
instamment de l'aljama des Juifs de Monzôn qu'elle rende compte du 
produit des quinze arches imposées naguère par feu Pedro III sur les 
communautés juives. — Alcolea, 18 janvier 1289,90. 

Reg. 81, f» 15. 

2062. — Alfonso III a été informé de la part de l'aljama des Juifs 
d'Huesca que Juan Pérez Galleg, alors qu'il était collecteur de l'argent des 
arches, avait reçu le compte de cette communauté et lui avait donné 
décharge (albaran) de la somme qui devait être payée par les pauvres de 
l'aljama à raison des quinze arches. Or, Pelegri de la maison royale refuse 
d'observer cet albaran ; le roi lui ordonne de s'y conformer. — Corvins 
(Corbeis), 22 janvier 1289 90. 

Reg. 81, f» 18 v. 

2063 — Alfonso III écrit à G. Belloch de s'adjoindre Beltrân de Sova, 
jurispérit, et d'ouvrir une enquête contre les Juifs de la cité et du 
royaume de Majorque. — Lérida, 1 er février 1289/90. 
Reg. 81, f° 25 v°. 



CATALOGUE DES ACTES DE JA1ME 1 er , PEDRO III ET ALFONSO 111 171 

2064. — Alfonso III a été informé de la part de l'aljama des Juifs de 
Lé rida que A J;iner, citoyen de cette ville, après leur avoir promis de 
leur prêter certaine somme, avait fait établir un acte d'obligation au nom 
de Pons de Concabella. Le roi mande a Janer d'empêcher que lesdits 
Juifs soient molestés à cette occasion, pourvu qu'ils s'engagent à faire 
complément de justice. — Lérida, 9 février 1289/90. 

Reg. 81, f°39 v°. 

2065. — Alfonso III écrit au baile de Lérida de procéder comme de 
droit contre le Juif Abrahim Abenafio, inculpe d'avuir entretenu des rela- 
tions adultères avec une chrétienne. — Lérida, 9 février 1289/90. 

Reg. 81, i° 39 vo. 

2066. — Alfonso III a appris que le viguier de Gervera avait infligé des 
saisies à plusieurs habitants de San Antolin, en exécution d'une sen- 
tence rendue par Maymô de Archs, juge délégué par Bernardo de Roca- 
mador, baile de San Antolin, en faveur d'Abraham Çaporta, Juif, et contre 
Bernardo 011er de San Antolin ; cette sentence est dite nulle de droit. 
Le roi mande à Bernardo de Biayna, ju ris périt de Cervera, d'examiner si 
les saisies ont été faites a juste titre, de s'opposer dans tous les cas à ce 
que le viguier inflige des saisies aux habitants de San Antolin, bien plus, 
de faire restituer les objets qui ont pu être confisqués. — Lérida, 9 février 
1289/9 J. 

Reg. 81, f° 40. 



d'observer et de faire observer les privilèges concédés par les rois précé- 
dents à Açda Abenvenist, fils de Benbenist Abenvenist, Juif de Saragosse. 
— Saragosse, 17 février 1289/90. 
Reg. 81, f° 42. 

2068. — Alfonso III, informé par la plainte de Jusse de la Portella que 
l'aljama juive de Tarazona avait mis la main (barrigiastis) sans motif sur 
les biens que ce dernier avait à Tarazona, cite l'aljama à comparaître 
dans dix jours par procureurs devant lui. — Saragosse, 17 février 1289/90. 

Reg. 81, f» 44. 

2069. — Alfonso III a assigné à noble Pedro Martinez de Lima 1.000 
sous de Jacâ à percevoir chaque année, sa vie durant, sur le tribut de 
l'aljama juive de Galatayud. Malgré un ordre de paiement donné parle 
roi, cette communauté a fait la sourde oreille. Alfonso mande aux adé- 
nantades et à l'aljama juive de Calatayud de satisfaire incontinent à la 
dite assignation sur les 1.500 sous de Jaca qu'ils étaient tenus de payer au 
roi en janvier passé. — Saragosse, 21 janvier 1289/90. 

Reg. 82, f« 1G v°. 



172 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

2070. — Alfonso III a appris que les Juifs de Taljama de Monzôn 
n'avaient encore rien payé des quinze arches imposées par feu Pedro III 
sur chacune des aljamas juives d'Aragon pour la défense du royaume 
quand les Français (Gallici) envahirent sa terre. Il ordonne à Ions les 
Juifs de Monzôn de répondre incontinent à Pedro Pelegri. — baragosse, 
24 février 1289/90. 

Reg. 82, f° 22. 

2071. — Alfonso III mande à toutes les aljamas juives d'Aragon de 
payer ce qu'il leur reste à verser des 15 arches représentant la quote-part 
des pauvres Juifs qui ne se sont pas encore exécutés. — Saragosse, 
24 février 1289/90. 

Reg. 82, f» 22. 

2072. — Alfonso III, ayant concédé à Ferrando Yvanes de Vallverde 
1.000 sous de Jaca pour le besoin de sa maison, mande à l'aljama juive de 
Téruel de lui répondre de cette somme, qui sera portée à titre d'acompte 
sur le montant de ses prochaines contributions. — Saragosse, 28 février 
1289/90. 

Reg. 82, f° 20 v». 

2073. — Mandement au sujet de l'appel interjeté par Juan Tomas 
Graus delà sentence qui a été rendue par le délégué du juge de Cala- 
tayud dans le procès survenu entre ledit Juan et Abrahim del Rabi, Juif 
de Calatayud, sur le fait de certaine sentence arbitrale. — Saragosse, 
1 er mars 1289/90. 

Reg. 81, f° 46 v°. 

2074. — Alfonso III mande à R. Scorna d'emprisonner Mosse Maymo, 
Juif de Valence, qui a dessaisi certains Janets d'actes de quittance, et de 
le détenir jusqu'à ce qu'il ait rendu ces_documents. — Saragosse, 2 mars 
1289/90. 

Reg. 81, 1° 63. 

2075. — Alfonso III mande aux officiaux de Calatayud de n'user de 
contrainte à l'égard d'Abrahim Paçagon et d'Açmel, son frère, Juifs de 
cette ville, à l'occasion de certaine obligation faite par ces derniers de 
800 sous de Jaca à Açmel de Portella, puisque ces 800 sous ont été payés 
sur l'ordre de l'infant don Pedro à deux habitants de Calatayud. — Sara- 
gosse, 2 mars 1289/90. 

Reg. 81, f°63. 

2076. — Alfonso III mande au justipe et aux jurés de Calatayud de 
faire restituer par les collecteurs à Domingo Folquero, habitant de cette 



CATALOGUE DES ACTES DE JAIME T r , PEDRO III ET ALFONSO 111 173 

ville, 440 sous de Jaca qu'ils lui ont injustement confisqués à raison de 
cerlaine assignation faite sur les contributions des Juifs de Catalayud. 
— Saragosse, 3 mars 1289/90. 

Reg. 81, f» 48. 

2077. — Alfonso III a été informé de la part des Sarrasins de Borja que 
des Juifs retenaient des héritages Sarrasins en garantie de sommes déjà 
remboursées. Il mande à l'alcalde et au justice de Borja de faire venir en 
leur présence les Juifs de Borja, et d'examiner leurs comptes et, s'ils y 
découvrent la mention du remboursement du capital et du paiement de 
l'intérêt, de faire restituer les gages aux Sarrasins. — Saragosse, 3 mars 
1289/90. 

Reg. 81, f- 63 v°. 

2078. — Alfonso III mande à l'aljama des Juifs de Borja d'envoyer à 
P. G. de Riu, de la maison royale, le tribut de Noël passé. — Saragosse, 
3 mars 1289/90. 

Reg. 82, f° 21. 

2079. — Alfonso III fait connaître à l'aljama des Juifs de Calatayud 
qu'un procès a éclaté entre Sancbo de Antilion et P. Martinez de Luna au 
sujet d'une assignation faite sur le tribut de cette communauté. Sur les 
2.500 sous de Jaca qu'elle devait payer en janvier passé, elle devra verser 
1.500 sous à S. de Antillon : quant aux 1.000 sous restants, aucun des 
nobles susdits ne pourra les réclamer. Le roi mande en même temps aux 
offieiaux de Calatayud de ne pas infliger de saisie à raison du reliquat de 
mille sous. — Saragosse, 12 mars 1289/90. 

Reg. 82, f» 21. 

2080. — Alfonso III mande à l'aljama des Juifs de Catalayud de verser 
le reliquat de mille sous à noble Sancho de Antillon. — Saragosse, 
10 mars 1289/90. 

Reg. 82, f° 22 v?. 

2081. — Alfonso III mande à l'aljama des Juifs de Saragosse de payer 
100 sous de Jaca à Romeo de Amer (Admario), alcayde du cbàteau de Sos, 
pour la « retinentia » de ce cbàteau. — Saragosse, 10 mars 1289/90. 

Reg. 82, f° 23. 

2082 — Alfonso III mande à l'aljama des Juifs de Saragosse d'exécuter 
l'assignation qu'il a consentie à Jimeno Pérez de Pina sur le tribut de 
1.500 sous. — Saragosse, 10 mars 1289/90. 

Reg. 82, f° 27. 



174 REVUE DES ETUDES JUIVES 

2083. — Alfonso III mande au collecteur de la cène des Juifs de Sara- 
gosse de V Aragon de verser 340 sous, qui ont été assignés suc le premier 
argent des Juifs cà Saneha, veuve de P. Fanno. — Saragosse, 10 mars 1289/90. 

Reg. 82, f« 21 v\ 

2084. — Alfonso III a été informé de la part de Juceff Avenaçfora qu'en 
raison du mariage qui devait être contracté entre Jahuda Avenaçfora, son 
frère, et la fille d'Àssach Abnelfalir, des titres de créance furent remis à 
Mosse Alcotanti, rabbin de l'aljama juive de Galatayud; malgré les exhor- 
tations faites par Juceff à Açach d'accomplir le mariage, ce dernier s'est 
dérobé. Le roi mande au rabbin de restituer les titres à Jahuda et tout ce 
qu'il a donné à la fille d'Assach pour le mariage. — Saragosse, 12 mars 
1289/90. 

Reg. 81, f" 67 v». 

2085. — Alfonso III, considérant la pauvreté de l'aljama des Juifs de 
Saragosse, lui concède, pour le paiement de la somme de 13.060 sous 
qu'elle doit verser chaque année pour le tribut, un sursis de six ans, à 
condition de payer chaque année 10.000 sous de Jaca ; pendant cette 
période la communauté bénéficiera d'une remise de 3.060 sous. — Sara- 
gosse, 12 mars 1289/90. 

Reg. 83, f° s 24 v°-25. 

2086. — Alfonso III annonce à P. de Calatayud, citoyen de Saragosse, 
qu'il a fait une remise de 3.060 sous annuels à l'aljama de Saragosse. — 
Saragosse, 12 mars 1289/90. 

Reg. 25, f* 24 v-25. 

2087. — Alfonso III mande aux offîciaux de Rarbastro de ne pas pous- 
ser l'aljama des Juifs de Barbastro à raison de la somme qu'elle a payée 
sur mandat royal à noble Sancho de Antillon. — Saragosse, 14 mars 
1289/90. 

Reg. 81, f° 59. 

2088. — Alfonso III mande aux Juifs et aux Sarrasins de la cité et du 
royaume de Valence d'obéir au procureur de ce royaume, à son lieute- 
nant ou à son juge. — Saragosse, 15 mars 1289/90. 

Reg. 81, f° 59 v°. 

2089. — Alfonso III mande au justice, au çalmédine et aux jurés de 
Saragosse qu'il entend qu'en raison des assignations faites par lui sur les 
impôts de l'aljama des Juifs de Saragosse, cette communauté ne souffre 
de leur part aucune contrainte. — Saragosse, 15 mars 1289/90. 

Res. 81, f 64. 



CATALOGUE DES ACTES DE JAIME I er , PEDRO III ET ALFONSO III 175 

2090. — Alfonso III fait connaître aux adélantades des Juifs de Cala- 
taynd qu'il a concédé à noble Sancho de Antillon la faculté d'obliger à 
quiconque les 5.000 sous de Jaca qu'ils doivent lui donner pour les 
« cavalleriis », 2.500 sous a la Noël et 2.500 au 1 er janvier. Les adélantades 
devront s'obliger à ceux que Sancho leur indiquera. — Saragosse, 19 mars 
1289/90. 

Reg. 81, f° 68. 

2091. — Alfonso III concède à la chancellerie (scribania) de l'aljama 
des Juifs de Uncastillo à Juan Gensit de Layana, sa vie durant, selon le 
style de la cour. — Saragosse, 19 mars 1289/90. 

Reg. 83, i'° 28 v°. 

2092. — Alfonso III a appris que des créanciers de l'aljama juive 
d'Egea se proposaient de faire vendre les biens de Naçincoro, de Dolça, 
femme de Saen, de Çaçon Cori, d'Abrahim de Mayr, d'Habraym de Mayr, 
d'Abrahim El Fran et de Çalamon Gopo. Or, ces sept Juifs affirment 
devant le roi que ni l'aljama ni eux ne sont tenus de rembourser lesdits 
créanciers. Le roi mande au justice, aux jurés et au conseil d'Egea de ne 
pas permettre qu'on vende les biens desdits Juifs jusqu'à nouvel ordre. — 
Saragosse, 20 mars 1289/90. 

Reg. 81, f» 71 v». 

2093. — Alfonso III mande à Salomon de Lima, Juceff de Muni,', 
Mosse de Lucsia, Juceff de Uncastillo, Çalema de Ritas, Jacob de Murcia, 
Mayr Navairo et Rabi Nança de comparaître dans la quinzaine de Pâques 
devant ses délégués à Huesca et de leur rendre compte de leur gestion 
des affaires de l'aljama d'Egea. — Saragosse, 20 mars 1289/90. 

Reg. 81, f 71 v°. 

2094. — Alfonso III mande à l'aljama et aux Juifs de Huesca de se 
préparer à lui donner, le lendemain jeudi, 400 livres 200 sous pour achat 
de poissons frais, 160 livres de pain, 15 coutres de vin, 30 livres de cire, 
certaine quantité de gingembre, 40kaffices d'annones et d'autres denrées 
que ses officiaux leur diront. — Almudébar, 21 mars 1289/90. 

Reg. 82, f» 18 v». 

2095. — Alfonso III mande à toutes les aljamas juives du royaume 
d'Aragon de payer leur tribut à son fidèle Tomas Çelludo. — Almudébar, 
22 mars 1289/90. 



2096. — Alfonso III ayant besoin d'ànesses {azemilis), en demande une 
aux Juifs de Montclûs ou, à défaut de bète, une somme de 200 sous de 



176 M VUE DES ÉTUDES JUIVES 

Jaca, pour laquelle ils devront répondre à Martin Jimenez Simpa, pour 
prix d'une mule qu'il lui a achetée. — Huesca, 25 mars 1290. 
Reg. 82, f° 31 v°. 

2097. — Alfonso III adresse la même demande aux Juifs de Barbastro, 
qui sont taxés à 300 sous. — Huesca, 25 mars 1290. 

Reg. 82, f» 31 v°. 

2098. — Alfonso III écrit à Figeron, baile de Figucras, d'arrêter et de 
faire conduire par devers lui Açmel Salamon d'En Açmies, Bonaslrugon, 
fils d'As'trug Mestre, inculpés d'avoir blessé un Juif de Girone. — Girone, 
2 avril 1290. 

Reg. 81, f 76 v°. 

2099. — Alfonso III notifie à tous ses offieianx et à tous les bénéfi- 
ciaires d'assignations royales faites sur les tributs des aljamas juives 
d'Aragon qu'il entend que les Juifs de ces communautés ne soient pas 
appréhendés ni détenus à raison de quelque assignation. — Girone, 6 avril 
1290. 

Reg. 81, f° 78 v°. 

2t00. — Alfonso III mande de surseoir jusqu'à nouvel ordre à P. Pele- 
giï. de la maison royale, qui se préparait de nouveau, au nom du roi, à 
poursuivre en justice les aljamas juives d'Aragon au sujet des la arches. — 
Girone, 6 avril 1290. 

Reg. 81, f" 78 v°. 

2101. — L'infant don Pedro mande à P. Pelegri de surseoir aux pour- 
suites qu'il vient d'engager contre les Juifs de Huesca au sujet des sommes 
qui doivent être payées par les Juifs pauvres de l'aljama a raison des 15 
arches. — Huesca, 12 avril 1290. 

Reg. 85, f° 8. 

2102. — Alfonso III mande à un de ses offieianx de faire exécuter les 
débiteurs de [Astrug] Mestre et d'Azmies, fils de Salamon d'En Azmia, 
Juifs de Girone. — Figueras, 18 avril 1290. 

Reg. 82, f» 27. 

£112103. — Alfonso III donne les ordres de paiement suivants: aux adé- 
lantades et a l'aljama juive de Galatayud de 300 sous de Jaca ; une remise 
de 100 sous leur est accordée le 7 mai. Les Juifs de Daroca payeront 
250 sous, ceux de Borja 150 et ceux de Tarazona 200. — Saragosse, 20 avril 
1290. 

Reg. 85, fMl v°-12. 



Catalogue des actes de jaiMe i er , pedro ïii et alfonso iii 477 

2104. — Alfonso III promet à ses aljamas juives des villes et de la 
collecte de Girone et de Besah'i de ne pas accorder de sursis pendant 
deux ans à leurs débiteurs; s'il en accorde, ils n'auront pas d'effet sur 
les créances juives. — Figueras, 23 avril 1290. 

Reer. 83, f» 36 v°. 

2105. —Alfonso III remet toute peine à Açmia, Juif de Girone, calom- 
nieusement accusé d'avoir frappe ou aidé à frapper Isach, fils de feu 
Ast.rug Cordonin, qui, à la suite de ce coup, perdit la vue d'un œil. L'en- 
quête ouverte à ce sujet a donné un résultat négatif. — Girone, 24 avril 
1290. 

Reg. 83, f° 35. 

2106. — Semblables lettres de rémission à Bonastruch, fils d'Astrug 
de Mestre, accusé d'avoir recueilli Açmia dans sa maison. — Girone, 

24 avril 1290. 

Reg. 83, f° 35. 

2107. — Alfonso III a appris que Pons Hugon, comte d'Ampurias, 
vicomte de Bas et de Cabrera, avait ouvert une enquête pour usure 
contre les Juifs domiciliés dans son comté ou vicomte parce qu'ils ont 
pratiqué des usures illégales. Or, ces Juifs sont les hommes du roi ; s'ils 
encourraient une peine, ce serait au détriment du roi. Alfonso III mande 
à Pons de faire cesser l'information parce que le droit d'enquête appar- 
tient au roi en vertu des ordonnances de la cour de Monzôn. — Girone, 

25 avril 1290. 

Reg. 81, f 87. 

2108 — Alfonso III s'adresse au viguicr et au baile de Besalii pour 
leur faire connaître que l'aljama juive des villes et de la collecte de Girone 
et Besahi est redevable au roi de certaine somme en suite des privilèges 
et grâces à elle concédés par Alfonso III. Le mandement prescrit au viguier 
et au baile de pousser les Juifs de cette communauté et leurs biens a 
payer leur cotisation, selon la répartition faite par Gresches Çarch, Bon- 
david Saporta et. Astrug Jacob. — Girone, 26 avril 1290. 

Reg'. 81, f°87 v". 

Expédition d'ordres semblables au viguier et au baile de Torroella, au 
baile de Figueras et au viguier de Girone. — Girone, 26 avril 1290. 

Reg. 81, f° 87 v°. 

2109. — Alfonso III, considérant les dommages et les pertes subis pa 
ses fidèles de l'aljama juive de Girone et Besalu du fait de la guerre des 

T. IAIX. n» s 137-138. 12 



478 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Français, leur fait remise de la quête pendant cinq ans, sauf, cependant, 
le tribut accoutumé. — Girone, 27 avril 1290. 
Resr. 83, f° 37. 



2110. — Alfonso lit mande à tous les offieiaux d'observer et de faire 
observer les privilèges concédés ou confirmés par Pedro III ou par lui- 
même à l'aljama des Juifs de Girone et de Besalû. — Girone, 27 avril 1290. 

Reg. 83, f» 37 v°. 

2111. — Alfonso III a reçu une supplique de la part de l'aljama juive 
des villes et de la collecte de Girone et de Besalû en tant que roi d'Ara- 
gon, de Majorque et de Valence, et comte de Barcelone. Dans les lieux où 
les sergents (sagiones) royaux n'exercent par leur contrainte, par exemple 
dans les terres du comte d'Ampurias et d'autres seigneurs de Févêché de 
Girone, les Juifs n'ont pas pu reconstituer les actes perdus au temps de 
l'invasion française en Catalogne dans le délai fixé par feu Pedro III et 
ensuite par Alfonso III, parce que ledit comte et d'autres Seigneurs s'y 
sont opposés et ne permettent pas que des citations atteignent les débi- 
teurs des Juifs. Ceux-ci supplient le roi de leur concéder un délai suffisant, 
pondant lequel ils puissent reconstituer les actes perdus. Considérant le 
bien fondé de cette requête, le roi leur concède à cette fin un délai de six 
mois ; le juge ordinaire de Girone les secondera dans cette reconstitution, 
selon les prescriptions royales émises à ce sujet. — Girone, 27 avril 1290. 

Reg. 83, f° 37 v°. 

2112. — L'infant don Pedro informe les adélantades et l'aljama des 
Juifs de Saragosse qu'il a délibéré sur la pétition formulée par P. Pelegri, 
de la maison royale, au sujet de l'arrérage des 15 arches, que les Juifs 
pauvres de l'aljama n'ont pas encore acquitté. Considérant leur pauvreté, 
il confie l'affaire à deux fidèles de la maison royale, à la décision desquels 
la communauté devra se soumettre. — Saragosse, 30 avril 1290. 

Reg. 85, f° 15 v°. 

2113. — Alfonso III mande aux aljamas juives des villes et de la 
collecte de Girone et de Besalû de ne pas tarder plus longtemps à verser 
les 12.000 sous barcelonais, qu'elles sont tenues de lui donner dans le 
délai de quinze jours, sous peine du double, si le paiement est différé. — 
Barcelone, 2 mai 1290. 

Reg. 82, fo 38 v°. 

2114. — Alfonso III notifie à Felipe de Andreu, de la cour de Lérida, 
qu'il a confié la cause pendante, entre la couronne et le maître de la 
milice du temple sur la liberté ou franchise que ledit maître réclame pour 
les Juifs de Monzôn de ne ne pas contribuer aux quêtes ou peytes, à M« H. 



CATALOGUE DES ACTES DE JAIME I er , PEDHO III ET ALFONSO 111 179 

de Besalû, archidiacre de Ribagorsa en la cathédrale de Lérida. Le roi ins- 
titue ledit Felipe pour son procureur. — Barcelone, 5 mai 1290. 

Reg. 81, l'°» 92 v°-93. 

2115. — Alfonso III, ayant appris que les Juifs de Monzén n'ont jamais 
eu coutume de donner la cène, mande à G. de Belora, de sa maison, et à 
d'autres collecteurs de suspendre leur réclamation et, si des saisies ont 
été faites de ce chef, de les restituer. — Barcelone, 5 mai 1290. 

Reg. 81, f° 93. 

2116. — Alfonso III ayant besoin du concours financier de ses Juifs, 
pour soutenir la guerre et fortifier les places frontière, fixe à 5.000 sous 
de Jaca la cotisation de l'aljama des Juifs de Galatayud. — Barcelone, 5 mai 

1290. 

Reg. 82, 1° 39 v°. — Les autres communautés sont ainsi taxées : 

Barbaslro 2.000 sous de Jaca. 

Huesca 5.000 

Jaca 2.000 — 

Lima 500 — 

Egea 2.000 

Tauste 1.000 — 

Saragosse 10.000 — 

Alagon 500 — 

Borja 500 — 

Daroca 3.000 — 

Téruel 1.500 — 

2117. — L'infant don Pedro a appris par la plainte d'Açach Necim, 
Juif de Calatayud, que, comme Sancho Remirez, fils de Remiro Sanchez 
de Funes amenait de Molina à Calatayud Profeit, fils dudit Isach, le jeune 
homme avait été confié à Diego, son beau-frère; sur le chemin public, au 
lieu dit La Calcada, Diego tua Profeit et son compagnon juif, volant leurs 
bêtes, leurs vêtements, leurs tasses d'argent, bref tout ce qu'ils avaient 
avec eux. La justice de Calatayud arrêta le meurtrier; mais A. Linyna le 
fit mettre en liberté sous caution. Le roi mande à Linyna de remettre 
Diego en son pouvoir ou de se tenir prêt à répondre de sa mise en liberté 
provisoire. — Calatayud, 6 mai 1290. 

Reg. 83, f° 17 v°. 

2118. — Alfonso III concède à Juceff Alorquin, Juif de Valence, la 
faculté de ne pas être détenu par l'aljama des Juifs de Valence, pourvu 
qu'il acquitte sa quote-part du tribut. Un ordre dans ce sens est donné à 
tous les ofticiaux. — Barcelone, 7 mai 1290. 

Reg. 83. f» 38. 



180 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

2119. — L'infant don Pedro donne quittance à l'aljama des Juifs de 
Huesca de 400 sous de Jaea sur la créance de feu Domingo P. de Bardaxi, 
contractée par la communauté suivant acte hébraïque dressé par la main 
de Rabi Mahir; Tintant avait fait saisir ce titre à la suite des coups portés 
par Domingo à un Juif de Huesca. — Cahtayud, 8 mai 1290. 

Reg. 83, f° 18 v". 

2120. — Alfonso III, cédant aux instances de noble Artaldo de Alagôn, 
révoque 1 assignation qu'il avait faite à P. Marchés sur le monnayage des 
lieux de la milice du Temple pour une dette royale de 10.592 sous et un 
denier de Jaca. Une nouvelle assignation est décidée par le roi sur 
ramende que l'aljama des juifs de sa terre a encourue pour usure; 5.620 
sous et un denier de Jaca restent à payer audit P. Marchés. — Barcelone, 
9 mai 1290. 

Reg. 82, f° 43 v". 

2121. — Alfonso III mande à G. Dedeu, jurispérit de Girone, de pro- 
céder contre certains Juifs de Girone qui retiennent par devers eux des 
titres de créances souscrits par R. de San Romano, malgré la liquidation 
qui en a été faite; ils gardent encore des actes en trois ou quatre exem- 
plaires; or, tout cela est contraire aux ordonnances royales. — Barcelone, 
12 mai 1290. 

Reg. 81, l -0 100 v°. 

2122. — Alfonso IH a été informé de la part de Bonafos Vidal, que 
l'aljama juive de Besalû voulait le contraindre par mode d'alatma à 
contribuer aux tailles municipales et aux autres dépenses de la commu- 
nauté pour les sommes qui sont dues audit Bonafos dans le territoire de 
Besalû, alors qu'il a son domicile légal à Barcelone. Le roi mande à l'al- 
jama de ne pas exercer de contrainte a l'égard de Bonafos et de ses biens. 
— Barcelone, 12 mai 1290. 

Reg. 81, f° 101 v°. 

2123. — Alfonso III mande à P. de Gista, juge royal et à R. de Mun- 
cayana, chanoine de Lérida, d'ouvrir une enquête et de procéder avec 
vigueur contre les juifs du royaume de Valence, qui à rencontre du taux 
légal de quatre deniers pour livre, ont reçu des sujets du roi des intérêts 
usuraires, pratiqué des « barates », c'est-à-dire mêlé le capital avec l'in- 
térêt et perpétré d'autres fraudes encore. — Barcelone, 13 mai 1290. 

Reg. 81, f° 99 v°. 

2124. — Alfonso III écrit à P. de Libian de ne rien payer sur l'argent 
de la composition des Juifs, à raison d'assignations consenties à des tiers, 
jusqu'à nouvel ordre. — Barcelone, 15 mai 1290. 

Reg. 82, f° 4. ; i. 



CATALOGUE DES ACTES DE JAIME I er , PEDRO lîl ET ALFONSO III 181 

2125. — Alfonso III notifie aux péagers, fermiers ou collecteurs du 
péage et des autres revenus royaux de Calatayud qu'il a remis à l'aljama 
juive de cette ville 3.000 sous de Jaca par an, pour dix ans, sur les 8.000 
de leur tribut. — Barcelone, 25 mai 1290. 

Reg. 82, f» 47. 

2126. — Alfonso III écrit à P. Marzar de vendre les biens de Bolahia, 
Juif de Calatayud, qui ont été saisis, et d'en verser le prix à P. Garces 
pour les i.000 morabotins que le roi lui a donnés à l'occasion de son 
mariage {casamenlï). — Barcelone, 25 mai 1290. 

Reg. 82, f° 48. 

2127. — Alfonso III mande à ses fidèles de l'aljama des Juifs de Villa- 
franca, sous peine de perdre l'amour et les grâces royales, d'envoyer par 
devers lui des procureurs ou syndics, avec plein pouvoir de s'entendre 
avec les Juifs de Barcelone. — Barcelone, 26 mai 1290. 

Reg. 81, f° 109. 

2128. — L'infant don Pedro, reconnaissant à Alaçar Almeradi et à 
Jahuda Almeradi, fils de feu Almeradi, médecin (fisicus) de l'infant, des 
nombreux services rendus par eux et leur père au roi, son frère, et à lui 
même, prie les collecteurs des impositions juives de ne pas considérer 
les deux frères comme solidaires des autres contribuables juifs, une fois 
qu'ils se seront acquittés de leur quote-part, bien plus de leur être favo- 
rables en toutes leurs relations avec eux; l'infant leur témoignera beau- 
coup de reconnaissance s'ils adoptent cette attitude. — Saragosse, 27 mai 
1290. 

Reg. 85, f" 24 v°. 

2129. — Alfonso III écrit au baile de Barcelone de pousser les Juifs de 
cette ville à payer au comte de Pallars l'assignation dont il est nanti sur 
l'amende de 21.000 sous barcelonais qui a été infligée pour usure aux 
Juifs barcelonais. — Barcelone, 29 mai 1290. 

Res. 81. f° 112. 



2130. — Alfonso III notifie aux secrétaires et à l'aljama des Juifs de 
Barcelone les personnes et les dates auxquelles ils auront à solder les 
70.000 sous barcelonais qu'il leur reste à payer sur les 95.000, montant 
de la composition à laquelle ils se sont assujétis pour faits d'usure. — 
Barcelone, 29 mai 1290. 

Reg. 82, f° 48 v. 

2131, — L'infant don Pedro donne quittance (albaran) aux Juifs de 



182 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Saragosse de 435 sous de Jaca pour la cène de 1.000 sous et de 400 sous à 
titre de prêt. — Saragosse, 30 mai 1290. 
Reg. 83, f° 26. 

2132. — Alfonso III informe son fidèle scribe Jaime de San Clémente, 
baile de Barcelone, qu'il approuve les quittances falbarans) ou actes 
publics que le trésorier A. de Bastida a délivrés à l'aljama juive de la 
ville et de la collecte de Barcelone au sujet des 15.500 sous que les secré- 
taires de l'aljama sont tenus de payer audit baile pour la composition 
intervenue à la suite de pratiques usuraires. — Barcelone, 31 mai 1290. 

Reg. 82, f 49 v. 

2133. — Alfonso III ayant appris par la plainte des Juifs d'Aragon que 
ceux-ci étaient molestés par son fidèle P. Pelegri sur le fait des 15 arcbes 
informe Juan Çappata, justice d'Aragon, et son scribe Esteban de Alfajarin 
qu'il a ordonné audit P. Pelegri de ne procéder qu'avec le conseil de Juan 
cappata. — Barcelone, 1 er juin 1290. 

Reg. 81, f 116. 

2134. — L'infant don Pedro a été informé par Samuel Avenrogatque 
Mateo Ferrando, commandeur de Alcaîliz, avait arrêté injustement ledit 
Juif et l'avait retenu prisonnier pendant cinq jours; contraint de payer 
une rançon de 800 sous de Jaca, Samuel a dû fournir comme caution son 
coreligionnaire Jahuda Almali, Alfaquim, habitant de Alcaîliz, ayant offert 
en vain au Commandeur de lui faire complément de justice et de lui 
donner des garanties. L'infant mande au sobrejuntero de Saragosse 
d'aviser le Commandeur qu'il ait a restituer à Samuel ce qu'il lui a 
extorqué, pourvu que Samuel se tienne prêt à répondre en justice. — Sara- 
gosse, 2 juin 1290. 

Reg. 85, f° 27. 

2135. — Alfonso II( mande à Salamon Bonafos, Juif de Tarragone, 
débiteur an fisc de 196 sous 8 deniers sur le prix des revenus de Cambrils 
qu'il acheta l'an passé à Romero Gerardo, de se libérer complètement 
entre les mains de frère Romero Burguet et à P. de Granyana, sous peine 
de s'y voir contraindre par le baile de Cambrils. — Barcelone, 3 juin 1290. 

Reg. 82, f° 51 v°. 

2136. — Alfonso III mande à Beltrân de Seva, jurispérit, et à Nicolas 
Samares, notaire, d'ouvrir une enquête sur le meurtre de Salamon, Juif, 
autrefois majordome de l'infante des Grecs, noble cousine du roi ; blessé 
par un trait, Salamon est mort des suites de ses blessures. Le roi désire 
vivement que ce crime ne reste pas impuni. — Barcelone, 4 juin 1290. 

Reg. 81, f° 119. 



catalogue des actes de jaime i er , pedro m et alfonso m 1P3 

2137. — Alfonso III, considérant la pauvreté de ses Juifs de Barcelone, 
ville et collecte, leur accorde un sursis de quatre ans jusqu'à concurrence 
de 400.000 sous barcelonais, non productifs d'intérêt, mais à la condition 
qu'ils payent à leurs créanciers, à la fin de 1290, 100.000 sous par sol et 
par livre et à la fin des trois années suivantes, trois autres annuités de 
100.000 sous. Par cette grâce le roi ne vise pas les dots ou douaires des 
femmes, ou les ventes d'immeubles que les Juifs achètent ou rachètent 
des gages remis aux créanciers, ni les legs testamentaires, ni les dépôts 
d'argent. Alfonso III fait connaître cette mesure à tous ses officiaux. — 
Barcelone, 6 juin 1290. 

Reg. 81, f° 133. 

2138. — Alfonso III confirme à nouveau la concession faite par 
Jaime I er aux Juifs de Barcelone et de sa collecte (Tarragone, Villafranca 
et autres lieux) touchant la preuve à faire contre un Juif poursuivi par un 
chrétien ; cette preuve ne sera acquise que sur témoignage d'un chrétien 
et d'un Juif. — Barcelone, 6 juin 1290. 

Reg. 83, f» 52 v°. 

2139. — Alfonso III remet à l'aljama des Juifs de Barcelone et de sa 
collecte toute poursuite pour usure moyennant la composition de 
95.000 sous barcelonais. — Barcelone, 6 juin 1290. 

Reg. 83, f° 52 v-53. 

2140. — Alfonso III accorde semblable rémission aux Juifs des villes 
et de la collecte de Girone et Besalû pour 12.000 sous barcelonais. — 
Barcelone, 6 juin 1290. 

Reg. 83, f° 53. 

2141. — Alfonso III vidime le privilège de feu Pedro III, permettant à 
tous les Juifs de Catalogne d'acheter, de vendre, de faire des marchés 
[baralas) avec quiconque, chrétien ou sarrasin, de blé, de froment, d'huile 
et d'autres marchandises consistant en poids et mesures ; — de draps, de 
bêtes, d'argent, en payant comptant ou à terme ; de recevoir pour ces 
opérations un intérêt de 4 deniers. Le roi confirme ces libertés aux secré- 
taires et à l'aljama des Juifs de Barcelone, ville et collecte. — Barcelone, 
6 juin 1290. 

Reg. 83, f° 53 r° et v°. — Une expédition de ce vidimus est adressée à 
l'aljama des Juifs de Girone et Besalû. 

2142. — Alfonso III vidime et confirme le privilège de feu Pedro III 
concédant à tous les Juifs de Catalogne que, malgré le statut de Jaime I er , 
interdisant de recevoir des intérêts, une fois que les intérêts ont égalé le 
capital, ils pussent exiger de nouveaux intérêts six mois après le jour où 



184 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

le produit de l'intérêt aura égalé le capital, si cependant aucune plainte 
D'est introduite à ce sujet devant les officiaux. — Barcelone, 6 juin 1290. 

Reg. 83, f° 53 v u . — Semblable confirmation est adressée aux Juifs de 
Giroue et Besalû, villes et collecte. 

2143. — Alfonso III confirme à nouveau son privilège sur la totalisa- 
tion du capital et de l'intérêt. — Barcelone, 6 juin 1290. 

Reg. 83, f° 54. 

2144. — Alfonso III mande à tous ses officiaux dedresser la liste de tous 
les débiteurs qui, obligés au principal ou à titre de caution à des Juifs de 
Barcelone, ont obtenu un sursis dont le terme est échu, et d'employer la 
contrainte à leur égard. — Barcelone, 6 juin 1290. 

R.eg. 83, f° 54 r° et v°. — Semblable mandement est adressé à l'aljama dos 
Juifs de Girone, de Besalû et de leur collecte. 

2145. — Alfonso III promet aux Juifs de la ville et de la collecte de 
Barcelone que d'ici à deux ans il ne concédera pas de sursis à leurs débi- 
teurs. — Barcelone, 6 juin 1290. 

Reg. 83, f° 54 v°. 

2146. — Alfonso III, considérant que ses fidèles de l'aljama juive et de 
la collecte de Barcelone sont obligés pour plusieurs dettes et que, d'autre 
part, ils ne peuvent pas recouvrer les sommes qui leur sont dues, les dis- 
pense pendant deux ans du paiement de toute quête ou exaction, sauf le 
tribut et l'aide (adjutorium) ordonnés dans la cour générale de Monzôn 
et sans préjudice des subsides qu'il peut exiger d'eux à l'avenir. — Bar- 
celone, 6 juin 1290. 

Reg. 83, f" ;j'i. 

2147. — Alfonso III concède à tous les secrétaires et à l'aljama des 
Juifs de Barcelone, ville et collecte, qu'en raison de quelques dettes pour 
lesquelles ils sont obligés, on ne saisisse pas leurs livres. — Barcelone, 
6 juin 1290. 

Reg. 83, f° 55. — Semblable concession est faite à l'aljama des Juifs de 
Girone. de Besalû, villes et collecte. 

2148. — Alfonso III confirme le privilège de feu Jaimc I er conférant 
des garanties à tous les Juifs de Girone et de Catalogne sur rétablisse- 
ment de la preuve judiciaire. — Barcelone, 6 juin 1290. 

Reg. 83, f° 55 v". 

2149. — Alfonso III a appris qu'Isaeh Biona, Juif de Villafranca, devait 
à Bernardo de Villasicra, citoyen de Barcelone, une quantité de blé et 
274 sous barcelonais, qu'il différait de lui payer à raison d'un sursis 



CATALOGUE DES ACTES DE JAlME I er , PEDRO III ET ALFONSO III 185 

* concédé à noble Berengnero de Entença, débiteur d'Isach. Le roi fait con- 
naître à la cour de Villafranca qu'en accordant un sursis à noble Beren- 
gnero, il n'a pas entendu octroyer la même faveur à Isach ; il lui mande 
en conséquence de pousser ce dernier à se libérer ou à faire an plaignant 
complément de justice. — Barcelone, 7 juin 1290. 
Reg. 81,f°126. 

2150. — Alfonso III, après avoir concédé à noble Dalmaso de Castell- 
nou la villa de Camprodon, Ponts de Real et Greixell, a appris que les 
Juifs de l'aljama de Girone,au mépris de cette donation, taxaient et impo- 
saient leurs coreligionnaires établis dans la dotation de Dalmaso, les 
poussant à payer par l'excommunication. Il mande à la communauté 
Gironaise de ne rien recevoir de ces taillables,bien plus, de leur restituer 
les sommes qu'ils peuvent leur avoir extorquées. — Barcelone, 9 juin 1290. 

Reg. 81, f°129. 

2151. — Alfonso III, ayant su par une dénonciation que Simon de 
Vieh, citoyen de Barcelone, avait tué ou fait tuer cette année, dans sa 
maison, un Juif, majordome de dame Laschara, infante des Grecs, mande 
à G. de Gorte, viguier de Barcelone, d'arrêter ledit Simon et de procéder 
contre lui comme de droit, après avoir fait une enquête à son sujet. — 
Barcelone, 9 juin 1290. 

Reg. 81, f° 136. 

2152. — Lettre de sursis pour un an accordée à Abraffim Manganer, Juif 
de Barcelone, débiteur de 800 sous barcelonais. — Barcelone, 10 juin 1290. 

Reg. 81, i'° 127. 

2153. — Alfonso III autorise P. de « Gigeriis » à contraindre les alja- 
mas des Juifs de ïarragone, Villafranca, Montblanch et autres lieux de la 
collecte de Barcelone à payer les 95.000 sous barcelonais, à quoi ils ont été 
taxés par les secrétaires de Barcelone. — Barcelone, 10 juin 1290. 

Reg. 81, f° 130. 

2154. — Alfonso III a été informé de l'arrêté par lequel les consuls et les 
prud'hommes de Barcelone ordonnaient que le safran apporté à Barcelone 
pour y être vendu ne devait pas faire l'objet d'échanges entre marchands 
de la cité. Or, les Juifs royaux de Barcelone achètent quelquefois du safran 
ou en reçoivent des quantités en paiement de leurs créances dans la 
ville de Tarrasa ou sa bailie. Le roi mande aux bailes de Tarrasa d'assi- 
gner deux prud'hommes de cette ville, suffisants et idoines, suivant l'ex- 
pertise desquels les Juifs pourront recevoir du safran, afin qu'ils puissent 
le vendre à Barcelone pour bon et loyal. — Barcelone, 10 juin 1290. 

Reg. 81, f° 133. 



186 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

2155. — Alfonso III a été informé de la part de F. Lull, citoyen de 
Majorque, que Maymo Benenono et Jueeff Abenahar, Juifs de Majorque, 
lui avaient exigé un intérêt supérieur à quatre deniers, en violation du 
taux fixé par feu Jaime I er . Il mande au viguier de Majorque de pousser 
ces usuriers à restituer ce qu'ils ont exigé au delà de quatre deniers. — 
Barcelone, 10 juin 1290. 

Rog. 81, f° 136 y. 

2156. — Alfonso III écrit au salmedine, au mérine et aux jurés de 
Saragosse de ne pas exercer de contrainte contre la teneur de l'assignation 
faite sur les événements des Juifs de cette ville. — Barcelone, 10 juin 
1290. 

Reg. 81, f° 139 v°. 

2157. — Alfonso III a été informé par la plainte de l'aljama des Juifs 
de Saragosse que, bien qu'il eût mandé aux collecteurs des 15 arches de 
ne pas pousser lesdits Juifs, P. Pelegri usait de contrainte à leur égard ; 
c'est pourquoi il prescrit audit Pelegri d'observer les ordres donnés. — 
Barcelone, 10 juin 1290. 

Reg. 81, f° 139 v°-140. 

2158. — Alfonso III mande aux secrétaires et à l'aljama des Juifs de 
Barcelone de répondre du tribut à A. de Bastida et aux bénéficiaires d'as- 
signations. — Barcelone, 10 juin 1290. 

Reg. 81, f" :;s. 

2159. — Alfonso III notifie aux secrétaires et à l'aljama des Juifs de 
Majorque l'ordre qu'il a donné à P. de Libian, son baile de Majorque, de 
recueillir dans ledit royaume la somme de 37.000 sous. — Barcelone, 

13 juin 1290. 

Reg. 82, f" 51 v°. 

2160. — Alfonso III informe G. Saredorta, baile de Tamarit, que Sala- 
mon Bonafos, Juif de Tarragone, a payé au roi 196 sous 8 deniers," 
entre les mains de frère Romero Burget et P. de Granyana, pour solde de 
l'achat des revenus de Gambrils. — Barcelone, 13 juin 1290. 

Reg. 82, f° 55 v°. 

2161. — Alfonso III notifie à 1'aljama des Juifs de Barbastro et aux col- 
lecteurs du monnayage et des contributions juives qu'il a assigné à noble 
11. de Vilamur sur le produit du monnayage, pour lui permettre de marier 
sa sœur, 500 morabotins d'or. Or, il vient d'apprendre que ce gentilhomme 
ne donnait pas suite à son projet ; il mande donc aux Juifs et aux collée- 



CATALOGUE DES ACTES DE JA1ME I er , PEUHO 111 ET ALFONSO III 187 

tours de retenir l'argent et de le déposer au château de Monzôn jusqu'à 
nouvel ordre. — Montblancli, 16 juin 1290. 

Rug. 82, f° 55 v°. 

2162. — Alfonso III fait connaître à tous les offieiaux qu'il a accordé 
un sursis d'un an, à compter de la Noël, à F. Lull, habitant de Majorque 
et à ses répondants, pour la somme de 5 500 sous barcelonais qu'ils 
doivent à des Juifs de l'île de Majorque Maymo Benennano, Mosse Ben- 
riono, Juceff Abenahen, à la condition qu'ils se libèrent par annuités de 
700 sous. — Barcelone, 21 juin 1290. 

Reg. 81, f° 136. 

2163. — Alfonso III reconnaît à tous les Juifs, hommes et femmes, de 
la cité et du royaume de Majorque qu'une transaction a été conclue entre 
eux et les enquêteurs, chargés par l'ordonnance de la cour de Monzôn, 
d'ouvrir une information contrôles usuriers, tixant à 37.000 sous réaux 
de Valence la composition impartie aux Juifs Majorquins. Le roi confirme 
cette transaction et leur remet toute poursuite. — Barcelone, 22 juin 1290. 

Reg. 83, i'° 49. 

2164. — L'infant don Pedro fait connaître aux offieiaux de Huesca qu'en 
suite des poursuites exercées contre fou Domingo Pérez de Bardasi, habi- 
tant de Huesca, agresseur de Samuel Avincacez, Juif do Huesca, il a reçu 
de plusieurs Juifs de cette ville 500 sous de Jaca en couverture d'une 
créance de Domingo Pérez, quoique l'acte portât mention d'une plus forte 
somme et fut libellé sous le nom de Pedro Jiménez, fils du défunt. L'in- 
fant mande aux offieiaux de se rappeler que si le titre de créance est 
exhibé en justice contre les Juifs, il devra être saisi et restitué aux Juifs 
qui s'en sont libérés. — Huesca, 24 juin 1290. 

Reg. 85, f° 32. 

2165. —Alfonso III écrit à Sancho Daygues, portier, de surseoir à 
toute poursuite contre les Juifs de Barbastro à raison do la demi arche et 
de restituer les biens saisis. — Valence, 17 juillet 1290. 

Reg. 81 , f° 156. 

2166. — Alfonso III notifie aux adélantades et aux secrétaires de 1 i- 
jama des Juifs de Valence que son fidèle R. Fuveller n'a pu recouvar 
l'assignation de 1306 sous, 8 deniers de Jaca qu'il lui avait consentie su 
les cènes du royaume de Valence, recueillies par Bernardo de Ginebret 
portier royal. En conséquence l'assignation est reportée sur le tribut des 
Juifs de Valence. — Valence, 26 juillet 1290. 

Reg, 82, f° 60 v°. 



188 REVUE DES ETUDES JUIVES 

2167. — Alfonso III informe tous ses ofliciaux qu'il a concédé à sa cou- 
sine, dame Laschara, fille de Pex-empereur des Grecs, pour la dédomma- 
ger dès dépenses qu'elle avait faites dans son voyage de Castille, le 
château de Moxen, avec, faculté de l'obliger à quiconque pour lu somme 
de 15.000 sous réaux. Ayant appris qu'elle avait engagé les revenus de ce 
château pour celte somme à plusieurs créanciers, dont Mosse Almacel, 
Juif du lieu deJâtiva,le roi ratifie cet engagement. — Valence, 1 er août 1290. 

Reg. 83, f° 60. 

2168. — Alfonso III écrit h Comendari Alcanicer de ne pas pousser le 
Juif Jaffuda Almali à raison de la caution de 400 sous qu'il lui a fournie 
pour Samuel Abenrogat, qui est retenu prisonnier, parce que les Juifs de 
la terre royale sont tous sous la protection et la sauvegarde du roi. — 
Valence, 3 août 1290. 

Reg. 81, f° 144 v°. 

2169. — Alfonso III rappelle à l'aljama des Juifs de Téruel qu'il lui 
a déjà mandé de donner à feu Miguel Lopez de Lobera, alcayde du châ- 
teau de Buesa, mille sous de jaca par an pour le ravitaillement [reti- 
nencia) de ce château, sur le tribut ou pcyte ; et Miguel Lopez étant mort, 
le roi veut que Juan, fils du défunt, tienne le château et reçoive, à ce 
titre, de l'aljama la redevance annuelle de mille sous. — Valence, 
9 août 1290. 

Reg. 82, f° 60 v°. 

2170. — Alfonso III donne quittance aux secrétaires et à l'aljama des 
Juifs de Barcelone, pour le tiers du tribut de janvier prochain et le tiers 
de la Saint-Jean suivant, de 18.500 sous barcelonais, qui ont été remis au 
trésorier royal, A. de Bastida. — Valence, 10 août 1290. 

Reg. 82, f° 60. 

2171. — Alfonso III, considérant les grands services que Samuel 
Abenvives, juif, lui a rendus et ne cesse de lui rendre journellement, lui 
concède, à titre de franc et libre alleu, quatre jovades de terre dans le 
territoire de Vall de Alfandech, deux au lieu dit Ariola et deux autres au 
lieu dit Alcudair; il lui confirme, en outre, la demi-jovade de terre que 
feu Pedro II donna audit Samuel dans l'alquière de Igeb Alcobre, sise au 
Vall de Alfandech. Le donataire ne sera pas tenu de fournir aucun ser- 
vice et il pourra disposer de ces terres, sauf en faveur de chevaliers, de 
saints et de personnes cléricales. — Valence, 13 août 1290. 

Reg. 83, f° 69 v». 

2172. — Alfonso III avise les secrétaires et l'aljama des Juifs de Bar- 
celone qu'il a consenti une assignation de 2.000 sous barcelonais par an 



Catalogue des actes de jaime I er , pedro m et alfonso ni 189 

sur leur tribut à ses fidèles Berengueros de Finistras. — Valence, 
13 août 1290. 

Reg. 83, f° 71 v». 

2173. — Alton so III concède à Dalmaso de Cabrera, chanoine de 
Girone, et à son frère Pedro de Cabrera une pension annuelle de 
1.500 sous de jaca sur le tribut des Juifs de Barbastro. — Valence, 
15 août 1290. 

Reg. 83, f° G7. 

2174. — Alfonso III mande aux Juifs de Barbastro de payer régulière- 
ment la pension qu'il a accordée aux frères Cabrera. — Valence, 15 août 1290. 

Re-. 83. f° 67. 



2175. — Alfonso III, considérant les services que son fidèle Ismaél 
de Portella, de la maison royale, lui a rendus, lui accorde une pension 
de 400 sous de jaca sur le tribut de raljama des Juifs de Borja. — Valence, 
18 août 1290. 

Reg. 83. f» 66 v°. 

2176. — L'infant don Pedro a appris que ses fidèles de l'aljama des 
Juifs de Fraga, négligeant d'observer la taxation faite par feu Juceff 
Ravaya et Mosse Ravaya, sous peine de 2.000 sous de jaca, touchant la 
controverse pendante entre les adénantades et raljama des Juifs de 
Lérida, d'une part, Aczach Avinzaluna, Jucff Avinlaten, Acem Corcoz, 
Salamon de lîouxau, pour eux et raljama de Fraga, d'autre part, sur le 
paiement des tailles et quêtes, n'avaient pas payé aux Juifs de Lérida la 
somme convenue de 300 sous de jaca par an ; l'infant mande aux Juifs de 
Fraga de payer sans délai. — Cervera, 18 août 1290. 

Reg. 85, f os 43 v"-44. 

2177. — Alfonso III notifie au baile de Téruel que raljama des Juifs 
de cette ville a payé 500 sous de jaca à Ferrando Yvones de Va 11 verde sur 
la « tanda » du tribut de la Saint-Jean passée et lui ordonne, en consé- 
quence, de ne pas pousser les Juifs de Téruel à raison de ces 500 sous. — 
Valence, 20 août 1290. 

Reg. 81, f° 160. 

2178. — Alfonso III écrit aux Juifs de Tarazona, qui ont émigré de sa 
terre à la suite de la mort de Muça de Portella, d'accorder créance aux 
déclarations qu'Asmel de Portella leur exposera de la part du roi. — 
Valence, 20 août 1290. 

Reg. 81, f° 160 V. 



190 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

2179. — Alfonso III ayant appris que des pensionnés royaux, bénéfi- 
ciaires d'assignations faites sur le tribut des Juifs de Calatayud, arrêtent 
des Juifs de cette communauté, les enferment dans leurs maisons et leur 
enlèvent des biens, mande au justice, au juge et aux jurés de Calatayud 
de ne pas permettre que ces Juifs soient pris ou enfermés, ni leurs biens 
dissipés par quelques-uns a raison d'assignations. — Valence, 20 août 1290. 

Reg. 81, f° 160 v". 

2180. — Alfonso III, informé que des chrétiens surchargent indû- 
ment les Juifs de Calatayud touchant les dîmes de leurs possessions, 
mande au justice, au juge et aux jurés de Calatayud de ne pas permettre 
que ces Juifs soient grevés contre la justice, pourvu qu'ils payent loya- 
lement les dîmes, selon qu'il a été accoutumé. — Valence, 20 août 1290. 

Reg. 81, f° 161. 

2181. — Alfonso III mande aux mêmes que ci-dessus de ne pas per- 
mettre que les Juifs de Calatayud soient poussés à répondre devant 
quelque juge, si ce n'est le baile ou le justice. — Valence, 20 août 1290. 

Reg. 81, f° 161. 

2182. — Alfonso III a été informé par une dénonciation que Assach 
Alorqui, Salamon, fils de Juceff Abenvives, Jahuda, fils d'Envives, Juda 
Abenhacen, Jacob Abnuba et Juceff Alorqui, Juifs de Valence, avaient 
commis divers crimes au préjudice de l'aljama des Juifs de Valence et 
s'étaient servi d'un acte faux fabriqué par ledit Salamon ; que Azach Minai. 
Abraffim de Tortosa, les deux fils et le gendre dudit Abraffim, Juif de 
Jâtiva, avaient perpétré plusieurs maléfices et excès contre les Juifs de 
Jàtiva, retenu une partie des tailles royales par usage de faux et mis en 
fuite plusieurs de leurs coreligionnaires en tirant les glaives du fourreau. 
— A. de Bastida reçoit l'ordre d'enquêter sur ces méfaits et de procéder 
comme de droit. — Valence, 20 août 1290. 

Res. 81, 1° l(U. 



2183. — Alfonso III a appris par ulema Avinxeprut, Juif de Teruel, 
que le différend né entre ledit Sulema, au nom de Cinha, sa femme, et 
Azmel AHngimil à raison de certain dépôt que ladite Cinha avait fait 
audit Azmel, avait été soumis a l'arbitrage d'Abrahim El Toledano, Juif 
de Téruel, sous peine de 100 morabotins alfonsins d'or, dont la moitié 
serait appliquée au roi et l'autre à la partie adverse. Mais une fois la 
sentence rendue, Azmel Abengimil refusa d'y acquiescer. C'est pourquoi 
le roi mande au baile de Téruel de pousser Abraffim Toledano, arbitre, 
à restituer les aeies du procès et Azmel Abenjamil à payer au roi 
50 morabotins et audit Sulema, au nom de sa femme, les 50 autres mora- 



CATALOGUE DES ACTES DE JAIME I er , PEDItO III ET ALFONSO III 19! 

botins, sans cesser néanmoins d'exiger dudit Azmel qu'il fasse an plai- 
gnant complément de justice. — Valence, 26 août 1290. 
Reg. 81, f° 166 v°. 

2184. — Alfonso III écrit au haile de Térnel de contraindre Salamon 
Alfuyat, Juif de Térnel, et ses biens à rendre compte à Ginha, veuve du 
Juif Salema Avinxeprnt, de l'administration qu'il a faite pour ladite 
Cinha et à lui restituer tout ce qui doit lui revenir. — Valence, 25 août 1290. 

Reg. 81, f° 166 v°. 

2185. — Alfonso III mande au justice de Murviedro de vendre sur les 
récoltes des Juifs partis frauduleusement de cette ville de quoi permettre 
de payer à l'aljama juive de Murviedro leur quote-part des quêtes et des 
tailles. — Valence, 25 août 1290. 

Reg. 81, f° 171. 

2186. — Alfonso III concède à son fidèle G. Marchés de Barbastro la 
bailie de l'aljama des Juifs de Barbastro et mande à ces Juifs d'obéir au 
nouveau baile. — Valence, 25 août 1290. 

Reg. 83, f» 72 v°. 

2187. — Alfonso III, informé par Isach Abingalell, Juif de Valence, 
que les secrétaires de l'aljama juive de cette ville lui devaient 100 sous 
barcelonais en vertu de la sentence rendue par les onze arbitres de 
l'aljama, mande aux secrétaires de lui payer. — Valence, 26 août 1290. 

Reg. 81, f° 174. 

2188. — Alfonso III, ayant appris par Juceff Alorqui, Juif de Valence, 
que la communauté juive de cette ville ne lui avait pas encore payé les 
400 sous barcelonais à lui adjugés par les onze arbitres de l'aljama, 
mande aux secrétaires de l'aljama de donner satisfaction. — Valence, 
29 août 1290. 

Reg. 81, f° 173. 

2189. — Alfonso III, informé par Jonas Çibili, que ses coreligionnaires 
de l'aljama de Valence lui devaient personnellement, ainsi qu'à Vidal 
Çibili et Açach Çibili, ses frères, certaines sommes adjugées par les onze 
arbitres de l'aljama, mande aux secrétaires et a l'aljama de payer. — 
Valence, 31 août 1290. 

Reg. 81, f u 173. 

2190. — Alfonso III fait connaître que la cause pendante entre Juceft 
Avinxeprnt, Juif de Murviedro, et l'aljama des Juifs de cette ville a été 



102 KfcVUE DUS ÉTUDES JUIVES 

soumise à l'examen de G. de Santa-Maria, jurispérit de Murviedro. — 
Valence, 1 er septembre 1290. 
Reg. 81, f° 178. 

2191. — Allbnso III fait connaître que le procès pendant entre les 
exécuteurs testamentaires de feu Beltrân de Belloch et Juceff Avinseprut 
pour injures dudit Beltrân audit Juceff a été renvoyé àl'officialde l'évêque 
de Valence et à Berenguero Taberner, jurispérit. — Valence, 1 er septembre 
1290. 

Reg. SI, f 178. 

2192. — Alfonso III a appris que le commandeur d'Alcafiiz poussait 
injustement Isach Abenacara, Mosse Abenacara, son fils, et Juceff Abena- 
cara, son père, tous trois domiciliés à Tortose et y payant leurs imposi- 
tions, à contribuer à Alcafiiz pour les sommes qui leur sont dues dans 
cette ville et son territoire. Le roi lui mande de renoncer à ces con- 
traintes. — Valence, 3 septembre 1290. 

Reg. 81, f» 176 v°. 

2193. — L'infant don Pedro mande à Pedro Esquerit de payer à Moça 
Castellan, Juif de Barcelone, 50 sous barcelonais que l'infant lui a concé- 
dés pour services rendus. — Barcelone, 4 septembre 1290. 

Reg. 83, f- 51 v°. 

2194. - Alfonso III a appris par Marco del Espada, habitant de Cala- 
tayud, que Marco de Vierna et sa femme Raimonda avaient vendu à 
Jahuda del Calbo, Juif, une vigne qu'ils avaient donnée auparavant à leur 
fils pour ses tiançailles ; pour cette vente, ils donnèrent un répondant 
Gars de Sos, qui s'obligea à l'acheteur. La vigne ayant été revendiquée en 
justice, le Juif attaqua le répondant qui fut condamné à lui restituer le 
prix de la vigne et l'intérêt de la somme. Le roi mande au justice de 
Galatayud de s'occuper de cette affaire. — Valence, 6 septembre 1290. 

Reg. 81, f 182 v°. 

2195. — Alfonso III donne quittance aux secrétaires du call judaïque 
de Barcelone et auxaljamas de sa collecte de sommes qu'ils ont payées 
au trésorier A. de Bastida pour le tribut : au total 18.500 sous barcelonais 
en trois échéances. — Valence, 6 septembre 1290. 

Reg. 82, f° 70. 

2196. — Alfonso III mande aux secrétaires et à l'aljama des Juifs de 
Valence de payer sur le champ 7.000 sous réaux qu'il leur reste à payer 
sur les 9.000, pour lesquels les secrétaires ont composé avec A. de Bas- 
tida, trésorier royal. — Valence, 7 septembre 1290. 

Reg 82, t" (i j v°. 



CATALOGUE DES ACTES DE JA1ME 1', PEDRO 111 ET ALFONSO III 193 

2197. — Alfonso III écrit à Pedro Costa, son juge, sur le rapport de 
dame Bonassis, veuve de Beltrân de Vilanova ; il est venu aux oreilles du 
roi que dans le procès intenté par ladite dame à Jafuda Alazar, Juif de 
Valence, par devant P. Costa, alors juge du royaume de Valence pour feu 
Pedro III, au sujet de certaine somme d'argent, Jafuda, condamné pour 
contumace, avait interjeté appel de la première sentence rendue parle 
lieutenant de Pedro Costa. Or, la dame prétend que la coutume de Valence 
refusait à un condamné par défaut le droit de faire appel. Le roi mande 
à Pedro Costa de rechercher si l'appel de Jafuda est légitime et, dans ce 
cas, de retenir l'appel. — Valence, 8 septembre 1290. 

Reg. 81, f° 185 r° et v». 

2198. — Alfonso III écrit au baile de Figueras de ne pas permettre que 
des Juifs soient arrachés de leur demeure à raison de quelques exactions, 
pourvu qu'ils se déclarent prêts à faire complément de justice. — Valence, 
8 septembre 1290. 

Reg. 81, f 187. 

2199. — L'infant don Pedro a appris que Astrug Caravida, Juif de 
Villafranca, agissant sur les instigations de son père, avait ravi à sa core- 
ligionnaire Dulça Delna, une petite-fille qui était la sœur dudit Astrug 
et n'avait pas encore dépassé l'âge de trois ans. L'infant mande à la cour 
de Villafranca de s'assurer si, au moment où elle fut enlevée, la fillette 
n'avait pas dépassé l'âge de trois ans, et, dans l'affirmative, de faire resti- 
tuer sur le champ l'enfant à sa mère. — Barcelone, 11 septembre 1290. 

Reg. 85, f° 57 v. 

2200. — Alfonso 111 reconnaît à l'aljama des Juifs de Téruel que par 
son ordre elle s'est rendue débitrice pour l'aljama des Juifs de Saragosse 
à l'égard de plusieurs créanciers de Téruel de la somme de 3.200 sous de 
Jaca, et, d'autre part, pour l'aljama des Juifs de Huesca de la somme de 
6.000 sous de Jaca que ces deux communautés étaient tenues de payer au 
roi. — Téruel, 22 septembre 1290. 

Reg. 81, f 191. 

2201. — Alfonso 111 informe les officiaux de Téruel qu'il a concédé à 
l'aljama juive de Téruel qu'en raison des exactions qui lui sont faites, ils 
ne puissent priver les Juifs de vivres, ni emprisonner leurs femmes ou 
leurs enfants, ni saisir leurs meubles, mais seulement les appréhender 
en personne. — Téruel, 22 septembre 1290. 

Reg. 83, f» 87. 

2202. — Alfonso III confirme à l'aljama des Juifs de Calatayud tous 
T. LXIX, n os 137-138. 13 



194 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

les privilèges qui lui uni été concédés par ses prédécesseurs Jaime I er et 
Pedro III. — Téruel, 22 septembre 1290. 

Reg. 83, f« 87. 

2203. — Alfonso III considérant la pauvreté des Juifs de l'aljama de 
Saragosse, leur accorde un sursis, ainsi qu'à leurs répondants, à partir de 
la Saint-Michel pour cinq ans, de telle sorte et à condition qu'à la fin de la 
première année ils payent le cinquième de la somme, les intérêts non 
compris. — Téruel, 24 septembre 1290. 

Reg. 81, f° 190. — Semblable lettre est adressée aux aljamas des Juifs de 
Calatayud, Huesca, Téruel et Rarbastro. 

2204. — Alfonso III écrit aux adénantades de l'aljama des Juifs de 
Saragosse de pousser tous les Juifs qui ont été cotisés avec eux aux 
15 arches, à contribuer avec eux pour les 15.000 sous qu'ils ont promis de 
donner au roi pour la composition des 15 arches. — Téruel, 24 septembre 

1290. 

Reg. 81, f° 190. 

2205. — Semblable lettre est adressée aux adénantades et à l'aljama 
des Juifs de Barbastro pour 2.000 sous de Jaca. — Téruel, 24 septembre 1290. 

Reg. 81, M 90. 

2206. — Alfonso III écrit au justice et aux jurés de Saragosse de pous- 
ser les habitants de cette ville à payer leurs dettes aux Juifs de l'aljama 
de Saragosse. — Téruel, 24 septembre 1290. 

Reg. 81, f° 19H. 

2207. — Alfonso III écrit aux adénantades et à l'aljama des Juifs de 
Saragosse de pousser tous les Juifs qui ont quitté cette cité à contribuer 
avec eux aux 15.000 sous donnés au roi pour la composition des 15 arches. 
— Téruel, 24 septembre 1290. 

Reg. 81, f° 190 v». 

2208. — Alfonso III écrit à Galacian de Tarba, mérine de Saragosse, de 
réclamer le paiement de l'amende portée dans les tacanes et encourue 
par Alazar Alacen, Juif de Saragosse ; il usera de contrainte à l'égard du 
délinquant et de ses biens. — Téruel, 24 septembre 1290. 

Reg. 82, f° 73. 

2209. — Alfonso III remet à tous les Juifs de l'aljama de Saragosse 
toute poursuite par eux encourue à raison des 15 arches et des sommes 
qu'ils peuvent avoir retenues, moyennant la composition de 15.000 sous 
de Jaca. — Téruel, 24 septembre 1290. 

Reg. 83, f° 85. 



CATALOGUE DES ACTES DE JAIME I er , PEDKO III ET ALFONSO III 195 

Lettres de rémission semblables aux Juifs des aljamas suivantes : 
Jaca pour 600 sous, Téruel pour 2.600, Barbastro pour 2.000, Huesca 
pour 7.000, Daroca pour 2.500 sous de Jaca. — Barcelone, 13 février 1291. 

Reg. 83, f° 85. 

2210. — Alfonso III concède à tous les juifs de l'aljama de Saragosse 
que pour non paiement de tribut, quête, assignation ou autre exaction 
royale, les agents du fisc ne puissent leur enlever leurs ustensiles ou 
autres meubles de leurs maisons dans la juiverie de Saragosse ou de leurs 
teintureries (tentoriis), à moins qu'ils n'en aient reçu l'ordre exprès du roi. 
— Téruel, 24 septembre 1290. 

Reg. 83, i*° 85 v°. — Semblable concession est faite aux. Juifs de Daroca. 

2211. — Alfonso III promet à ses Juifs de l'aljama de Saragosse de ne 
pas concéder pendant deux ans de sursis à leurs débiteurs. — Téruel, 
24 septembre 1290. 

Reg. 83, P 85 v». 

2212. — Alfonso III fait connaître à tous les offîeiaux de Huesca que 
les Juifs de l'aljama de cette ville qui ne se seront pas complètement libérés 
de leurs contributions ne pourront être frappés de prohibitions de vivres, 
leurs femmes ou leurs enfants arrêtés, leurs meubles enlevés des mai- 
sons ou des boutiques, mais qu'ils seront détenus en personne. — Téruel, 
24 septembre 1290. 

Reg. 83, f° 86. — Mesures identiques en faveur des aljamas juives de Cala- 
tayud et de Daroca. 

2213. — Alfonso III mande aux ofticiaux de Huesca d'observer les sim- 
plifications apportées au serment juif, pour éviter le renouvellement des 
scènes de dérision qui se produisaient quand les Juifs de Huesca prêtaient 
serment sur les Malédictions; dorénavant il ne sera pas fait une lecture 
détaillée du rôle des malédictions; mais les Juifs poseront leurs mains 
sur ce texte, comme ils font sur le livre de Moïse. — Téruel, 24 septembre 
1290. 

Reg. 83, f° 86. 

2214. — Alfonso III concède à l'aljama des Juifs de Huesca le règle- 
ment suivant: les répartitions des peites et autres exactions royales 
devront être faites par vingt-cinq juifs des plus forts imposés, qui procé- 
deront avec les adélantades, après avoir prêté serment sur la loi de Moïse 
de bien se comporter dans leurs fonctions. Le roi présenta tous les Juifs 
de l'aljama de Huesca d'exécuter strictement tout ce qui sera ordonné 
par les vingt-cinq taxateurs. — Téruel, 24 septembre 1290. 

Reg. 83, f° 86 v°. 



196 REVUE DES ETUDES JUIVES 

2215. — Alfonso III informe tous ses officiaux qu'il a concédé àl'aljama 
des Juifs de Huesca la faculté de ne payer le tribut aux bénéficiaires 
d'assignations qu'à raison de 500 sous de Jaca par mois. — Téruel, 24 sep- 
tembre 1290. 

Reg. 83, f° 86 v°. 

2216. — Alfonso III concède à l'aljama des Juifs de Calatayud qu'un 
Juif ne pourra être appréhendé au corps ou supporter la saisie de ses 
biens pour une accusation portée contre lui, s'il se déclare prêt, en four- 
nissant des répondants idoines, à faire devant le juge complément de 
justice, à moins toutefois que l'inculpé ne soit passible d'un châtiment 
corporel. — Téruel, 24 septembre 1290. 

Reg. 83, f° 86 v°. 

2217. — Alfonso III confie à Juân de Martel, jurispérit de Saragosse, 
l'examen de l'appel interjeté par Jamila, femme d'Alaçar Alacen, Juive de 
Saragosse, dans son procès contre Astrug de Cavalleria et Astruga, sa 
femme. — Téruel, 25 septembre 1290. 

Reg. 81, f° 189 v°. 

2218. — Alfonso III mande à Juân Çapata, justice d'Aragon, de pousser 
P. Pelegri, de la maison royale, à restituer aux Juifs de l'aljama de Sara- 
gosse les ustensiles et autres meubles qu'il leur a enlevés à raison du 
recouvrement des arches, puisque lesdits Juifs ont composé déjà avec le 
roi à ce sujet. — Téruel, 1 er octobre 1290. 

Reg. 82, f° 72 v°. 

2219. — Alfonso III mande aux procureurs de l'aljama des Juifs de 
Saragosse, relativement à la somme de 15.000 sous de Jaca qu'ils sont 
tenus de lui donner à raison des 15 arches, de répondre à G. de Bastida 
au lieu de A. de B., trésorier royal. — Téruel, 1 er octobre 1290. 

Reg. 82, 1° 72 v. 

2220. — Alfonso III adresse le même avis au procureur des Juifs de 
Huesca, cotisés pour 7.000 sous de Jaca. — Téruel, 1 er octobre 1290. 

Reg. 82, f° 72 v°. 

2221. — Alfonso III mande aux adénantades et à l'aljama des Juifs de 
Téruel, ainsi qu'à tous les procureurs des autres aljamas, de sobliger 
aux mandataires de G. Durfort pour 10.000 sous de Jaca. — Albarracin, 
2 octobre 1290. 

Reg. 82, f° 72 v°. 

2222. — Alfonso III écrit aux adénantades et à l'aljama des Juifs de 
Saragosse de ne payer aucune assignation avant d'avoir remboursé Açmel 



CATALOGUE DES ACTES DE JA1ME f r , PEDRO III ET ALFONSO III 197 

Chulxuluc et Baron Aimai, Juifs de Saragosse, qui avec leurs procureurs 
se sont portés caution pour la communauté à Téruel. — Albarracin, 
3 octobre 1290. 

Reg. 81, f° 191. 

2223. — Alfonso III concède à tous les Juifs de Taljama de Huesca que, 
à l'exemple des Sarrasins de l'aljama de Huesca qui font droit aux Juifs 
de ladite aljama au pouvoir de leur çaffalaquemi quand les Juifs portent 
plainte contre des Sarrasins, les Juifs défendeurs fassent droit aux Sarra- 
sins demandeurs devant leur doyen (deyanï). — Albarracin, 3 octobre 1290. 

Reg. 83, f° 87. 

2224. — L'infant don Pedro ayant appris que Azach Aborre, Juif de 
Lérida, affirmait avoir droit aux dépôts de P. Ortin, habitant d'Alguaire, 
par suite de la donation que ce dernier lui avait faite, mande à G. de 
Redorta, viguier et baile de Lérida, de mettre les dépôts sous séquestre, 
jusqu'à ce que P. Ortin, qui se les est appropriés, promette sous caution 
de comparaître en justice. Lérida, 4 octobre 1290. 

Reg. 85, f° 76. 

2225. — Alfonso III mande au çalmedine de Saragosse d'user de con- 
trainte à l'égard de tous ceux qui sont obligés pour dettes aux Juifs de 

. — Albarracin, 6 octobre 1290. 

Reg. 81, f° 192. 

2226. - Alfonso III écrit au baile de Téruel de retenir jusqu'à nouvel 
ordre deux Juifs et une Juive de Goncha qu'il a fait arrêter. — Albarracin, 
6 octobre 1290. 

Reg. 81, f° 192 v°. 

2227. —Alfonso III a appris que des Juifs de Saragosse trouvaient des 
excuses à ne pas prêter serment, à ne pas répondre pour l'aljama, à ne 
pas remplir de mandat ni d'office pour leur communauté. Il mande aux 
adénantades et à l'aljama juive de Saragosse de n'accepter aucune excuse. 
— Albarracin, 6 octobre 1290. 

Reg. 83, f° 87 v°. 

2228. — Alfonso III mande à l'aljama des Juifs de Monzôn de faire à 
P. Pelegri la déclaration de tous leurs biens, dans la forme où les autres 
Juifs d'Aragon l'avaient faite au temps des 15 arches et de l'invasion des 
Français en Catalogne. — Barcelone. 18 octobre 1290. 

Reg. 82, f° 84. 



i 98 KEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

2229. — Alfonso III mande à Enoch Lopez de Jassa, mérine de Huesca 
et de Barbastro, de surseoir à la levée de la cène sur l'aljama des Juifs de 
Barbastro jusqu'à nouvel ordre. — Saragosse, 22 octobre 1290. 

Reg. 81, f° 193. 

2230. — Alfonso III fait notifier à l'aljama des Juifs de Huesca que, 
nonobstant l'alatma lancée par elle sur Abrahim Avegato, pour le punir 
d'avoir outragé certains Juifs, elle permette à l'excommunié de revenir 
habiter dans la juiverie de Huesca avec sa famille, jusqu'à ce qu'il ait 
examiné suffisamment cette affaire. — Saragosse, 22 octobre 1290. 

Reg. 81 , f° 193 v°. 

2231. — Alfonso III écrit à l'aljama des Juifs de Calatayud de répondre 
pour une assignation à noble Sancho de Antillon sur les 500 sous du tri- 
but, à la Noël. — Saragosse. 22 octobre 1290. 

Reg. 81, f° 195 v°. 

2232. — Alfonso III ordonne qu'on contraigne Jacob de Murciaà payer 
à Abrafim, Juif, 200 sous de Jaca qu'il lui doit pour dommages et inté- 
rêts. — Saragosse, 22 octobre 1290. 

Reg. 81, f° 196. 

2233. — Alfonso III fait connaître aux Juifs qui désirent venir peupler 
Albarracin qu'ils doivent s'établir dans le quartier de la tour de Entram- 
basaguas, car il a concédé le pouvoir à Lope de Gorrea, alcayde d'Albar- 
racin de distribuer des emplacements de maisons aux Juifs migrateurs et 
de leur concéder des libertés. — Saragosse, 22 octobre 1290. 

Reg. 81, f° 196 v°. 

2234. — Alfonso III a été informé de la part de l'aljama des Juifs de 
Saragosse que G. de Gogiis, agissant au nom de A. de Bastida, trésorier 
du roi, exigeait de cette communauté 1.500 sous de Jaca à raison des 
15.000 sous pour lesquels elle avait composé avec le roi relativement aux 
15 arches. Or, l'aljama de Saragosse a payé 15.000 sous à G. de Bastida, 
au lieu de A. de Bastida. Le roi mande à G. de Gogiis, de sa maison, de 
ne rien exiger desdits Juifs. — Saragosse, 22 octobre 1290. 

Reg. 81, f° 197 v°. 

2235. — Alfonso III avait assigné à Domingo Pérez Delson 300 sous de 
Jaca sur les premiers deniers que l'aljama des Juifs de Saragosse devait 
donner au fisc. Cette communauté versa à l'assignataire un acompte de 
100 sous. Non content de cela, ce dernier veut la contraindre à payer le 
solde de 200 sous à raison des 15.000 sous de Jaca qu'elle a donnés au roi 
pour la composition des 15 arches. En présence de cette attitude le roi 



CATALOGUE DES ACTES DE JAIME I er , PEDRO 111 ET ALFONSO III 199 

mande au çalmédine et aux jurés de Saragosse de ne pas permettre qu'au- 
cune pression soit exercée sur les Juifs de cette ville. — Saragosse, 22 
octobre 1290. 

Reg. 81, f° 197 v°. 

2236. — Alfonso III mande à Juan Jiménez de Urrea de faire divers 
paiements à l'aide des 2.500 sous qu'il lui a assignés sur l'argent de l'al- 
jama des Juifs de Daroca. — Saragosse, 23 octobre 1290. 

Reg. 82, f° 75. 

2237. — Alfonso III rappelle à l'aljama des Juifs de Tarrazona qu'elle 
a été taxée pour la composition des 15 arches et autres grâces à 1.000 sous 
et lui mande d'en répondre au fidèle C. de Citges (Cigiis). Ordres sem- 
blables aux Juifs de Montblanch (1.000 sous) ; — d'Alcaniz (1.000) ; — de 
Huesta (500) ; — de Montclûs (500); — de Jaca (1.800); de Barbastro 
(1.000) ; — d'Alagon (1.500) ; — de Borja (800) ; — de Tauste (1.000) ; — 
d'Egea (2.000); —de Luna (500) ; — d'Uncastillo (1.000). — Saragosse, 
23 octobre 1290. 

Reg. 82, f° 77 v°. 

2238. — Alfonso III mande à l'aljama des Juifs de Daroca de lui don- 
ner pour la cène 1.000 sous de Jaca. — Saragosse, 23 octobre 1290. 

Reg. 82, f° 78. 

2239. — Alfonso III informe le collecteur du tribut des Juifs d'Egea 
qu'il a remis à l'aljama juive de cette ville 1.000 sous sur le tribut de 
l'année courante. — Saragosse, 23 octobre 1290. 

Reg. 83, f° 104 v°. 

2240. — Alfonso III a appris que Jaime Basset, citoyen de Barcelone, 
s'était porté caution pour la somme de 115 livres que trois répondants 
avaient garantie à Vidal Mallet, Juif de Barcelone; Jaime Basset a été 
obligé d'acquitter lui-même cette dette. Or, les trois répondants s'étaient 
obligés à Jaime, lui promettant qu'il serait indemne de ladite caution, et 
s'étaient soumis à la juridiction de la cour de Barcelone. Le roi mande 
au baile de Barcelone de pousser les répondants et leurs biens à rembour- 
ser à Jaime Basset le montant de sa caution ou à lui faire complément de 
justice. — Barcelone, 8 novembre 1290. 

Reg. 81, 1° 102. 

2241. — Alfonso III mande à M c R. de Besalu, archidiacre de Ribagorza 
dans la cathédrale de Lérida. de suspendre la procédure dans l'affaire 
contentieuse qu'il lui a confiée contre les Juifs de Monzôn. — Barcelone, 
8 novembre 1290. 

Reç. 81, f°213. 



200 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

2242. — Alfonso III ayant appris qu'il avait été fixé un délai à Gom- 
haldo de Santa Oliva, de Real, débiteur de Mosse Saporta, Juif de Villa- 
franca, pour vendre une partie de son patrimoine et désintéresser son 
créancier, et qu'à l'expiration du délai fixé Gombaldo avait vendu une 
propriété 1.100 sous, mande au baile de Kéal de contraindre Gombaldo à 
payer sa dette. — Barcelone, 12 novembre 1290. 

Reg. 81, P 212. 

2243. — Alfonso III, informé que G. Andrès, de Real, s'était obligé 
par serinent devant le baile de ce lieu à Mosse Saporta, Juif de Villafranca, 
pour 240 sous productifs d'intérêt, sous peine du tiers, payables à Villa- 
franca, mande au baile de Real d'obliger G. Andrès à payer son créan- 
cier. — Barcelone, 42 novembre 1290. 

Reg. 81, f°« 214 v°-215. 

2244. — Alfonso III a appris que Bernardo de Valls, chevalier, qui 
s'était porté caution pour Bernardo de Avinion au pouvoir du viguier de 
Villafranca, a été condamné à payera Samuel Solam, Juif de Villafranca, 
1.000 sous. Or, le roi vient d'être informé que son fidèle Pelegri vendait 
les biens des hommes de B. de Valls. Il mande à Bérenguer de Jorba, 
viguier de Villafranca, d'obliger P. Pelegri à désintéresser Mosse Saporta, 
Juif de Villafranca, héritier de Samuel, sur le produit de la vente des 
immeubles. — Barcelone, 13 novembre 1290. 

Reg. 81, f° 212. 

2245. — Alfonso III a été informé que dans le procès intenté à Ber- 
nardo de Romanino par Isach Salamon au sujet de 78 quartières d'orge et 
75 sommées de vendange, le Barcelonais chargé de l'arbitrage avait rendu 
sa sentence en faveur d'isach, mais que Bernardo en avait appelé au 
baile. Le roi mande au baile de Villafranca d'assigner un prud'homme 
qui connaisse de cet appel. — Barcelone, 17 novembre 1290. 

Reg. 81, f° 215. 

2246. — Alfonso III mande à l'aljama des Juifs de Saragosse de payer 
à Blasquet de Ayerbe la pension de 1.000 sous de Jaca qui lui a été assignée 
sur le tribut de cette communauté: qui, sous prétexte d'une remise royale 
de 3.000 sous, refusait de payer ladite assignation. —Barcelone, 19 novem- 
bre 1290. 

Reg. 82, f° 82 v°. 

2247. — Alfonso III mande à G. de Redorta, viguier et baile de Lérida, 
de pousser Felipe Domenech et d'autres habitants de Fraga à payer leurs 
dettes à Abraham Maymô, Juif. — Barcelone, 20 novembre 1290. 

Res. 81, f° 213 v». 



CATALOGUE DES ACTES DE MIME I er , PEDRO 111 ET ALFOiNSO 111 201 

2248. — Alfonso III mairie aux officiaux de Saragosse, Huesca et Gala- 
tayud de contraindre les aljamas juives de ces trois villes a rembourser 
ce qu'elles doivent aux Juifs de Barcelone, qui s'étaient obligés par ordre 
royal pour le paiement de ces sommes que les trois aljamas ci-dessus 
étaient tenues de donner pour le fait de Mascharan et pour d'autres 
demandes d'argent faites par le roi auxdites aljamas. — Barcelone, 20 no- 
vembre 1290. 

Reg. 81, f» 213 v. 

2249. — Alfonso III mande à 1'aljama des Juifs de Barbastro d'observer 
l'assignation qu'il a faite à Dalmaso de Cabrera et à Pedro, son frère, sur 
le tribut de 1.500 sous de Jaca. — Barcelone, 20 novembre 1290. 

Reg. 82, f» 82. 

2250. — Alfonso III mande à l'aljama juive de Barbastro de ne pas 
verser la somme qu'il lui avait ordonné précédemment de payer à la sœur 
de noble R. de Vilamur pour l'aide du mariage qu'elle devait contracter; 
le roi consentira une nouvelle assignation quand le mariage sera contracté. 
— Barcelone, 20 novembre 1290. 

Reg. 82, f» 82. 

2251. — Alfonso III a appris que Bernardo de Maceron, jurispérit de 
Barcelone, avait dit par sentence que le délai de quatre mois accordé par 
la cour de Villafranca à Isach Biona et Mosse Biona, Juifs de cette ville 
au sujet de 2.000 quintaux de « alcofen » qu'ils devaient à deux citoyens 
de Barcelone, était injuste et exagéré, attendu que le délai imparti en 
pareil cas ne devait pas excéder quinze jours. Le roi mande à Bartolomeo 
de Villafranca, baile de Barcelone, de faire exécuter la sentence. — Barce- 
lone, 24 novembre 1290. 

Reg. 81, 1° 214 v°. 

2252. — Alfonso III mande à P. de Libian d'envoyer May mon Bennuno, 
Çulema Bondia et Ysac Braanam s'occuper de l'assignation faite par ledit 
Pedro sur le call judaïque, dans le lieu situé entre les couvents des frères 
mineurs et des sœurs de Santa Clara dans la cité de Majorque. — Barce- 
lone, 27 novembre 1290. 

Reg. 81, f° 216. 

2253. — Alfonso III mande à Gil Sanchez, baile de Téruel, de remettre 
à noble Didot Lopezde Haro deux Juifs et une Juive que des Almogavares 
qui venaient vers ce gentilhomme avaient emmenés de Cuenca et que le 
baile avait saisis. — Barcelone, 1 er décembre 1290. 

Reg. 81, f°217 v°. 



202 REVUE DES ETUDES JUIVES 

2254. — Alfonso 111, supplie de confirmer remplacement du call 
judaïque qui a été ti\é par P. de Libian aux Juifs de Majorque, fait con- 
naître aux consuls, aux prud'hommes et à la communauté de la cité et du 
royaume de Majorque qu'il est occupé à diverses affaires et que, par suite, 
le délégué de la communauté tarderait trop à rentrer chez lui. C'est pour- 
quoi, il lui permet de revenir à Majorque; quant à Jacob Benonon, qui 
s'est présenté à la Cour de la part des Juifs de Majorque, le roi l'autorise 
a rester auprès de lui pour régler cette affaire. — Barcelone, 2 décem- 
bre 1290. 

Reg. 81, f° 219. 

2255. — Alfonso 111 a appris que des Juifs, en vue de se dérober aux 
peytes et autres exactions royales, transféraient frauduleusement leur 
domicile aux lieux des chevaliers et des religieux, tout en continuant à 
recueillir les produits des biens qu'ils possédaient en terre royale. Le roi 
mande aux officiaux de Saragosse, Huesca, Jaca, Calatayud, Daroca, Téruel 
et autres localités d'Aragon possédant une juiverie de contraindre les 
fuyards à comparaître en justice et à s'acquitter de leurs obligations, sous 
peine de voir leur patrimoine vendu à l'encan. — Barcelone, 3 décem- 
bre 1290. 

Reg. 82. f° 87 v°. 

2256. — Alfonso III, ayant appris que des aljamas n'avaient pas achevé 
complètement de payer les tributs annuels, bien plus, qu'elles en avaient 
retenu une partie, mande à toutes les communautés juives d'Aragon de 
verser incontinent tous les arrérages à Tomâs Çelludo et de lui montrer 
les quittances des dix dernières années — Barcelone, 4 décembre 1290. 

Reg. 82, f° 87 v°. 

2257. — Alfonso III mande à Tomâs Çelludo d'aider les aljamas juives 
d'Aragon cà recouvrer leurs créances, ce à quoi elles ne peuvent parvenir 
à cause de la malice des débiteurs et de la négligence des officiaux. — 
Barcelone, 11 décembre 1290. 

Reg. 81, f°227. 

2258. — Alfonso III notifie aux aljamas de Tauste et d'Egea que, sur 
le tribut du 1 er janvier 1291, elles doivent répondre à Tomâs Çelludo, 
une fois payée l'assignation de Blasco Jimenez de Ayerbe. — Barcelone, 
11 décembre 1290. 

Beg. 82, f° 87 v°. 

2259. — Alfonso III, ayant appris par Tomâs Çelludo que des aljamas 
juives d'Aragon retenaient frauduleusement des sommes sur les tributs 
du temps passé, invite A. de Bastida à faire en sorte que ces commu- 



CATALOGUE DES ACTES DE JA1ME 1 er , PEDRO III ET ALFONSO 111 203 

nautés répondent à Tomâs Çclludo d'une assignation de 3.000 sous de Jaca. 

— Barcelone, 11 décembre 1290 

Reg. 82, f« 170 v'\ 

2260. — Alfonso III mande aux secrétaires des aljamas juives de Barce- 
lone et de Villafranca d'observer l'assignation faite par A. de Bastida à 
Isach de Mercadell, Juif de Villafranca, de 1.240 sous 8 deniers barcelonais 
sur la quote-part de tribut et de quête que les Juifs de Villafranca sont 
tenus de payer chaque année en même temps que les Juifs de Barcelone. 

— Barcelone, 13 décembre 1290. 

Reg. 82, f 89 v\ 

2261 — Alfonso III a appris qu'un Juif de Montclûs, appelé Juceff del 
Rab, avait frappé indûment un autre Juif de ce château, Azah Aharon, à 
l'intérieur de la synagogue et qu'il avait encouru de ce fait une amende 
de 500 morabotins. Le roi mande à Sancho Urtic de Pisa, sobrejuntero de 
Ribagorza, d'exiger cette amende du coupable. — Barcelone, 17 décem- 
bre 1290. 

Reg. 82, f» 90 v". 

2262. — L'infant don Pedro a été informé par son portier Sancho 
Dixal, justice d'Ainsa, des violences commises par les Juifs de Montclûs. 
Sancho avait demandé à la communauté juive de ce lieu 100 sous de Jaca 
pour le subside des dépenses que l'infant avait été obligé de faire au châ- 
teau de Glamosa. Des saisies ayant été infligées aux contribuables récal- 
citrants par l'officier royal, les Juifs les avaient arrachées des mains des 
agents de Sancho, leur enlevant même leurs armes et les frappant. L'in- 
fant mande aux adénantades et à l'aljama juive de Montclûs de la paît 
du roi et de la sienne de se tenir prêts dans dix jours, après que l'infant 
sera arrivé en Aragon, à comparaître devant lui et à lui faire complément 
de justice. — Barcelone, 17 décembre 1290. 

Reg. 85, f'° 87 v°. 

2263. — L'infant don Pedro rappelle au viguier de Barcelone qu'il lui 
a donné l'ordre de procéder par contrainte à l'égard de Beatriz, veuve de 
P. de Gapones, et son fils, qui sont obligés à Vidal Malet, Juif, pour la 
somme de 100 sous barcelonais. — Barcelone, 18 décembre 1290. 

Reg. 81, f<> 235 v°. 

2264. — Alfonso III a été informé par Lobell Gramer, Juif de Barce- 
lone, que noble R. de Cabrera s'était obligé à feu Samuel Gap pour cer- 
taine somme; ledit Lobell affirme avoir obtenu la cession de la créance 
de Sento Gap, fils de Samuel. Le roi mande au viguier de Barcelone et du 
Vallès de saisir les revenus de R. de Cabrera et de donner satisfaction 
là-dessus audit Lobell. — Barcelone, 18 décembre 1290. 

Reg. 81, f°237 v°. 



204 REVUE DES ETUDES JUIVES 

2265. — Alfonso III a appris par l'aljama juive de Girone que les Juifs 
royaux domiciliés dans le château épiscopal de cette ville étaient grevés 
par l'évêque et les hommes du château, tandis que le diocèse de Girone 
était envahi par les armées des Français, et étaient assujettis à des tailles 
illicites. De plus, les créanciers juifs ne pouvaient rien recouvrer sur leurs 
débiteurs. Attendu que ces Juifs sont les propres du roi et relèvent de la 
communauté des Juifs royaux de Girone, Alfonso III mande à l'évêque de 
Girone de ne pas les grever et de leur faire rembourser leurs créances. — 
Barcelone, 19 décembre 1290. 

Reg. 81, f° 236. 

2266. — Alfonso III écrit à l'aljama des Juifs de Barcelone au sujet 
de l'assignation faite par A. de Bastida et autre sur le tribut de cette 
communauté et qu'elle refuse de payer en invoquant le sursis royal. La 
communauté devra payer, nonobstant le sursis, car le roi n'entend pas 
qu'un sursis puisse porter atteinte à une assignation. — Barcelone, 21 dé- 
cembre 1290. 

Reg. 81, f°237 v°. 

2267. — Alfonso III confirme l'ordonnance par laquelle P. de Libian, 
baile mage du royaume de Majorque, d'accord avec les consuls et les 
autres prud'hommes de la Communauté de Majorque, avait assigné comme 
emplacement de rue judaïque aux Juifs de cette cité, le 30 septembre 
précédent, la partie appelée Temple et Galatrava; il autorise les Juifs 
Majorquins à construire dans le call judaïque une synagogue et un four; 
il les dispense, en outre, de l'obligation de loger un étranger dans leurs 
maisons contre leur gré. — Barcelone, 21 décembre 1290. 

Reg. 83, f°» 99 v°-100. — Publ. : Pièces justificatives, n° XXII. 

2268. — Alfonso III apprend a ses fidèles consuls et prud'hommes de 
Majorque qu'il a confirmé l'ordonnance de P. de Libian ; il leur ordonne 
de se concerter avec ce fonctionnaire pour édifier des portails, des portes 
et une clôture, bref tout ce qui est nécessaire à une rue unique. — Barce- 
celone, 21 décembre 1290. 

Reg. 83, f°100. 

2269. — Alfonso III mande aux secrétaires et à l'aljama des Juifs de 
Majorque de verser sans retard 12.000 sous pour paiement du privilège 
autorisant l'établissement du call judaïque. — Barcelone, 21 décembre 1290. 

Reg. 83, f° 100. 

2270. — Alfonso III mande à son fidèle P. de Libian d'user de con- 
trainte à l'égard de ceux des Juifs de Majorque qui refusent de payer leur 
quote-part des 12.000 sous. — Barcelone, 21 décembre 1290. 

Resr. 83, f° 100r°et v°. 



catalogue des actes de jaime i cr , pedro m et alfonso m 205 

2271. — Alfonso III mande à P. de Libian de pousser tous les Juifs de 
la cité de Majorque à construire leurs maisons au lieu fixé, ainsi que les 
portails, portes, clôtures et autres choses nécessaires au call unique. Si 
les Juifs veulent avoir un four dans le call, P. de Libian le leur permettra 
sauf le droit du roi. — Barcelone, 21 décembre 1290. 

Reg. 83, f° 100 v°. 

2272. - Alfonso III mande à la cour de Villafranca d'exiger une cau- 
tion de Vidal Azday, Juif de Villafranca, qu'il vient d'autoriser à partir 
en voyage pour deux mois vers les parties du Roussillon. — Barcelone, 
27 décembre 1290. 

Reg. 84, f° 1. 

2273. — Alfonso III mande à P. 'de Tascha, alcayde de Montclûs, de 
renoncer à exiger de l'aljama juive de Montclûs plus de 447 sous de Jaca. 
somme à laquelle elle a été taxée pour le tribut. — Barcelone, 30 décem- 
bre 1290. 



2274. — Alfcnso III mande aux officiaux de protéger les Juifs de 
l'aljama de Montclûs contre les malveillants qui leur causent des dom- 
mages à eux ou à leurs biens, et de ne pas permettre que les Juifs soient 
appréhendés et leurs biens saisis contre la justice, ni qu'ils soient grevés 
ou molestés, pourvu qu'ils se tiennent prêts à répondre au pouvoir du 
justice de Montclûs. — Barcelone, 30 décembre 1290. 

Reg. 84, f° 3 v°. 

2275. — Alfonso III l'appelle aux officiaux de Lérida qu'en exécution 
de l'ordonnance promulguée à la cour de Monzôn, il a fait ouvrir une 
enquête contre tous les Juifs de sa terre, tant d'Aragon que de Catalogne. 
Les Juifs de Monzôn s'étant montrés rebelles, les officiaux de Lérida 
devront saisir leurs créances et leurs biens et les retenir sous séquestre 
jusqu'à nouvel ordre. — Barcelone, 31 décembre 1290. 

Reg. 84, f° 2. 

2276. — Alfonso III invite A. de Bastida à faire exécuter l'assignation 
de 6.000 sous de Jaca qui a été consentie à Sancho de Antillon pour 
chevaleries sur la juiverie de Calatayud. Une remise de mille sous ayant 
été accordée à cette juiverie, le roi ordonne à Bastida de verser cette 
somme à l'assignataire. — Barcelone, 2 janvier 1290/1. 

Reg. 82, f° 174. 

2277. — Alfonso III a appris que Martin, fils de March de Farisia, avait 
été pris par l'alcaytle de ce lieu à raison de la caution que Martin avait 
fournie pour Azach Carnet, Juif de Farisia, acheteur des revenus du péage 



206 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

de Farisia; il a failli qu'à son tour Martin donnât des répondants et versât 
une somme, ce qui n'a pas empêché L'alcayde de saisir les biens des 
répondants Le roi mande au justice et aux jurés de Farisia de pousser 
L'alcayde et ses biens à restituer les récoltes saisis aux répondants. — 
Barcelone, 3 janvier 1290/1. 
Reg. 84, t'° 13 v°. 

2278. — Alfonso III, cédant aux instances de Bondavin Alfaquim, 
autorise ïolrana, Juive de Besalû, à se rendre librement et en sécurité 
aux parties du Roussillon avec sa fille, qu'elle veut marier dans ce pays; 
elle pourra se faire accompagner d'autres personnes; à son retour, elle 
pourra laisser sa tille avec son mari et rentrer en Catalogne avec sa suite, 
sans tenter, toutefois, d'y introduire aucune marchandise prohibée. — 
Barcelone, 4 janvier 1290/1. 

Reg. 84, f° 4. 

2279. — Alfonso III donne quittance à l'aljama des Juifs de Montclûs 
de 395 sous de Jaca qu'elle a payés à P. de Huesca, alcayde du château 
de Montclûs, pour la « retinence » de ce château. — Barcelone, 5 jan- 
vier 1290/1. 

Reg. 82, f° 95. 

2280. — Alfonso III notifie à G. de Gitges [Cigiis) et à Domingo de 
Rueda, de la maison royale, que les procureurs de Faljama des Juifs de 
Barbastro lui ont montré un albaran de P. Pelegri, par lequel ce dernier 
renonçait aux poursuites engagées contre cette communauté à raison des 
15 arches et demie. Il leur mande en conséquence de ne pas la pousser 
au paiement des 2.000 sous qu'il lui réclamait à raison des 15 arches. — 
Barcelone, 5 janvier 1290/1. 

Reg. 82. f° 95. 

2281. — Alfonso III, informé que, dans un quartier voisin du call 
judaïque de Villafranca, il n'y avait que le portail de Caynamars et que 
l'autre bout du quartier était ouvert h tout venant, de quoi il résultait de 
très nombreux dommages pour les Juifs domiciliés dans le call judaïque, 
autorise l'aljama des Juifs de Villafranca à construire des portails et des 
portes dans le quartier en question, à condition que pour chaque portail 
on fasse deux clefs, une destinée aux chrétiens, l'autre réservée aux Juifs. 
Barcelone, 5 janvier 1290/1. 

Reg. 83, f° 103. — Plbl. : Pièces justificatives, n° XX11I. 

2282. — Confirmation par Jaime II, à Villafranca, le 6 mars 1302/3, de 
Pacte par lequel Alfonso III autorise les Juifs de Villafranca à compléter 
le portail de Canyamars par d'autres portes, pour assurer la clôture du 



CATALOGUE DES ACTES DE JAIME I or , PEDRO III ET ALFONSO III 207 

quartier juif; les chrétiens habitant dans la juivcric disposeront d'une 
clé pour pouvoir y entrer ou en sortir. — Barcelone, 5 janvier 1290/1. 

Reg. 200, f° 191 v°. 

2283. — Alfonso III fait connaître à Pedro Martinez de Artasona que 
Jaime de Oblicis a infligé une saisie à Açach Alicren, Juif d'Alcaniz, et 
qu'il entend procéder contre ce dernier et ses biens, sous prétexte qu'il 
en a reçu l'ordre du roi. Alfonso III confie à Pedro Martinez la connais- 
sance de cette affaire et lui mande de la terminer sans délai. — Barcelone, 
5 janvier 1290/1. 

Reg. 84, f° 5. 

2284. — Alfonso III mande a Jaime de Oblicis de se dessaisir de l'affaire 
Açach, qui est confiée à Pedro Martinez de Artasona. — Barcelone, 5 jan- 
vier 1290/1. 

Reg. 84, f'° 5. 

2285. — Alfonso III, informé de la part de David Abrayam, Mosse de 
Barcelone, fils de feu Astruc de Barcelone, et d'Abraham Gap, fils de feu 
Bonjua Cap, Juifs, que des habitants de Vilagrasa tenaient en dépôt des 
sommes d'argent de provenance juive ou étaient obligés à titre de cau- 
tions ou de débiteurs, mande à son fidèle baile de Vilagrasa de procéder 
dans le délai de six mois. — Barcelone, 6 janvier 1290/1. 

Reg. 84, f° 6 r° et v°. 

2286. — Alfonso III mande aux secrétaires du cali judaïque de la ville 
de Barcelone et de sa collecte d'observer l'assignation faite par le trésorier 
A. de Bastida au comte d'Ampurias sur les 20.000 sous barcelonais de leur 
tribut pour amortissement d'une dette royale de 197331 sous moins un 
denier. — Barcelone, 9 janvier 1290/1. 

Reg. 82, f° 95. 

2287. — L'infant don Pedro a appris que le Juif Astrug Durand, garant 
ou tuteur testamentaire des enfants de son frère, décédé à Gervera, avait 
retenu frauduleusement par devers lui des créances et des biens apparte- 
nant à la succession et même des actes ou feuillets (folia) du minutier 
{capbrew ayant servi à inscrire les prêts consentis par le défunt; en plus 
de tout cela, Astrug Durand est accusé d'avoir administré très mal les 
biens de son pupille. L'infant mande, de la part du roi et de la sienne, 
au baile de Gervera d'enquêter diligemment sur les griefs ci-dessus et, 
s'il constate que ledit Astrug a mal administré, qu'il l'écarté de l'office 
de tutèle. — Barcelone, 9 janvier 1290/1. 

Reg. 85, f° 91. 



208 REVUE DES ETUDES JUIVES 

2288. — Alt'onso III donne plein pouvoir à son fidèle scribe Guillelmo 
de Sala de composer pour 10.000 sons de Jaca avec l'aljama des Juifs de 
Lérida, inculpée d'usures, selon le chapitre de la cour de Monzôn. — 
Barcelone, 11 janvier 1290/1. 

Reg. 84, f° 5. 

2289. - Alfonso III confie à G. de Manresa, jurispérit de Gervera, la 
connaissance de l'appel entre le baile et la cour de Gervera, d'une part, 
Mosse Saporta, Juif, d'autre part, sur certaine contrainte que le baile et la 
cour entendaient infligera Mosse à raison de certaines sommes qu'ils lui 
réclamaient. — Barcelone, 11 janvier 1290/1. 

Reg. 84, f° 13 v°. 

2290. — L'infant don Pedro informe tous ses ofticiaux et sujets que le 
roi, son père, a reçu sous son guidage et sauvegarde Aharon fils de Clara, 
Juif de Barcelone, que, lui aussi, infant, a reçu sous sa protection Aharon, 
Bonanast, le fils de ce dernier Bonanast, qui lui est attaché comme inter- 
prète (alfaquim), ainsi qu'autre Bonanast, neveu d'Aharon. — Barcelone, 
11 janvier 1290/1. 

Reg. 85, f° 91. 

2291. — Alfonso III mande au baile d'Egea de pousser tous les Juifs 
possession nés dans le terroir d'Egea à contribuer avec les Juifs d'Egea 
pour les peytes et autres exactions. — Barce'one, 13 janvier 1290/1 

Reg. 84, f° il. 

2292. — Alfonso III a appris par la plainte de F. Bonafos, Juif de 
Barcelone, que ce dernier, en compagnie des frères Isach Biona et Mosse 
Biona, Juifs de Villafranca, avaient constitué une société et déposé un 
capital dans un coffre de la maison d'Isach Biona; il avait été bien convenu 
que si un des trois associés puisait dans la caisse, il serait tenu de l'y 
replacer dans un certain délai. En dépit de cette clause, Isach Biona 
retient de l'argent provenant du fonds commun. Le roi mande au baile de 
Villafranca de pousser ledit Isach à rendre à la caisse l'argent qu'il en a 
retiré et à compter avec F. Bonafos. — Barcelone, 18 janvier 1290/1. 

Reg. 84, f° 14 r° et v°. 

2293. — Alfonso III fait savoir à P. Pelegri que, relativement aux 
comptes des aljamas juives du royaume de Valence que ledit Pedro a 
reçus autrefois, il doit procéder personnellement avec le conseil de P. de 
Costa, juge de la cour royale. — Barcelone, 20 janvier 1290/1. 

Reg. 84, f° 16. 

2294. — L'Infant don Pedro mande au viguier de Cervera d'examiner 
les saisies que G. de Ceraria, chevalier, au temps où il était viguier de 



CATALOGUE DES ACTES DE .lAlMÈ l èl , PËufiO 111 ET ALFONSO 111 200 

Cervera, infligea à des habitants de San Antolin, en éxecution de sentences 
rendues par Abraham Çaporta, Juif de Cervera. — Barcelone, 20 janvier 
1290/i. 

Reg. 85, f° 93. 

2295. — Alfonso III mande au baile de Villafranca de faire exécuter 
la sentence par laquelle Isach Biona et d'autres habitants de Villafranca 
ont été condamnés à payer à deux particuliers 10.000 sous pour une four- 
niture de 2.000 quintaux de sel (alphofollii). — Barcelone, 22 janvier 
12901. 

Reg. 84, f° 13 v°. 

2296. — Alfonso III a appris par la plainte de M a Salamon, Juif con- 
damné à une amende par deux juges du roi pour s'être mal et indécem- 
ment comporté dans l'exercice de ses fonctions de médecin [fisice), 
qu'aucune preuve n'avait été relevée contre lui selon le privilège royal 
concédé aux juifs de Barcelone. Le roi mande à son fidèle viguier de 
Barcelone de ne pas poursuivre M e Salamon, à moins que les preuves ne 
soient faites selon le privilège susdit. — Barcelone, 24 janvier 1290 1. 

Reg. 84, f° 17 v°. 

2297. — Alfonso III a appris par Isach Alorqui, Juif de Valence, qu'un 
procès avait été intenté par des Juifs de Valence contre l'aljama juive de 
Valence et confié à l'examen de onze arbitres, sous peine de iOOmorabo- 
tins, selon le compromis confectionné au pouvoir de Janer Habacia, 
notaire de Valence; les arbitres décidèrent qu'une certaine somme devait 
être adjugée à Isach Alorqui. Le roi mande aux adélantades, aux secré- 
taires et à l'aljama des Juifs de Valence de faire exécuter cette sentence 
arbitrale. — Barcelone, 24 janvier 1290/1. 

Reg. 84, f° 18 v°. 

2298. — Alfonso III mande à P. Alfagarin, de la maison royale, de 
surseoir jusqu'à nouvel ordre au recouvrement de 1.800 sous de Jaca que 
par ordre du roi il réclame aux Juifs de Jaca. — Barcelone, 25 janvier 
1290/1. 

Reg. 84, f° 18. 

2299. — Alfonso 111 informe A. de Bastida qu'il a assigné à Dalmaso 
de Cabrera une pension annuelle de 1.500 sous de Jaca sur le tribut des 
Juifs de Barbastro ; or, cette année ledit Dalmaso ne peut pas percevoir 
intégralement cette somme. Le roi invite A. de Bastida à payer à Dalmaso 
ce qui lui reste à recouvrer, soit 000 sous de Jaca. — Girone, 27 janvier 
1290/1. 

Reg. 82, f° 171. 

T LXIX, n os 137-138. 14 



210 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

2300. — Alfonso III apprend à tous ses sujets qu'il remet à l'aljama 
des Juifs de Lérida eL à sa eollecte toute poursuite pour usure moyennant 
la composition de 7.000 sous de Jaca. — Girone, 1 er février 1290/1. 

Reg. 83, f" lll v". 

2301. — Alfonso III confirme la dérogation apportée par Pedro III, en 
faveur des Juifs de Catalogne, au statut de Jaime I e1 ' sur le cumul des 
intérêts et du capital. — Girone, 1 er février 1290/1. 

Reg. 83, i ,J 111 v". 

2302. — Alfonso III confirme le privilège de feu Pedro III qui accor- 
dait aux Juifs de Catalogne licence de vendre, acheter, etc. — Girone, 
I e ' février 1290/1. 

Reg. 83, f° 112. 

2303. — Alfonso III confirme le privilège de feu Pedro III autorisant 
les Juifs de Catalogne, nonobstant le statut de feu Jaime I er , à recevoir 
l'intérêt de l'intérêt. — Girone, 1er février 1290/1. 

Reg 83, f° 112. 

2304. — Alfonso III vidime le privilège de feu Jaime I er , confirmant 
aux Juifs de Girone et de Catalogne la nécessité de la preuve par Juif et 
chrétien ; la charte du même, mandant à ses officiaux de faire observer 
ce privilège aux Juifs de Barcelone et de Catalogne ; il confirme ces pri- 
vilèges aux Juifs de Barcelone et les concède aux Juifs de Lérida et de sa 
collecte. — Girone, 1 er février 1290/1. 

Reg. 83, f° 112. 

2305. — Alfonso III promet aux Juifs de la ville et de la collecte de 
Lérida de ne pas accorder pendant deux ans de sursis à leurs débiteurs et 
aux répondants de ces derniers. — Girone, 1 er février 1290/1. 

Reg. 83, f° 112 v°. 

2306. — Alfonso III mande à tous ses officiaux d'user de contrainte à 
l'égard de ceux qui, étant obligés au principal ou a titre de répondants à 
des Juifs de la ville ou de la collecte de Lérida, ont obtenu un sursis qui 
a déjà expiré. — Girone, 1 er février 1290/1. 

Reg. 83, f° 112 v°. 

2307. — Alfonso III, considérant que ses fidèles de l'aljama juive de 
Lérida ne peuvent pas payer leurs dettes, leur remet pour deux ans toute 
quête et exaction, sauf le tribut, sauf l'aide ordonnée dans la cour géné- 
rale de Monzôn et sauf aussi tous les subsides que le roi peut exiger de 
ses sujets dans ledit intervalle. — Girone, 1 er février 1290/1 

Reg. 83, 1° 112. 



CATALOGUE DES ACTES DE JAIME 1 er , PEDRO III ET ALFONSO III 2ll 

2308. — Alfonso III concède aux secrétaires et à l'aljama des Juifs de 
Lérida et à sa collecte qu'à raison de quelques dettes, pour lesquelles ils 
sont obligés au principal et à titre de caution, leurs livres ne soient pas 
pris ou retenus en gage. — Girone, 1 er février 1290/1. 

Reg. 83, t- 113. 

2309. — Alfonso III mande au viguicr et au haile de Girone, ainsi qu'à 
P. Pelegri, de la maison royale, de saisir à la comtesse d'Ampurias la 
somme que chaque année elle a coutume de prélever sur le tribut des 
Juifs de Girone, pour la punir des méfaits commis par elle ou ses hommes 
au préjudice des justiciables royaux de Gurb ; la somme, rendue ainsi dis- 
ponible, sera distribuée à différents créanciers de la couronne. — Girone, 
2 février 1290/1. 

Reg. 82, f° 98 v°. 

2310. — L'infant aux secrétaires et à l'aljama des Juifs de Girone : le 
roi, son frère, ayant appris que Boneta, fille de feu Içach Perfeit Graciani, 
Juif de Barcelone, était morte sans descendance et que ses biens devaient 
être dévolus à ses oncles par droit de substitution, a écrit à Mosse Ravaya 
et à Perfeit Ravaya de remettre aux oncles de Boneta la créance de 
2.400 sous barcelonais sur les secrétaires, que M. et P. Ravaya tenaient en 
dépôt au nom de Boneta et de ses oncles, pourvu qu'ils fassent complé- 
ment de justice au pouvoir de Salamon d'En Abraham et de Salamon 
Gratiani, selon le droit hébraïque. L'infant mande aux secrétaires de 
l'aljama de Girone de payer aux oncles de ladite Boneta la créance de 
2.400 sous. — Barcelone, 5 février 1290/1. 

Reg. 85, f° 96 v°. 

2311. — Alfonso III informe A. Aymeric, scribe de la maison royale, 
ou tout autre collecteur de la cène juive de Montclûs que les Juifs de 
cette localité affirment ne pas être tenus à la prestation de la cène en 
vertu de leurs privilèges, et leur mande de ne pas exercer de contrainte 
à l'égard de ces Juifs; si des saisies ont été faites, elles devront être rap- 
portées. — Barcelone, 6 février 1290/1. 

Reg. 84, f° 21 v°. 

2312. — Alfonso III invite A. de Bastida à faire exécuter l'assignation 
qu'il a concédée à son cousin Felipe de Çalucia sur le tribut de l'aljama 
juive de Huesca. — Barcelone, 7 février 1290/1. 

Reg. 82, f° 177 v°. 

2313. — Alfonso III mande au biile de Girone, sur les instances des 
secrétaires de l'aljama des Juifs de Girone, de contraindre les Juifs de 



èl2 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Besalû à paver leur part dos 700 sous barcelonais du tribut. — Barcelone, 
8 février 1290 1. 

Reg. 84, f° 22. 



2314. — Alfonso III à Sancho Vilicii de Pisa, viguier de Ribagorza et 
de Pallars: il a appris qu'une composition avait été conclue entre cet 
officier et Vidal Galluf, Juif de Montclûs, accusé d'avoir frappé dans la 
synagogue son coreligionnaire Açach Bubo. Le roi se réjouit de cette 
solution et lui mande de ne pas grever Vidal Galluf. — Barcelone, 
9 février 1290/1. 

Reg. 84, f° 23. 

2315. — Alfonso III à Esteban de Seca, portier: il a mandé à ses offi- 
eiaux de Saragosse, de Huesca et de Galatayud de pousser les aljamas 
juives de ces villes à rembourser aux Juifs de l'aljama de Barcelone 
certaines sommes que ces derniers avaient payées pour elles. Ordre au 
portier de faire exécuter ce paiement par la contrainte. — Barcelone, 
9 février 1290/1. 

Reg. 84, f° 23. 

2316. — Alfonso III mande à l'aljama juive de Huesca d'observer à 
l'égard de noble Felipe de Salucia l'assignation faite à ce dernier par A. 
de Bastida sur leur tribut. — Barcelone, 11 février 1290/1. 

Reg. 82, f° 102. 

2317. — Alfonso III, ayant appris que les Juifs de Jâtiva, qui avaient 
coutume de demeurer dans la censive royale en vertu de privilèges, 
venaient de transférer leurs domiciles dans d'autres parties de la ville, 
mande à Jaime Fivellero de pousser lesdits Juifs à retourner dans le 
quartier censitaire. — Barcelone, 11 février 1290/1. 

Reg. 84, f° 27. 

2318. — Alfonso III au baile de Besalû : Cresches Zarch, Vidal Malet, 
feu Isach Zarch, Bellshom Levi, Benvenist Verçelay, Bondavid de Porta, 
feu Bonastrug de Porta, Vidal, fils de David de Montpellier, Bondia Cara- 
vita, Vidal, fils de Jueeflf Maffarre, Bellshom, fils de Bonanat, Juifs de 
Besalû, s'étaient obligés à Jaime de Gervian, drapier de Girone, pour la 
somme de 4.800 sous barcelonais ; Jaime leur avait accordé des sursis et 
fixé des termes espacés, mais ils n'avaient pas payé ; bien plus, ils avaient 
violé leurs serments ; ordre de pousser lesdits Hébreux (sic). — Barcelone, 
12 février 1290/1. 

Rea. 84, f° 31 \". 



CATALOGUE DES ACTES DE JATME V\ PEDRO III ET ALFONSO III 513 

2319. — 11 a été écrit à li. Galbet, juge de Girone, que, si le baile ue 
faisait pas donner satisfaction au créancier, les biens des débiteurs 
seraient vendus. — Barcelone, 12 février 1290/1. 

Reg. 84, f<> 31 \". 

2320. — Alfonso III informe A. de Bastida qu'il a appris de la part des 
secrétaires de l'aljama des Juifs de Barcelone que cette communauté et 
sa collecte avaient payé surle tribut de la Noël àSibila de Saga 2.500 sous 
barcelonais, à noble A. de Cabrera 1.013 sous 8 deniers et à d'autres 
bénéficiaires 1.000, 6.500 et i.SOO, soit au total 12.541 sous 8 deniers. — 
Barcelone, 13 février 1290/1. 

Reg. 82, f° 179. 

2321. — Lettres de rémission. — Barcelone, 13 février 1290/1. 

Reg. 83, f" 85 r° et v°. — Voir plus haut, n° 2209. 

2322. — Alfonso III, considérant la pauvreté des Juifs de la ville et de 
la collecte de Lérida, leur accorde un sursis pour leurs dettes jusqu'à con- 
currence de 50.000 sous de Jaca, tout intérêt cessant, pour une durée 
de 5 ans à condition de se libérer par annuités de 8.000 sous. — Barce- 
lone, 15 février 1290/1. 

Reg. 84, f° 32 v°. 

2323. — Alfonso III fait remise à l'aljama des Juifs de Lérida de 
5.000 sous de Jaca qu'elle doit à Maymon de Castelloli, pourvu qu'elle 
lui paye 1.000 sous barcelonais. — Barcelone, 15 février [1290/1]. 

Cartas reaies, fragment de registre d'Alfonso III, f° 1. 

2324. — Alfonso III au châtelain de Monzôn : il a appris que Salema 
Ximoch, Juif de Lérida, accompagné de sa femme et emportant ses biens 
avait quitté de nuit, furtivement, la. cité de Lérida et s'était installé au 
lieu de Monzôn. Ce Juif étant sujet du roi et garant des dettes de l'aljama, 
Alfonso III requiert le châtelain de faire revenir le fuyard à Lérida, où il 
conviendra avec l'aljama de sa quote-part de contribution ; sinon, le 
roi infligera des saisies a lui, châtelain, et à ses hommes. — Barcelone, 
15 février [1290/1]. 

Cartas reaies. Fragment de registre d'Alfonso III, f° 1. 

2325. — Alfonso III mande à tous ses officiaux de veiller à ce que dans 
tous les procès que les Juifs de la collecte et de la cité de Lérida auront 
à soutenir contre les chrétiens et les sarrazins, la procédure soit conforme 
à l'ordonnance de la cour de Monzôn. — Barcelone, 16 février 1290/1. 

Reg. 84, f° 33, 



•214 RKYUE DES ÉTUDES JUIVES 

2326. — Alfonso III, ayant appris que les notaires et les scribes de la 
bailie de Lérida exigeaient des Juifs de cette ville des salaires indus, 
mande au viguier el au baile de Lérida de l'aire appliquer aux Juifs le 
même tarif qu'aux chrétiens. — Barcelone, 16 février 1190/1. 

Reg. 84. 1" 33 v°. 

2327. — Alfonso III ordonne à l'aljama des Juifs de Tauste de contri- 
buer aux besoins « stabilitionis » delà cité de Tarazona en lui prêtant 
500 caffiees de blé. — Figueras, 26 février 1290/1. 

Reg. 82, f° 103. 

2328. — Alfonso III mande aux adélantades de l'aljama des Juifs de 
Huesca de verser à G. de Gigiis leur quote-part de la composition des 
15 arches. — Figueras, 26 février 1290/1. 

Reg-. 82, 1° 103. 

2329. — Alfonso III aux secrétaires de l'aljama des Juifs de Girone : 
il a appris qu'ils poussaient les Juifs de Pals et de Peratallada à contri- 
buer à leurs dépenses, non à raison^ des tributs, quêtes ou exactions 
royales, mais à raison de prestations particulières, bien que ces Juifs 
affirment ne pas être tenus de participer à cette catégorie de dépenses. 
Ordre aux secrétaires de ne pas grever les Juifs et de soumettre leur cas a 
Salamon d'En Abraham, Juif de Barcelone. — Figueras, 1 er mars [1290/1]. 

Cartas reaies, fragment d'un registre d'Alfonso III, f° 4 v°. 

2330. — Alfonso III rappelle à Bernardo de Prat qu'il lui. a confié l'exa- 
men du différend pendant entre l'aljama des Juifs de Besali'i et Bonàfos 
Vidal, Juif de Barcelone, à raison des quêtes et des tailles; il lui mande 
d'observer en cette affaire les coutumes et les statuts que les Juifs de 
Girone ou de Besalu ont établis sur le fait des tailles et des quêtes. — 
Figueras, 1 er mars [1290/1 J. 

Cartas reaies, fragment d'un Registre rt'AlFonso III, f° 5 v°. 

2331. — Alfonso III, ayant appris de la part de Cresqucs Zarch, Juif 
de Besalû, que le baile de Girone avait infligé une saisie a ce dernier sur 
les plaintes de plusieurs chrétiens et Juifs, lui mande de ne pas grever 
Gresques Zarch, pourvu que ce dernier fournisse caution et jure à la cour 
de Besalû de faire aux plaignants complément de justice. — Figueras, 
1 er mars [1290/1]. 

Cartas reaies, fragment de registre, f° 5 v". 

2332. — Alfonso III mande à Jaime de Gornella, à Besalû, d'employer 
la contrainte à l'égard d'ïsaeh Zarch et de Bellshom, fils de Vfidal] de 
Na Clara, Juif de Besalû. qui ont reconnu avoir reçu en prêt de Guillelma, 



CATALOGUE DES ACTES DE JA1ME I er , PEDRO III ET ALFONSO III 215 

veuve de R. de Foixa, 1.000 sous barcelonais, pour les besoins de leur 
communauté, comme il ressort du témoignage de Vidal Gauler, Cresques 
Zarch, Astrug Jachoms, Bonis Bertzelay, F. Bertzelay, Mahir Garacosa 
et Isach Caravida. — Girone, 4 mars [1290/1]. 

Cartas reaies, fragment de registre, f° Z. 

2333. — Alfonso III accorde un sursis à l'aljama des Juifs de Lérida 
à raison de sa pauvreté. — Barcelone, 7 mars [1290/1]. 

Cartas reaies, fragment de registre, f° 12 v°. 

2334. — Alfonso III rappelle à Bartolomeo de Mas qu'il lui a mandé 
de prendre Isach Biona, Juif de Villafranca, débiteur de deux citoyens de 
Barcelone, et de le retenir prisonnier jusqu'à ce qu'il ait remboursé sa 
dette. Or, Bartolomeo a mis Isach Biona en liberté sous caution. Le roi 
s'en étonne beaucoup; il ordonne à nouveau d'arrêter ledit Isach et de le 
livrer au baile de Barcelone. — Barcelone, 8 mars [1290/1]. 

Cartas reaies, fragment de registre, f° 6 v°. 

2335. — Alfonso HT au baile, à la cour et aux paiciers de Lérida : il a 
appris que l'aljama des Juifs de Lérida avait été réduite à la misère par 
les impôts de Pedro 111 et de lui-même, que plusieurs Juifs avaient quitté 
Lérida pour aller habiter dans les lieux des chevaliers de Catalogne. Le 
roi mande aux officiers de Lérida défaire observer les sursis accordés à 
l'aljama de cette ville. — Barcelone, 10 mars [1290/1]. 



2336. — Alfonso III écrit aux officiaux de Tarrega et de Villagrassa de 
ne pas pousser les Juifs de ces deux localités ni d'autres Juifs qui ont 
coutume de contribuer à la caisse (caxia) de Tarrega à raison de la com- 
position faite par l'aljama des Juifs de Lérida touchant les intérêts et les 
dépenses de cette communauté. — Barcelone, 10 mars 1290/1. 

Cartas reaies, fragment de registre, f° Il v°. 

2337. —Alfonso III mande a P. Gardia, G. de San Clément, habitants 
de Tortose, à Vidal d'En Bonsenyor, Juif de Tortose, et à P. Gilabert, 
habitant de Pefiiscola, de rendre compte du bovage {bovalicum) de Tor- 
tose. — Barcelone, 12 mars 1290/1. 

Reg. 82, f° 105 v°. 

2338. — Alfonso III mande à G. de Redorta, viguier et baile de Lérida, 
de pousser l'aljama des Juifs de Lérida à payer l'assignation qui a été 
faite au chevalier A. de Tereyes par le trésorier A. de Bastida de mille 
sous barcelonais sur l'argent de cette communauté. — Barcelone, 12 mars 
1290/1. 

Reg. 82, f° 107. 



216 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

2339. — Alfonso 1U ayant assigné à sa cousine, dame Laschara, fille de 
feu l'empereur des Grecs, pour ses vêtements et ses nécessités 12.000 sous 
barcelonais à percevoir chaque année sur le tribut des Juifs de Barcelone 
et de Mon/on, cette dame n'a pu recueillir le montant de sa pension. Le 
roi invite A. de Bastida à lui assigner les 12.000 sous barcelonais sur le 
tribut du call judaïque de Barcelone. — Barcelone, 13 mars 1290/1. 

Reg. 82, f" 181. 

2340. — L'infant don Pedro a appris que la cour et le viguier de Villa- 
franca avaient molesté des Juifs venus se fixer dans la ville royale d'Arbôs; 
il s'étonne qu'ils leur refusent le droit de faire appel à la justice du baile 
local. 11 requiert la cour et le viguier, de la part du roi, de ne pas moles- 
ter ni grever indûment les émigrants, mais de les défendre, pourvu qu'ils 
soient prêts à faire au pouvoir du baile complément de justice. — Valence, 
13 mars 1290/1. 

Reg. 85, flH v«. 

2341. — L'infant a appris que Sancbo Juaynes troublait injustement 
Juân P. deXiarch et Abrahim ïoledano, Juif, dans la ferme {arrendacionem) 
qui avait été faite à ces derniers par Estebân de Alfajerin, scribe du roi, et 
d'autres représentants du roi, des salines d'Archs. Ordre de laisser les 
fermiers jouir paisiblement de ces salines. — Valence, 18 mars 1290/1. 

Reg. 85, 1» 115 v». 

2342. — L'infant a été informé de la part de Salamon Avincaprut et 
Açach Passarel, Juifs, que Guillelmo de Cas, agissant par ordre du roi, 
avait pris à Salamon et Açach une certaine quantité de vin et plusieurs 
créances. Il mande au Justice de Liria de lui envoyer la copie de la lettre 
royale invoquée par Guillelmo de Cas et celle des pièces du procès qu'il 
avait intenté à ce sujet; il lui ordonne de certifier si Guillelmo de Casa 
emporté quelque caisse des plaignants juifs, ou quelques récipients de 
vin ; que les saisies soient restituées sous cautions idoines. — Valence, 
19 mars 1290/1. 

Reg. 85, f» 118 v". 

2343. — Alfonso III mande au viguier et à la cour de Tarrega de con- 
traindre Bonjuda de Mercadell et Vidal Brunell, Juifs débiteurs à Ala- 
manda, veuve de Bernardo Andrés, de onze livres de sous barcelonais, à 
payer leur dette. — Barcelone, 22 mars 1290/1. 

Reg. 84, f° 41 v°. 

2344. — Ordre que Jucefl' Bonafeu et sa femme soient poussés à resti- 
tuer à Cresches Vidal, Juif de Barcelone, une somme qu'ils tiennent de 
lui en dépôt. — Barcelone, 25 mars 1290/1. 

Reg. 84, f 41 v". 



CATALOGUE DES ACTES DE JAIME I Pr , PEDUO HT ET ALFONSO III 217 

2345. — Ordre à Bartolomeo de Mas de mettre en liberté le Juif Isach 
Biona, pourvu que ce dernier se rende à Barcelone dans la huitaine, prêt 
à désintéresser ses créanciers. — Barcelone, 26 mars 1291. 

Reg. 84, f° 43. 

2346. — Alfonso III a appris que Mosse Biona, Juif de Villafranca, qui 
s'était porté garant d'un emprunt contracté par Isach Biona à l'égard de 
deux citoyens de Barcelone, avait changé de for, en transférant frauduleuse- 
ment son domicile à Arbôs. Le roi mande au baile d'Arbôs de ramener le 
fuyard à Villafranca, afin qu'il y satisfasse à ses créanciers. — Barcelone, 
27 mars 1291. 

Reg. 84, f° 39 °. 

2347. — L'infant, ayant appris de la part d'Isach Gastellon, Juif de 
Villareal, que le justice et les jurés de ce lieu forçaient injustement ce 
dernier à contribuer avec eux à rencontre du privilège de feu Jaime I er et 
de la coutume, mande à ses fonctionnaires de restituer les saisies s'ils en 
ont, faites ; que, s'ils croient avoir de justes raisons de faire contribuer 
lesdits Juifs, ils comparaissent devant l'infant. — Valence, 28 mars 1291. 

Reg. 85, f* 127. 

2348. — Alfonso III a appris que l'aljama juive de Jaca, invoquant le 
règlement fait par le roi touchant les quinze arches, refuse de payer à des 
fidèles de la maison royale les 1.S00 sous de Jaca qu'il lui réclame pour 
les dépenses par lui faites à son entrée en Castille. Toutes les aljamas des 
Juifs d'Aragon ayant participé à ces dépenses, la communauté de Jaca 
reçoit l'ordre d'y contribuer à son tour. — Barcelone, 30 mars 1291. 

Reg. 82, f°« 111 v°-112. 

2349. — Alfonso III mande aux collecteurs du tribut des Juifs de 
Barcelone d'observer L'assignation qui a été faite par A. de Bastida à 
Saltello Gracias de 4.893 sous 2 deniers barcelonais sur leur tribut. — 
Barcelone, 30 mars 1291. 

Reg. 82, f°112 v°. 

2350. — Alfonso III ordonne aux adélantades et à l'aljama des Juifs de 
Barbastro de ne pas persister dans leur refus de contribuer par un verse- 
ment de 2.000 sous de Jaca aux dépenses de son entrée en Castille. — 
Barcelone, 31 mars 4291. 

Reg. 82, f° 112. 

2351. — L'infant a appris de la part d'Azach Sibili, Juif de Valence, que 
les consuls de la cité de Majorque détenaient prisonnier ce dernier injus- 
tement; il leur rappelle qu'il leur a déjà écrit d'observer à l'endroit de 



218 REVUE DES Énuor:?; JUIVES 

ce Juif les us et coutumes de Majorque; il est étonné de la persistance 
de leur attitude et leur mande encore une fois de ne pas détenir ledit Juif 
et d'observer à son égard les us et coutumes de Majorque. — Valence, 
10 avril 1291. 

Reg. 85, f° 146 v° — Expédition d'exemplaires de cette lettre à P. de Libia 
et à Guillelmo de Rellocl). 

2352. — ÂlfonsO III écrit aux secrétaires de l'aljama des Juifs de Girone 
que sur l'argent du tribut qu'il tient saisi aux dépens du Comte d'Empu- 
rias, ils aient à verser 400 sous à A. de Valespintas pour l'établissement 
{stabilimento) du château de Mallol. — Girone, 16 avril 1291. 

Reg. 82, 1" 114 v°. 

2353. — Perception d'un subside pour « auxilium » de dépenses. L'al- 
jama des Juifs de Lérida, Fraga et Monzôn est taxée à 30.000 sous, celle 
de Barcelone à 60.000, celle de Girone et de Besalû à 30.000, les Juifs de 
Majorque à 16.000 sous barcelonais. — Barcelone, 1 er mai 1291. 

Reg; 82, f os 111 vM19 v°. 

2354. — Alfonso III invite Albert de Mediona, lieutenant par procura- 
tion du royaume de Valence, de faire exécuter les mandements par les- 
quels le roi ordonnait au baile de Valence de contraindre l'aljama juive 
de Valence à payer a Vives, alfaquim du roi, certaines sommes et a 
observer certaines conventions conclues entre elle et ledit Vives. — 
Valence, 7 mai 1291. 

Reg. 85, i'° 153 v°. 

2355. — Perception de cènes. Juifs de Saragosse : 700 sous de Jaea ; 
Juifs d'Alagôn : 300 sous de Jaca. — Barcelone, 11 mai 1291. 

Reg. 82, f» 127. 

2356. — L'aljama des Juifs de Téruel est taxée pour la cène à 250 sous. 
— Téruel, 14 mai 1291. 

Reg. 85, f 161. 

2357. — L'infant avise G. de Pertusa qu'en présence de l'attitude des 
Juifs de Valence qui affirmaient ne pas avoir l'habitude de donner la cène 
au procureur du royaume de Valence, il leur a permis de ne payer que 
200 sous réaux pour le service, quoiqu'il leur demandât 400 sous pour la 
cène. Aucune contrainte ne devra être exercée sur eux, pourvu qu'ils 
paient avant la fête de Notre-Dame d'Août. — Téruel, 16 mai 1291. 

Reg. 85, f° 160 v. 

2358. — Ordre aux bailes et justices de Saragosse, Huesca et Calatayud 
de recourir à la contrainte si les adélantades et les aljamas juives de ces 



CATALOGUE DES ACTES DE JA1ME 1 er , PEDRO 111 ET ALFONSO 111 219' 

villes ne veulent pas payer leur part de la somme de 10.000 sous, pour 
laquelle ces communautés s'étaient obligées en bloc à plusieurs habitants 
de ïéruel, ou si elles refusent d'envoyer leurs procureurs en otage à 
ïéruel. — Téruel, 16 mai 1291. 

Res. 85, f° 162 v. 



2359. — Demande de cène. Juifs d'Alagôn : 150 sous; Juifs de Sara- 
gosse : 200 sous ; Juifs de Calatayud : 300 sous ; Juifs de Daroca : 150 sous ; 
Juifs de Borja: 50 sous; Juifs de Tarazona : 200 sous. — Téruel, 18 mai 
1291. 

Reg. 85, f ICI r» et v°. 

2360. — Alfonso III informe A. de Bastida que Bonjuda Sala mon. Juif 
de Barcelone, tient en gage de feu Bernardo Scriba quatre flacons (cipkes), 
une coupe d'argent et un vase [gotum) de pierre pour garantie de 2.000 
sous'barcelonais que Bernardo devait à dame Sibila de Sagua et pour 130 
doubles que Bernardo devait à Bonjuda, au nom du roi. Alfonso III invite 
A. de Bastida à faire rembourser à Sibila et à Bonjuda le solde de leur 
prêt. — Barcelone, 24 mai 1291. 

Reg. 82, f° 154. 

2361. — L'infant confie à Tarchiprètre de Téruel l'examen du procès 
que les tils et héritiers de P. Juanyens de Peret, habitant de Téruel, inten- 
tent à Açach fils de Çulema, Juif de Téruel, au sujet de la vente d une 
vigne, sise dans le terroir appelé La Paniella, et d'une parcelle de terre 
contiguë à ladite vigne; ces biens ont appartenu à P. Juanyens et Açach 
fils de Çulema lésa fait vendre frauduleusement. — Téruel, 29 mai 1291. 

Reff. 85, f 173. 



2362. — Alfonso III mande à l'alcaide et au baile d'Egea d'user de con- 
trainte à l'égard de l'aljama juive de cette ville, qui n'a pas encore payé 
la quote-part qui lui a été assignée, cette année-là, à Téruel, par Juan 
Çappata, justice d'Aragon et autres à raison dos 15 arches. — Barcelone, 
1 r juin 1291. 

Reg. 82, i'° 133 v». 

2363. — Garcia P. deOssa. chevalier, Asach Nagerin et le fils de Jenton, 
Juifs de Téruel, ont convenu par devant l'infant de s'en remettre à trois 
arbitres pour le règlement du procès que les deux Juifs ont intenté audit 
Garcia au sujet de certaines créances. L'infant prie les trois arbitres de 
régler l'affaire dans le délai d'un mois. — Montblanch, 2 juin 1291. 

Rejr. 85, f° 176 v° 4 



220 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

2364. — Alfonso III mande à P. de Libian, baile mage du royaume de 
Majorque, au viguier et aux sujets de ce royaume de faire observer à 
l'aljama des Juifs de Majorque les privilèges de leu Jaime I e * - confirmés 
par lui. — Barcelone, 3 juin 1291. 

Recr. 8:5, f° 133. 



2365. — L'infant mande à P. Esquerit de verser à Juçeph, médecin 
[phisicus] de Galatayud, 2G sous de Jaca que l'infant lui donne pour les 
dépenses qu'il a faites. — Daroca, 13 juin 1291. 

Reg. 85, f° 182. 

(A suivre.) 

Jean Régné. 



ÉPiTAPHES hébraïques a loudun 



Un manuscrit français de la Bibliothèque nationale de Paris.', 
contient la lettre suivante : 

Monsieur, je vous hv bien voulu jlqnner adyis que Mgr no'rc gouver- 
neur, faisant raccomoder la grosse tour ronde du donjon de notre châ- 
teau et remettre des marches et degrez au lieu de ceux, qui auoient autre- 
fois esté rompus dans le hanlt de la vis ou escalier, on a trouvé dans les 
bouts de cinq des degrez rompus qui estaient massonnezdans la muraille 
et qu'il a fallu oster pour y en mettre d'autres, certains caractères 
Hebrieux dans Fespaisseur de ses bouts de marches faits en rond comme 
s'ils eussent autrefois servi à faire du pilier rond de diverses pierres. Et 
vous noterez que la dite vis ou escalier est aussi antien^ue la tour très 
antienne, qui a 19 pieds despaisseur, 80 de hault, 92 de large, parle hault 
en son diamètre Tespaisseur de la muraille comprise Voicy les carac- 
tères qui sont trouvez bien formez, gravez en une pierre qui sest très 
bien conservée, nestant nullement gastee ne endommagée. 

y: mnna -n pror 'i 

Pour les autres boutz de marches ou il s'est aussi trouve des carac- 
tères, la pierre paroist avoir autrefois este exposée à la pluye et en sont 
la plus part des lettres imparfaictes, tellement quil est malaise d'en tirer 
aucun sens, aussi qu'il y a peu de lettres, et me suis contante de vous 
envoyer celles cy en attendant. 

Il n'y a aucuns poincts, ce qui dénote d'auantagé lantiquite. Il y a 
encore dans ladite vis plus de 60 marches dépareille pierre qui n'ont este 
tenus et dans le bout desquels je croy qu'il y a encore de pareils carac- 
tères, car en tous les bouts des marches rompues et demassonnées il s'en 
est trouvé. J'ay creu dès le commencement que ces pierres auoient autre- 
fois serui au temple des Juifs, ou auoient serui de tombeaux dans leur 

1. Correspondance de Duchesne, collection Clairambault, n° 1022, fol. loG 



222 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

cymetière; comme il est certain que les Juifs ont autrefois habité icy, 
car nous auons encore un lieu qui sappelle le cymetière des Juifs ayant 
un tiltre de 150 ans qui en fait mention. Jay fait voir les dits caractères à 
tous ceux du pays qui entendent l'hébreu qui ne se sont point rencon- 
trez, mais un y ayant trou ue ces mots, Rabbi Isaac fils de Noe de Iahna, 
un autre depuis y a trou ne : Rabbi Isaac filins Noach in Deo quiescant. 
Je vous supplie de les faire voir aussi à vos bons docteurs de paris, sans 
leur monstrer Interprétation cydessus por voir sils rencontrent. Jen ay 
envoyé autant a Toulouse. J'espère vous voir dans peu de jours, cepen- 
dant je dcmeureray, 

Monsieur, 

Votre très humble serviteur, 

Trincant. 

De Loudun ce 4 Février. 

[Au dos] A Monsieur du Chesne, géographe du Roy, à Paris. 

Cette lettre ne porte pas de millésime d'année, mais elle est évi- 
demment du commencement du xvn e siècle, puisqu'on sait que le 
destinataire, André Duchesne dit Quercetanus, un Tourangeau, 
qui avait fait ses premières études à Loudun, fut nommé géographe 
du roi de France en 161 9, et historiographe en 1632, et quillît de nom- 
breuses publications jusqu'à sa mort, survenue à Paris en 1640. 
Or, sur l'adresse de la lettre, le destinataire est appelé « géo- 
graphe » ; donc, la lettre a été écrite entre 1619 et 1632. Il est à 
présumer qu'alors Duchesne, mieux placé que son correspondant 
Trincant, aura trouvé un bon lecteur et interprète de l'épitaphe. 
Celui-ci aura su lire le nom du père du défunt : « Nébémie », 
suivi de l'eulogie funéraire « il a son repos dans l'Eden » (au Para- 
dis), eulogie formulée en abrégé. Duchesne a dû choisir entre le 
P. Jean Morin et l'adversaire de cet Oratorien, Siméon Marotte de 
Muis, alors professeur au Collège de France 1 , qui fut cité avec 
éloges parBossuet, puis par Richard Simon. 

Au lieu de la lecture usuelle, deux des hébraïsants loudunois, 
qui avaient été consultés, avaient décomposé le second nom en 
deux parties, traduisant la première, ro, par « Noé » ; puis, joi- 
gnant la fin du nom à l'abréviation finale, l'un avait imaginé le 
sens « de Jahna»,sans même chercher sïl existe un tel lieu; 
l'autre mieux inspiré, mais égaré par l'idée d'une môme coupure 

1. V. Abel Lefranc, Hist. du Collège de France, Appendice T, p. 383. 



épitafhes hébraïques a loudun 22J 

du nom, avait traduit : « in Deo quiescant », comme si le Lexte 
avait ma, non ïte, et sans justifier ni sa lecture, ni le pluriel de 
l'eulogie. 

Ce n'est pas la seule épi laphe qui ait été trouvée en cette localité. 
En 1901, M. Roger Drouault a envoyé au Comité des travaux histo- 
riques et scientifiques du Ministère de l'instruction publique une 
autre inscription hébraïque, écrite sur une pierre cylindrique pro- 
venant de fouilles opérées sur l'emplacement de l'ancien châ- 
teau. Dans sa notice \ il transcrit ainsi ce petit texle: nœtt na [t]k.., 
que l'abbé Chabot traduit : « X... fils de Moïse ». Or, la lecture de 
ces lettres laisse supposer que la première était un 93, ce qui donne 
le nom de Méir. 

Cette inscription provient évidemment d'une des tombes juives 
qu'a signalées l'historien Trincant 2 . « Comme on réparait, dit-il, 
l'escalier du donjon (en 1626), on a trouvé un grand nombre 
d'inscriptions en lettres hébraïques sans points, au bout des 
marches qui étaient cachées dans le mur de la tour; ce sont des 
inscriptions des tombes de Juifs, et pour ce que au temps qu'ils 
étaient soufferts en France, il y en avait nombre à Loudun qui 
avaient un cimetière hors de la ville, il est à croire qu'après avoir- 
été chassés, on prit leurs tombeaux qui sont de pierres fort dures 
pour refaire cet escalier. » — Les recherches faites de nos jours 
n'ont pas donné de plus amples résultats. 

La présence des Juifs dans ces parages au xm e siècle est con- 
nue. Ainsi, au donjon de Montreuil-Bonnin (Vienne) se trouve un 
graffite tracé le 17 Àdar 11 4995 (27 février 1235) par un prisonnier 
juif, nommé Samuel 3 , victime des confiscations opérées alors 
sur les Juifs. D'autre part, en 1249, Alphonse de Poitiers promet à 
ses sujets, moyennant une somme importante, d'expulser les Juifs 
du Poitou et de la Saintonge; mais les Juifs, ayant offert davan- 
tage, sont admis à rester *. Plus tard, par lettres patentes de 
juillet 1291, Philippe le Bel ordonne d'expulser les Juifs de la 
sénéchaussée de Poitiers 5 , à condition que, pour l'indemniser des 

1. Bulletin archéologique du Comité, 1901, p. c m et 281-3. Le rapporteur avait 
cru que cette épitaphe était « la première trouvée en cette ville ». 

2. Abrégé des Antiquités de Loudun et du pays loudunois, publié par Roger 
Drouault (1894), p. 25. 

3. V. Rapport sur les inscriptions hébr. de la France (Extrait des Nouvelles 
Archives des missions scientifiques, t. XII, 1904), p. 303-6 [161-4]. 

4. Ed. Boutaric, Saint Louis et Alphonse de Poitiers, livre III, chap. v, p. 318-333. 

5. Charte des archives de la ville de Poitiers, n° 143, analysée par L. Redet, dans 
les Mémoires de la Société' des Antiquaires de l'Ouest, 2 e série, t. V (1883), p. 47. 



224 HEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

tributs auxquels ils étaient assujettis, chaque feu de la sénéchaus- 
sée paie six sous tournois pendant six ans. — Par conséquent, on 
peut attribuer lesdites épitaphes au même siècle. 

De plus, les registres de la Chancellerie du Loudunois 1 montrent 
qu'au xiv e siècle il y avait à Loudun des banquiers juifs nommés 
Les Vinteguerre, et qu'un certain Vivant le Juif avait sa maison en 
cette ville, l'an 1325. 

Moïse Schwab. 

1. Publiés par P. Guérin, Archives hisl.or. du Poitou, t. XI et suiv. 



Le Gérant, 
Julien Weill- 



TABLE DES MATIÈRES 



Weill (H.) — La Cite de David, compte rendu des fouilles exécutées, 
à Jérusalem, sur le site de la ville primitive (campagne de 
1913-1914) 1 

Guapira (Bernard).— Légendes bibliques attribuées à Ka'b el-Ahbar. 8G 
Lkvi ^Israël). — L'Apocalypse de Zorobabcl et le roi de Perse Siroès 

[suite) 108 

Lkvi Israël). — Les morts et l'avènement de l'ère messianique 122 

Adler (E.-N.). — Obadia le prosélyte 129 

HÉGNÉ(Jean). — Catalogue des actes de Jaime I er , Pedro III et 
Alfonso III, rois d'Aragon, concernant les Juifs (1 213-129 1) 

(suite) 1 35 

Schwab (Moïse). — Epitaphes hébraïques à Loudun 221 



VERSAILLES. — IMPRIMERIES CERF, 59, RUE DUl'LESSIS, 






DS Revue des études juives; 
101 historia judaica 

t. 69 



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